Évangéliser les aréopages contemporains

Accueil » Méditations » Homélies » Redescendre de la montagne : Mission et service des autres

Redescendre de la montagne : Mission et service des autres

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Le Carême est une aventure du cœur

Frères et sœurs, 

Nous voici au deuxième dimanche de notre marche vers Pâques. Si le premier dimanche nous a menés au désert pour affronter nos tentations, ce deuxième dimanche nous hisse sur une montagne. Le Carême n’est pas un repli triste sur soi-même ; c’est un déplacement. C’est l’aventure de ceux qui acceptent, comme Abraham et les apôtres, de perdre leurs vieux repères pour gagner une lumière nouvelle.

1. L’appel au départ : la confiance d’Abraham

Tout commence par une parole de rupture : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père. » (Genèse 12). Imaginez Abraham. Il a 75 ans. Il a ses habitudes, son confort, sa sécurité. Et Dieu lui demande de tout laisser pour une destination… inconnue. Pourquoi ? Parce que la bénédiction de Dieu ne se trouve pas dans l’immobilisme, mais dans la marche. Quel enseignement pour nous : le Carême nous demande : « Qu’est-ce que tu dois quitter aujourd’hui ? » Ce n’est peut-être pas ta maison physique, mais peut-être une habitude toxique, un jugement sur les autres, ou cette fausse sécurité que nous mettons dans l’argent ou le contrôle. Comme le dit le Psaume 32, mettre sa confiance en Dieu, c’est accepter que c’est Son amour qui nous garde en vie, et non nos propres citadelles.

2. La Transfiguration : une trouée de lumière dans la crise du cheminement de la foi.

Dans l’Évangile, nous voyons Jésus emmener Pierre, Jacques et Jean sur une haute montagne. Pourquoi ce moment précis ? Parce que les disciples sont en crise. Jésus vient de leur annoncer qu’il va souffrir et mourir à Jérusalem. Pour eux, c’est l’incompréhension totale, le noir complet. Alors, Jésus se transfigure. Son visage devient brillant comme le soleil. Ce n’est pas un spectacle de magie ; c’est un avant-goût. Jésus leur montre la fin du film avant que le drame ne commence. Il leur dit : « Oui, il y aura la croix, mais regardez : la victoire finale, c’est cette lumière. » Il leur donne des provisions de gloire pour qu’ils puissent supporter l’obscurité du Vendredi Saint. Comme chrétiens, nous acceptons les difficultés parce que nous savons, grâce à la Transfiguration, que la mort n’a pas le dernier mot. La grâce de Dieu nous a appelés à la vie, et cette vie est plus forte que toutes nos épreuves actuelles.

3. « Dresser des tentes » ou redescendre : entre le confort de la « tente » et l’exigence de la « descente »

C’est le cœur du dilemme spirituel que nous pose l’Évangile de la Transfiguration. Pierre, face à la gloire éblouissante, veut figer l’instant : « Dressons trois tentes. » C’est une réaction profondément humaine, presque une tentation. Pierre, émerveillé, s’écrie : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Dressons trois tentes. » C’est une réaction très humaine. On veut rester dans les moments de prière intense, dans le confort du spirituel, loin des problèmes du monde. Mais la voix du Père retentit dans la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… écoutez-le ! »

Écouter Jésus, c’est comprendre qu’on ne peut pas rester sur la montagne. Il faut redescendre dans la plaine, là où les gens souffrent, là où il faut aimer, pardonner et servir. La lumière que nous recevons dans la prière ou dans l’Eucharistie n’est pas pour notre seul plaisir ; elle est une batterie que nous rechargeons pour affronter le quotidien, avec les autres et pour les autres ?

3. 1. La tentation de la tente : Le confort du sacré

La tente, c’est le désir de s’installer dans ce qui est beau, chaud et sécurisant.

  • Spirituellement : On peut être tenté de se réfugier dans une foi « bulle », faite de belles émotions et de prières apaisantes, loin des bruits du monde et des problèmes des autres.
  • Psychologiquement : C’est le refus de la réalité difficile. Pierre veut la gloire de Jésus sans passer par le chemin de la Passion. Il veut le résultat sans l’effort, le sommet sans la vallée.

3.2. Le silence du Père : « Écoutez-le »

Remarquez que Dieu ne répond pas à la proposition de Pierre de dresser des tentes. Il l’interrompt. La nuée (la présence de Dieu) enveloppe tout et une seule consigne est donnée : « Écoutez-le. »

  • Écouter Jésus, c’est accepter ce qu’il vient de dire quelques versets plus tôt : qu’il doit souffrir, mourir et ressusciter.
  • La montagne n’est pas une destination, c’est une étape de ravitaillement. On n’y habite pas, on y prend des forces.

3.3. Redescendre : là où la foi devient charité

Jésus fait redescendre ses disciples. Pourquoi ? Parce que c’est en bas, dans la plaine, que se trouve l’humanité qui souffre.

  • La mission : la lumière reçue sur la montagne doit être « transportée » dans l’obscurité de nos vies quotidiennes. Une foi qui ne redescend pas vers le prochain est une foi qui s’asphyxie.
  • Le paradoxe : C’est en redescendant que les disciples vont vraiment apprendre qui est Jésus. Ce n’est pas seulement le Roi de gloire sur le Thabor, c’est aussi le Serviteur souffrant qui lave les pieds et meurt sur une croix par amour.

Invités à devenir des visages de lumière

Frères et sœurs, en ce deuxième dimanche du Carême, quel est notre défi ? C’est de ne pas nous laisser écraser par les « mauvaises nouvelles » du monde ou de nos vies personnelles: Si vous traversez une épreuve (maladie, deuil, solitude), regardez le visage transfiguré du Christ. Si vous avez peur de l’avenir, faites comme Abraham : avancez d’un pas, avec confiance. Que ce Carême transforme nos visages. Que ceux qui nous croisent ne voient pas des gens résignés, mais des hommes et des femmes qui portent en eux une petite étincelle de la gloire du Thabor.

Prions

Seigneur Jésus,
Comme Pierre sur le Thabor, nous aimerions parfois arrêter le temps.
Il est si bon de rester dans la chaleur de Ta présence,
Loin des bruits du monde, des doutes qui nous assaillent
Et des croix que nous portons.
Nous aussi, nous voudrions « dresser des tentes »
Pour garder Ta lumière rien que pour nous.

Mais Tu nous redonnes la seule consigne qui vaille : « Écoutez-Le. »

Écouter Ta voix, c’est accepter de redescendre.
Car la lumière que Tu nous donnes sur la montagne n’est pas faite pour être enfermée sous une tente,
mais pour éclairer nos pas dans la vallée.

Aide-nous, Seigneur, à redescendre avec courage :

  • Redescendre vers nos familles, là où le pardon est parfois difficile.
  • Redescendre vers nos lieux de travail, pour y être des témoins d’espérance.
  • Redescendre vers ceux qui souffrent, pour porter un peu de Ta clarté.

Ne nous laisse pas devenir des chrétiens « de sommet »,
Déconnectés des réalités de nos frères et sœurs.
Fais de nous des chrétiens « de chemin »,
Fortifiés par la vision de Ta gloire,
Mais marchant résolument, à tes côtés, vers Pâques.

Amen.


Voulez-vous soumettre un commentaire?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Quelques données (Diocèse Ngozi)

Ici, données sur le Diocèse de Ngozi

Eglise Cathédrale de Ngozi