
On peut a avoir appris beaucoup de la foi (la doctrine: ensemble de vérités à croire, professer, enseigner…) et ne pas croire, puisque le savoir peut être seulement intellectuel, académique. Ce qui est exprimé dans ce récit, c’est la charité, la miséricorde : être proche de celui qui en a besoin, même les ennemis (relations entre Juifs et Samaritains), avoir compassion de l’autre.
Aux temps de Jésus, l’interprétation de la Parole s’orientait surtout vers la doctrine (Je crois en un certain nombre de vérités de foi, de vérités dogmatiques). Jésus veut nous porter sur l’autre aspect de la foi (comme vertu, habitus à faire le bien). Il veut susciter en ses auditeurs le désir et la propension naturelle à faire le bien. Pour cela, il utilise l’allégorie: une espèce de métaphore narrative (en action) qui ne se limite pas à faire des comparaisons et à absoudre ou condamner. Jésus n’entre pas, en effet, dans les subtilités du judaïsme pour condamner ou absoudre le lévite ou le prêtre qui se rendaient au culte et qui ne devaient pas toucher du sang au risque ne plus participer au culte. La Parabole est assez neutre que Jésus laisse le jugement à son auditoire qui doit tirer des conclusions.
La parabole du Bon Samaritain à une visée didactique (au-delà de l’art de raconter en utilisant des éléments connus de l’interlocuteur = réalisme). Comment enseigne le récit ? C’est un exemple d’action qui a le pouvoir d’attraction de par sa beauté. Le récit crée une certaine MIMESIS, une imitation : « va et fais la même chose » si cela t’a plu. Par le pouvoir de la beauté admirée, on fait sien ce qui plaît. La question ici n’est pas : que dois-je faire? Puisque le scribe y a répondu. Mais la question fondamentale est: Qui est Dieu dont parle le scribe dans sa réponse? Il ne se pose pas cette question qu’il donne pour évidente et passe directement à la deuxième : Qui est mon prochain ? Qui dois-je aimer?
Le contexte global de la parabole: notre temps où l’humanité est défigurée par le péché; elle n’est pas morte, mais frappée.
Pour cela, elle a besoin :
1. Du vin et de l’huile pour ses blessures:
Le samaritain, en bandant les plaies de cet homme, figure la répression des péchés; l’huile représente la douce consolation de l’espérance donnée par la miséricorde divine, qui nous obtient le bienfait de la réconciliation; le vin, l’exhortation à une vie fervente dans l’Esprit saint.
Ou encore, le vin figure les atteintes secrètes de la justice, et l’huile, la douceur de la miséricorde; le vin baigne les plaies corrompues, et l’huile adoucit celles qui peuvent être guéries. Il faut donc faire un mélange de la douceur avec la sévérité, et tempérer l’une par l’autre, pour ne pas donner lieu à l’irritation par une trop grande dureté, ou au relâchement par une trop grande condescendance.
2. De l’Eglise, comme abri et refuge des vents contraires
Le Sauveur ajoute que le samaritain conduisit cet homme dans une hôtellerie. Cette hôtellerie, c’est l’Église qui reçoit tous ceux qui viennent fatigués des voies du monde, et accablés sous le poids de leurs péchés; c’est là qu’après avoir déposé ce fardeau, le voyageur harassé se repose et reprend de nouvelles forces au festin salutaire qui lui est préparé. C’est ce qu’expriment ces paroles: «Et il prit soin de lui»; car tout ce qui pouvait lui être contraire, nuisible ou mauvais, se trouve en dehors, tandis que cette hôtellerie offre un repos assuré et une sécurité complète.
Remarquez que le Samaritain met cet homme sur sa monture avant de le conduire à l’hôtellerie, parce que personne ne peut entrer dans l’Église, s’il n’est uni tout d’abord au corps de Jésus-Christ par le baptême (1Co 12,12-13).
3. De deux deniers comme richesse de chacun
Il s’agit ds deux aspects du commandement de l’amour, aspects dont il est question dans la réponse du scribe. Pendant que Jésus raconte l’histoire, il est en train de faire ce dont il parle, puisqu’il est le Verbe de Dieu qui crée, rend nouvelles toutes choses. Sommes-nous disposés à nous laisser façonner ?
Avant donc de demander qui est mon prochain, on ne peut pas éluder la première question, qui est fondamentale: qui est Dieu? C’est comme s’il disait au scribe qui veut l’éprouver : tu dois d’abord m’aimer (puisque Jésus est Dieu) au lieu de me tendre des pièges. Cet amour de Dieu, cette disposition à se laisser façonner par la Parole (Jésus lui-même) est la première condition pour pouvoir aimer notre prochain. Le scribe pense ne pas avoir avoir besoin de cela, il pense connaitre Dieu, mais son Credo est seulement Doctrine et non disponibilité de sa vie à se laisser transformer par Dieu lui-même.
Qui est donc Dieu? Il est Celui qui aime la race humaine, en cet homme blessé et laissé mi-mort sur le chemin, nonobstant qu’il venait du culte. Notre effort de rectitude morale n’est pas le gage de notre réussite, nous pouvons toujours être frappés, même à mort. Point d’orgueil alors quand tout semble bien aller pour nous, c’est par grâce de Dieu et pas par notre mérite.
Mais comment effectivement communiquer un DEVOIR par un récit ? Nous avons deux aspects du devoir: positif et négatif. C’est pour cela que Jésus choisit l’aspect positif à travers l’exemple positif à imiter dans la personne du samaritain. Qui dois-je aimer alors? La réponse est logique : celui qui m’aide, celui qui me sauve. Nous devons toujours aimer ce Samaritain (Dieu) qui nous sauve.
Jésus est le Bon Samaritain
Mais qui est le Bon Samaritain sinon Jésus lui-même qui nous rejoint sur nos chemins et sentiers accidentés, où le péché déforme l’image et la ressemblance de Dieu en nous? En effet, Jésus vient à notre aide, quand des forces contraires s’abattent sur nous pour rendre vains nos efforts, comme celui qui avait été au culte et qui n’arrive pas à destination, à la maison. En référence à la Kénose (l’Incarnation) et au jugement dernier, on peut aussi voir Dieu en cet homme blessé. Jésus s’humilie en « descendant » de Jérusalem à Jericho pour mendier notre assistance. Ainsi, tout ce que l’on fera aux plus petits, surtout aux nécessiteux, c’est à Dieu lui-même qu’on l’aura fait. Raison de plus d’aimer Dieu pour Dieu et dans le prochain.
C’est pourquoi cette monture pourrait représenter la chair dont le Fils de Dieu s’est revêtu pour venir jusqu’à nous. On est placé sur cette monture quand on croit en son incarnation. Il nous a placés sur sa monture, c’est-à-dire sur son propre corps; car son incarnation nous a rendus ses membres, et nous fait entrer en participation de son corps.
En définitive, nous ne devons pas seulement jouir de cette présence de Dieu, puisqu’elle doit susciter en nous une réponse, un engagement, un témoignage.
Le récit t’a-t-il plu? Va et fais de même.

