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Choisir Dieu dans le service des plus petits, telle est l’identité du disciple du Christ.
Comme n’importe quelle personne, le chrétien vit dans un monde où l’importance d’une personne se mesure souvent par rapport à sa capacité à se soumettre les autres ou à se soumettre à eux. La liturgie de ce 25ème dimanche du temps ordinaire nous invite à réfléchir sur une des prises de position radicale de l’Evangile : celui qui veut rechercher la justice et la paix doit se convertir à cette logique, qui est celle du service aux autres, aux plus petits au lieu de se faire servir. On est capable de servir les plus petits si et seulement si on est capable de s’abaisser jusqu’à leur niveau.
Le commentaire le plus efficace et éloquent au passage évangélique que nous lisons ce jour se trouve dans les mots de la 2ème lecture. L’exorde du passage sélectionné par la liturgie est plus qu’éloquente : « la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes ». Lire parallèlement l’Evangile et le passage de Saint Jacques nous permet de réfléchir un peu sur la vie de la communauté chrétienne primitive et les relations qui existaient en son sein.
Avant tout, nous nous rendons compte que l’Eglise a eu et a les mêmes problèmes. Si Saint Jacques s’adresse à ses destinataires avec des mots si clairs et tranchants, c’est parce qu’il existait des problèmes, des tensions, des litiges et des complots de pouvoir dans sa communauté. La communauté chrétienne primitive, quelques fois, a cédé l’esprit mondain, cet esprit que dénonce souvent le Pape François, substituant ces critères mondains à ceux évangéliques. Parmi les grandes tentations, il y a eu (et il y a encore) celle liée au pouvoir : « De quoi discutiez-vous en chemin ? Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand». (Mc 9,34). On pourrait entendre Saint Pierre dire : « N’oubliez pas que Jésus m’a dit dernièrement dit que je suis le rocher… » pendant que Jean lui répliquerait : « mais Jésus m’appelle le disciple bien-aimé ! » et à André de renchérir en de termes similaires : « Et moi qui suis le premier disciple à être appelé, c’est moi qui ai été avec lui depuis longtemps ! »… et cela peut nous sembler ridicule, mais nous sommes pas si différents d’aux quand nous alignons l’ancienneté, l’intelligence, l’âge, la provenance,… pour ne citer que cela ! Attention donc, danger !
Dieu merci que la communauté des fidèles du Christ est pourvue de la Sainte Ecriture qui, accueillie avec esprit de foi, non seulement dénonce et démasque le mal et le péché, mais aussi nous indique la voie de la purification : « la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix». (Jc 3,17). La parole de Dieu contenue dans les Saintes Ecritures est efficace, guide et renforce l’Eglise sur son chemin vers une plus grande conformation à la Volonté de Jésus.
L’Evangile indique aux disciples la voie de la conversion : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous». (Mc 9,35). Pour illustration, Jésus appela un enfant et le plaça au milieu de l’attention de tous. Cet enfant est paradigmatique pour sa pauvreté, sa dépendance totale par rapport aux adultes, et surtout parce qu’il n’a pas le pouvoir de décision. Pour plus de précision terminologique, disons que le terme grec (et latin) qui est traduit ici par « enfant », désigne également un jeune esclave. Ce n’est donc pas l’innocence de l’enfant que Notre-Seigneur propose comme modèle, mais la précarité de sa position sociale (l’enfant, en effet, tout comme l’esclave ne jouissaient d’aucun droit dans la société juive de l’époque). Non seulement Jésus met au milieu du cercle des disciples – c’est-à-dire de l’Eglise – celui qui n’a d’autre droit que celui de servir, mais il pousse le paradoxe jusqu’à s’identifier à lui et invite même ses proches à découvrir dans cet enfant, le visage du Père.
Quelle bouleversante révélation de l’humilité inouïe de ce Dieu qui devrait ébranler totalement et de fond en comble notre échelle de valeurs. Du coup les paroles de saint Jacques entendues dans la seconde lecture – que nous nous étions efforcés d’oublier rapidement en raison de leur caractère direct – nous reviennent en mémoire : D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-même ? La source de la violence n’est-elle pas en effet dans notre volonté de puissance, soutenue par un irascible impétueux que rien n’arrête ? Comment dans ces conditions pourrions-nous trouver la paix ? La 1ère lecture nous rappelle que la jalousie nous fait soupçonner le juste d’hypocrisie ; nous l’attirons dans un piège car il nous contrarie, et sa douceur s’oppose à notre conduite. Nous voulons qu’il soit comme nous, qu’il échoue comme nous autres. Nous sommes même à ce point aveuglés par nos passions que nous n’hésitons pas à justifier nos comportements pervers.
Et ainsi, nous pensons fuir ce qui nous pèse, ce qui nous coûte, comme ces apôtres qui ne veulent plus entendre ces révélations dures leurs maîtres : ses propos les effrayent ; ils préfèrent ne pas chercher à comprendre, et plutôt que de l’interroger, ils s’écartent en silence, le laissant poursuivre sa route seul. De quoi discutiez-vous ? Ceci laisse entendre qu’ils étaient seuls, sans le Maître ! La perspective de l’abaissement de celui en qui ils ont fondé tous leurs espoirs, leur est tout simplement intolérable ; ils pensent à autre chose. Comme pour se rassurer, ils se laissent aller à imaginer ce qui adviendrait après que Jésus ait pris le pouvoir à Jérusalem. En quelque sorte, ils se distribuent déjà les portefeuilles ministériels au sein du futur gouvernement que leur Maître est supposé instaurer très bientôt… Ainsi en est-il souvent de moi, quand je cherche à échapper, à penser à autre chose plutôt qu’à ma réalité qui me déconcerte, me surprend au risque de me décourager.
Aide-moi, Seigneur à ne pas fuir ton regard et à me convertir sans cesse !
« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, prenne sa croix et me suive ».
En chaque cheminement au cours duquel est en jeu une chose importante, tel un choix à faire, à un certain point, on est mis à l’épreuve. La foi et la vocation chrétienne à suivre Jésus ne font pas exception de ce parcours à faire et ces épreuves à affronter. En effet, être chrétien signifie ne pas se dérober à ces épreuves, et sur le modèle du Christ, cela signifie aussi savoir dire en ces circonstances difficiles : que soit faite, non pas ma volonté, mais la tienne (Cf. Lc 22,42). Ceci implique aussi le fait de savoir que l’on n’est pas seul et ainsi être capable de se confier à Dieu qui ne nous abandonne jamais, quand bien même on serait devant l’épreuve ultime : celle de la croix dont Pierre n’entend pas affronter derrière son Maître.
Dans la vie humaine, il existe donc des moments extrêmes au sein desquels personne ne peut nous remplacer. Ce sont des moments de décisions irrévocables, des moments du « oui » ou du « non » libre et responsable. On ne devrait plus être Mr ou Mme « Ouine », c’est-à-dire (suite…)
La foi se fortifie lorsqu’on la donne. Allez de toutes les nations, faites des disciples.
Jésus est ressuscité. Avec la mort et la résurrection de Jésus, une page est tournée, celle que Luc a exposée dans son Evangile. Son second livre, les Actes des Apôtres, s’ouvre sur une période intermédiaire de 40 jours, délai symbolique qui évoque à la foi le déluge purificateur, la traversée du désert, les tentations de Jésus, le temps nécessaire pour renaitre à une nouvelle vie (l’enfant passe dans son sein maternel 40 semaines avant de naitre !). L’ascension de Jésus signifie que tout est prêt pour que commence le temps de l’Esprit et de l’Eglise et la finale de Matthieu souligne ma portée ecclésiale de l’absence de Jésus. Le ressuscité proclame le pouvoir cosmique dont il a été investi par Dieu, mais pas pour en être jaloux, mais pour fonder sa mission qu’il confie à ses disciples. Tout est-il prêt pour ces disciples ? Ecoutons les lectures que nous propose la liturgie.
Les disciples sont encore sous le choc de l’immense joie d’avoir retrouvé celui en qui ils avaient cru, celui qui les avait guéris, celui qui les avait pardonnés, celui qui avait accompli toutes les anciennes prophéties. Pour un temps, ils l’avaient perdu. La mort sur la croix l’avait englouti. Puis, après trois jours d’angoisse, il leur avait été rendu, triomphant de la mort ! Quelles fortes impressions doivent habiter leur cœur : le voilà ressuscité devant eux ! Pourtant, l’évangéliste dit que certains avaient des doutes (Mt 28,17). Même devant l’évidence de la présence de Jésus ressuscité, le doute demeure… Combien de doutes ne se cachent pas également en nous ? C’est ainsi qu’est fait notre cœur : même en présence de Dieu, il ne peut le reconnaître complètement. Un voile cache encore à nos yeux la réalité de Dieu. C’est le voile de la foi qui doit nous accompagner toute la vie.
Quelle réponse Jésus apporte-t-il à leurs doutes ? Apparemment, il ne leur propose aucune explication logique pour leur démontrer que c’est bien lui qui est ressuscité et qui se tient devant eux ! Sa réponse semble même un peu hors sujet : « Allez ! De toutes les nations, faites des disciples ! » Aller… oui, mais aller où ? Dans toutes les nations ? Mais si des doutes habitent encore les disciples… Comment Jésus peut-il leur demander cela ? Jésus le peut, car il sait mieux qu’eux que la foi se fortifie lorsqu’on la donne ! La foi grandit et s’affermit lorsqu’on médite son contenu et lorsqu’on cherche à la partager avec d’autres. Pourquoi ? Parce que la foi appelle Dieu ! Même si j’ai des doutes, surtout parce que j’ai des doutes, je suis invité à continuer à chercher des réponses, à creuser et à en parler. Ne soyons pas de ceux qui “fixent le ciel où Jésus s’en est allé”, et que les Anges doivent ramener à la réalité en leur rappelant la mission que le Seigneur leur a confiée. Surtout, qu’ils ne cherchent pas Jésus où il n’est pas. Il est de Galilée, cette province aux populations méprisées parce que mélangées, non pures, mais une terre de l’enracinement de Jésus : oui, il avait l’accent des gens du nord. Pourquoi rêvons-nous d’un autre ailleurs ? Si j’étais de cette famille-là, de ce pays, si mes voisins étaient ceux-là et non…. Jésus te donne rendez-vous dans ta Galilée, à toi !
En outre, le texte de Matthieu ne nous parle pas de l’Ascension comme un départ, mais une nouvelle forme de présence : « je suis avec vous tous les jours… ». Forts de l’espérance que nous donne son appel, et revêtus de l’onction de l’Esprit, puissions-nous ne pas faire mentir la prophétie prononcée par notre Maître bien-aimé : “Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre”. C’est ainsi que l’Église est parvenue à faire entendre le message de Jésus-Christ dans les endroits les plus reculés de la terre. Ne pourrais-je pas commencer à en parler, juste autour de moi ?
Il se dégage de cette liturgie de l’ascension une grande paix et une force paisible : « c’est la force même, le pouvoir, la vigueur, que le Père a mis en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (2nde lecture). L’Eglise perçoit clairement que si son Seigneur est monté au ciel, il ne l’a pas pour autant laissée orpheline: l’onction de sa Pâques repose sur elle tout au long de son pèlerinage, comme la nuée couvrait le peuple au désert. Jésus n’est-il pas « la tête de l’Eglise qui est son corps » ? Comment la bénédiction qui repose sur la tête ne descendrait-elle pas sur le corps tout entier ? C’est cette relation intime entre le Christ et l’Eglise qu’entrevoyait le Psalmiste lorsqu’il méditait : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. On dirait la rosée de l’Hermon qui descend sur les collines de Sion. C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours » (Ps 132[133]). Jésus a pleinement accompli sa promesse : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous». Il ne s’agit pas d’une autre force que celle par laquelle il a lui-même triomphé de la mort : c’est bien le même « Esprit de vérité, qui procède du Père » (cf. Jn 15, 26) qui nous est donné. Il a rendu témoignage en faveur de Jésus en le ressuscitant d’entre les morts, et nous aussi nous rendrons témoignage dans ce même Esprit qui nous guidera vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).
En entendant ces paroles sur la montagne de nos rassemblements eucharistiques ou Jésus nous a ordonné de nous rendre, certes nous nous prosternons devant sa présence que nous discernons dans la foi ; mais reconnaissons humblement que « certains d’entre nous ont des doutes » quant à l’avenir de l’Eglise dans le monde de notre temps. Combien de nos contemporains se soucient du Christ et de son message ? Avec le Psalmiste nous gémissons : « Chaque jour nous entendons dire : “Où est-il ton Dieu ? » (Ps 41, 4.11). Et nous avons du mal à cacher notre scepticisme quant aux chances de succès d’une nouvelle évangélisation, dans une société qui s’est façonné ses propres idoles. C’est pourquoi la liturgie de ce jour nous invite à lire plus loin le psaume cité ci-haut, et à nous revêtir des sentiments du psalmiste qui se ressaisit vigoureusement : « Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu ! » (Ps 41, 12). Certes à vue humaine nos efforts sont vains ; les apôtres eux-mêmes qui ont vu Jésus en chair et en os ont encore des doutes, mais fortifions-nous dans la foi : Dieu « a établi le Christ au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde présent que dans le monde à venir. Il lui a tout soumis et il l’a placé plus haut que tout » (2ème lecture).
Que la Parole toute puissante que Dieu nous adresse en ce jour, chasse les ombres du doute et nous redonne une sainte assurance, dans la certitude que nous partageons dès à présent – dans la mesure de notre foi – le pouvoir qu’il détient au ciel et sur la terre. Nous pourrons alors répondre joyeusement à son appel, dans la certitude qu’« il est avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».






