
L’étonnement de l’aube
Frères et sœurs bien-aimés, en ce matin de Pâques, nous rejoignons Marie-Madeleine alors qu’il fait encore sombre. Le texte de Jean nous dit qu’elle se rend au tombeau « alors qu’il faisait encore nuit ». Cette nuit n’est pas seulement chronologique ; elle symbolise nos doutes, nos deuils et les ténèbres qui pèsent parfois sur notre cher Burundi. Mais regardez : la pierre a été enlevée. Le tombeau est vide. Ce vide n’est pas une absence, c’est l’espace d’une présence nouvelle. Le Christ est ressuscité, « Christos Anesti ! »
Il est vraiment ressuscité!
Témoins de l’irréversible
La première lecture nous montre Pierre, transformé, témoignant devant Corneille. Il résume toute la foi chrétienne : Jésus de Nazareth, qui a passé en faisant le bien, a été tué, mais Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
La doctrine de la Résurrection n’est pas une simple
réanimation d’un cadavre. C’est l’irruption de la vie divine dans notre chair humaine. Comme le voient Pierre et Jean dans l’Évangile, les linges sont déposés, le suaire est rangé. Tout est en ordre car la mort n’a pas eu de combat à mener : elle a été absorbée par la Vie. En ressuscitant Jésus, Dieu le Père a validé tout ce que Jésus a dit et fait. Il a signé l’acte de naissance d’une humanité nouvelle. Croire en la Résurrection, c’est affirmer que le mal, la corruption et la mort n’ont plus le dernier mot sur l’histoire. C’est avoir du courage pour les éradiquer.
Chercher les réalités d’en haut
Saint Paul, dans sa lettre aux Colossiens, nous lance un défi : « Recherchez les réalités d’en haut ». Cela ne veut pas dire se désintéresser de la terre, au contraire ! Cela signifie regarder la terre avec les yeux du Ressuscité.
Spirituellement, la Pâques est un passage. Pâques, c’est passer de la peur à l’espérance. Ressusciter avec le Christ, c’est accepter de laisser mourir en nous l’homme ancien — celui qui juge, qui jalouse, qui garde rancune — pour laisser naître l’homme nouveau. Notre vie est désormais « cachée avec le Christ en Dieu ». Cela nous donne une liberté intérieure immense : rien, aucune épreuve politique ou difficulté économique, ne peut nous ravir la paix que le Christ nous donne ce matin.
Quelle Pâques célébrer alors chez nous, en 2026?
Chers amis,
La foi en la Résurrection est vaine si elle ne change pas nos coeurs, nos foyers et communautés, nos services publics et privés, nos routes. Ce changement implique notamment :
1. Une économie de la dignité : si le Christ est ressuscité, alors chaque être humain est sacré. À Ngozi, communauté de labeur intense (agri, artisanat, commerce,…), cela signifie que l’exploitation de l’homme par l’homme est une insulte à la Pâques. Vivre en ressuscité dans nos commerces, c’est pratiquer des prix justes, c’est refuser la fraude, c’est soutenir le petit producteur. C’est passer d’une économie de survie à une économie de solidarité où le partage des ressources reflète la générosité de Dieu qui fait lever son soleil sur tous.
2. Une justice restauratrice : la Résurrection est l’acte de justice suprême de Dieu. Pour notre société burundaise, cela nous appelle à une justice qui ne cherche pas la vengeance, mais la restauration. Être un peuple pascal, c’est oser la réconciliation là où le passé a laissé des cicatrices. C’est refuser les divisions qui nous emprisonnent dans des tombeaux identitaires. Chacun de nous porte ses propres tombeaux : le tombeau du découragement, de la rancœur, des addictions ou du deuil. La résurrection de Jésus nous dit : « Viens dehors ! »
3. Le pouvoir vécu comme service à la Vie: enfin, la lumière de Pâques doit éclairer ceux qui gouvernent et ceux qui participent à la vie de la cité. Pierre nous dit dans la première lecture que Jésus « a passé en faisant le bien ». C’est là le programme politique du chrétien. La politique ne doit plus être un lieu de domination, mais un espace de résurrection pour le pays. Un leader chrétien, un citoyen chrétien à Ngozi, est celui qui travaille à « rouler la pierre » qui empêche le développement : la pierre de la corruption, la pierre du népotisme, la pierre du découragement. Vivre en ressuscité, c’est refuser que la pierre de l’indifférence reste scellée sur le cœur de nos frères et sœurs.
4. Pâques qui est « une traversée, un passage »: Si nous confessons que le Christ est vivant, nous ne pouvons plus accepter qu’il se creuse des espaces infranchissables entre les composantes d’un même peuple qui partage le même sort. Par sa croix, le Christ a détruit le mur de la haine et du mépris qui divisait les Juifs et les Grecs (les païens). Il nous appelle à être un seul peuple qui participe à une seule vision, une seule destinée. Oui, la pierre a été roulée non pas pour laisser sortir Jésus (car son corps glorifié n’est plus limité par la matière), mais pour nous laisser entrer et constater l’absence de la mort, cette mort qui laisse place à la vie en nous, à la vie en mes compagnons de voyage.
Devenez des témoins
« Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner », disait Pierre. Frères et sœurs, ne laissez pas la joie de Pâques s’éteindre au seuil de votre église, de votre chapelle. Portez-la dans vos familles, que vos maisons soient des lieux de résurrection où l’on se pardonne. Portez-la dans vos bureaux, que votre honnêteté soit une preuve que le Christ est vivant. Portez-la en vous et chez vous, que votre charité soit un signe que le Royaume de Dieu est déjà parmi nous. Le tombeau est vide, mais nos cœurs sont pleins. Le Seigneur est ressuscité, Il est notre force et notre avenir.
Halleluia ! Amen.

