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C.E.CA.B: « C’est dans le dialogue et la concertation qu’on aboutit à des solutions durables »

CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI
Secrétariat Général

COMMUNIQUE N0 2 DE LA CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI CONCERNANT LES ELECTIONS DE 2015

Chers Frères et Sœurs en communion de foi et de famille,
Chers Burundais et Burundaises

Prélats du Burundi en Visite ad limina

Prélats du Burundi en Visite ad limina

Comme le Christ ressuscité. nous vous adressons notre salutation : la Paix soit avec vous !

1. Comme vous le savez, pendant des moments des élections comme ceux-ci, nous Evêques de l’Eglise Catholique qui est au Burundi, partant du fait que nous sommes des citoyens à part entière, forts de notre foi, obéissant à notre vocation et à notre mission de Pasteurs, en puisant dans le riche enseignement social de l’Eglise, essayons chaque fois d’accompagner nos fidèles dans trois voies importantes en plus de notre pastorale ordinaire. La première voie est celle de l’enseignement et de l’éducation civique de nos fidèles et de tous les citoyens de bonne volonté, pour qu’ils s’engagent dans les élections en toute dignité de fils et de filles de Dieu. La deuxième voie est celle d’envoyer des fidèles laïcs dans l’Observation des élections pour que nous pussions témoigner de la crédibilité des élections. La troisième voie consiste à envoyer, de façon exceptionnelle et sur demande explicite, nos prêtres dans les organes destinés à organiser les élections
notamment au niveau provincial et communal.

2. Nous prenons la peine de faire tout cela, dans le souci de donner notre contribution, pour que nous ayons de bonnes élections, libres, sans discriminations, inclusives et justes pour tous. C’est le travail que nous sommes en train d’accomplir même dans les présentes élections

3. Cependant, vous l’avez constaté. Depuis que, faisant fi de nos conseils, le parti au pouvoir a présenté comme candidat aux élections présidentielles l’actuel Président de la République pour un troisième mandat, alors que des gens avaient déjà menacé qu’ils allaient combattre cette candidature qui viole la Constitution de la République lue dans la lumière de l’Accord d’Arusha dont elle émane, nous connaissons des troubles, surtout dans la ville de Bujumbura. ll y a des indices évidents, même si certains ne voudraient
qu’ils soient connus, d’un pays qui connaît des perturbations sécuritaires. Tenez ! Dans la capitale de Bujumbura, les confrontations entre les manifestants et les agents de sécurité sont en train de causer des emprisonnements, des blessés et des morts. Certains services ne fonctionnent plus, les magasins n’ouvrent plus comme il faut, et certaines écoles sont carrément fermées.

Dans le reste du pays, un passant non averti croirait que la sécurité est totale dans le pays, mais là aussi il y a des signes qui montrent que le pays n’est pas paisible. ll y a une peur-panique chez les gens pour divers motifs. C’est cette peur qui fait que certaines gens ne dorment plus en famille et qu’il y en ait même qui prennent le chemin de l’exil à l’étranger. Parmi eux, bien des gens disent accusent leurs adversaires politiques qu’ils exercent sur eux des menaces, des intimidations au point qu’ils redoutent méme l’éclatement d’une certaine guerre civile. Le Haut Commissariat pour les Réfugiés vient de dénombrer quelques 50.000 réfugies surtout dans les pays limitrophes comme le Rwanda, la République Démocratique du Congo et la Tanzanie. Les élèves qui restent encore dans les internats réclament toujours des positions des militaires pour leur assurer la sécurité, signe qu’ils ont peur.

Même le Gouvernement a pris les mesures de renvoyer de leurs homes des Universitaires des Universités publiques pour des motifs de sécurité. Par ailleurs certains pays étrangers ont déjà rappelé leurs concitoyens pour qu’ils quittent le Burundi craignant pour leur sécurité. Des radios privées que les citoyens écoutaient volontiers, mis à part celles d’obédience du parti au pouvoir, ont été fermées, comme la Radio Publique Africaine complètement fermée et d’autres telles que Bonesha FM et lsanganiro ne sont plus autorisées de rejoindre leurs auditeurs en dehors de Bujumbura. ll y a même des rumeurs qui commencent à exploiter la corde ethnique dans l’interprétation des conflits qui sont dans le pays.

4. Nous nous attendions à ce que l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle contribue à assainir la situation en prenant une décision allant dans le sens de la vérité qui avait été exprimée par plusieurs à l’intérieur comme à l’extérieur de notre pays. Mais vous avez été témoins de la manière dont les choses se sont passées. Nous avons pris acte de cette décision comme d’une loi, mais sans conviction sur sa véracité. Du reste, ce n’est pas qu’une question de loi seulement, c’est aussi une question politique et une question sociale. C’est cela même qui nous avait poussés à donner encore une fois nos conseils en rappelant qu’un bon dirigeant doit savoir se sacrifier pour sa patrie à la manière d’un bon père de famille qui peut même renoncer à ce à quoi il a droit pour le bénéfice du salut de sa famille.

5. A l’état actuel des choses, et si cette situation perdure, les élections auxquelles nous nous attendions, paisibles pour tous, faites dans la transparence, sans intimidation et inclusives, ne sont pas possibles. La sécurité n’est pas garantie et il n’y a pas de radios qui puissent relayer les idées et les programmes de tous. Nous sommes dans la situation où même certains membres de la communauté internationale gèlent des aides qui étaient destinées aux élections. Pensez-vous que de telles élections soient justes et bonnes pour
tous et que leurs résultats soient crédibles et acceptables pour tous ?

6. Au regard de tout ce qui précède, nous Pasteurs de l’Eglise catholique, demandons avec
insistance ce qui suit :

  •  Que les dirigeants de notre pays qui sont les premiers responsables de la sécurité du pays et de tous ses citoyens ramènent la sécurité dans la capitale Bujumbura et dans l’ensemble du pays, en passant par des voies qui ne portent pas préjudice aux droits de l’homme. Nous demandons qu’ils évitent à tout prix les pertes des vies humaines. Nous demandons aussi aux manifestants d’éviter des violences, des casses et surtout des tueries. Tuer est un mal horrible quel qu’en soit le motif.
  • Que les instances chargés d’organiser les élections fassent appel à leur  ingéniosité pour consentir à reporter pour plus tard certaines échéances du calendrier électoral, afin que les cœurs de certains puissent être apaisés, que les réfugiés rentrent chez eux et que la sécurité soit sentie comme garantie tant aux membres de la mouvance présidentielle qu’aux opposants. La peur de ce que le pays pourrait tomber dans un vide institutionnel suite à ce glissement du calendrier peut trouver un remède à travers un dialogue franc et sincère entre les protagonistes, s’ils acceptent de dépasser leurs intérèts sectaires et s’ils abordent
    les vraies questions en cherchant à s’attaquer aux causes de la présente situation conflictuelle. Nous sommes d’avis que vaut mieux éviter une précipitation qui risque de ne pas aboutir aux vraies solutions pour chercher dans le calme des solutions durables.
  • Que tous les citoyens sachent que les élections sont incontournables ; mais qu’elles doivent se passer dans un climat sécuritaire et apaisé pour tous, dans lequel tous les compétiteurs sont traités de la même manière et jouissent des mêmes droits ; ainsi que d’autres conditions qui garantissent la tenue de bonnes élections.
  • Que l’autorité chargé des médias reconnaisse le droit légitime des citoyens de donner l’information et d’être informés. Et qu’elle autorise tous les médias fermés à fonctionner de nouveau : que la Radio Publique Africaine soit ré-ouverte dans toutes ses stations et que les Radio telles que Bonesha FM et lsanganiro puissent de nouveau émettre sur toute l’étendue du pays comme auparavant car, il est difficilement concevable qu’on puisse avoir de bonnes élections, justes et équitables pour tout le monde, au vingt et unième siècle, au moment où il n’ y a que des Radios qui chantent les mérites du parti au pouvoir qui sont autorisées à émettre à l’intérieur du pays. Ce serait une injustice dans une compétition qui se veut de nature loyale.

7. Si d’aventure nos souhaits ne trouvaient pas de réponse et que les choses en restent comme elles sont, nous, Evêques de l’Eglise Catholique, déclarons ouvertement que notre Eglise ne sera plus à mesure d’accompagner ce processus électoral, que ce soit dans l’envoi des observateurs qui devront suivre de près son déroulement, que ce soit à travers les prêtres envoyés dans les différents démembrements de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Tenant compte du temps qui reste, si on arrive au 17 mai sans que ces souhaits exprimés ne soient pris en considération, nous demandons à ces prêtres de prendre la décision qui s’impose en s’appuyant sur la convention signée avec les responsables de la CENI, laquelle convention prévoit même la possibilité de démission au cas où le processus électoral leur semble inacceptable, par manque de vérité, de justice pour tous et de perspectives de réconciliation » L’Eglise Catholique ne peut pas soutenir ou accompagner un processus électoral qui, visiblement, n’est pas consensuel et où les résultats de celui-ci risquent de diviser les citoyens au lieu de les réconcilier et de les faire progresser sur le chemin de la paix et du développement.

Téléchargez la version en Kirundi: CommuniquéCECAB (Kirundi)

Fait à Bujumbura , le 12 Mai 2015
Pour la Conférence des Evêques Catholiques du Burundi
Mgr Gervais BANSHIMIYUBUSA, Evêque de Ngozi et
Président de la Conférence des Evêques Catholiques du Burundi

Mgr Evariste NGOYAGOYE
Archevêque de Bujumbura et
Vice-Président de la Conférence des Evêques

Communiqué de la C.E.CA.B concernant la période actuelle pré-électorale.

CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI
Secrétariat Général

COMMUNIQUE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI CONCERNANT LA PERIODE ACTUELLE DE PREPARATION DES ELECTIONS DE 2015

Prélats du Burundi en Visite ad limina

Prélats du Burundi en Visite ad limina (2014)

Frères et sœurs dans la foi, Chers Burundais et Burundaises,
La Paix du Christ soit avec vous !

1. Les temps que nous traversons sont graves et leur gestion demande de la sagesse. Peu de jours nous séparent du premier rendez-vous électoral. Or, les élections constituent un moment important dans la vie d’une nation qui est entrée dans un système démocratique. Nous nous trouvons aussi dans une période où les jeunes qui fréquentent les écoles s’apprêtent à conclure l’année scolaire, période pendant laquelle certaines classes font passer le concours national permettant aux lauréats d’avoir accès aux paliers supérieurs de l’école secondaire et de l’université.

2. Nous, Évêques de l’Eglise catholique, venions de livrer un Message invitant les gens à préparer les élections avec le souci de promouvoir la paix et la réconciliation. Au fait, quand nous recommandions que la « Constitution que nous avons soit interprétée selon l’esprit de l’Accord d’Arusha dont elle est l’émanation », notre souhait n’était que celui de voir notre pays aller dans les élections en étant dans la paix et de les conclure toutes sans dévier de la bonne voie qu’il avait retrouvée, de se respecter mutuellement dans la diversité, de partager le pouvoir et le bien commun sans exclusion. C’est cela qui aurait pu nous aider à faire un nouveau pas dans ce processus de paix et de réconciliation initié avec l’Accord d’Arusha, processus dont les assises sont le partage du pouvoir et du bien commun, la mise sur pied des institutions de la justice et de la sécurité dans lesquelles toutes les composantes de la société se retrouvent ensemble et en qui les gens ont confiance, ainsi que les institutions capables d’aider notre pays à se développer.

3. Mais voilà, depuis que le parti au pouvoir a désigné l’actuel Président de la République pour qu’il soit son candidat à la présidence, ceux qui avaient menacé qu’ils combattraient à travers des manifestations de la rue ce troisième mandat qui viole l’Accord d’Arusha et la Constitution de la République, se sont mis à manifester dans les rues. Ainsi, nous nous trouvons dans un climat de tensions, surtout dans la ville de Bujumbura où dans ces manifestations qui opposent les manifestants et les agents de sécurité, il y a déjà des prisonniers, pas mal de blessés et même des morts. Ce climat de tensions fait aussi que certains services à Bujumbura ne fonctionnent pas et que les écoles sont fermées. Bien plus, il y a pas mal de gens qui ont fui leur pays pendant que d’autres ne dorment plus dans leurs maisons par peur d’être tués. En outre, quand on échange avec les gens, on se rend compte que beaucoup d’entre eux ont peur d’une guerre ouverte qui peut éclater à tout moment. C’est d’ailleurs cette peur-panique qui fait que certaines gens continuent à fuir le pays, tandis que les élèves vident leurs internats pour aller se réfugier dans leurs
familles.

4. Aucune personne sérieuse qui aime son pays, surtout s’il s’agit d’un dirigeant ou d’un politicien ne devrait prendre à la légère cette situation ou rester indifférente. Nous, Evêques de l’Eglise catholique, dans des moments comme ceux-ci, même si certains ont du mal à accepter nos conseils, certains même dans leur lutte politique allant jusqu’à nous confondre avec leurs adversaires politiques, nous sentons comme taraudés par cette invitation que Dieu faisait au prophète Ezéchiel en disant: Fils d’homme, va aux gens de mon peuple, « qu’ils t’écoutent ou qu’ils n’écoutent pas (…), ils sauront qu’ils ont un prophète parmi eux  » (Ez.2,5). En prodiguant nos conseils, nous ne tenons pas en considération qu’il s’agit des gens du pouvoir ou de l’opposition, notre premier souci est plutôt de dire la vérité qui pourrait sauver le pays et ses habitants, en mettant en avant la sauvegarde du bien commun, en nous appuyant sur notre foi et la riche doctrine sociale que possède notre Eglise, car notre Eglise catholique en a une. C’est dans ce contexte que nous voulons aujourd’hui aussi donner nos conseils en partant de la situation actuelle.

5. Nous recommandons vivement à tout le monde la voie des élections, pour que le pays ne manque pas d’institutions élues par le peuple et qui jouissent de la confiance du peuple. Que tous ceux qui sont chargés de cette responsabilité fassent tout pour que les élections aient lieu en toute sécurité, en toute liberté de mouvement pour les candidats et les électeurs, dans une compétition donnant aux candidats les mêmes chances de présenter leurs projets de société et de faire leur propagande en toute quiétude. pour ce faire, que les responsables de sécurité fassent tout pour ramener la sécurité partout, afin que les réfugiés rassurés, reviennent chez eux, que les services reprennent tout normalement, que les élèves et étudiants retournent dans leurs écoles, que la rumeur faisant état d’une distribution des armes aux jeunes affiliés aux partis soit vérifiée et si elle est avérée, qu’il y ait un désarmement systématique et non sélectif, afin de créer des conditions pour des élections où on élit un candidat par choix de programme et non par intimidation des armes.

6. Renouons avec la voie du dialogue et de la concertation et renonçons à ces voies de confrontation et des violences dans lesquelles règne la raison du plus fort. La voie qui, jusqu’à présent, a été bénéfique pour nous, c’est celle où les gens en conflits se mettent autour d’une table pour un dialogue et une concertation. C’est cette voie qui a été empruntée pour atteindre l’Accord de paix d’Arusha. Et grâce à cet Accord, nous venons de passer dix bonnes années en étant dans un bon processus de paix et de réconciliation. Nous nous réjouissons que les dirigeants actuels de notre pays réaffirment toujours privilégier cette voie du dialogue et de ta concertation. Dans un passe récent, nous sommes témoins que c’est par cette voie qu’on a pu arriver à la Loi Électorale de consensus et à la Feuille de route des politiciens. Suivant la sagesse de nos ancêtres, il ne faut pas hésiter à emprunter une voie qui mène à bon port. Ainsi donc, au lieu de rester dans ce chemin de confrontation qui occasionne même des pertes en vies humaines, que nos dirigeants et tous les protagonistes prennent résolument ce chemin du dialogue et de la concertation.

7. Nous demandons aussi aux dirigeants et à ceux qui veulent conquérir le pouvoir, de se comporter en Burundais dignes de ce nom et qui aiment leur patrie. Gouverner est une grande mission de servir tout le monde, Cette mission leur demande de ne pas chercher seulement leurs intérêts personnels ou sectaires. Celui qui veut bien gouverner accepte d’être comme le père de toute la nation. Or un bon père est celui qui peut même renoncer à son droit lorsqu’il voit que c’est cela qui constitue le salut de sa famille. Peut-on imaginer un père qui aime sa propre famille et qui ose mettre en avant ses propres intérêts personnels en mettant en péril sa famille ? La mission d’un politicien est une mission noble, une mission d’un père, qui exige un don de soi et un service pour tous sans se limiter seulement à ses partisans parce qu’on est responsable de tous. Et d’ailleurs, à cause de leur mission, les politiciens devraient se démarquer par leur langage digne de respect et d’honneur. Si cela leur est requis de façon ordinaire, cela leur est encore plus exigé surtout pendant la période de propagande électorale, en évitant tout langage déplacé et injurieux, dénigrant ou divisionniste.

8. Les médias jouent un rôle important dans le renforcement de la démocratie. Plus ils sont nombreux, plus ils donnent aux citoyens l’occasion d’exprimer leurs opinions et d’être informés sur ce qui se passe dans le monde. Et dans le processus électoral en particulier, les citoyens sont informés sur les programmes politiques de tous pour qu’ils puissent faire un bon choix. ll est donc juste que les médias gardent leur liberté de travailler, dans le respect des lois qui les régissent et de la ligne éditoriale que chacun d’eux s’est engagé à suivre. Si un medium est fermé, ce sont les citoyens qui en sont victimes et cela ouvre la voie à la prolifération des rumeurs.

9. Nous voudrions également prodiguer des conseils d’une manière particulière à nos jeunes. Rappelez-vous que vous êtes en train de préparer votre avenir, gardez-vous d’être manipulés par ceux qui voudraient vous entraîner dans des voies injustes ou des voies qui vous empêcheraient d’avoir un bon départ qui prépare pour vous un bon avenir. N’abandonnez pas l’école ou ne vous absentez pas aux cours qui vous conduisent vers la science qui vous donne accès de concourir avec les autres pour des places vous permettant d’avancer dans diverses voies de la vie. A ceux qui sont affiliés aux partis politiques, sachez que, si vous n’évitez pas de commettre des forfaits malgré ceux qui vous soutiennent, vous y répondrez un jour. Soyez donc sages, recevez ces conseils que nous vous donnons ainsi que tous les autres conseils que vous recevez de la part de ceux qui vous aiment et qui vous souhaitent du bien.

10. S’agissant de vos études, en particulier pour ce qui est de la date de la passation du concours national permettant certains d’entre vous d’avoir accès à l’école secondaire, notre supplication aux autorités compétentes est que, dans la mesure du possible, cette date soit reportée à plus tard, car, nous serions peinés de voir qu’un tel examen soit fait au moment où beaucoup de réfugiés sont en dehors du pays, la plupart des enfants à Bujumbura n’étant plus à l’école, et au moment où certains à l’intérieur du pays vivent dans un climat de peur.

11. Quant aux fidèles chrétiens avec qui nous sommes en communion dans la foi, nous ne voudrions pas conclure ce communiqué sans vous inviter encore une fois à continuer à prier Jésus Christ Roi de la paix pour qu’Il accorde la paix à notre pays. Vous savez que nous sommes dans le mois de mai dédié à la Vierge Marie. Au-dessus de tout, demandons-lui d’intercéder pour nous auprès de son Fils pour qu’ll nous accorde une paix durable.

Fait à Bujumbura, le 05 Mai 2015
Signé / Vos Evêques.

NB: Texte original en Kirundi. Ici: Traduction officielle.

Les prises de positions de la C.E.CA.B au cours des crises burundaises. Point de silence complice.

Aujourd’hui comme hier, notre pays vit des moments de tensions suite aux élections qui sont déjà sur nos portes. Il s’agit d’une période déterminante où les actes qui sont responsables (comme celles qui le sont moins) écrivent l’histoire d’un peuple, l’histoire des peuples (pour ceux notre sous-région par exemple). C’est pour cela qu’il a toujours été un devoir de l’Eglise Catholique d’en appeler à la conscience de tout un chacun pour qu’il pose des actes réfléchis, sous peine de commettre l’irréparable en cas de manquement de vigilance. Ne dit-on pas avec raison que « quand un imbécile jette la pierre dans un trou, cent sages ne suffisent pas souvent pour l’en retirer » ? Pensons seulement aux vies humaines que nous avons perdues (ou mieux, que nous avons détruites) pendant nos guerres fratricides !

Quelle a été la contribution de l’Eglise catholique en tout ces moments ?

Prélats du Burundi en Visite ad limina

Prélats du Burundi en Visite ad limina à Rome, 2014

En ces derniers jours qui précèdent les élections de 2015, beaucoup ont été les réactions de ceux qui pensent que la Conférence des Evêques Catholiques du Burundi (C.E.CA.B.) n’aurait pas dit ce qu’elle a récemment dit quant au respect de la parole donnée (référence aux accords d’Arusha et aux autres textes légaux du Burundi). En outre, il y a risque de faire passer dans l’opinion que cette sortie serait intéressée (au premier sens du terme) puisque, dit-on, la même conférence aurait brillé par son silence pendant d’autres moments difficiles qui ont caractérisé notre histoire. Arrêtons-nous sur quelques considérations.

Clarifions : quand l’Eglise s’exprime sur des questions de société.

Ceux dont les calculs sont « menacés » par une prise de parole de la hiérarchie de l’Eglise Catholique disent que l’Eglise s’ingère dans les affaires politiques. En lisant certaines publications sur les réseaux sociaux burundais (surtout Facebook), il y en a qui disent qu’ils n’hésiteront même à lancer des pétitions contre les prélats catholiques burundais afin que le Pape les rappelle à l’ordre : j’entends ici « qu’ils doivent s’occuper de la sacristie et non s’exprimer sur des questions qui intéressent la gestion politique de l’Etat ».

Il faut alors préciser que le seul agenda politique de l’Eglise Catholique est son enseignement social, qui depuis 1891 (avec Rerum novarum), cherche à donner sa contribution afin de promouvoir une culture du bien commun, de la justice sociale et les libertés individuelles et sociales authentiques. En effet, la doctrine sociale de l’Eglise est la traduction de la vision catholique de la politique, de l’économie et de la société. L’Eglise s’intéresse à la politique par l’entremise de ses ministres (son hiérarchie) qui doivent être des rassembleurs, mais pas au sein d’une logique de parti (ce qui impliquerait une logique des groupes).

En outre, le droit de l’Eglise à s’exprimer dans le débat public dérive de son indépendance par rapport aux organisations politiques étatiques, de son autorité morale et de sa présence tangible dans la société. Au sein de la démocratie moderne, l’Eglise réclame son droit de s’exprimer comme toutes les institutions de la société civile afin de promouvoir et défendre ses valeurs et encourager, à la lumière de la sagesse du christianisme, le débat sur ce qui devrait faire partie des priorités de la société. Elle se fait donc promotrice du bien commun selon ce qu’elle comprend de cette notion (Voir Catéchisme de l’Eglise catholique n°1906).

Enfin, quand l’Eglise s’exprime à la veille des élections, comme elle l’a fait en avril 1965, avril 1993, en mars 2004, et même mars 2015, elle n’entend pas persuader les catholiques à se ranger et voter pour ou contre quelqu’un, mais elle accomplit son devoir former les consciences en rappelant les références à son enseignement social ; elle cherche à illuminer les consciences de ses fidèles (de quelque formation politique qu’ils soient, électeurs ou candidats aux élections) sur les valeurs d’une anthropologie illuminée par l’Evangile. Elle rappelle les aspects les plus importants de l’unité de la vie chrétienne: la cohérence entre la foi et la vie, entre l’Évangile et la culture, rappelée par le Concile Vatican II. (Cfr G.S N° 43).

L’Eglise a-t-elle vraiment brillé par son silence comme on l’entend dire ?

Après le dernier message de la C.E.CA.B, les réseaux sociaux burundais grouillent de réactions qui accusent les Evêques de s’être tus pendant d’autres moments difficiles de notre sombre histoire. Quand j’entends un tel discours, je n’ose pas m’imaginer que ceux qui le tiennent soient animés d’une bonne volonté. J’aimerais me tromper à leur sujet. Je pense surtout qu’il s’agit des manœuvres de désinformation qui (se) nourrissent des lieux communs. En effet, la population électorale burundaise est composée en grande partie de jeunes. Si on va jusqu’aux 25-30 ans, il s’agit d’une partie de la population qui, en 1993, ne comprenait pas grand chose quand aux prises de positions des uns et des autres, mais sûrement souffrait des affres de la guerre qu’on vivait. Que pourraient alors répondre ces personnes si on leur disait qu’en 1972, 1988, 1993, pendant les villes-mortes de 1995-1997,… l’Eglise est restée silencieuse ? Sûrement qu’il n’y aurait pas d’arguments. Et j’appelle cela : désinformation, manipulation de la part de ceux qui savent bien que l’Eglise a parlé, même si parfois, elle a parlé aux «oreilles assourdies par la violence subie ou tramée ». Apprenons à nous rendre aux évidences. N’oublions pas que l’Eglise ne dispose d’autre police contraignante que la conscience personnelle de celui qui veut bien l’écouter, qu’il soit chrétien, catholique, ou non! La vérité nous rendra libres.

Survol historique des déclarations et prises de position de la Conférence épiscopale.

Au temps de l’Indépendance, l’Église Catholique mettait en garde ses chrétiens contre la franc-maçonnerie et le communisme. Quand on se rendit compte que le problème burundais était autre, elle développa un enseignement qui visait à sauvegarder le tissu social en détérioration. La recherche de l’avoir et l’hédonisme portaient à des tensions. La haine et la rancœur rongeaient les cœurs des Burundais. « La charité et la paix dans la justice » (1970) : tel fut un des documents d’envergure qui analysa le problème social burundais dans son ensemble et invita à rompre avec la haine et la suspicion. «Le Hutu se dit : que les Tutsi fassent quelque chose et nous ripostons énergiquement ! Le Tutsi de son côté se dit : je ne me laisserai jamais faire par le Muhutu. L’étranger, lui, au lieu de réconcilier, s’en lave les mains, se dit : ‘tant pis pour eux’, ou pire encore, attise le feu de la discorde», lit-on dans ledit document de 1970.

Sautons un beau bout de temps. Quand le Président démocratiquement élu en 1993 fut assassiné, ce fut l’ouverture des vannes de la haine ethnique et de la violence. Les évêques invitèrent à la célébration des journées de repentir, de réconciliation et d’espérance. La tentative de remise en place des institutions étatiques fut pilotée par un Représentant de l’ONU, épaulé par le président et le vice-président de la Conférence épiscopale catholique. Quand les Evêques condamnaient les violences entre frères et sœurs burundais, ceux-ci s’embourbaient dans des actes d’une violence assourdissante qu’on eût pensé que personne n’avait parlé. Ainsi disaient ces pasteurs en juillet 1995 : «La vie de la personne humaine est intouchable, pour quelque motif que ce soit. Toute violence est absolument injustifiable   et   même   l’auto-défense légitime   ne peut planifier consciemment l’anéantissement de l’autre». Nul n’ignore la balkanisation des quartiers de la ville de Bujumbura et des autres centres urbains et les actes de barbarie qui s’y commettaient.

Ils ont chaque fois pointé du doigt les causes des crises burundaises : la course au pouvoir pour l’avoir qui procure tous les plaisirs. Cette conception de la vie marque une rupture profonde entre la société traditionnelle, qui se construisait sur la terre, la vache et la progéniture –et celle occidentale qui insiste sur l’argent, la villa et la voiture. Un nombre restreint de citoyens, comme toujours, et avec des moyens pas toujours propres, s’en procure en sacrifiant la majorité. C’est ainsi que naît le système d’exclusion qui garde des cercles d’influence (aujourd’hui on parle des généraux là où on parlait hier d’autres) en commençant par les ethnies, passant par les clans et les régions pour se renforcer népotiquement sur la famille élargie. La cristallisation autour de ces entités ouvre à la constitution d’un système d’ exploitation-protection.

Ceux qui disent que les Evêques ont brillé par le silence devraient au moins se rappeler une chose, ou même deux : « Verba volant, scripta manent » et par conséquent, les Burundais peuvent aller à la source et démasquer le mensonge, puisque tout le monde n’est si analphabète pour qu’il croie à toutes les déclarations, sans pouvoir vérifier la consistance.

Voici les titres de certains messages qui ont été publiés (par ordre chronologique) par la C.E.CA.B. J’en indiquerai l’auteur chaque fois que ce ne sera pas directement la Conférence épiscopale comme organe. J’ai surtout retenu ceux qui ont été livrés dans les années de grandes turbulences de la société (1965, 1969, la période 1972, 1988, 1993 et suivant).

C.E.CA.B., Lettre pastorale des évêques du Burundi à l’occasion des nouvelles élections législatives, Gitega, 1 avril 1965.
Lettre pastorale des pasteurs de l’Eglise du Burundi adressée aux chrétiens, ainsi qu’à d’autres habitants du Burundi qui désirent le bien, Ngozi, 23 octobre 1969.

– La charité et la paix par la justice, Les Presses Lavigerie, Bujumbura 1970.
– Lettre pastorale des évêques du Burundi, 24 mai 1972.

– MAKARAKIZA A. (Mgr), Considérations au sujet des événements actuels. Message adressé à tous les prêtres, à toutes les communautés de sœurs et e frères, Gitega, le 7 Juin 1972. Archives de l’archidiocèse de Gitega.
– Appel des évêques du Burundi à la réconciliation, dans D.C, n°1611,18 juin 1972.
– La Justice est possible et la paix aussi, Bujumbura, 31 août 1972.
– Lettre des évêques du Burundi à tous les Barundi, Gitega, 13 juin 1973.
– Message des évêques catholiques du Burundi, Muyinga, 25 août 1988.

– Lettre pastorale sur le rôle du chrétien en ce temps d’activité politique intense («Inyigisho y’abepiskopi b’Ekleziya Gatolika yerekeye intwaro rusangi mu migambwe myinshi, n’amatora twimirije »), Bujumbura, 10 avril 1993,
– Appel des évêques catholiques, de l’Eglise épiscopale et de l’Eglise libre méthodiste du Burundi : le cri de l’Eglise en deuil avec son peuple, Bujumbura, 25 octobre 1993.

-Appel des évêques catholiques, de l’Eglise épiscopale et de l’Eglise libre méthodiste du Burundi, Bujumbura, 2 novembre 1993.

– BUDUDIRA, B. – NTAMWANA, S., Message du bureau permanent de la C.E.C.A.B sur la situation de violence dans le pays, Bujumbura, 12 août 1994.
– Nous condamnons avec force toute violence dans notre pays, Bujumbura, 24 août 1994.

– Message des évêques catholiques aux fidèle s et aux hommes de bonne volonté, Bujumbura, 24 Octobre 1994.
– Heureux les artisans de la paix, Bujumbura, 13 janvier 1995.

– Nous devons marcher ensemble vers la paix, Déclaration et prise de position des évêques Catholiques du Burundi sur la situation de guerre civile dans le pays, Bujumbura, 26 juillet 1995.

– Cessons de nous cacher derrière l’ethnie. Ne confondons pas le bien et le mal, tous les tueurs se ressemblent, qu’ils soient hutu ou tutsi, Bujumbura, 12 juin 1996.

– « Dieu notre Père sauve le Burundi de la guerre et de la haine, ramène la paix et l’harmonie sociale dans notre pays », Bujumbura, 1997

– Message des évêques catholiques aux hommes politiques sur le dialogue politique ou négociation, Bujumbura, 29 août 1997.

– Aux politiciens, aux belligérants, aux participants à la négociation d’Arusha, à la communauté internationale, tous les Burundais de bonne volonté, Rome, 9 septembre 1999.

– Appel à un cessez-le-feu. Vous tous qui êtes impliqués dans la guerre au Burundi, vous tous qui la faites ou la soutenez d’une manière ou d’une autre, nous vous demandons : arrêtez la guerre, Bujumbura, 15 décembre 2000.

– Non à la guerre, oui à la paix! Bujumbura, 9 mars 2001.
– Abandonnons la guerre, reconstruisons le pays par la vérité, la justice et le pardon, Bujumbura, 14 décembre 2001.
– Ecoutez-vous les uns les autres et la paix refleurira dans notre pays (Jc 1, 19), Bujumbura, 6 août 2002.
– Urgence d’un engagement unanime pour la paix, Gitega, 14 janvier 2003.

– Consolidons les voies du dialogue et de la concertation pour éviter à notre pays d’aller à la dérive, Bujumbura, 14 mars 2003.
– Tugumane umwizero, amahoro arashobora kugaruka mu Burundi, Bujumbura, 23 juin 2003.

– Préparons-nous à faire de bonnes élections qui nous aideront à sortir de la crise, Bujumbura, 19 mars 2004.
– Mémorandum de la conférence des évêques catholiques du Burundi adressé aux nouvelles autorités du pays, Bujumbura, 17 août 2005.
– Déclaration des évêques catholiques du Burundi sur la vie du pays, Bujumbura, 8 septembre 2006.
– Déclaration des évêques catholiques du Burundi sur la vie du pays à l’intention des hommes politiques, Bujumbura, 9 août 2007.
– Message des Evêques catholiques concernant la paix au Burundi, Décembre 2011
– Communiqué de presse de la C.E.CA.B sur quelques questions d’actualité au Burundi, décembre 2013
Twitegurire amatora mu mutekano no mu kuri, Bujumbura, Kigarama 2014
Ijambo rigira kabiri ry’Inama y’Abepiskopi gatorika b’i Burundi ryerekeye amatora yo mu mwaka w’2015, Bujumbura, Ntwarante 2015