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Solennité de la Sainte Famille : apprenons à prendre soin de la fragilité, comme celle des enfants et des personnes en âge avancé.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Contestée, vilipendée; souvent déchirée, la famille n’en demeure pas moins, contre vents et marées, l’encrage irremplaçable des personnes et le ciment de la société. Il est aussi vrai que la famille doit évoluer (ici nous devons être précis: pas comme le pense le nouveau courant qui de l’indifférenciation sexuelle!!!) Pour mieux remplir cette fonction essentielle dans des contextes sans cesse nouveaux. Quant au message biblique tel que nous le proposent les textes d’aujourd’hui, il ouvre nos familles sur l’ensemble du genre humain, sur les vicissitudes de l’histoire et l’aventure de la foi. D’Abraham et Sarah à Siméon et Anne, l’Alliance voulue par Dieu s’accomplit moyennant un dialogue permanent avec les hommes. Or, qui dit dialogue dit aussi confiance, et confiance rime avec foi. Telle est l’âme de tout foyer rayonnant comme de toute relation constructive à l’autre, à Dieu.
Avec les lectures bibliques que nous venons d’entendre,

cette fête de la Sainte Famille se présente comme celle des papis et des mamies – je veux dire avec tendresse et reconnaissance – des vieilles personnes. Oui, en cette octave de Noël et en ce jour de la sainte Famille, sont offertes à notre méditation et à notre action de grâce les figures, âgées, d’Abraham et Sarah, de Syméon et d’Anne ! Je voudrais aller dans trois directions : m’arrêter sur ces figures de vieillesse, puis voir en quoi, elles peuvent nous dire quelque chose de la fête de Noël où pourtant Dieu se donne comme un enfant et, pour finir, souligner ce qu’elles peuvent inspirer à nos vies familiales.
Les figures d’Abraham et de Sarah parcourent toute notre liturgie de la Parole. Racontées dans les chapitres 15 et 21 du livre de la Genèse, que le lectionnaire accole de manière un peu abrupte, ces figures sont reprises par l’épitre aux Hébreux qui en médite le thème de la foi – la foi qui met en route vers l’inconnu ; la foi plus forte que la vieillesse, la stérilité ou l’épreuve incompréhensible – avant d’être rejouées, dans notre évangile, sous le mode de l’accomplissement, avec celles de Syméon et d’Anne. Elles louent au fond des valeurs spirituelles de la vieillesse : éloge de la persévérance qui nous dit que la foi se joue dans le temps et la durée ; éloge de la résistance spirituelle qui nous dit que la foi grandit dans l’épreuve ; éloge de la sagesse et du discernement spirituels qui savent voir la réalisation des promesses et les dons gracieux de Dieu dans des situations parfois surprenantes. Elles disent, à leur manière, que Dieu est indéfectiblement fidèle, toujours inattendu et maître de l’impossible. Elles sont témoins de l’espérance.
A ce propos, faisons trois précisions.
La « fidélité » est un don de Dieu. Dieu seul est fidèle mais la fidélité des personnes de grand âge en est un témoignage précieux qui vient contrer notre tentation souvent tenace du «à quoi bon ? ». Le grand âge, par exemple, a suffisamment vécu, c’est-à-dire connu la variété et la fragilité des choses ou l’amertume de l’échec, pour savoir que Dieu seul dure, Dieu seul donne la fécondité au-delà du succès. Faire l’expérience « qu’à Dieu rien n’est impossible » peut bousculer à la fois notre expérience (« j’ai trop vécu pour savoir que ce n’est pas possible »), notre inexpérience (« comment cela va-t-il se faire ? ») ou nos présomptions, nos attachements qui nous font découvrir que le salut nous est impossible par nos propres efforts, condition indispensable pour le recevoir (« Qui donc pourra être sauvé ? » demandent les disciples, effrayés, après le départ de l’homme riche… et Jésus de répondre « personne » mais « rien n’est impossible à Dieu ! »). Néanmoins, parler de spiritualité de la vieillesse ne nous fait pas idéaliser le grand âge, ni en parler avec démagogie : nous en connaissons par ailleurs les affres possibles et les combats réels. Mais vécu dans la foi, l’espérance et la charité, il peut être signe de Dieu, à une époque où, avec tout autant de démagogie, on s’extasie plutôt sur l’enfance. L’enfance, elle aussi, peut être signe de Dieu et dire nos manières de l’accueillir mais elle n’est pas sans combat ni ambiguïté et parler d’enfance spirituelle n’est l’éloge ni de l’infantilisme, ni de l’irresponsabilité ni de l’immaturité.
En ce temps de Noël, nos figures de vieillesse, Anne et Syméon, viennent attester la manifestation de Dieu, l’accomplissement inouï de ses promesses et confesser Jésus lumière et sauveur du monde. Noël est la fête de l’enfance et de la faiblesse, comblées par Dieu et lieux de la manifestation de Dieu même. Nos vieillards en soulignent des harmoniques significatives. Quoi de plus beau que ce vieillard ou cette vieille dame, comblés et enthousiastes, portant l’enfant avec gratitude et annonçant déjà la Bonne Nouvelle de qui il est : le sauveur attendu des nations ! Ils mériteraient ainsi de faire partie de la crèche, au même titre que les bergers ou les Rois Mages. C’est ce qu’exprime , dans certaines régions, la tradition de faire durer la crèche jusqu’au 2 février, fête de la Présentation de Jésus au Temple, fête de la lumière et finalement dernière fête du temps de Noël alors même que le temps ordinaire a déjà commencé. Mais dès maintenant le cantique de Syméon peut être notre prière au pied de la crèche – comme nous aimons le faire chaque soir aux complies – pour apprendre à reconnaitre dans nos vies sa lumière et accueillir sa parole, et à nous laisser combler par Dieu seul.
En ce jour enfin, troisième direction, nous fêtons la sainte famille et nous demandions dans la prière d’ouverture de notre célébration de savoir « pratiquer comme elle les vertus familiales ». Je voudrais en souligner deux. D’une part, il nous faut réfléchir sur le rôle du silence et de l’écoute. On sait combien les grands-parents sont sollicités pour cela et qu’ils reçoivent maintes confidences. Pas de vie familiale sans un climat d’écoute et de parole authentique. Dans notre évangile, à vrai dire, nos vieillards sont plutôt loquaces et ce sont eux – et non Marie ou Joseph – que nous entendons mais leur parole, juste et vraie, retentit avec d’autant plus de force ! D’autre part, les personnes âgées ont un rôle de transmission et là aussi nous savons le rôle des grands-mères dans la transmission de la foi. La famille est lieu de transmission car la foi se transmet avant de s’apprendre.
Puissent nos familles, au sens strict du terme mais aussi nos communautés religieuses qui veulent s’inspirer de leur vie, se laisser transformer par cet esprit de Noël dont nos aînés dans la foi et dans la vie peuvent témoigner. Pour tout cela, sainte Marie et saint Joseph priez pour nous ! Amen.


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