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Christ-Roi: Prince-de-la-Paix qui pardonne et nous réconcilie en faisant la paix.
En ce dernier dimanche du temps ordinaire, nous célébrons la solennité de Jésus-Christ roi de l’univers. Cette fête fut instaurée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925 par l’encyclique «Quas Primas» pour «ramener et consolider la paix par le règne du Christ».
En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous contemplons le règne de Dieu qui vient peu à peu à travers l’histoire et qui monte vers sa réalisation plénière à la fin des temps. Paradoxalement, l’Eglise nous propose, pour fêter notre Christ-Roi, une scène peu éclatante où Jésus inaugure son règne : son trône est la croix… sa couronne est un buisson d’épine qui ensanglante sa face… son investiture royale un « titre » de condamnation à mort clouté au dessus de sa tête…ses deux témoins, ses barons, deux malfaiteurs condamnés avec lui. Un paradoxe éminemment évangélique ! Roi ? Oui ! Mais certainement pas comme le comprenaient, ni ceux qui étaient ses adversaires pour les condamner… Roi «à la manière de Dieu»! Que sera alors le BILAN de sa royauté? Allons-y doucement!
Les textes de la liturgie présentent plusieurs aspects de cette réalité. Le second livre de Samuel (Cfr 1ère lecture) parle de l’unification de toutes les tribus d’Israël qui reconnaissent l’autorité royale de David comme dérivant de celle de Dieu. Le Psaume 121 (122), quant à lui, reconnaît Jérusalem (ville-de-la-paix), le trône de David, comme le point d’union de ces mêmes tribus pour adorer le Seigneur : «Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur. C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur. C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David». C’est pourquoi Luc parle du « peuple » (laos en grec) qui était là à regarder. Il ne parle pas de la foule ; mais bel bien d’un peuple qui reconnaît une même destinée, ce peuple qui était suspendu aux paroles de Jésus au moment où les « grands » cherchaient à éliminer Jésus(Luc 19,47-48). L’évangile de ce jour présente de son côté une image de roi en net contraste avec celle qui ressort des lectures précédentes. Jésus, objet de dérision et de mépris, meurt sur la croix comme un criminel et l’écriteau qui est cloué au-dessus de lui et qui le désigne comme «roi des Juifs» n’y change rien ! C’est la deuxième lecture, extraite de la lettre de saint Paul aux Colossiens, qui nous donne la clef pour entrer dans ce mystère de la mort en croix du Christ comme sommet de la révélation de sa royauté sur l’univers. Il est capital de remarquer que l’apôtre des nations nous présente dans ce passage le règne universel du Christ à travers sa mort sur la croix en termes de réconciliation, de rédemption, de pardon des péchés et de paix : «Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix». On ne peut lier plus clairement la royauté du Christ à sa mission de salut.
Pourquoi alors deux bandits aux côtés de Jésus ? Cherchons à comprendre. La loi de Moïse demandait deux témoins pour tout acte juridique, et ce dernier, celui de la condamnation à mort l’est à plus d’un titre. Les témoins de la Transfiguration sont 2 principales personnes de l’A.T, Moïse et Elie (Lc 9,28-36) ; ceux de la résurrection sont les deux disciples d’Emmaüs qui ouvrent leurs cœurs à un inconnu (Lc 24, 18), sans passer sous silences les témoins mystérieux du tombeau vide (Lc 24,4) ; et voici que les témoins du Golgotha sont deux bandits. Le règne de Dieu n’est as pour les « justes », mais il est ouvert aux « convertis ». Pour y entrer, il ne sert pas grand chose d’être « juste » : même le pécheur y trouve sa place à une seule condition : accueillir le pardon toujours offert de Dieu. Ainsi, le premier à vivre cette réconciliation universelle est un larron qui sait reconnaître sa culpabilité et qui proclame en même temps l’innocence et la royauté de Jésus. Que me manque-t-il pour remplir ces 2 conditions ?
Notre Seigneur manifeste sa royauté en nous faisant miséricorde, en nous pardonnant et en nous justifiant plutôt qu’en nous condamnant. Alors qu’il pourrait manifester sa toute-puissance en foudroyant le pécheur, il l’exerce, dans sa passion et dans toute l’histoire du salut, en le pardonnant. Ce pardon constitue un acte de puissance sans commune mesure avec le châtiment, parce qu’il a pour effet, non pas d’anéantir le pécheur, mais de le transformer et de le rendre juste. Bossuet s’exclame à propos de la déclaration de Jésus au larron repentant : Aujourd’hui : quelle promptitude ? Avec moi : quelle compagnie ! Dans le Paradis : quel séjour ! Qui, après cela, peut encore douter de la miséricorde de Dieu ? Qui peut avancer ses mérites ?
Retour sur les textes du jour. Seul un regard de foi qui perce les apparences sensibles peut nous rendre accessible ce mystère. Seul un regard de foi peut nous permettre de reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu le Père qui «nous a arrachés des ténèbres pour nous faire entrer dans son Royaume» (Cf. 2ème lecture). Seul un regard de foi peut nous faire discerner en lui celui en qui nous sommes pardonnés. Tel est le regard du bon larron : «Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne». Dans le troisième évangile, il est le seul à oser appeler Jésus du nom que Dieu lui a donné dès avant sa conception : «Jehoshuah», «Dieu sauve» (Lc 1, 31). Comment Luc pourrait-il mieux illustrer l’union dans la propre personne du Christ du Royaume qu’il inaugure et du salut qu’il apporte ! «Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.» En exauçant la demande du supplicié, Jésus manifeste que son Royaume, son salut, n’est pas à remettre dans un futur lointain mais qu’il est déjà à l’œuvre, ici et maintenant, pour celui qui est disposé l’accueillir. Oserons-nous croire que cet aujourd’hui du Royaume, cet aujourd’hui du salut, en tant qu’il est lié à la personne même de Jésus, s’étend à tous les aujourd’hui de l’histoire ? Oserons-nous croire qu’il est aussi le nôtre ? Demander au Christ de régner sur notre monde c’est d’abord lui présenter nos vies marquées par le péché et implorer son salut. A chaque eucharistie, nous sommes mystérieusement mais bien réellement rendus présents au pied de la croix. Le salut nous y est proposé par le roi d’humilité. Le défierons-nous en lui demandant de manifester sa toute-puissance en se sauvant et en nous sauvant avec lui ou bien reconnaîtrons-nous humblement notre péché et notre besoin de salut en implorant sa force d’amour et de pardon et en le suppliant comme le bon larron : «Seigneur souviens-toi de moi dans ton Royaume» ?
«Seigneur, nous confessons ta victoire sur le péché et la mort. Ta résurrection l’a attesté et ta force de vie et de miséricorde en chacun de nous en témoigne encore aujourd’hui. Ta domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et ta royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. Que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.»
L’univers digital: réseau de relations et espace d’évangélisation.

Abbé Lambert RIYAZIMANA: « L’internet est un réseau de relations à tisser et à vivre, à bien vivre. »
Quand aujourd’hui on parle de smartphone (ou téléphone intelligent), de web 2.0, moteurs de recherche, de réseaux sociaux comme facebook (plus d’un milliard d’utilisateurs !), Twitter, Flickr, Google+, LinkedIn, MySpace, … et encore plus d’autres plates-formes, on se rend compte que tout cela fait partie de la vie d’un grand nombre de personnes, et surtout de celle des nouvelles générations, dont les membres sont souvent « les natifs digitales ou numériques ». Se fait-il que cela est entrain de constituer un nouvel espace anthropologique, un nouveau mode de penser, de connaître la réalité et de tisser des relations humaines. Il suffit de penser au nouveau type de relations sur facebook pour s’en rendre compte, quand ceux qui sont déjà amis se proposent aussi cette amitié online.
Bien sûr, nombreux sont les dangers et/ou les craintes des dangers du web : la dissolution de l’identité personnelle, l’affaiblissement de la pensée et de la réflexion personnelles, la construction d’une personnalité dépendant de la popularité qu’on a sur le réseau, la propagande à outrance, le langage vulgaire de certains internautes… Il est cependant important de comprendre que malgré les risques, le monde online constitue aussi un réseau de relations au sein duquel communiquer signifie partager son expérience, son émotion, pourquoi pas sa tristesse, témoigner de sa conviction et souvent dans la gratuité totale. Il s’agit d’un espace où on peut et on doit essayer de nouveaux chemins qui portent à Dieu. Bien sûr, la priorité du contact personnel pour l’évangélisation reste indispensable. C’est pourquoi, ne pouvant pas nous contenter du « virtuel », qui est aussi « réel », ces relations, si elles ne proviennent pas de ce contact réel, comme le cas dont je parlais à la fin du premier paragraphe, elles devraient avoir cela comme but final.
Nécessité d’évangéliser (en) ce nouveau monde ?
La réponse paraît directe et affirmative. Mais pourquoi y a-t-il tant de réticences pour des personnes (si pas personnalités) « sérieuses » quand il s’agit de s’embarquer sur FACEBOOK ? TWITTER ? FLICKR ?…Quand on parle de « naviguer sur internet », on penser à un embarquement et un déplacement au cours du quel on peut rencontrer beaucoup de personnes, d’hommes d’affaires, de situations, cela dans un ensemble de relations souvent difficiles et complexes.
Avec cette terminologie de « navigation », la mentalité moderne comprend ces plates-formes où s’embarquent des milliers d’internautes, les réseaux (sociaux surtout) leur offrant les possibilités de se rencontrer, de nouer des amitiés, d’échanger des points de vue, des photos, des vidéo, etc.…, cela dans le bien comme dans le mal.
Revenant sur l’évangélisation, je trouve intéressante la traduction italienne du mot RESEAU= RETE. Le mot RETE signifie à la fois RESEAU et FILET. Cela me fait alors penser à la mission que nous avons reçue de Jésus, de jeter le filet en tant que « pêcheurs d’hommes », en ouvrant à ces hommes qui naviguent dans ces nouveaux espaces et qui s’y noient parfois, des portes de Vérité et de foi, des points de repères sûrs, des lumières, surtout que des confusions ne manquent pas chaque fois qu’il y a de grands mouvements de masse.
Jésus invite au changement de mentalité.
Selon certains exégètes, il n’est pas un fait du hasard que Jésus enseignait aussi, étant dans une barque, allant et venant d’un bout à l’autre de la mer avec ses disciples. Au cours des déplacements, il a donné aussi des leçons importantes au groupe des douze. Il ne s’agit pas donc de permanence. Il a fait route avec les disciples d’Emmaüs, les poussant à changer de considérations sur la réalité. Oui, cheminer invite à changer de mentalité. L’enseignement de Jésus, dans une barque qui ne s’arrête pas, mais se déplace constamment, pourrait signifier l’invitation qu’il leur lançait de ne pas s’installer dans leurs visions, mais de toujours ouvrir leurs horizons, changer de vision, de mentalité. Je pense que c’est de cela que nous avons besoin, nous les chrétiens, nous qui faisons partie de la hiérarchie de l’Eglise. Préparés et forts de notre foi, forts de la Vérité (de Jésus qui est Voie, Vérité, Vie -Jn 14, 6) nous avons à naviguer avec les autres, jetant le filet (la RETE en Italien) à droite, dans une mer faite de chiffres, c.à.d. dans une mer numérique, digitale (digit en anglais = chiffre).
Connectés – Interconnectés – Internet.
L’Internet n’est pas donc, de ce point de vue, un instrument à utiliser comme on se sert d’un marteau, d’une houe, d’un stylo. Il est avant tout un RESEAU, un ESPACE à habiter, un des espaces dans lequel nous tissons et nous vivons nos relations à grand échelle même, un espace dans lequel nous connaissons le monde.
Le monde digital n’est donc pas un monde parallèle « au nôtre » que nous pensons « réel » ; il n’est pas que virtuel, faux, aliénant, espace dépersonnalisant, bref, internet ne constitue pas une seconde vie. C’est un réseau de relations. Et puisque notre vie est unique, qu’elle soit celle « physique » ou « digitale », nous sommes toujours les mêmes (d’où il ne faudrait pas dire, écrire sur internet ce que nous ne sommes pas capables de dire et assumer devant des personnes en chair et en os !), toujours authentiques. Nous devons donc rendre domestique le réseau, y vivre comme dans une maison, en étant des témoins des valeurs que nous devons toujours porter, des valeurs dont nous sommes convaincus, comme chez nous. Nous sommes et nous restons nous-mêmes, chrétiens, pasteurs, même quand nous nous embarquons avec les autres.
Pause musicale:
Et les dangers ?
C’est vrai qu’il y a des dangers, comme ceux dont j’ai parlé au début de cette réflexion. Mais ils ne diffèrent en rien de ceux de la vie quotidienne. Je trouve que le problème réside dans le fait que le milieu numérique amplifie, rend gigantesque tout cela par la vitesse de transmission et l’accessibilité universelle, globale. Ce n’est pas la même chose qu’un scandale, pour ne parler que de cela, soit connue d’une dizaine de personne dans l’espace d’une semaine que d’être par les mêmes personnes en l’espace de cinq heures ! Dans le deuxième cas, le scandale sera perçu comme « plus scandaleux », puis-je ainsi me répéter. Nous n’avons donc pas à attribuer au réseau nos propres fautes et limites, se serait échapper à notre responsabilité. Déserter le web, par peur des dangers pourrait seulement être un alibi : au sein du réseau, nous sommes qui nous sommes.
C’est pourquoi nous sommes inviter à communiquer aussi au sein du web. Communiquer (communicare, communione) signifie alors partager ce que nous pensons, ce que nous avons, et surtout, ce que nous sommes. Mais, que faut-il communiquer ? Jésus-Christ qui est la réponse authentique au désir humain de Relation, de Communion et du Sens à donner à la vie humaine, où qu’elle soit, sur le web ou non.
Comment le faire ?
Pour témoigner de la Bonne Nouvelle à l’ère digitale, il ne s’agit pas de remplir le réseau des contenus religieux. Cela n’est qu’un pas utile mais qui ne suffit pas. Il faut plutôt savoir cueillir les défis des hommes qui y sont, parce que nous sommes en relations avec eux. S’ils parlent sur facebook et y partagent leurs émotions, leurs préoccupations, leurs joies, je m’y rends moi aussi ; je les y rejoints. Ils s’expriment sur Twitter, cette « grande opportunité, ce marché libre des idées, cette place publique où chacun a droit de parole » ? Nous devons y avoir notre place. » Nous devons alors être familiers des défis des gens d’aujourd’hui, de l’intérieur, je dirais même, du ventre du réseau, notre maison d’habitation, en y mettant notre PROFIL fort et luisant de la lumière du Christ. Notre profil doit faire voir aussi au clair qui nous sommes, au cours de ce long voyage de navigation. Nous n’avons donc pas placer la communication et surtout la technique au-dessus de tout mais nous devons être plus attentifs que d’autres au contexte du message, avoir cette conscience qu’en matière de communication (c.à.d. de partage d’expérience, de témoignage, etc.), le contexte dans lequel est produit le message est aussi important que le message lui-même. » Mon Profil sur Facebook, sur Twitter, sur Skype, …, ma signature à la fin de chaque e-mail que j’envoie … constitue un premier message. Je le dis d’expérience, parce que j’ai déjà eu à répondre à des questions que j’estime fondamentales à des personnes qui se sont adressées à moi, après avoir vu mon PROFIL et lu ce que j’y mets de temps en tant.Le défi est donc, non celui d’être d’abord spécialiste des techniques de la communication afin de savoir utiliser le réseaux, mais plutôt de BIEN VIVRE au temps du web, étant donné que nous communiquons ce que nous sommes, nos convictions et nos expériences. Comme ça, nous cheminerons avec tant d’âmes qui titubent, chancellent, se noient même au milieu de cet océan digital, à la recherche du sens de la vie, à la recherche d’une relation, de la vraie relation qui puisse réaliser les rêves les plus profonds de la personne humaine. Cette relation, j’en suis convaincu, n’est pas possible en dehors de Jésus-Christ et par sa Parole dont nous sommes ministres et témoins. Je suis invité à m’embraquer et à jeter le filet (la RETE). Où jettes-tu ton filet ? Sur facebook ? Sur Twitter ? Sur Skype ?… Où ? Ou bien tu as encore peur de te lancer, de naviguer avec les autres, les accompagner, les précéder même comme une lumière, ces personnes à la recherche d’une relation qui puisse donner un sens à leur vie ! As –tu choisi de les abandonner seuls dans cet espace, afin qu’ils y mettent seulement ce qu’ils veulent ou ce qu’ils peuvent atteindre parce qu’ils n’ont pas quelqu’un qui puisse y mettre un autre contenu ? Tel est le défi lancé à toi, à moi. Allons-y !
L’excessive confiance dans l’œuvre humaine produit la routine d’une foi paralysée par les structures.
Chers amis, la première partie de l’évangile de ce jour évoque de manière suggestive une peinture, qui montre au premier plan le Temple de Jérusalem éclairé par un soleil crépusculaire de fin d’été : la façade glorieuse resplendit d’une lugubre lumière, tandis qu’au second plan s’amoncellent imperceptiblement de noirs nuages, qui présagent un violent orage : il ne restera pas pierre sur pierre. Le monde ne peut pas continuer ainsi. Trop de vanité, trop d’apparence, trop d’hypocrisie et trop de mensonge. L’injustice et l’impiété crient au ciel.
La tension entre un ordre apparent et la réalité morale et spirituelle fragilise l’institution du temple : celui-ci se veut fondé sur le plan messianique de Dieu et passe pourtant à côté de son intervention dans l’histoire des hommes, puisque le Christ, la parole vivante de Dieu, comme autrefois les prophètes, n’est pas reconnu et accueilli. L’excessive confiance dans l’œuvre humaine produit la routine d’une foi paralysée par les structures, dont la stagnation spirituelle dégage une odeur putride. Elle fragilise aussi l’arrière pays qui subit les vertiges du pouvoir et des richesses : la vie est gagnée à force de durs labeurs.
Sans aucun doute, le Temple devait être très beau, avec ses colonnes et ses boiseries sculptées, ses draperies brodées, ses revêtements d’or. Il a été terminé en 63 et détruit en 70 par les armées du général romain Titus. Les pèlerins devaient rester bouche-baie, un peu comme nous le sommes devant la Basilique Saint Pierre de Rome. Il est vrai que la contemplation d’un édifice imposant et beau donne une impression de sécurité, comme si les pierres défiaient l’histoire et que pour un instant nous échappions nous aussi à l’usure du temps. L’intervention de Jésus vient rompre le charme : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Pour les Juifs, ces paroles sont blasphématoires : le prophète Jérémie n’avait échappé que de justesse à la mort pour moins que cela. Ici, Jésus ne fait que nous arracher à nos rêveries de toute puissance et d’immortalité terrestre, pour nous ramener à la réalité de ce monde où tout est vanité.
On serait peut-être porté à penser que « ces histoires » de temples ne nous concernent pas. Loin de là. Chacun de nous, s’il s’assied pour y penser, à quelque chose sur laquelle il fonde plus ou moins sa sécurité : l’intelligence, la facilité de la parole et du discours, certains talents dont notre entourage parle, ce qui finit par nous rejoindre, TUKABIGĒNDERA, notre beauté/bonté,… je ne parle pas de richesses, il n’y a pas vraiment d’y revenir. Si nous ne faisons pas attention, nous pouvons alors être parmi ceux dont parle la première lecture : les arrogants. Attention ! Comment ? Chaque fois que nous n’osons pas nous arrêter pour voir ce qui est à la base de nos motivations, même en accomplissant de « bonnes œuvres » dont profite notre milieu de vie. Alors, nous rejoignons la catégories de ceux que la deuxième lecture met en garde ; les affairés sans qu’ils ne fassent rien. Arrête-toi, un instant, et regarde ce qui se passent ! Ne sont-elles pas des pierres, belles comme celles du temple de Jérusalem, mais qui sont destinées à crouler ? Il est vrai, notre œuvre ne défie jamais la réalité, il faut occuper notre juste place. Nous sommes fragiles. Devons-nous alors nous décourager ? NON !
Jésus nous assiste par son Esprit, quand toutes nos sécurités se révèlent vaines. Le chrétien vit continuellement une persécution. Pour mieux le dire, tout chrétien doit vivre le temps du témoignage, qui ne lui épargne pas bien sûr la souffrance, voire la persécution quand il marche à contre-courant. Il faut alors mener un combat. Heureusement, nous avons un Défenseur. En fait, le vrai combat n’est pas « nation contre nation, royaume contre royaume » ; tout cela demeure horizontal, intra-mondain, intra-historique, et appartient à ce monde éphémère. Le vrai combat est vertical : il se livre là où le croyant est persécuté « à cause du Nom » de son Seigneur. Ce combat là est trans-historique, il participe à celui qu’a livré victorieusement le Fils de l’homme et par lequel il a ouvert les portes du ciel. Saint Luc y reviendra longuement dans le Livre des Actes des Apôtres, où il relatera les persécutions subies par les disciples du Christ. Si ceux-ci ne se dérobent pas et ne sombrent pas dans le découragement, c’est précisément parce que le Seigneur les avait avertis de ce qui les attendaient. Toute dramatiques qu’elles soient, pour le vrai disciple, les persécutions sont à saisir comme des « occasions de rendre témoignage » à Celui qui, par sa résurrection glorieuse, nous a définitivement sauvé de la peur de la mort. Dans les épreuves – qui ne manqueront pas tout au long de l’histoire de l’Église – le Seigneur s’engage à venir personnellement en aide à son témoin : « Moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction ».
Dieu ne peut pas changer le cours des événements sans empiéter sur la part de responsabilité qui échoit à l’homme ; mais la liberté avec laquelle les chrétiens assument ces événements, devrait être un vivant témoignage que leur vie n’est pas entre les mains des hommes, mais de Dieu. Sans minimiser les dangers extérieurs qui nous menacent de toute part dans notre monde en ébullition, il n’en reste pas moins que le vrai danger, celui qu’il faut redouter plus que tout, est intérieur : la catastrophe la plus grave serait de trahir Notre-Seigneur et d’apostasier notre foi devant l’agressivité – peut-être un jour la haine mortelle – de ceux qui nous détestent « à cause de son Nom », et qui hélas peuvent être des proches, des amis, voire des parents. Tel est le sens de la demande du Notre Père : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation » – sous-entendu : de l’apostasie. L’historien romain Tacite écrit que les chrétiens étaient devenus « la haine du genre humain » ! Cela ne les a pas empêchés de témoigner de leur foi, au point que Tertullien a pu écrire : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens ». Devant de tels exemples, nous devrions être bien plus inquiets de notre tiédeur que de la « cataphobie » grandissante
Voie étroite de la Croix à re-choisir chaque jour : « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ». Pour un chrétien, cela n’est pas un accident de parcours, mais bel et bien quelque chose qui fait partie de sa vie. Puissions-nous devenir des hommes et des femmes de discernement, des prophètes remplis de Sagesse – celle de la Croix – pour pouvoir dénoncer les peurs aliénantes et stériles, et orienter nos frères vers les vrais enjeux et le véritable combat. « “Voici que vient le Jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise” (1ère lecture.).
Seigneur, accorde-nous de discerner les signes du Royaume au cœur de notre quotidien ; afin que réconfortés par ta présence, nous ayons le courage de te rendre dignement témoignage, sans crainte d’éventuelles représailles. Car “pour ceux qui craignent ton Nom, le Soleil de justice apportera la guérison dans son rayonnement”. »








