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Une Exhortation pour retrouver la joie et le souffle de l’Evangile.
Dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium qu’il a donnée au peuple de Dieu en la solennité du Christ-Roi de l’Univers, en même temps clôture de l’année de la Foi, le Pape François rappelle le centre de toute notre vie de Chrétiens: « Ne nous éloignons pas de la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, arrivera ce qui arrivera (N°3). L’Église du Pape François se fait compagnon de route de nos contemporains en recherche de Dieu et désireux de le voir ». Tel est le nerf central de toute évangélisation d’une communauté, d’un peuple qui se reconnaît avoir une même destinée et qui est appelé à marcher ensemble. Le document se compose de 288 numéros divisées en cinq chapitres à savoir: La transformation missionnaire de l’Église, Dans la crise de l’engagement communautaire, L’annonce de l’Évangile, Tout le peuple de Dieu annonce l’Évangile, La dimension sociale de l’évangélisation, Évangélisateurs avec l’Esprit.
Voici ci-après la synthèse que nous propose la rédaction française de la radio Vatican.
Une Exhortation pour retrouver la joie et le souffle de l’Evangile.
Christ-Roi: Prince-de-la-Paix qui pardonne et nous réconcilie en faisant la paix.
En ce dernier dimanche du temps ordinaire, nous célébrons la solennité de Jésus-Christ roi de l’univers. Cette fête fut instaurée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925 par l’encyclique «Quas Primas» pour «ramener et consolider la paix par le règne du Christ».
En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous contemplons le règne de Dieu qui vient peu à peu à travers l’histoire et qui monte vers sa réalisation plénière à la fin des temps. Paradoxalement, l’Eglise nous propose, pour fêter notre Christ-Roi, une scène peu éclatante où Jésus inaugure son règne : son trône est la croix… sa couronne est un buisson d’épine qui ensanglante sa face… son investiture royale un « titre » de condamnation à mort clouté au dessus de sa tête…ses deux témoins, ses barons, deux malfaiteurs condamnés avec lui. Un paradoxe éminemment évangélique ! Roi ? Oui ! Mais certainement pas comme le comprenaient, ni ceux qui étaient ses adversaires pour les condamner… Roi «à la manière de Dieu»! Que sera alors le BILAN de sa royauté? Allons-y doucement!
Les textes de la liturgie présentent plusieurs aspects de cette réalité. Le second livre de Samuel (Cfr 1ère lecture) parle de l’unification de toutes les tribus d’Israël qui reconnaissent l’autorité royale de David comme dérivant de celle de Dieu. Le Psaume 121 (122), quant à lui, reconnaît Jérusalem (ville-de-la-paix), le trône de David, comme le point d’union de ces mêmes tribus pour adorer le Seigneur : «Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur. C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur. C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David». C’est pourquoi Luc parle du « peuple » (laos en grec) qui était là à regarder. Il ne parle pas de la foule ; mais bel bien d’un peuple qui reconnaît une même destinée, ce peuple qui était suspendu aux paroles de Jésus au moment où les « grands » cherchaient à éliminer Jésus(Luc 19,47-48). L’évangile de ce jour présente de son côté une image de roi en net contraste avec celle qui ressort des lectures précédentes. Jésus, objet de dérision et de mépris, meurt sur la croix comme un criminel et l’écriteau qui est cloué au-dessus de lui et qui le désigne comme «roi des Juifs» n’y change rien ! C’est la deuxième lecture, extraite de la lettre de saint Paul aux Colossiens, qui nous donne la clef pour entrer dans ce mystère de la mort en croix du Christ comme sommet de la révélation de sa royauté sur l’univers. Il est capital de remarquer que l’apôtre des nations nous présente dans ce passage le règne universel du Christ à travers sa mort sur la croix en termes de réconciliation, de rédemption, de pardon des péchés et de paix : «Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix». On ne peut lier plus clairement la royauté du Christ à sa mission de salut.
Pourquoi alors deux bandits aux côtés de Jésus ? Cherchons à comprendre. La loi de Moïse demandait deux témoins pour tout acte juridique, et ce dernier, celui de la condamnation à mort l’est à plus d’un titre. Les témoins de la Transfiguration sont 2 principales personnes de l’A.T, Moïse et Elie (Lc 9,28-36) ; ceux de la résurrection sont les deux disciples d’Emmaüs qui ouvrent leurs cœurs à un inconnu (Lc 24, 18), sans passer sous silences les témoins mystérieux du tombeau vide (Lc 24,4) ; et voici que les témoins du Golgotha sont deux bandits. Le règne de Dieu n’est as pour les « justes », mais il est ouvert aux « convertis ». Pour y entrer, il ne sert pas grand chose d’être « juste » : même le pécheur y trouve sa place à une seule condition : accueillir le pardon toujours offert de Dieu. Ainsi, le premier à vivre cette réconciliation universelle est un larron qui sait reconnaître sa culpabilité et qui proclame en même temps l’innocence et la royauté de Jésus. Que me manque-t-il pour remplir ces 2 conditions ?
Notre Seigneur manifeste sa royauté en nous faisant miséricorde, en nous pardonnant et en nous justifiant plutôt qu’en nous condamnant. Alors qu’il pourrait manifester sa toute-puissance en foudroyant le pécheur, il l’exerce, dans sa passion et dans toute l’histoire du salut, en le pardonnant. Ce pardon constitue un acte de puissance sans commune mesure avec le châtiment, parce qu’il a pour effet, non pas d’anéantir le pécheur, mais de le transformer et de le rendre juste. Bossuet s’exclame à propos de la déclaration de Jésus au larron repentant : Aujourd’hui : quelle promptitude ? Avec moi : quelle compagnie ! Dans le Paradis : quel séjour ! Qui, après cela, peut encore douter de la miséricorde de Dieu ? Qui peut avancer ses mérites ?
Retour sur les textes du jour. Seul un regard de foi qui perce les apparences sensibles peut nous rendre accessible ce mystère. Seul un regard de foi peut nous permettre de reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu le Père qui «nous a arrachés des ténèbres pour nous faire entrer dans son Royaume» (Cf. 2ème lecture). Seul un regard de foi peut nous faire discerner en lui celui en qui nous sommes pardonnés. Tel est le regard du bon larron : «Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne». Dans le troisième évangile, il est le seul à oser appeler Jésus du nom que Dieu lui a donné dès avant sa conception : «Jehoshuah», «Dieu sauve» (Lc 1, 31). Comment Luc pourrait-il mieux illustrer l’union dans la propre personne du Christ du Royaume qu’il inaugure et du salut qu’il apporte ! «Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.» En exauçant la demande du supplicié, Jésus manifeste que son Royaume, son salut, n’est pas à remettre dans un futur lointain mais qu’il est déjà à l’œuvre, ici et maintenant, pour celui qui est disposé l’accueillir. Oserons-nous croire que cet aujourd’hui du Royaume, cet aujourd’hui du salut, en tant qu’il est lié à la personne même de Jésus, s’étend à tous les aujourd’hui de l’histoire ? Oserons-nous croire qu’il est aussi le nôtre ? Demander au Christ de régner sur notre monde c’est d’abord lui présenter nos vies marquées par le péché et implorer son salut. A chaque eucharistie, nous sommes mystérieusement mais bien réellement rendus présents au pied de la croix. Le salut nous y est proposé par le roi d’humilité. Le défierons-nous en lui demandant de manifester sa toute-puissance en se sauvant et en nous sauvant avec lui ou bien reconnaîtrons-nous humblement notre péché et notre besoin de salut en implorant sa force d’amour et de pardon et en le suppliant comme le bon larron : «Seigneur souviens-toi de moi dans ton Royaume» ?
«Seigneur, nous confessons ta victoire sur le péché et la mort. Ta résurrection l’a attesté et ta force de vie et de miséricorde en chacun de nous en témoigne encore aujourd’hui. Ta domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et ta royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. Que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.»
Se convertir signifie se laisser trouver par Jésus, qui désire être l’hôte de nos cœurs.
Chers amis,
Jésus continue sa marche vers Jérusalem et on se trouve aujourd’hui à la dernière étape : Jéricho. Nous sommes en cette ville, géographiquement la plus basse de toutes les villes. C’est de là qu’il faut monter : élever nos cœurs pour les tourner les le Seigneur, disons-nous au cours de la messe. Cette ville est l’image de notre condition. Nous ne pouvons monter à Jérusalem que si nous nous laissons trouver par Jésus. Oui, nous venons de loin, de très loin (Ewê Màána wankûye kure, chantons-nous en Kirundi).
Aujourd’hui, l’Evangile met devant nous un exemple : Zachée. Son nom, « Zakkay », signifie « le juste ». Mais qu’est-ce qui est juste en cet homme pécheur ? Est-ce par moquerie ? Je pense que non. Notre problème sera celui de penser que nous sommes avant tout juste par notre mérite, per nos œuvres, par notre bravoure. Ce n’est pas cela. C’est le Seigneur qui nous rend juste, qui nous justifie, disions-nous dimanche passé. Nous sommes justes en celui qui vient vers nous, qui se charge de nos infirmités et qui nous rend juste. Il faut seulement se laisser rejoindre.
Zachée est sans doute un des personnages les plus connus et aussi les plus sympathiques des évangiles. Pourtant on ne peut pas dire que ce soit un homme très fréquentable – du moins au départ de son itinéraire. Il est non seulement collecteur, mais « chef des collecteurs d’impôts » c’est-à-dire l’intermédiaire entre les receveurs de taxes et l’administration romaine. Ce poste était fort envié, car il permettait de brasser pas mal d’argent ; mais celui qui l’occupait était ipso facto exclu de la société civile et religieuse juive, en tant que collaborateur direct de l’occupant. Les mendiants allaient même jusqu’à refuser l’aumône des collecteurs d’impôt pendant que d’autres crachaient par terre quand ils les avaient croisés sur le chemin ! Saint Luc nous apprend qu’il « était de petite taille » : sa petite taille lui joue à nouveau un mauvais tour puisqu’elle l’empêche de voir la route où Jésus va passer. On imagine sans peine les rires sarcastiques et revanchards de la foule qui, à la vue du petit homme, se ressert encore davantage pour l’empêcher de se glisser au premier rang. « Il courut en avant et il grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là » : c’est probablement la détermination et l’astuce de Zachée, associées à l’absence de respect humain, qui le rendent sympathique malgré tous les antécédents qui plaident contre lui. La scène a quelque chose à la fois de cocasse et de bon enfant : un homme adulte, perché maladroitement sur un arbre et cherchant à se cacher dans les frondaisons qui s’étendent au-dessus de la route. La foule l’a bien sûr remarqué et ne manque pas de se moquer bruyamment de lui, trop heureuse de voir s’exposer au ridicule celui qu’elle redoute en d’autres circonstances.
La surprise vient de la réaction de Jésus, qui va faire basculer le récit. Loin de se joindre aux sarcasmes et aux mépris de la foule, Notre-Seigneur s’arrête et pose sur Zachée un regard amusé certes, mais bienveillant. Jésus « lève les yeux » comme pour cueillir un fruit mûr et ouvre le dialogue avec lui : « “Zachée descends vite” : tu veux t’élever, te grandir aux yeux de tous pour compenser ta petite taille mais ce n’est pas ainsi que tu pourras me rencontrer. Le Dieu que tu as trahi et que pourtant tu cherches dans ton cœur, n’est pas dans les hauteurs : “devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même” (Ph 2, 7-8), il est descendu jusqu’à toi, il se tient même en dessous de toi pour ne pas t’humilier comme le font tes concitoyens ; et il vient jusqu’à toi pour mendier ton hospitalité : “aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi” ». « Il faut que » : étonnante nécessité, à laquelle fera écho cet autre parole de Jésus Ressuscité aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26) Cette halte du Seigneur dans la maison de Zachée, juste avant sa Passion, résume tout son ministère : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Notre-Seigneur n’a pas dit « celui qui était perdu », mais « ce qui était perdu ». Qu’avait donc perdu Zachée, sinon la grâce, dont le péché l’a privé ? « Il fallait » que le Fils de l’homme descende dans notre humanité, pour nous rendre la vie filiale que nous avions perdue par nos fautes. Surpris de voir le Maître « lever le regard » vers lui, Zachée esquisse un geste de recul, cherchant à s’enfoncer plus profondément dans la frondaison. Mais lorsque Jésus lui intime de descendre pour l’accueillir, il n’ose en croire ses oreilles ; cependant l’ordre du Maître s’impose à lui, et fou de joie il descend à toute vitesse de son perchoir pour rejoindre Jésus et l’introduire dans sa maison. Jamais dans tout son récit, saint Luc ne précise que les pharisiens reçoivent Jésus à leur table « avec joie». Or dans le troisième évangile – appelé encore « l’évangile de la joie » – celle-ci trahit toujours la présence de l’Esprit Saint. Pensons en particulier à l’atmosphère de joie et même d’allégresse spirituelle, qui préside à la rencontre de Marie et d’Élisabeth dans l’épisode de la visitation (Lc 1, 39-56). Serait-ce donc que l’Esprit habite davantage le cœur du pécheur Zachée que celui des chefs religieux, ces hommes réputés « justes » en raison de leur stricte observance de la loi ? Ce n’est certes pas le péché qui a attiré l’Esprit Saint dans le cœur de Zachée ; mais force nous est de constater que ce ne sont pas davantage les œuvres des pharisiens qui les sanctifient. La joie résulte du repos de l’âme dans un bien aimé et ardemment désiré. Telle est la joie de Zachée, qui s’est laissé toucher par les propos de Jésus dont il a entendu les enseignements à l’abri des regards indiscrets. Il s’est pris à aimer ce rabbi dont les paroles de miséricorde ont transpercé son cœur. Aussi brûlait-il secrètement du désir de le voir. Lorsqu’en s’invitant chez lui, Jésus vient au devant de ce désir, Zachée ouvre son cœur à la grâce, et l’Esprit manifeste immédiatement sa présence, non seulement par la joie qui l’envahit, mais aussi en le libérant de son avarice et en lui donnant accès à la liberté du don.
Telles ne sont pas les dispositions intérieures des pharisiens, plus préoccupés de saisir le moindre motif de critique, voire de condamnation dans les propos et les agissements de ce rabbi qui leur fait de l’ombre. Loin de brûler d’amour pour Jésus, c’est plutôt la flamme de la haine qui embrase leur cœur. Devant l’enthousiasme des foules, leur aversion ne fait que croître, et leur tristesse morbide se transforme en rage meurtrière. Comment pourraient-ils « recevoir Jésus avec joie» ? Le secret de Zachée, c’est d’avoir su distinguer clairement sa malice objective, dont il avait bien conscience, et la bienveillance – bien plus objective encore – de Jésus, dont il s’est perçu aimé, non pas malgré ses fautes, mais à cause de son péché. Se convertir ne signifie pas changer de vie de manière volontariste, mais se laisser trouver par Jésus, qui désire être l’hôte de nos cœurs. Ce n’est que dans la mesure où nous accueillons « le salut dans notre maison », que le Seigneur « par sa puissance, nous donnera d’accomplir tout le bien que nous désirons, et qu’il rendra active notre foi ».
« Seigneur, tu poses ce même regard de tendresse à chaque instant sur chacun de nous ; un regard porteur du même message d’espérance. “Tu fermes les yeux sur nos péchés pour que nous nous convertissions et que nous puissions croire vraiment en toi” (1ère lect.). Tu ne désires rien d’autre que de nous voir participer à ta gloire, en nous donnant part à ta vie dans l’Esprit (cf. 2nd lect.). Ce n’est pas nous qui te cherchons, mais c’est toi qui vient au-devant de nous en mendiant notre hospitalité. Aujourd’hui, moi aussi, comme Zachée, je veux te recevoir avec joie, toi qui es venu pour me combler de la grâce que j’avais perdue et que je peux enfin retrouver en toi. »







