Évangéliser les aréopages contemporains

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Jésus est « le bon Pasteur »,  » le Vrai Pasteur », « l’Unique Pasteur » su troupeau que nous sommes.

L’évangile de ce quatrième dimanche nous présente une parabole que nous connaissons bien, avec un vrai berger, un faux, des brebis, un loup… Mais si nous écoutons attentivement ce que nous dit Jésus à travers cette parabole, nous pourrions être surpris par l’espérance qui s’en dégage pour l’Église actuelle, dans un monde sécularisé.
En effet, Jésus nous présente deux Curriculum Vitae ; le sien, et celui de ses brebis.
Et ces deux Curriculum Vitae nous indiquent une véritable espérance pour l’avenir du christianisme au sein de notre société sécularisée. 



Pour le comprendre, lisons ces deux C.V :

Celui de Jésus : le-bon-pasteur :

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1) Jésus se présente comme étant « le bon pasteur, le vrai berger » : il y a une redondance, une insistance, que le grec de l’évangile rend bien, et avec laquelle Jésus nous dit qu’il est le berger, le pasteur au sens où il n’y en pas d’autres ! Pierre, qui se tient probablement tout à côté de Jésus dans ce dialogue avec les notables juifs, revient sur ce point, dans le livre des Actes des Apôtres qui était la première lecture aujourd’hui : « sous le ciel, aucun autre Nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver ». Aucun. « Chefs du peuple et anciens, dit encore Pierre dans le passage que nous venons d’écouter, sachez-le donc, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le Nom de Jésus le Nazaréen », et « en nul autre que lui », que les brebis sont conduites vers les prairies de la Vie.

2) Ce n’est pas tout : Jésus se présente à tout le peuple d’Israël comme étant « le bon », « le vrai », au sens où personne d’autre que lui ne prend autant soin de ses brebis. Il a donné sa vie pour elles. Il n’a pas fait défection au moment de la Passion, car « le vrai berger donne sa vie pour ses brebis », dit Jésus. Contrairement au berger qui, en fait, n’est rien d’autre qu’un mercenaire au service de lui-même…
3) Enfin, « le bon pasteur, le vrai berger », c’est-à-dire le berger qui connaît ses brebis une par une. Il n’est pas le Chef d’un vague troupeau où les brebis seraient plus ou moins nombreuses, où elles seraient plus ou moins anonymes ; il connaît au contraire chacune d’entre elle par son propre nom. Si l’on est attentif à cette disposition du Cœur de Jésus pour ses brebis, nous pouvons même y déceler un véritable motif de fierté de sa part, tant Jésus n’hésite pas à insister sur son attention toute particulière pour chacune de ses brebis. « Telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé, dit Jésus avec aplomb dans le discours sur le pain de vie : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés » (Jn 6, 39). Et de rajouter dans sa prière au Père, à la fin de son dernier repas pris avec les Apôtres : « j’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie » (Jn 17,12). Ce n’est pas tout : « je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés », trouvons-nous encore en Jn 18,9, quand Jésus est sur le point de souffrir sa Passion. Le regard que Jésus-le-bon-Berger porte sur ses brebis est un regard personnel, un regard aimant, un regard protecteur.

Le C.V des brebis :
Le C.V des brebis, quant à lui, fait ressortir qu’aux yeux du berger, ces brebis ne sont pas des ruminants passifs et dénuées d’intelligence. Elles sont au contraire bien vivantes et très en lien avec leur berger :
Car si « je connais mes brebis, dit Jésus, mes brebis me connaissent », elles écoutent ma voix – et moi (Jésus) je donne ma vie pour elles. Il y a donc une connaissance mutuelle qui s’établit entre le pasteur et ses brebis. Pour les brebis, connaître le berger est une affaire d’écoute, et donc de temps. L’exemple de la vie des apôtres montre bien qu’il faut aux brebis du temps, de la persévérance, de la clairvoyance, et même des expériences d’échec (pensons à toutes les fois où les apôtres se trompent, en ne comprenant pas ce que leur dit Jésus !), pour apprendre qui est leur Berger, et qui il n’est pas.
De plus, dans l’évangile de Jean, les verbes « connaître » et « aimer » sont très proches : quand les brebis écoutent leur berger, elles apprennent à le connaître et à le suivre, et plus elles le connaissent, plus elles l’aiment, car Jésus est infiniment aimable.
Enfin, les brebis portent une part de l’identité du bon berger. Pourquoi ? Parce que le berger est lui-même un agneau : « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (selon la définition de Jean le Baptiste en Jn 1,29). Connaître quelqu’un suppose de reconnaître chez lui quelque chose de co-naturel, quelque chose de familier. Et depuis l’Incarnation du Verbe, c’est chose faite… Les brebis sont à l’image de l’Agneau : aimantes et pleines de vie !

Alors, pourquoi ces deux Curriculum Vitae sont-ils porteurs d’espérance pour l’Église de aujourd’hui, dans son contexte sécularisé ? Eh bien, ces deux Curriculum Vitae présentés par le Christ font valoir combien le christianisme se comprend comme la foi en une relation interpersonnelle, au sein du troupeau, entre le berger et chacune des brebis, et non pas comme une religion au sens habituellement retenu par nos contemporains, c’est-à-dire en un sens de religion astreignante, de religion empêchant la joie de vivre. La foi catholique n’est pas un ensemble de « préceptes humains » (pour reprendre l’expression de Jésus lui-même dans les évangiles synoptiques) , un ensemble de normes de conduites, avec ses codes alimentaires ou vestimentaires, un ensemble de pratiques rituelles sans lien avec l’amour qui se donne… Le christianisme est la foi en une Personne vivante, en un Berger qui donne au christianisme quelque chose d’unique ; plein de joie, plein de vie. Soyons-en les témoins ! C’est ce que l’Église nous demande aujourd’hui, en cette 61e journée mondiale de prière pour les vocations, à travers la voix du pape François dans son message pour ce dimanche : « Appelés à semer l’espérance et à construire la Paix ». Face à « l’avancée menaçante d’une troisième guerre mondiale par morceaux », le pape François rappelle que « nous sommes tous appelés à donner corps et cœur à l’espérance de l’Évangile ». C’est depuis soixante ans que ce dimanche est consacré à la prière des catholiques du monde entier pour les vocations. C’est en 1964 en effet, en plein concile Vatican II, que le pape Paul VI a instauré cette journée mondiale de prière.

Prions donc pour les vocations : vocations à l’union conjugale, en n’oubliant pas qu’un mariage plein de joie et plein de vie, enraciné dans le sacrement du mariage, est un formidable témoignage pour les brebis égarées, et un vrai réconfort pour les brebis en difficulté au sein du troupeau. Vocations au sacerdoce, vocations à la vie religieuse.

En Jésus, l’alliance nouvelle est une alliance entre Lui et son peuple, avec tous les peuples, y compris les Grecs.

L’alliance dont parle le prophète Jérémie dans la première lecture est nouvelle parce qu’elle consiste à recevoir la Loi de Dieu au plus profond de soi-même, à l’inscrire dans son cœur et non plus à y souscrire en tant que membre d’un peuple, d’une communauté. C’est le passage d’un engagement, d’une foi communautaire à un engagement, une foi personnelle. Nous qui baignons dans une société où la personne individuelle est pleinement reconnue dans ses droits, nous ne pouvons qu’être sensibles à ce passage que fait la Parole de Dieu avec Jérémie.

Dieu ne donne pas pour autant l’individualisme comme modèle de vie. L’alliance nouvelle reste une alliance entre Lui et son peuple, avec tous les peuples, y compris les Grecs. C’est par le biais de Philippe, de nom grec, et d’André (mêmement), que ces Grecs arrivent à Jésus. Ces deux apôtres étaient capables de comprendre ces Grecs, puisqu’ils connaissaient leur langue. Nous pouvons déjà commencer à nous interroger si nous savons parler la langue (ou les langues) des peuples qui viennent vers nous, pour pouvoir détecter leur soif. Ces Grecs ont la soit de Dieu. Si les autres Juifs étaient venus à Jérusalem pour célébrer la Fête des Tentes qui rappelait leur séjour au désert et leur voyage vers la Terre Promise, est-ce que ces Grecs étaient concernés par cela? Oui, tout homme aspire à la liberté. Tous les peuples ont ce grand désir de voir Dieu, bien qu’ils puissent l’exprimer de diverses manières. Et ainsi, tous ces peuples voudraient bien sceller une alliance entre eux et Dieu (quoiqu’ils puissent l’appeler de diverses manières, comparables quelques fois à l’Ancienne Alliance entre Dieu et le peuple d’Israël.

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Tout concourt au bien pour celui qui garde confiance en Dieu, Lui le Maître de l’histoire. Son dessein miséricordieux est infaillible

Quelles que soient les infidélités de l’homme, la miséricorde de Dieu lui est acquise sans défaillance. C’est ainsi que l’auteur de la première lecture interprète l’histoire de l’exil babylonien. L’exil des juifs organisé par Nabucodonosor, en 587 av. J.C., après la destruction du Temple, et le retour de captivité autorisé par l’édit de Cyrus (roi païen) en 538, sont pour l’auteur du livre des Chroniques l’occasion d’une lecture religieuse de l’histoire. Le Seigneur n’est pas infidèle à son Alliance avec Israël, c’est le peuple qui s’est détourné de lui, qui s’est moqué des prophètes et s’est fourvoyé dans l’idolâtrie. Il s’est acheminé à la catastrophe. Mais Dieu reste fidèle : c’est par un roi païen qu’il accomplira la promesse de Jérémie annonçant que les exilés rentreront dans leur pays et rebâtiront le Temple. Ainsi l’auteur voulait-il maintenir vivante la confiance du peuple dans la fidélité de Dieu à ses promesses messianiques. Aujourd’hui encore des hommes et des femmes qui ne partagent pas notre foi, font avancer la démocratie, la justice et la paix. Ils sont inspirés par Dieu, les reconnaissons-nous ?

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