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Dimanche XXXII, Temps Ordinaire: « Allons à la rencontre de l’époux qui vient ».
Nous nous acheminons peu à peu au terme de l’année liturgique et la parole de Dieu nous invite à fixer notre regard sur le Seigneur qui vient à notre rencontre comme l’époux de la parabole, à fixer notre regard sur le Seigneur qui vient et qui se donne comme la sagesse. Nous croyons souvent que c’est nous qui cherchons Dieu. Mais à travers la Sagesse, c’est Dieu qui vient à notre rencontre. Il est venu en personne par Jésus- Christ qui a partagé notre condition humaine, excepté le péché dont il a connu seulement la mort comme conséquence.
L’auteur de ce beau passage de la première lecture nous porte dans le contexte du premier siècle, à Alexandrie, capitale culturelle du monde grec de ce temps. Bien des maitres de philosophie se présentaient pour donner aux hommes la connaissance de la vérité et de la sagesse de vie. Obtenir cette sagesse exigeait de longues études et méditations pas toujours couronnées de succès (ukurima ntíkubuzá ukurímaríma !). Notre auteur présente donc en regard la Sagesse qui vient de Dieu comme une amie qui prévient les désirs des hommes, en allant au-devant d’eux et en les accompagnant dans leurs recherches. Elle se laisse trouver aisément par ceux qui la cherchent avec loyauté, seule condition pour être digne d’elle. Nous savons désormais que cette vérité et cette sagesse de vie est une personne divine, le Christ Jésus, ami des hommes qui cherchent la vérité d’un cœur loyal.
Comme disposition d’esprit et du cœur, cette sagesse est comme l’huile qui ne se prête pas. Elle est la disposition profonde de chacun face à l’avenir, son désir plus ou moins vif de rencontrer le Seigneur. C’est la propension à vouloir toujours réaliser la volonté de Dieu, par la foi et l’amour concret pour Jésus et pour le prochain. Cette huile ne peut alors pas se prêter puisque personne ne peut se présenter à Dieu avec la vie et les œuvres d’une autre personne. Ainsi, la précaution prise par les jeunes filles avisées signifie que toute leur vie, même lorsqu’elles dorment ou s’endorment, est orientée vers l’arrivée de l’époux. C’est pourquoi la phrase finale qui demande de veiller s’adapte mal à la parabole puisque toutes les jeunes filles se sont endormies. Il s’agit donc d’être prêt à rencontrer le Seigneur à tout moment, même dans la nuit qui symbolise souvent dans la Bible l’opacité d’un monde livré au péché, même si le Christ parait tarder à venir, ce qui évoque pour Matthieu la tentation de désespérer du Seigneur au moments des crises. Et ces dernières ne manquent pas dans la vie ! N’oublions même pas que Jésus raconte ceci alors que le temps est dramatique : on a déjà décidé de le tuer. Sa mort est proche (Mt 23, 34-37).
Mais ce n’est pas qu’il y a des problèmes que nous perdons de vue que la parabole parle de jeunesse, de bonté, d’élégance : les jeunes filles sont invitées aux noces. Voyez vous-mêmes ce que à quoi cela ressemble dans la vie d’aujourd’hui. Ce sommeil des invités est donc la vie quotidienne des croyants qui se déroule au milieu des occupations ordinaires, lesquelles, quelques fois, font oublier celui ou ce qu’on attend. Mais ne perdons pas de vue cette image de fiançailles, de mariage, d’amour, de beauté.
Quelqu’un pourrait penser que vivre cette attente signifie toujours penser à la mort jusqu’à rester paralysé. Au contraire ! Le symbolisme de la lampe allumée signifie le fait de penser toujours à la vie et la remplir des contenus, en agissant en conformité avec la volonté de Dieu. Cela fait penser aux saints comme Saint François d’Assise qui, à l’imminence de sa mort disait : « frères, commençons à faire le bien, puisque jusqu’à maintenant, nous avons fait peu ». C’est même cela que nous avons entendu dans la deuxième lecture qui nous invite à ne pas perdre cœur en pensant à la mort, puisqu’elle nous permet de rejoindre le Christ.
Dans le récit de Jésus « toutes » ces jeunes filles se sont endormies : les sages et les folles. Toutes ont failli à l’attente. Comme Tu nous connais bien, Seigneur ! Tu ne t’étonnes pas de nos faiblesses ! Mais qu’est-ce que tu attends de nous ? Que nous ayons seulement notre lampe allumée : une lampe qui continue à veiller pendant que nous dormons. C’est déjà l’intention délicate de l’épouse du cantique des cantiques dans le 6ème chant : « je dors, mais mon cœur veille » (jēwé nári nsînziriye, aríko umutíma wānje urí mâso, nūmva umukûnzi wānje adôdōra…) (Ct5,2).
Jusqu’à quand notre lampe sera-t-elle (restera-t-elle) allumée ? Voici alors l’enjeu de la parabole. D’emblée, nous avons des jeunes filles dites sages alors que notre jugement risque de les voir comme égoïstes. Le Seigneur voudrait peut-être nous donner une autre leçon : ce n’est pas nous qui choisissons l’heure !
Comme les autres, les vierges folles se sont réveillés au cri de l’arrivée de l’époux. Comme les autres, elles ont fini par rallumer leurs lampes, mais trop tard ! Comme les autres, elles sont arrivées à la porte de la salle des noces, mais trop tard ! Elles ont pensé qu’il suffisait d’avoir de l’huile dans la lampe, qu’il suffisait de se présenter à la porte de la salle des noces…. Mais cela n’était pas suffisant puisqu’il ne leur appartenait pas de fixer l’exhaustivité des critères d’éligibilité.
Dieu Père, celui qui cherche ta Sagesse dès le matin la trouve assise à sa porte. Mets-nous en routes tous les jours, car tu viens à notre rencontre. Fais-nous ressembler aux jeunes filles prévoyantes en ravivant en nous la flamme de l’espérance, dans notre attente. Tiens-nous en éveil, Seigneur, et reçois-nous dans la salle des noces, avec Jésus, ton Fils, l’Époux que nous attendons. Amen.
« Tu aimeras », nous dit Jésus. Mais c’est sans limites, car on n’a jamais fini d’aimer ! Heureusement !

Comme le rappelle la première lecture, la Bible ne cesse d’engager le peuple élu à accueillir l’immigré, à prendre soin de la veuve, de l’orphelin et du pauvre, à refuser l’usure et la confiscation des biens d’autrui. Aujourd’hui, nous dirions que ces lectures nous appellent à être plus catholiques que nous ne le sommes en pratique, en sortant de nos étroitesses de vue et de visions qui catégorisent les gens, au lieu de voir en tout homme/toute femme un fils de Dieu sont nous nous réclamons fils/filles en l’appelant Père. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus rattache tous ces préceptes à l’amour de Dieu et du prochain. Non seulement le second commandement est semblable au premier ; il en est inséparable. Notre monde serait-il ce qu’il est avec ses inégalités et ses exclusions, si les disciples de Jésus mettaient le double commandement de l’amour au premier plan de leurs préoccupations ? En particulier, l’humanité déborde aujourd’hui de migrants de toutes sortes : travailleurs émigrés, réfugiés politiques, personnes déplacées ou laissées-pour-compte. Savons-nous seulement les voir ? Et comment les regardons-nous ?
Ce texte du droit coutumier israélite remonte au tout premier temps de l’installation des tribus hébraïques en Palestine, peu après l’exode. Dieu s’y montre le défenseur des pauvres, des opprimés, des gens sans défense dans la société : l’étranger immigré qui n’a pas tous les droits sociaux de l’israélite, la veuve et l’orphelin qui demeurent sans protecteur, le pauvre réduit à emprunter sur gages. Les motivations données à l’interdiction de les exploiter relèvent du sens humanitaire, de l’expérience faite en Egypte de la situation inconfortable des, », mais avant tout de la reconnaissance de Dieu comme le recours ultime du pauvre opprimé. Heu prend la défense de ceux qui sont sans défense. À nous de l’imiter pour ceux qui nous entourent pour que notre communauté rayonne de notre attachement à Dieu comme ce fut la cas de la communauté de Thessalonique
Comme nous l’avons entendu, Paul cherche à imiter Jésus Christ ; les Thessaloniciens sont devenus imitateurs de Paul ; ceux-ci sont devenus à leur tour des modèles pour tous les Grecs. L’Évangile fait boule de neige. Parce que Paul a prêché avec assurance, fort de l’appui de l’Esprit Saint, parce que les chrétiens de Thessalonique ont réalisé cette conversion étonnante de leurs dieux païens au Dieu de Jésus Christ, leur exemple est devenu contagieux pour la Grèce entière et même au-delà. On se prend à évoquer la promesse du Seigneur : « Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. Ce n’est pas de l’exemple d’un seul, mais du rayonnement. Ce n’est donc pas de l’exemple d’un seul, mais du rayonnement d’équipes et de communautés chrétiennes vivantes que notre monde a besoin. Travailler à cela, c’est rendre l’Évangile contagieux, c’est accomplir la loi et les prophètes.
Quel est le commandement essentiel de la loi juive ? La question posée à Jésus est un piège, car on espère bien lui montrer qu’il laisse de côté quelque commandement important. L’originalité de Jésus n’est pas dans ses réponses, puisqu’il cite la Loi, mais dans le rapprochement qu’il fait entre les deux commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Le premier est le plus important, le plus urgent. Mais le second lui est semblable en importance et en urgence (semblable ne veut pas dire ici que les deux sont interchangeables). Il faut donc satisfaire aux deux commandements à la fois, si l’on veut en observer un parfaitement. En eux se résument toute la Loi et la prédication des prophètes.
La réponse de Jésus rassemble donc deux préceptes principaux. Du Deutéronome, nous avons le précepte du primat de l’amour de Dieu avec spécification des dimensions principales de la toute personnes humaines, comme cela était dans la conception anthropologique juive : le cœur qui indique la convergence de toute la personne qui se laisse posséder par Dieu, sans laisser nulle place aux idoles ; l’âme, c’est-à-dire la vie même ou mieux, la disponibilité consciente à renoncer à tout pourvu que l’on ne s’éloigne pas de Dieu ; l’esprit qui nous engage à adhérer aux vérités que Dieu révèle et à vivre conséquemment une vie de témoignage de ce dont on est convaincu.
Du Lévitique, Jésus prend le précepte de l’amour du prochain qui n’est pas seulement le compatriote, mais tout homme, fût-ce même l’immigré, comme nous dit la première lecture. La nouveauté de Jésus est qu’il met ce précepte au même niveau du premier, comme nous le dira Saint Jean que celui qui dit aimer Dieu sans aimer le prochain est un menteur. Pour cela, les deux commandements deviennent la clé de lecture et de compréhension de l’Ecriture Sainte. « Tu aimeras », nous dit Jésus. Mais c’est sans limite, car on n’a jamais fini d’aimer ! Heureusement !
Seigneur notre Dieu, tu ne veux pas que nous maltraitions l’immigré. Tu nous demandes d’entourer de notre affection ‘a veuve et l’orphelin et d’user de patience envers nos débiteurs. Car l’étranger, le pauvre et le malheureux, ‘est ton Fils, notre frère, et c’est toi, notre Dieu. Montre-nous, Seigneur, qu’il suffit d’aimer et que les deux commandements de l’amour n ‘en font qu’un.
Comme chrétiens, nous n’avons pas à choisir entre politique et religion ; nous devons seulement éviter de les mêler tout en y étant intéressés.
1. Politique et religion : le débat est vieux comme le monde des hommes. Voici, à plus de cinq siècles d’intervalle, deux éclairages significatifs. Dans la première lecture, un prophète contemporain de l’exil affirme que les chefs politiques peuvent devenir, à leur insu, des instruments providentiels entre les mains du Dieu unique. C’est le cas de Cyrus, roi des Perses et des Mèdes, qui mettra fin à l’empire babylonien en 539 après une campagne foudroyante. Libéral et tolérant, il permettra, l’année suivante, aux juifs exilés de rentrer dans leur patrie. C’est donc par un roi païen et au fil des avatars de l’histoire que le Seigneur libérera son peuple. Le prophète salue le libérateur humain du titre de Messie : c’est Dieu qui l’envoie à cause de son peuple, Dieu qui use des événements pour accomplir ses promesses, même si l’instrument de son salut ne le connaît pas.
Tirons la première leçon : évoquer ceux qui autour de nous ne partagent pas notre foi, qui « ne connaissent pas Dieu », et se rappeler qu’à chacun le Seigneur dit : « Je t’ai appelé par ton nom », n’est-ce pas affermir notre espérance pour tous les hommes ?
2. Faisant la part des choses pour rendre à Dieu un culte qui lui appartient, dans la deuxième lecture, Paul rappelle que l’Evangile tire son efficacité de l’action de l’Esprit qui accompagne la Parole des Apôtres. Ayant rejoint Paul à Corinthe, (suite…)







