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Communiquer la Famille chrétienne : source intarissable de vie nouvelle.

Dans la basilique ST Pierre. (Photo d'ANDREAS SOLARO / AFP)
Dans la basilique St Pierre. (Photo d’ANDREAS SOLARO / AFP)

En vue de bien se préparer à communiquer sur les travaux et les sessions du prochain synode sur la famille (octobre 2014, et 2015), les porte-parole et les attachés de presse des conférences épiscopales d’Europe se sont réunis à Lisbonne, du 11 au 14 juin 2014 à l’invitation du Secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale portugaise, le père Manuel Barbosa, pour faire le point, en vue de bien communiquer, sur ce sujet très présent dans les médias. Ils ont aussi cherché à comprendre la communication du Pape François, qui est vraiment un phénomène médiatique mondial.

Par le biais d’une introduction présentée par Paul Wuthe, porte-parole de la Conférence épiscopale d’Autriche, les porte-parole de l’Eglise en Europe ont analysé le ‘phénomène médiatique’ du Pape François, véritable communicateur global. Dès son élection, le Pape François a été très présent dans les moyens de communication sociale. Il ne se passe pas un jour sans que le Pape ne soit présent dans les quotidiens du monde entier, ne remplisse les pages de facebook ou fasse l’objet de tweet. Sa communication n’est pas le fruit d’une stratégie médiatique. Elle se compose de mots et de gestes simples, mais toujours significatifs et qui ont su éliminer les distances avec les gens, en mettant en exergue la proximité du Pape avec tous. Ce ‘style de narration’ du Pape François, qui se reflète dans la cohérence et l’authenticité de sa vie comme successeur de Pierre, est une opportunité pour toute l’Église et ouvre à la possibilité d’un dialogue authentique avec le monde. Le Pape non seulement a conquis le cœur des gens, mais il a également changé l’attitude de beaucoup de journalistes, qui sont désormais plus ouverts et disponibles à écouter les raisons de l’Eglise. Sa communication, faite d’expressions courtes et concises, comporte cependant quelques risques, étant donné la nature simplificatrice et réductionniste de la culture médiatique actuelle. Au communicateur ecclésial revient la tâche de continuer à raconter toute la vie de l’Église et l’annonce de l’Évangile, même en s’opposant aux mainstream médiatiques quotidiens, afin d’éviter de tomber dans le culte de la personne.

À Lisbonne, les communicateurs de l’Église se sont également préparés, avec le Cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire Général du Synode des Évêques et au Père Federico Lombardi, Directeur de la salle de presse du Vatican, à communiquer la prochaine Assemblée extraordinaire sur la Famille. Le Synode sur la famille est en réalité un processus qui suivra différentes étapes et qui a mis en mouvement les différentes composantes de la communauté chrétienne. Il a commencé par la grande diffusion d’un questionnaire, qui ne doit pas être vu comme un sondage de l’Église sur la famille, mais plutôt comme une collecte d’informations concernant les modèles pastoraux et les défis que la société contemporaine, caractérisée par un individualisme écrasant, pose à la famille. Le parcours du Synode sur la famille prévoit l’élaboration d’un document de travail (instrumentum laboris) qui sera présenté  en conférence de presse le 26 juin par le Synode des Évêques et qui représentera la base de la réflexion des participants à l’Assemblée extraordinaire du mois d’octobre (5-19), parmi lesquels se trouveront les Présidents des Conférences épiscopales du monde entier. Ce sera, cependant, le Synode des Évêques sur la famille, prévu probablement pour 2015, à représenter l’Assemblée de conclusion de ce processus qui aura duré deux ans.

De ces débats se détache l’image d’une Église qui, même en ce sens, mise sur la transparence de son action, qui ne craint pas la comparaison et qui est prête à écouter les défis posés par l’histoire, en proposant à nouveau la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à la famille chrétienne, comme véritable source d’espérance et de vie nouvelle. En d’autres termes, la prochaine assemblée synodale correspondra à l’idée bien précise du gouvernement synodal et d’une communion affective et effective du collège épiscopal avec le successeur de Pierre, que le Pape François a annoncé dès le début de son pontificat.

Il a été aussi rappelé qu’il ne faut pas oublier à montrer qu’il s’agit d’un synode universel et non seulement européen et que, par conséquent, les réponses, à la fin de tout ce processus, auront sans doute une portée universelle et ne seront pas exclusivement indiquées pour le vieux continent. C’est de là que découle l’invitation à ne pas adopter une approche qui s’adresse uniquement à la casuistique, c’est-à-dire à ne pas se concentrer seulement sur les cas, les situations difficiles, qui ne rendent pas pleinement compte du véritable défi posé à l’Église et qui ne permettent pas de témoigner la beauté concrètement exprimée par des millions de familles chrétiennes qui vivent quotidiennement l’Évangile de Jésus.

SOURCE: CCEE

Pape François : « J’aimerais rester dans l’Histoire comme un brave type qui a fait de son mieux » – Aleteia

Dans un entretien exclusif accordé au journal catalan La Vanguardia, le Pape répond à une vingtaine de questions, même les plus personnelles et intimes.

Au lendemain de la prière pour la paix avec les présidents d’Israël et de Palestine, le pape François a reçu Religion en Libertad  avec le quotidien espagnol La Vanguardia, le lundi 9 juin au Vatican  pour une longue interview exclusive. Le pape était heureux d’avoir fait tout son possible pour l’entente entre Israéliens et Palestiniens. De la persécution des chrétiens à la violence au Moyen-Orient, en passant par l’antisémitisme, le fondamentalisme, les modèles économiques, le rôle de Pie XII, la renonciation du pape Benoît XVI …le Pape a répondu à plus d’une vingtaine de questions, même les plus personnelles…

La persécution des chrétiens ne cesse de croître             
Les chrétiens persécutés sont une préoccupation qui me touche de près en tant que pasteur. Je sais beaucoup de choses sur les persécutions, mais il ne me semble pas judicieux d’en parler ici pour n’offenser personne. Mais dans certains endroits, il est interdit d’avoir une Bible ou d’enseigner le catéchisme, ou encore de porter une croix…  Je tiens à préciser une chose : je suis convaincu que la persécution des chrétiens  est plus forte aujourd’hui que dans les premiers siècles de l’Église. Il y a plus de martyrs que par le passé. Et ce n’est pas de l’imagination, mais des chiffres.

La violence au nom de Dieu domine le Moyen-Orient.
C’est une contradiction. La violence au nom de Dieu ne correspond pas à notre époque. C’est quelque peu dépassé. Dans une perspective historique, il faut dire que, parfois, nous les chrétiens, l’avons pratiquée. Quand je pense à la guerre de Trente Ans, c’était la violence au nom de Dieu. Aujourd’hui, c’est inimaginable, n’est-ce pas? Parfois, nous arrivons, par la religion, à des contradictions très graves. Le fondamentalisme,  par exemple. Les trois religions, nous avons nos groupes fondamentalistes, petits par rapport à tout le reste.

Et que pensez-vous du  fondamentalisme?
Un groupe fondamentaliste, même s’il ne tue personne, même s’il ne frappe personne, est violent. La structure mentale du fondamentaliste est la violence au nom de Dieu.

Certains disent que vous être un révolutionnaire.
Pour moi, la grande révolution, c’est d’aller aux racines, de les reconnaître et de voir ce qu’elles ont  à dire aujourd’hui. Il n’y a pas de contradiction entre être révolutionnaire et aller à la racine. Mieux encore, je pense que pour opérer de vrais changements, il faut savoir dans la vie d’où on vient, comment on s’appelle, quelle est sa culture et sa religion,

Vous avez brisé de nombreux protocoles de sécurité pour approcher les gens.
Je sais qu’il peut m’arriver n’importe quoi, mais c’est dans les mains de Dieu. Je me souviens qu’au Brésil, on m’avait préparé une papamobile blindée….  Mais comment voulez-vous que je dise bonjour aux gens et aussi que je les aime si je suis dans une boîte à sardines…  Tout peut arriver, c’est vrai; mais, soyons réalistes, à mon âge je n’ai pas beaucoup à perdre.

Pourquoi est-il important que l’Eglise soit pauvre et humble ?
Pauvreté et humilité sont au cœur de l’Évangile et je le dis dans un sens théologique, pas sociologique. On ne peut pas comprendre l’Evangile sans la pauvreté, mais il faut la distinguer de la  misère. Je crois que Jésus veut que les évêques ne soient pas des princes, mais des serviteurs.

Que peut faire l’Église pour réduire l’écart croissant entre les riches et les pauvres ?
Il est prouvé qu’avec les restes de nourriture, il y aurait assez à manger pour nourrir ceux qui ont faim. Quand vous voyez des photographies d’enfants sous-alimentés, vous avez la gorge serrée. Je crois que notre système économique n’est pas bon. L’homme doit être placé au centre de tout système économique, l’homme et la femme. Tout le reste doit être au service de l’homme. Mais nous avons placé l’argent au centre, le dieu argent. Nous sommes tombés dans le péché de l’idolâtrie, l’idolâtrie de l’argent.

L’économie est mue par le désir d’avoir toujours plus et, paradoxalement, alimente une culture de l’exclusion, de la mise à l’écart. On met de côté les jeunes quand on limite la natalité. On met à l’écart aussi les personnes âgées, considérées comme une classe passive, qui ne produit  plus … Ce sont ainsi les forces vives et la mémoire des peuples qui sont mises à l’écart….

Je suis vivement préoccupé par le taux de chômage des jeunes qui, dans certains pays, est supérieur à 50%.  Ce sont ainsi 75 millions de jeunes de moins de 25 ans qui seraient au chômage. Une monstruosité !  Nous mettons à l’écart toute une génération pour maintenir un système économique intolérable ; un système qui, pour survivre, doit faire la guerre, comme l’ont toujours fait  les grands empires.
Comme on ne peut pas faire une troisième guerre mondiale, on fait des guerres locales.  Et qu’est-ce que cela signifie? Qu’on fabrique et vend des armes, les grandes économies mondiales sacrifient l’homme sur l’autel de l’argent roi. Cette pensée unique nous enlève la richesse de la diversité de pensée et, par voie de conséquence, la richesse d’un dialogue entre personnes. La mondialisation peut être une richesse. Une mondialisation mal comprise est celle qui annule les différences […]

Le conflit entre la Catalogne et l’Espagne vous préoccupe-t-il ?
Toute division me préoccupe. Il faut distinguer les indépendances par émancipation et  par sécession. Les premières, par exemple, sont celles utilisées par les Etats latino-américains. Les secondes opèrent un démembrement, qui parfois est très clair. Evidemment il y a des peuples avec des cultures si diverses que même avec de la colle il est difficile de les raccrocher. Le cas de l’ex-Yougoslavie est très clair, mais je me demande  si c’est  aussi clair pour d’autres peuples qui jusqu’à présent étaient unis avec d’autres. Il faut voir au cas par cas. L’Ecosse, la Padanie, la Catalogne. Il y a des cas qui seraient justes et des cas qui ne le seraient pas, mais la sécession d’une nation sans un passé d’unité forcée, il faut la prendre avec beaucoup de pincettes.

La prière pour la paix  du dimanche n’a pas été facile à et n’avait pas de précédents au Moyen-Orient ni dans le monde. Qu’avez-vous ressenti ?
Vous savez que cela n’a pas été facile parce que vous étiez dans le coup. Je sentais que c’était quelque chose qui nous échappait à tous. Au Vatican, 99% disaient que ça ne se ferait pas et ensuite le 1% a augmenté. Je sentais que nous étions poussés à  une chose qui ne nous était jamais arrivée et que, petit à petit, cette chose prenait forme. Ce n’était en rien un geste politique – je l’ai senti d’emblée –  mais un acte religieux : ouvrir une fenêtre sur le monde.

Pourquoi avez –vous voulu aller dans l’ouragan qu’est le Moyen-Orient ?
Le véritable ouragan, en raison de l’enthousiasme soulevé, fut la Journée mondiale de la jeunesse l’an passé.  J’ai décidé de me rendre en Terre Sainte parce que le président Shimon Peres m’a invité. Je savais que son mandat finissait ce printemps, aussi j’ai dû avancer mon voyage. Son invitation a précipité le voyage.

Pourquoi est-ce important pour un chrétien d’aller en Terre sainte?
Pour la Révélation. Pour nous, c’est là que tout a commencé. C’est comme “le Ciel sur la terre”. Un avant-goût de ce qui nous attend dans  l’au-delà, dans la Jérusalem céleste,

Vous et votre ami le rabbin Skorka vous vous êtes embrassés devant le mur des Lamentations. Quelle importance ce geste a-t-il eu pour la réconciliation entre chrétiens et juifs?
Devant le Mur il y avait aussi mon bon ami le professeur Omar Abu, président de l’Institut du Dialogue interreligieux de  Buenos Aires. J’ai voulu l’inviter. Il est ami aussi du rabbin Skorka et je les aime beaucoup tous les deux, et j’ai voulu que cette amitié entre nous trois soit perçue comme un témoignage.

Vous avez dit il y a un an que  « dans chaque chrétien, il y a un juif ».
Il serait plus juste et sérieux de dire « qu’on ne peut pas être un vrai chrétien si on ne reconnait pas ses racines juives ». Je ne parle pas de juif dans le sens sémitique de race mais dans un sens religieux. Je crois que le dialogue inter-religieux doit plonger dans la racine juive du christianisme et dans la floraison chrétienne du judaïsme. Je prie tous les jours l’office divin avec les psaumes de David. On récite les 150 psaumes en une semaine.  Donc ma prière est juive, et ensuite j’ai l’eucharistie, qui est chrétienne.

Comment voyez-vous l’antisémitisme?
Je ne saurais l’expliquer, mais je crois que l’antisémitisme est très lié, d’une façon générale et sans que cela soit une règle fixe, aux courants de droite plutôt que de gauche. Il y a encore des négationnistes de la Shoah. Une folie.

Vous avez pour projet d’ouvrir les archives vaticanes sur l’holocauste.
Cela apportera beaucoup de lumière.

Etes-vous préoccupé, par ce qu’on pourrait découvrir ?
Ce qui me préoccupe, c’est la figure de Pie XII, le Pape qui a dirigé l’Eglise durant la Seconde guerre mondiale. Le pauvre, ils ont tiré tous sur lui à boulet rouge. Mais il ne faut pas oublier qu’avant il était considéré comme le grand défenseur des juifs. Beaucoup se sont cachés dans des couvents de Rome et dans d’autres villes italiennes  et même dans la résidence d’été de Castel Gandolfo.  Dans sa propre chambre, 42 bébés de personnes juives ou d’autres réfugiés sont nés ». «Non pas que Pie XII n’ait pas fait d’erreurs, moi-même j’en fais beaucoup, mais son rôle doit être compris  dans le contexte de l’époque. J’avoue avoir une sorte d’urticaire existentiel  quand je vois tout le monde s’en prendre à l’Église et à Pie XII, et qu’on passe sous silence les grandes puissances. Savez-vous qu’elles connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire des nazis pour mener les juifs dans les camps de concentration ? Elles avaient les photos. Mais elles n’ont pas bombardé les voies de chemins de fer. Pourquoi ? Il serait bon que nous parlions de tout ça un petit peu.

Vous sentez-vous comme un prêtre ou assumez-vous votre rôle de tête de l’Eglise?
La dimension de prêtre est celle qui montre le plus ma vocation. Servir les gens est ancré au plus profond de moi, comme d’éteindre la lumière pour faire des économies. Mais dans le même temps, je me sens Pape. Cela m’aide à faire les choses avec sérieux. Mes collaborateurs sont sérieux et professionnels Je suis aidé pour accomplir mon devoir. Je ne joue pas au pape pasteur. Ce serait immature. Quand un chef d’Etat vient, je veux le recevoir avec la dignité et le protocole qu’il mérite. Il est vrai que j’ai des problèmes avec le protocole, mais je dois le respecter.

Vous changez beaucoup de choses. A quoi mènent ces changements ?
Je ne suis pas un illuminé. Je n’ai pas de projet personnel, tout simplement parce que je n’ai jamais pensé qu’on allait me laisser là, au Vatican. Je suis venu avec une petite valise pour retourner à Buenos Aires,  et ce que je fais, c’est mettre en œuvre ce à quoi nous les cardinaux  avons réfléchi lors des congrégations générales … Ces réflexions ont conduit à des recommandations. Une très concrète a été que le prochain pape devait compter sur des conseillers extérieurs, autrement dit sur une équipe de conseillers extérieurs au Vatican .

Et vous avez créé ledit Conseil des Huit.
Huit cardinaux de tous les  continents et un coordinateur. Ils se réunissent tous les deux à trois mois. Le 1er juillet, nous avons quatre jours de réunions, et nous allons opérer les changements que les mêmes cardinaux nous demandent. Ce n’est pas obligatoire, mais ce serait imprudent de ne pas écouter ceux qui savent.

Vous avez fait aussi un grand effort pour vous rapprocher de l’Eglise orthodoxe
La venue à Jérusalem de mon frère  Bartolomé Ier avait pour but de commémorer les 50 ans de la rencontre entre Pablo VI et d’Atenagoras Ier. Une rencontre après mille ans de séparation. Depuis le Concile Vatican II, l’Eglise catholique  et l’Eglise orthodoxe font des efforts pour se rapprocher. Avec certaines Eglises orthodoxes, la proximité est plus grande qu’avec d’autres. J’ai voulu que  Bartolomé Ier vienne avec moi à Jérusalem, et là est né le projet qu’il viendrait aussi à la prière du Vatican. Pour lui, ce fut un pas risqué. Certains pourraient le lui reprocher, ce geste d’humilité pour nous était nécessaire car il n’est pas concevable que, nous chrétiens, soyons divisés. C’est un péché historique que nous devons réparer.
[…]

Vous avez connu de nombreux chefs d’Etat.
Oui beaucoup, et la variété est intéressante. Chacun a sa personnalité. J’ai été frappé par un fait transversal entre les hommes politiques jeunes, qu’ils soient du centre, de gauche ou de droite. Peut-être parlent-ils des mêmes problèmes, mais avec une musique différente, et ceci me plaît, me donne de l’espoir, car la politique est l’une des formes les plus élevées de l’amour, de la charité. Pourquoi?  Parce qu’elle mène au bien commun. ..Il y a une quinzaine d’années, les évêques français ont écrit une lettre pastorale qui est une réflexion : « Réhabiliter la politique ». Un texte précieux qui vous fait prendre conscience de ces choses.

Que pensez-vous de la renonciation de Benoît XVI ?
Le pape Benoît a accompli  là un geste très grand. Il a ouvert une porte, créé une institution, celle d’éventuels papes émérites. Il y a 70 ans, il n’y avait pas de papes émérites. ? Comme nous vivons plus longtemps, nous atteignons un âge où nous ne pouvons pas poursuivre nos activités plus avant. Je ferai la même chose que [Benoît XVI], poursuit-il. Je demanderai au Seigneur qu’il m’éclaire lorsque viendra le moment et qu’il me dise ce que je dois faire. Je suis sûr qu’il me le dira..

Vous avez une chambre réservée dans une maison de retraite à Buenos Aires. Oui, dans une maison de retraite pour les prêtres âgés. Quand j’ai eu 75 ans, j’ai présenté ma démission à Benoît XVI . J’ai choisi une chambre et dit “ c’est là que je veux vivre ”. J’aurais aidé les paroisses. C’était mon avenir avant d’être pape.

Je ne vais pas vous demander pour qui vous êtes dans le Mondial  …
Les Brésiliens m’ont demandé la neutralité (il rit) et je tiens ma promesse parce que le Brésil et l’Argentine sont opposés.

Comment aimeriez-vous passer à l’Histoire ?
Je n’y ai pas pensé, mais cela me plaît quand on évoque le souvenir d’une personne en disant: “ C’était un brave type, il a fait du mieux qu’il a pu, il n’a pas été si mal ”. Je suis d’accord avec cela.

Source : Religión en Libertad
Traduction d’Elisabeth de Lavigne

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES MISSIONS 2014

Index

 Chers frères et soeurs,

Aujourd’hui encore, très nombreux sont ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ. C’est pourquoi la mission ad gentes demeure une grande urgence, à laquelle tous les membres de l’Église sont appelés à participer, parce que l’Église est, de par sa nature même, missionnaire : l’Église est née « en sortie ». La Journée missionnaire mondiale est un moment privilégié durant lequel les fidèles des différents continents s’engagent par la prière et par des gestes concrets de solidarité à soutenir les jeunes Églises des territoires de mission. Il s’agit d’une célébration de grâce et de joie. De grâce, parce que le Saint Esprit, envoyé par le Père, offre sagesse et force à ceux qui sont dociles à son action. De joie, parce que Jésus Christ, le Fils du Père, envoyé pour évangéliser le monde, soutient et accompagne notre œuvre missionnaire. C’est justement sur la joie de Jésus et des disciples missionnaires que je voudrais offrir une icône biblique, que nous trouvons dans l’Évangile de Luc (cf. 10, 21-23).

1. L’Évangéliste raconte que le Seigneur envoya les soixante-douze disciples deux par deux, dans les villes et les villages pour annoncer que le Royaume de Dieu s’était fait proche et pour préparer les personnes à la rencontre avec Jésus. Après avoir accompli cette mission d’annonce, les disciples revinrent pleins de joie : la joie est un thème dominant de cette première et inoubliable expérience missionnaire. Le Divin Maître leur dit : « Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. A cette heure même, il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint et il dit : “Je te bénis, Père” (…) Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : “Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !” » (Lc 10,20-21.23).

Ce sont les trois scènes présentées par Luc. D’abord, Jésus parla aux disciples, puis il s’adressa au Père avant de recommencer à parler avec eux. Jésus voulut faire participer les disciples à sa joie, qui était différente et supérieure à celle dont ils avaient fait l’expérience.

2. Les disciples étaient pleins de joie, enthousiastes du pouvoir de libérer les personnes des démons. Toutefois, Jésus les avertit de ne pas se réjouir tant pour le pouvoir reçu que pour l’amour reçu : « parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux » (Lc 10, 20). En effet, l’expérience de l’amour de Dieu leur a été donnée ainsi que la possibilité de le partager. Et cette expérience des disciples est un motif de gratitude joyeuse pour le cœur de Jésus. Luc a saisi cette jubilation dans une perspective de communion trinitaire : « Jésus tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint », s’adressant au Père et lui rendant gloire. Ce moment de joie intime jaillit de l’amour profond de Jésus en tant que Fils envers Son Père, Seigneur du ciel et de la terre qui a caché ces choses aux sages et aux intelligents mais qui les a révélées aux tout-petits (cf. Lc 10, 21). Dieu a caché et révélé et, dans cette prière de louange, ressort surtout le fait de révéler. Qu’est-ce que Dieu a révélé et caché ? Les mystères de son Royaume, l’affirmation de la seigneurie divine en Jésus et la victoire sur satan.

Dieu a caché tout cela à ceux qui sont trop pleins d’eux-mêmes et prétendent déjà tout savoir. Ils sont comme aveuglés par leur présomption et ne laissent pas de place à Dieu. Il est facile de penser à certains contemporains de Jésus qu’il a avertis à plusieurs reprises mais il s’agit d’un danger qui existe toujours et qui nous concerne nous aussi. En revanche, les “petits”  sont les humbles, les simples, les pauvres, les marginalisés, ceux qui sont sans voix, fatigués et opprimés, que Jésus a déclarés “bienheureux”. Il est facile de penser à Marie, à Joseph, aux pêcheurs de Galilée et aux disciples appelés le long du chemin, au cours de sa prédication.

3. « Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir » (Lc 10, 21). L’expression de Jésus doit être comprise en référence à son exultation intérieure, où le bon plaisir indique un plan salvifique et bienveillant de la part du Père envers les hommes. Dans le contexte de cette bonté divine, Jésus a exulté parce que le Père a décidé d’aimer les hommes avec le même amour qu’Il a pour le Fils. En outre, Luc nous renvoie à l’exultation similaire de Marie : « mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47). Il s’agit de la Bonne Nouvelle qui conduit au salut. Marie, en portant en son sein Jésus, l’Évangélisateur par excellence, rencontra Elisabeth et exulta de joie dans l’Esprit Saint, en chantant le Magnificat. Jésus, en voyant la réussite de la mission de ses disciples et, ensuite, leur joie, exulta dans l’Esprit Saint et s’adressa à son Père en priant. Dans les deux cas, il s’agit d’une joie pour le salut en acte, parce que l’amour avec lequel le Père aime le Fils arrive jusqu’à nous et, par l’action de l’Esprit Saint, nous enveloppe, nous fait entrer dans la vie trinitaire.

Le Père est la source de la joie. Le Fils en est la manifestation et l’Esprit Saint l’animateur. Immédiatement après avoir loué le Père, comme le dit l’Évangéliste Matthieu, Jésus nous invite : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » (11, 28-30). « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours »(Exhort. ap. Evangelii gaudium, n.1).

De cette rencontre avec Jésus, la Vierge Marie a eu une expérience toute particulière et elle est devenue « causa nostrae laetitiae ». Les disciples par contre ont reçu l’appel à demeurer avec Jésus et à être envoyés par lui pour évangéliser (cf. Mc 3, 14) et ils sont ainsi comblés de joie. Pourquoi n’entrons-nous pas nous aussi dans ce fleuve de joie ?

4. « Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 2). C’est pourquoi l’humanité a un grand besoin de puiser au salut apporté par le Christ. Les disciples sont ceux qui se laissent saisir toujours plus par l’amour de Jésus et marquer au feu de la passion pour le Royaume de Dieu, afin d’être porteurs de la joie de l’Évangile. Tous les disciples du Seigneur sont appelés à alimenter la joie de l’Évangélisation. Les Évêques, en tant que premiers responsables de l’annonce, ont le devoir de favoriser l’unité de l’Église locale dans l’engagement missionnaire, en tenant compte du fait que la joie de communiquer Jésus Christ s’exprime autant dans la préoccupation de l’annoncer dans les lieux les plus lointains que dans une constante sortie en direction des périphéries de leur propre territoire, où se trouve le plus grand nombre de personnes pauvres dans l’attente.

Dans de nombreuses régions, les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée commencent à manquer. Souvent, cela est dû à l’absence d’une ferveur apostolique contagieuse au sein des communautés, absence qui les rend pauvres en enthousiasme et fait qu’elles ne sont pas attirantes. La joie de l’Évangile provient de la rencontre avec le Christ et du partage avec les pauvres. J’encourage donc les communautés paroissiales, les associations et les groupes à vivre une vie fraternelle intense, fondée sur l’amour de Jésus et attentive aux besoins des plus défavorisés. Là où il y a la joie, la ferveur, le désir de porter le Christ aux autres, jaillissent d’authentiques vocations. Parmi celles-ci, les vocations laïques à la mission ne doivent pas être oubliées. Désormais, la conscience de l’identité et de la mission des fidèles laïcs dans l’Eglise s’est accrue, tout comme la conscience qu’ils sont appelés à jouer un rôle toujours plus important dans la diffusion de l’Évangile. C’est pourquoi il est important qu’ils soient formés de manière adéquate, en vue d’une action apostolique efficace.

5. « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7). La Journée missionnaire mondiale est également un moment pour raviver le désir et le devoir moral de participer joyeusement à la mission ad gentes. La contribution économique personnelle est le signe d’une oblation de soi-même, d’abord au Seigneur puis à nos frères, afin que l’offrande matérielle devienne un instrument d’évangélisation d’une humanité qui se construit sur l’amour.

Chers frères et sœurs, en cette Journée missionnaire mondiale, ma pensée se tourne vers toutes les Églises locales. Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! Je vous invite à vous immerger dans la joie de l’Évangile et à alimenter un amour capable d’illuminer votre vocation et votre mission. Je vous exhorte à faire mémoire, comme dans un pèlerinage intérieur, du « premier amour » avec lequel le Seigneur Jésus Christ a réchauffé le cœur de chacun, non pas pour en concevoir un sentiment de nostalgie mais pour persévérer dans la joie. Le disciple du Seigneur persévère dans la joie lorsqu’il demeure avec lui, lorsqu’il fait sa volonté, lorsqu’il partage la foi, l’espérance et la charité évangélique.

À Marie, modèle d’évangélisation humble et joyeuse, adressons notre prière, afin que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples et qu’elle rende possible la naissance d’un monde nouveau.

Du Vatican, le 8 juin 2014, Solennité de la Pentecôte.

François (suite…)