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Communiqué de la C.E.CA.B concernant la période actuelle pré-électorale.
CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI
Secrétariat Général
COMMUNIQUE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI CONCERNANT LA PERIODE ACTUELLE DE PREPARATION DES ELECTIONS DE 2015
Frères et sœurs dans la foi, Chers Burundais et Burundaises,
La Paix du Christ soit avec vous !
1. Les temps que nous traversons sont graves et leur gestion demande de la sagesse. Peu de jours nous séparent du premier rendez-vous électoral. Or, les élections constituent un moment important dans la vie d’une nation qui est entrée dans un système démocratique. Nous nous trouvons aussi dans une période où les jeunes qui fréquentent les écoles s’apprêtent à conclure l’année scolaire, période pendant laquelle certaines classes font passer le concours national permettant aux lauréats d’avoir accès aux paliers supérieurs de l’école secondaire et de l’université.
2. Nous, Évêques de l’Eglise catholique, venions de livrer un Message invitant les gens à préparer les élections avec le souci de promouvoir la paix et la réconciliation. Au fait, quand nous recommandions que la « Constitution que nous avons soit interprétée selon l’esprit de l’Accord d’Arusha dont elle est l’émanation », notre souhait n’était que celui de voir notre pays aller dans les élections en étant dans la paix et de les conclure toutes sans dévier de la bonne voie qu’il avait retrouvée, de se respecter mutuellement dans la diversité, de partager le pouvoir et le bien commun sans exclusion. C’est cela qui aurait pu nous aider à faire un nouveau pas dans ce processus de paix et de réconciliation initié avec l’Accord d’Arusha, processus dont les assises sont le partage du pouvoir et du bien commun, la mise sur pied des institutions de la justice et de la sécurité dans lesquelles toutes les composantes de la société se retrouvent ensemble et en qui les gens ont confiance, ainsi que les institutions capables d’aider notre pays à se développer.
3. Mais voilà, depuis que le parti au pouvoir a désigné l’actuel Président de la République pour qu’il soit son candidat à la présidence, ceux qui avaient menacé qu’ils combattraient à travers des manifestations de la rue ce troisième mandat qui viole l’Accord d’Arusha et la Constitution de la République, se sont mis à manifester dans les rues. Ainsi, nous nous trouvons dans un climat de tensions, surtout dans la ville de Bujumbura où dans ces manifestations qui opposent les manifestants et les agents de sécurité, il y a déjà des prisonniers, pas mal de blessés et même des morts. Ce climat de tensions fait aussi que certains services à Bujumbura ne fonctionnent pas et que les écoles sont fermées. Bien plus, il y a pas mal de gens qui ont fui leur pays pendant que d’autres ne dorment plus dans leurs maisons par peur d’être tués. En outre, quand on échange avec les gens, on se rend compte que beaucoup d’entre eux ont peur d’une guerre ouverte qui peut éclater à tout moment. C’est d’ailleurs cette peur-panique qui fait que certaines gens continuent à fuir le pays, tandis que les élèves vident leurs internats pour aller se réfugier dans leurs
familles.
4. Aucune personne sérieuse qui aime son pays, surtout s’il s’agit d’un dirigeant ou d’un politicien ne devrait prendre à la légère cette situation ou rester indifférente. Nous, Evêques de l’Eglise catholique, dans des moments comme ceux-ci, même si certains ont du mal à accepter nos conseils, certains même dans leur lutte politique allant jusqu’à nous confondre avec leurs adversaires politiques, nous sentons comme taraudés par cette invitation que Dieu faisait au prophète Ezéchiel en disant: Fils d’homme, va aux gens de mon peuple, « qu’ils t’écoutent ou qu’ils n’écoutent pas (…), ils sauront qu’ils ont un prophète parmi eux » (Ez.2,5). En prodiguant nos conseils, nous ne tenons pas en considération qu’il s’agit des gens du pouvoir ou de l’opposition, notre premier souci est plutôt de dire la vérité qui pourrait sauver le pays et ses habitants, en mettant en avant la sauvegarde du bien commun, en nous appuyant sur notre foi et la riche doctrine sociale que possède notre Eglise, car notre Eglise catholique en a une. C’est dans ce contexte que nous voulons aujourd’hui aussi donner nos conseils en partant de la situation actuelle.
5. Nous recommandons vivement à tout le monde la voie des élections, pour que le pays ne manque pas d’institutions élues par le peuple et qui jouissent de la confiance du peuple. Que tous ceux qui sont chargés de cette responsabilité fassent tout pour que les élections aient lieu en toute sécurité, en toute liberté de mouvement pour les candidats et les électeurs, dans une compétition donnant aux candidats les mêmes chances de présenter leurs projets de société et de faire leur propagande en toute quiétude. pour ce faire, que les responsables de sécurité fassent tout pour ramener la sécurité partout, afin que les réfugiés rassurés, reviennent chez eux, que les services reprennent tout normalement, que les élèves et étudiants retournent dans leurs écoles, que la rumeur faisant état d’une distribution des armes aux jeunes affiliés aux partis soit vérifiée et si elle est avérée, qu’il y ait un désarmement systématique et non sélectif, afin de créer des conditions pour des élections où on élit un candidat par choix de programme et non par intimidation des armes.
6. Renouons avec la voie du dialogue et de la concertation et renonçons à ces voies de confrontation et des violences dans lesquelles règne la raison du plus fort. La voie qui, jusqu’à présent, a été bénéfique pour nous, c’est celle où les gens en conflits se mettent autour d’une table pour un dialogue et une concertation. C’est cette voie qui a été empruntée pour atteindre l’Accord de paix d’Arusha. Et grâce à cet Accord, nous venons de passer dix bonnes années en étant dans un bon processus de paix et de réconciliation. Nous nous réjouissons que les dirigeants actuels de notre pays réaffirment toujours privilégier cette voie du dialogue et de ta concertation. Dans un passe récent, nous sommes témoins que c’est par cette voie qu’on a pu arriver à la Loi Électorale de consensus et à la Feuille de route des politiciens. Suivant la sagesse de nos ancêtres, il ne faut pas hésiter à emprunter une voie qui mène à bon port. Ainsi donc, au lieu de rester dans ce chemin de confrontation qui occasionne même des pertes en vies humaines, que nos dirigeants et tous les protagonistes prennent résolument ce chemin du dialogue et de la concertation.
7. Nous demandons aussi aux dirigeants et à ceux qui veulent conquérir le pouvoir, de se comporter en Burundais dignes de ce nom et qui aiment leur patrie. Gouverner est une grande mission de servir tout le monde, Cette mission leur demande de ne pas chercher seulement leurs intérêts personnels ou sectaires. Celui qui veut bien gouverner accepte d’être comme le père de toute la nation. Or un bon père est celui qui peut même renoncer à son droit lorsqu’il voit que c’est cela qui constitue le salut de sa famille. Peut-on imaginer un père qui aime sa propre famille et qui ose mettre en avant ses propres intérêts personnels en mettant en péril sa famille ? La mission d’un politicien est une mission noble, une mission d’un père, qui exige un don de soi et un service pour tous sans se limiter seulement à ses partisans parce qu’on est responsable de tous. Et d’ailleurs, à cause de leur mission, les politiciens devraient se démarquer par leur langage digne de respect et d’honneur. Si cela leur est requis de façon ordinaire, cela leur est encore plus exigé surtout pendant la période de propagande électorale, en évitant tout langage déplacé et injurieux, dénigrant ou divisionniste.
8. Les médias jouent un rôle important dans le renforcement de la démocratie. Plus ils sont nombreux, plus ils donnent aux citoyens l’occasion d’exprimer leurs opinions et d’être informés sur ce qui se passe dans le monde. Et dans le processus électoral en particulier, les citoyens sont informés sur les programmes politiques de tous pour qu’ils puissent faire un bon choix. ll est donc juste que les médias gardent leur liberté de travailler, dans le respect des lois qui les régissent et de la ligne éditoriale que chacun d’eux s’est engagé à suivre. Si un medium est fermé, ce sont les citoyens qui en sont victimes et cela ouvre la voie à la prolifération des rumeurs.
9. Nous voudrions également prodiguer des conseils d’une manière particulière à nos jeunes. Rappelez-vous que vous êtes en train de préparer votre avenir, gardez-vous d’être manipulés par ceux qui voudraient vous entraîner dans des voies injustes ou des voies qui vous empêcheraient d’avoir un bon départ qui prépare pour vous un bon avenir. N’abandonnez pas l’école ou ne vous absentez pas aux cours qui vous conduisent vers la science qui vous donne accès de concourir avec les autres pour des places vous permettant d’avancer dans diverses voies de la vie. A ceux qui sont affiliés aux partis politiques, sachez que, si vous n’évitez pas de commettre des forfaits malgré ceux qui vous soutiennent, vous y répondrez un jour. Soyez donc sages, recevez ces conseils que nous vous donnons ainsi que tous les autres conseils que vous recevez de la part de ceux qui vous aiment et qui vous souhaitent du bien.
10. S’agissant de vos études, en particulier pour ce qui est de la date de la passation du concours national permettant certains d’entre vous d’avoir accès à l’école secondaire, notre supplication aux autorités compétentes est que, dans la mesure du possible, cette date soit reportée à plus tard, car, nous serions peinés de voir qu’un tel examen soit fait au moment où beaucoup de réfugiés sont en dehors du pays, la plupart des enfants à Bujumbura n’étant plus à l’école, et au moment où certains à l’intérieur du pays vivent dans un climat de peur.
11. Quant aux fidèles chrétiens avec qui nous sommes en communion dans la foi, nous ne voudrions pas conclure ce communiqué sans vous inviter encore une fois à continuer à prier Jésus Christ Roi de la paix pour qu’Il accorde la paix à notre pays. Vous savez que nous sommes dans le mois de mai dédié à la Vierge Marie. Au-dessus de tout, demandons-lui d’intercéder pour nous auprès de son Fils pour qu’ll nous accorde une paix durable.
Fait à Bujumbura, le 05 Mai 2015
Signé / Vos Evêques.
NB: Texte original en Kirundi. Ici: Traduction officielle.
Communiqué de presse de la C.E.CA.B sur quelques questions d’actualité au Burundi
CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI
Secrétariat Général
COMMUNIQUE DE PRESSE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI SUR QUELQUES QUESTIONS D’ACTUALITE AU BURUNDI
1. Les questions qui nourrissent le débat politique aujourd’hui dans notre pays, surtout la question de la révision de la Constitution, sont des questions qui concernent tous les citoyens et dont la solution exige beaucoup de sagesse, pour éviter tout ce qui pourrait compromettre le processus de paix et de réconciliation en cours. C’est pour cette raison que la Conférence des Evêques Catholiques, réunie en session ordinaire de décembre 2013 a estimé opportun de s’exprimer sur certaines de ces questions.
A PROPOS DE LA REVISION DE LA CONSTITUTION
2. Nous, Evêques de l’Eglise Catholique au Burundi, saluons l’heureuse initiative de l’Assemblée Nationale d’emprunter la voie du dialogue et de la concertation, en acceptant de remettre en débat l’opportunité des dispositions de la Constitution qui doivent être modifiées et l’orientation de ces modifications. De fait, comme la Constitution est la Loi Fondamentale qui est mère de toutes les autres lois du pays, elle doit être comme une base minimale sur laquelle tous les citoyens doivent s’entendre. Au temps où nous sommes, une Constitution qui serait adoptée sans dialogue ni consensus risquerait de compromettre notre processus de paix et de réconciliation. Mais pour que cette initiative de dialogue et de concertation porte ses fruits, nous recommandons vivement que les acteurs politiques dialoguent dans la confiance, en recherchant la vérité, en se respectant mutuellement ; en refusant de faire appel à la ruse et la tricherie politique et en s’engageant au respect de la parole donnée. Certes l’Assemblée Nationale, en tant qu’institution légitime, garde ses prérogatives de représenter le peuple, mais elle ne le remplace pas surtout quand elle lui a donné l’occasion de s’exprimer.
3. De notre point de vue, toute retouche à la Constitution doit tenir compte non seulement de la seule loi, mais aussi du fait que la Constitution qui régit notre Nation est une émanation des Accords d’Arusha dont on sait qu’ils ont été le fruit d’un long et laborieux dialogue de négociations entre les acteurs politiques, sous la facilitation des Médiateurs internationaux. Ces Accords ont privilégié la voie du consensus et du partage du pouvoir, afin que le pays ait la stabilité et la tranquillité, et que les populations des diverses ethnies et formations politiques sentent qu’elles ont toutes droit de cité dans leur pays.
4. Cette Constitution contient certaines dispositions prises à dessein pour remettre petit à petit le pays sur les rails. Ces dispositions sont notamment celles qui concernent le mode de gouvernement, la structuration des institutions, le mode d’adoption des lois, le partage du pouvoir. Ces dispositions et d’autres semblables sont toujours nécessaires, car les problèmes auxquels elles apportent des solutions tels que la monopolisation du pouvoir par un groupe, l’exclusion des autres à base des partis politiques ou des ethnies, le respect des mandats politiques, sont loin d’être complètement résolus.
5. Pour ce qui est de la modification de la constitution, au regard du climat politique actuel surchauffé qui ne favorise pas un dialogue serein sur des questions importantes et sensibles, nous estimons qu’il est sage de ne réviser que les seules dispositions dont le changement s’avère nécessaire pour permettre l’amélioration de la Loi électorale et l’entrée du pays dans la Communauté de l’Afrique de l’Est. D’autres dispositions pourront faire objet d’un large débat au cours de la prochaine législature. Ainsi, nous garderions l’actuelle Constitution simplement révisée.
6. Par ailleurs, aujourd’hui plus qu’hier, nous décourageons cette logique de confrontation entre les acteurs politiques qui est en train de s’installer, que ce soit au sein de la classe politique ou dans ligues des jeunes affiliés aux partis. Nous recommandons une fois de plus aux acteurs politiques de privilégier toujours la voie de la non-violence pour ne pas faire chavirer le pays dans de nouvelles violences, alors que les citoyens ne se sont pas encore remis des traumatismes de la guerre. Ne perdons jamais de vue d’où nous venons, les cicatrices de la guerre chez la plupart sont encore fraiches. La sagesse de nos ancêtres qui dit « Hakuzimira wozigura » (« Vaut mieux un long chemin qui aboutit à destination plutôt qu’un raccourci qui finit dans une impasse ») nous déconseille des raccourcis politiques. Même si la voie du dialogue et de la concertation semble laborieuse et longue, elle reste la meilleure voie pour résoudre efficacement et de façon durable les questions politiques.
A PROPOS DE L’OPPORTUNITE DE LA PRESENCE DU BUREAU DES NATIONS UNIES AU BURUNDI
7. Notre pays a déjà réalisé de bonnes performances dans divers domaines pour sortir de la crise qui l’a secoué, même s’il y a des mécanismes de la Justice Transitionnelle qui n’ont pas encore été mis sur pied, comme la loi sur la Commission « Vérité et Réconciliation » et la mise sur pied de ladite Commission. Nous devons toutes ces performances non seulement à la providence de Dieu, mais aussi à la détermination des citoyens, l’engagement des dirigeants, la recherche du consensus entre les acteurs politiques et l’appui du Bureau des Nations Unies au Burundi.
8. En considérant ce que ce Bureau des Nations Unies au Burundi a déjà fait pour faciliter le retour et la sécurité des politiciens exilés et ce qu’il est en train de faire en accord avec le Gouvernement pour ramener la confiance entre les acteurs politiques et faciliter un dialogue inclusif et constructif ; en tenant compte également du moment délicat dans lequel se trouve le pays, nous voyons que sa présence est non seulement utile mais aussi nécessaire.
9. Nous souhaiterions ardemment que ce Bureau reste actif dans le pays, pour continuer à appuyer le Gouvernement dans son souci de ramener la confiance entre les acteurs politiques, et dans une bonne préparation et organisation des prochaines élections, ainsi que dans tout ce qui a trait au processus de paix et de réconciliation.
Écoutez l’original en KIRUNDI :
Fait à Bujumbura, le 06 décembre 2013
Les Evêques de l’Église Catholique du Burundi
(Traduction de l’original en Kirundi)







