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« Igiti ciza cama ivyamwa vyiza, (…).Igiti kibi naco ntigishobora kwama ivyamwa vyiza ». (Matayo 7, 17-18, Luka 6,43-44)

Pape François (Crédit photo : Franco Origlia/Getty Images)

Pape François (Crédit photo : Franco Origlia/Getty Images)

Umuntu yoshobora kuvuga ko mu «gukinjura » kwa Papa Benedicto wa 16 yamenyesheje umuryango w’Abakristu ku wa 11 Ruhuhuma, yibwira ati kumbure Imana izoba yaronkeje Ekleziya yayo uwundi mwungere imbere y’uguhimbaza amabanga y’icungurwa ryacu muri iyi misi ya Pasika. Rabe ni ko vyagenze, Imana yaraduhaye Umupapa mushasha. Hamwe turirimba duti « tuguhaye mu vyo waduhaye », ubu naho twogira duti « Umukama yatoye mu muryango wacu uwo atugabira nk’Umwungere mwiza nyene » ngo abandanye igikorwa Yezu Kristu yasigaranye abatumwa muri Ekleziya. Ni akanyamuneza ko tugize umuryango uri mw’ivyiza bihimbara Imana, maze tukabiyihereza kugira ngo ice ibitugabira.

BENOÎT XVIAriko rero uwo Mupapa ariko arashimwa muri iyi misi mike amaze muri ubwo butumwa, umengo ntawari kumwitega muri uwo muryango wacu wari ugize imisi uvugwako canke wandikwako ibintu bigoye, vy’agacamutwe mbere, rimwe na rimwe bigatera ubwoba amanyamuryango. Ariko twese tworema, kuko Ekleziya ni Umuryango Mweranda nk’uko twama tubigaragaza mu kwemera. Ni ca giti ciza gitanga ivyamwa vyiza, naho ico kitabuza ko ico giti gikenera gututurwa, kugira ngo kibonereho kwama na ntaryo ivyamwa bihoraho. Muti none aho wakavugiye, ushaka kudushinakana he ? Ntunge mvuge nk’utuntu tubiri canke dutatu.

Papa Fransisko yatowe mu bihe bitoroshe vy’Ekleziya.

Uwobona mvuze uko yohava acika ivutu. Haba namba. Ibihe vyose Ekleziya irimwo vyama bihambaye naho atawovuga ko vyose ari co kimwe. Nkako nyene, kuva aho Imana ishingiye ihema ryayo hagati yacu, (suite…)

Habemus Papam: Sa Sainteté le Pape François: appelé “des confins” du monde.

« Annuntio vobis gaudium magnum; habemus Papam:  Eminentissimum ac Reverendissimum Dominum, Dominum Georgium Marium Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Bergoglio qui sibi nomen imposuit Franciscum ».

« Les Cardinaux sont venus me chercher aux confins du monde » : telles sont les premiers des mots que Sa Sainteté le Pape François a prononcé au Balcon de la Basilique Saint-Pierre devant une foule nombreuse de fidèles qui avaient défié la pluie en attendant le résultats des deux scrutins de l’après-midi, après la fumée noire de l’avant-midi du mercredi 13 mars  2013.  Il a fallu attendre un peu plus d’une heure après l’apparition de la fumée blanche advenue à 18h05 GMT (19h05 à Rome) pour acclamer le Cardinal de Buenos Aires, Jorge Mario Borgoglio, élu 266ème Successeur de Saint Pierre.

Qu’ai-je retenu après cette élection ? Que puis-je partager ?

Je commencerais par une petite observation qui ne manque pas d’implications même au niveau social. Quand je regardais la foule qui grossissait à vue d’œil à la place Saint Pierre, nonobstant la pluie qui s’était offert la soirée, je m’arrête, pensif. Une foule de gens qui attendent, dans de telles conditions, la proclamation, non garantie par ailleurs, de celui dont ils ne connaissent aucun détail. En effet, en dépit de l’opinion publique qui peut faire son cours dans les médias de la place comme dans ceux du monde entier (environ 6000 journalistes accrédités au Bureau de presse du Vatican en ces jours), je m’imagine combien nos peuples ont besoin d’une figure qui rassure, qui rassemble, un père, un Pape, qui qu’il soit, l’essentiel étant qu’il soit accueilli comme don de Dieu et qu’il aide le monde à trouver sens de la vie. Et le nom qui a suivi le« Habemus Papam » (nous avons un Pape) n’a pas manqué de surprendre l’opinion courante habituée aux attentes des sondages. Les pensées de Dieu ne se laissent pas enfermer dans les sondages et prospectives humaines, puis-je affirmer.

Le nouveau Pontife a choisi le nom de FRANCOIS. Signe éloquent tant pour l’Eglise que pour le monde. Les « grands » de ce monde le saluent déjà comme « champion de la cause des pauvres et des plus vulnérables » comme l’a dit Obama dans son message au nouveau Pontife. D’autres encore sont en train de faire ainsi. Ce nom rappelle surtout l’attitude de Saint François d’Assise, un saint Italien qui a beaucoup à dire à notre monde caractérisé par la dictature du relativisme, sans oublier même celle qui s’instaure au sein des démocraties qui ne respectent plus la conscience personnelle, surtout quand elle se dit éclairée par le message de l’Evangile considéré « à tort » comme dépassé. Saint François est une figure emblématique pour le dialogue entre les forts et les faibles, au niveau politique comme sur les autres plans, lui dont les témoignages mentionnent son « dialogue » avec les animaux féroces comme les loups. Qui serait plus cruel que les loups, excepté que les bavures  nos sociétés échappent souvent à l’entendement humain?

Quant au second message, j’estime, et j’en suis convaincu, que dans un monde où tout risque de se mesurer à la richesse que l’on a pour mériter l’estime, un monde où le plaisir charnel ne se tempère plus (ou presque pas), le choix de ce nom indique une radicalité d’une vie qui doit aller même à contre-courant sans être inquiété de rien. C’est un non au conformisme, un non au silence souvent complice ou peureux et qui succombe à la « Spirale du Silence » (Cfr Elisabeth Noelle-Neumann, The Spiral of Silence. Public Opinion, our social skin. The University of Chicago Press, 2nd Ed.  Chicago &London, 1993

Je n’oublierai pas  non plus de mentionner le facteur géographique dont je voulais offrir une vision différente de celle que j’ai cru entendre diffuse dans les rues (de Rome)après la première bénédiction à la ville de Rome  et au monde. Le nouveau Pape, fils d’émigrés Italiens, était Archevêque de Buenos Aires. Il est le premier Pape latino-américain, il devient Evêque de Rome. On ne devrait pas parler, pensé-je, du dépassement de l’euro-centralité, mais d’Universalité de l’Eglise qui n’est pas une confédération des Eglises, mais une communion : les Catholiques le savent bien. Quant à ceux qui pensaient à un pape noir, je pourrais « rire » disant qu’il est noir ! En effet, il est Jésuite : on a souvent dit au cours de l’histoire que le Supérieur Général était comme un « pape noir », qui n’est pas donc vrai pape, et voici que la Pape François est le premier Jésuite à siéger sur la Chaire de Saint-Pierre. Me dois-je laisser surprendre du fait qu’il prend ce nom du saint fondateur des franciscains et non un nom d’un saint Jésuite ? En réalité, je ne devrais pas sauf si je me laisse remorquer par l’esprit de notre temps qui ne veut enfermer sa vision que dans ses propres rangs, craignant de reconnaître le bien, d’où qu’il vienne. N’est-ce pas récurrent que les gestionnaires de nos cités ne regardent pas ailleurs, vers d’autres compétences, pour le bien de tous ? Cette ouverture devrait être une leçon au monde actuel.

Attendons d’ores-et-déjà les prochaines apparitions publiques, en l’occurrence,  devant les médias et communicateurs sociaux (ce samedi à 11heures), au premier angélus de ce dimanche et, la semaine prochaine, lors de la messe inaugurale du Pontificat et au cours de la traditionnelle audience générale qui se tient chaque mercredi.

Viva el Papa ! (expression chérie du monde hispanophone dont il est issu).

« Danger public » d’une politique seulement contestataire

Quand la « mauvaise » comme la « bonne » communication produisent   malheureuAbbé Lambert Riyazimanasement les mêmes effets, surtout en propagande politique, nous tombons dans l’impasse comme il est le cas actuel de l’Italie. Personne ne sait plus quoi faire, ignorant surtout ce qui a été à la base du résultat. Pouvons-nous toujours soutenir que « la fin justifie les moyens » ? Lesquels ? Désillusionnons-nous, surtout en politique, ce n’est pas toujours celui qui a présenté un bon projet de société qui a le plus de voix, mais celui qui a su bien communiquer. Que se passerait-il si deux ou trois candidats ont le même (ou presque) programme ? Aurons-nous une nette diversité de projets politiques au Burundi, ou simplement une diversité de propagande ? Tentons d’apprendre de l’expérience des autres.

Le Canadien Marshall McLuhan avait et a raison quand il dit que l’essentiel du message n’est pas seulement dans le contenu véhiculé, mais surtout la manière utilisée pour délivrer le message. « The medium is the message », écrivait-il dans la 2ème moitié du 20ème siècle, parlant du développement des systèmes technologiques de communication. Cette idée scientifiquement vérifiée n’est pas à restreindre au domaine des instruments techniques de communication, excluant les gestes, les stratégies humaines qui nous aident à convaincre l’interlocuteur, surtout dans le domaine de la communication en politique. A la lumière des dernières législatives en Italie, on pourrait porter un regard sur notre réalité burundaise où les leaders d’opinion risquent d’être plus nombreux sans qu’il y ait différence notable d’approche de notre situation. Comment les distinguer ?

Un regard sur les législatives de février 2013 en Italie.

Je m’arrêterai seulement sur la communication entretenue par les 4 premiers (selon les résultats obtenus) chefs des coalitions.

La « Scelta Civica » (Choix civique) était présidée par le Professeur Mario Monti, appelé dès la fin de 2011 à former et diriger le gouvernement qui devait sauver une Italie au bord du gouffre de la récession économique de la zone Euro. Je me rappelle surtout cette scène des Romains qui se sont rassemblés à la place publique pour chanter « le Hallelujah » de Händel au départ du Cavalier (Berlusconi). Libérés ? Peut-être ; attendons l’épreuve du temps. La politique d’austérité du professeur a consacré une augmentation des taxes. Je me suis rendu un jour à la poste pour envoyer le courrier à la police des étrangers afin de renouveler mon permis de séjour, une vignette que j’avais achetée une année avant coûtait 5 fois plus. L’œuvre pourtant appréciée par la politique extérieure a été pesante pour les habitants de la péninsule. Monti en paiera les conséquences quand il dira qu’il entend continuer sur la même lancée une fois élu. Les électeurs se sont montrés fatigués d’une politique qui apprivoise la louange étrangère.

Le Chevalier Berlusconi avec un slogan de sa coalition (Centre-droite), un peu ambigu, revint sur le champ où il n’est pas novice. « Ora, credici » (Maintenant, croyez-nous ou croyez-y, peut-on traduire le CI). On l’avait cru comme affaibli surtout par les procès interminables (il vient d’être condamné à un an de prison : voir ici). Cet homme politique a su exploiter sa carrière d’homme d’affaire. Tous les jours aux écrans des TV (il est propriétaire de 3 chaines TV !), chaque fois avec un slogan facilement assimilable, exploitant le malaise provoqué par son successeur, allant jusqu’à écrire au citoyens une lettre promettant la restitution des taxes sur l’immobilier, pour quiconque l’élira et surtout se présentera au bureau de vote avec la lettre. « Abantu ni bamwe ! » Fraude ou non, achat des consciences ? On n’a pas su qualifier cela à l’unanimité. Ses campagnes sont avant tout une fête : musique, spectacle,…, et quand les cordes sensibles sont tendues, le Cavalier vient les caresser et il n’a plus besoin de présenter des projets immenses pour convaincre. Tout est joué. On n’a pas besoin de Doctorat en Psychosociologie pour le comprendre.

Pier Luigi Bersani du Centre-Gauche exploita le même malaise, comme économiste ayant géré comme ministre ce secteur, s’arrêtant surtout à contester plus qu’il n’ait proposé pour le pays. Parlant énergiquement, chemises à longues manches, cependant retroussées, il a su montrer qu’il est fort. Il n’est différent pas de Poutine (Russie) qui l’a souvent montré en traversant les villes à cheval ! Oui, il peut travailler, il est un autre Obama dont le style est le même quand il court avant d’arriver au podium. Nos hommes sont efficaces et efficients pour la technique du « culte du corps ».

Beppe Grillo, chef du Mouvement 5 Etoiles, né sur le web aura été le contestataire féroce de l’histoire récente. Homme comique et comédien, humoriste, blogueur, il prôna le renvoi de tous les politiciens (c.à.d. ceux qui se sont servi des partis politiques) : «Mandiamoli tutti a casa (= renvoyons-les tous à la maison) puisque ces hommes politiques ont démérité. Nous ne vivons que la misère. Il lance ses idées en homme charismatique, il n’a pas besoin de lire,… c’est l’heure de l’engouement pour une nouvelle réalité, « politiquement non-politique » puis-je dire, me gardant de comparer cela avec notre société civile. L’ambiance est plus que festive, plus propice que celle de Berlusconi pour convaincre. Il est fort, c’est le comble de la technique du « culte du corps » : le corps du chef a une puissance thaumaturgique (regardez-le). Le corps parle plus que les mots. Ce n’est pas un hasard si Hilary Clinton depuis un certain temps, ne se maquille plus de façon notable : elle doit démontrer qu’elle n’est plus cette jeune adolescente si elle pointe plus haut : la Maison Blanche. Let’s wait and see !

Avec l’exploitation de l’archétype de la sensibilité au mal, tous ceux qui sentent le poids des jours sont remorqués par les discours plus dénonciateurs que propositifs. Les mêmes techniques ont produit presque les mêmes effets : il n’y a pas eu de vainqueurs au vrai sens du terme. Aucune coalition n’a eu de majorité qui puisse faire passer la loi dans les deux chambres du parlement, alors que les deux ont les mêmes prérogatives. Qui formera le gouvernement quand les alliances sont impossibles? Personne. On parle déjà de la possibilité de retour aux urnes.

Quelles leçons pour le Burundi qui se prépare aux élections?

J’estime qu’il est grand temps de revoir nos manières de communiquer et de former l’opinion publique. Il nous faut reposer la question du service public et oser y répondre. Quand on j’écoute les discours de la plupart de mes compatriotes, je peux dire sans peur d’être contredit que le mal pèse plus dans leurs consciences (et c’est une réalité de notre nature humaine) qu’ils n’arrivent pas à faire un équilibre entre la dénonciation et la proposition d’idées concrètes pour le pays. Si on devait commencer la campagne électorale pour les prochaines élections avec un ton simplement contestataire (ce qui est efficace pour gagner le consentement de l’électorat), à la fin on n’aura pas fait grand-chose pour le pays ; on se sera servi du peuple meurtri par tant de souffrance au lieu de servir ce dernier. Il est du devoir de l’opposition politique de décrier les abus du pouvoir, mais cela ne suffit pas. Il faut un autre pas. Il est des prérogatives du pouvoir de gérer les affaires publiques, au service du peuple, mais pas de se servir de tout cela pour sa des intérêts égoïstes : le service public exige collaboration inclusive et je déplore le fait que ce sont presque les mêmes voix qui nous comment l’actualité.

Le domaine des médias constitue une force non négligeable pour orienter le débat public (l’agenda setting), mais je me demande s’ils ont jamais fait une évaluation en termes de pourcentage pour voir le rapport entre l’information dénonciatrice et celle qui propose de bons exemples qui pourraient contribuer, non au service du pouvoir en place, car cela est la tentation, mais à celui du peuple dont ils se réclame être porte-parole et serviteurs. Allons-nous essentiellement alourdir la conscience de notre peuple et exploiter sa faiblesse (qui n’est pas l’apanage des Burundais) et faire passer pour publique notre propre opinion, nos intérêts égoïstes ?

Je pourrais peut-être comprendre ce déséquilibre du moment que, souvent, on nous fait entendre comment sonnait le téléphone d’un tel administratif, qui n’a pas été à un tel moment, prêt à collaborer, et qui se lamentera le lendemain. Ce dernier devrait aussi savoir qu’il en va de son devoir d’être au service du peuple par le biais de ces médias, qui, de leur part, doivent nous parler : s’il n’est pas prêt à dire quelque chose, le journaliste trouvera quelqu’un d’autre pour le dire ! Ils ne sont pas à voir toujours comme acteurs de l’opposition, mais ils sont appelés à plus de professionnalisme et d’équilibre. Avez-vous par hasard vu un journal sorti avec des pages vierges par la simple raison qu’il y a eu vide d’informations ? Il est grand temps de poser la question du service public, en ses diverses dimensions. Comme ils ont le pouvoir de parler à un grand auditoire, les médias devraient nous aider à démasquer toutes ces finesses de la communication politique pour aider le peuple burundais à bien lire l’actualité de la vie quotidienne, puisque le journalisme ne consiste pas essentiellement à faire un « reportage » de ce qui s’est passé, mais à « donner une clé de lecture » de ce qui se passe. Cela dit en langage plus professionnel, ils doivent se poser la question du contenu du premier W (What ?) des 5 traditionnelles questions journalistiques. Evidemment, si ces médias sont vraiment professionnels pour ne pas céder à la tentation d’être de simples relayeurs des intérêts des autres leaders d’opinion ! A bon entendeur…