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Le bonheur ou le Ciel, c’est Dieu lui-même vivant au milieu de son peuple et en ses témoins : « les saints » que nous célébrons en ce jour solennel de la Toussaint.

La sainteté chrétienne aurait-elle quelque chose de sectaire ? En effet les textes liturgiques de la Toussaint ont recours principalement au vocabulaire de la pureté pour exprimer le mystère de la sainteté. Or celui-ci peut être assez trompeur. Beaucoup de réformes dans l’histoire de l’Eglise recourant à la logique de la pureté sont devenues progressivement des sectes composées de membres où l’on se considérait comme des purs séparés de l’impureté des masses : que l’on songe au montanisme de Tertullien au III° siècle ou encore aux cathares au XIII°. La recherche de la pureté peut donc avoir quelque chose de très ambigu et de non évangélique. Il faut donc bien comprendre le lien qui existe entre pureté et sainteté pour ne pas tomber dans une conception désincarnée et pharisienne de l’appel universel à la sainteté. Mais où trouver ce lien ? Peut-être dans le regard…

Ce sont les béatitudes qui nous mettent sur la bonne piste. Jésus proclame dans l’évangile le bonheur des cœurs purs : « Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu. » La pureté dont il s’agit est celle du cœur, donc de la personne dans toutes ses dimensions. Cette pureté a des conséquences sur le regard. Celui qui a le cœur pur reçoit la promesse de voir Dieu. Jésus précise plus loin dans le sermon sur la montagne que l’œil est la « lampe du corps » (6,22) qui laisse passer la lumière et rend le corps lumineux. La pureté qui caractérise la sainteté serait donc une qualité d’ouverture du regard qui permet à la lumière de passer et ainsi de voir. « Par ta lumière, nous voyons la lumière » chante le psalmiste (Ps 36,9). Les saints ont un regard droit et ouvert par lequel la lumière de la foi s’engouffre et leur donne de voir un autre niveau de réalité : ils sont capables de contempler l’œuvre de Dieu au long des jours. Alors que nous, souvent, notre regard est étroit, marqué par la suspicion, la méfiance ou le jugement envers les autres ; notre champ de vision est ainsi très limité et nous ne voyons pas la réalité.

La Toussaint atteste qu’à la fin de notre existence terrestre la vie n’est pas détruite : elle est transformée. Tous nous sommes appelés à ressusciter un jour avec le Christ, à être associés à sa gloire éternelle, à son bonheur sans fin. « Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; mais nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». Avec tous les saints, c’est-à-dire tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont accepté de se laisser saisir et transformer par l’amour rédempteur, nous exulterons devant la face de Dieu : « … de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : “Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau !” ». Oui, tous ceux qui se laissent transformer parce que les béatitudes ne peuvent pas être une conquête humaine, mais un don de Dieu que nous accueillons chaque jour. Et il ne s’agit pas de penser que c’est une réalité que nous renvoyons à plus tard, dans l’au-delà, puisque Jésus nous en parle en utilisant aussi bien le présent que le futur.

 Ainsi, les lectures de cette solennité de la Toussaint (suite…)

Ayons un regard ouvert au bien, bienveillant envers tous. Notre Dieu embrasse largement. Il s’offre à tous.

HomélieDieu qui vient à notre rencontre dans cette liturgie est un Dieu qui embrasse largement ! La première lecture et les premiers versets de l’Évangile du jour, nous disent quelque chose du sens de l’ouverture de notre Dieu. Il n’est pas le Dieu d’une secte, d’un cercle fermé, il est le Dieu pour tous. Il s’offre à tous. La deuxième lecture et les derniers versets de l’Évangile, nous amènent, sans transition et sans détour, à la question du mal, plus exactement à la responsabilité humaine dans cette question. Un Dieu qui embrasse largement !

Une tentation vieille comme l’humanité : celle de se croire les meilleurs, les dépositaires exclusifs de la vérité, les seuls qui font le bien. C’est une tentation qui touche les sociétés et les communautés dans leurs diversités. Même l’Eglise du Christ n’est pas épargnée, comme il en a été le cas aussi dans l’Ancien Testament. Dieu notre Père a déposé des semences du bien en toute personne créée à son image et à sa ressemblance, et ces semences peuvent toujours porter du fruit même quand on ne s’y attend pas. Dieu veut le salut de tous. C’est pour cela qu’il veut modeler notre intolérance par la réaction de Moïse qui souhaiterait que chaque Israélite soit docile à l’Esprit de Dieu et sache se gouverner et aider les autres ; même son de cloche chez le psalmiste qui reconnait que personne ne peut discerner tous ces erreurs, parce qu’il en aura toujours celles qui nous échappent et en profite pour demander pardon pour des péchés d’orgueil. Jésus donne douche froide à Jean pour ses prétentions qui risquent d’éclipser même la place du Maître : « nous avons voulu l’en empêcher parce qu’il n’est pas de ceux qui nous suivent ».

La 1ère communauté des fidèles a dû affronter ce problème, si vraiment (suite…)

« Tu es le Christ ». Et nous sommes tes disciples. Aide-nous à être cohérent(e)s avec notre identité et te suivre où tu veux nous conduire.

La question que Jésus pose à ses disciples constitue le noyau central des Evangiles et l’interrogation des hommes et femmes de tous les temps. Hérode se posait la même question: « Qui est celui-ci? » (Lc9,9). Les disciples lui rapportent ce que pensent l’opinion publique à son sujet, et d’une manière unanime, celle-ci lui reconnait un caractère particulier : un homme de bien, un homme de Dieu, un prophète. Pourtant? Ces réponses manquent quelque chose d’essentiel : elles évoquent toutes des choses du passé, un passé merveilleux. Elles sont incapables de s’ouvrir au futur, à la nouveauté, elles ne rendent pas capables « d’élever les cœurs » et de « les tourner vers le Seigneur », comme nous le répétons à chaque célébration eucharistique qui actualise pour nous le mystère de notre rédemption. Que de fois nous sommes restés prisonniers du passé! Quand les choses allaient encore bien! S’est-elle éteinte d’âge en âge, la Parole? L’amour du Seigneur pour nous, a-t-il donc disparu? Ainsi s’interroge le psalmiste.

Césarée de Philippe.

Après l’épisode de Tyr et Sidon, avec les douze, Jésus s’est retiré dans la région de «Césarée-de-Philippe », ville construite par le tétrarque Hérode-Philippe près des sources du Jourdain, et ainsi dénommée en l’honneur de l’empereur Auguste. Jésus a-t-il voulu susciter la reconnaissance de son identité messianique sur l’horizon de cette cité élevée à la gloire des grands de ce monde, afin de suggérer l’antagonisme irréconciliable entre le Royaume de son Père et les Empires d’ici-bas ? Ou bien a-t-il choisi ce lieu paradisiaque où l’eau coule en abondance et où la végétation est luxuriante, pour signifier que l’accueil de la révélation donne accès à la nouvelle création ? Peut-être faut-il conjuguer les deux interprétations : Jésus pourrait en effet suggérer par ce choix géographique, que l’on n’accède au nouvel Eden qu’en renonçant aux fastes d’ici-bas ?

Césarée était dite « de Philippe » : ce prince avait entrepris de reconstruire la ville

(suite…)