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La Vierge Marie assumée au Ciel: « Fille » et « Mère » de l’Eglise que nous sommes.

A. Canisius Sibomana

A. Canisius Sibomana

« Puis il parut dans le ciel un grand signe: une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête » (Ap. 12,1).
Dans le Nouveau Testament, on ne parle pas souvent de Marie, mais ce qu’on nous en dit est très important. Elle apparaît avec les apôtres le jour de la Pentecôte. Après cela, on n’en parle plus. Elle se fond dans l’Eglise. Par la suite, celle-ci lui donnera plusieurs titres. Elle est la Mère de Dieu et la Mère de l’Eglise. A partir de la fin du 7ème siècle, on célèbrera le 15 août la fête de la Dormition de Marie. Cette fête deviendra celle de l’Assomption que nous célébrons aujourd’hui.
Pour ceux qui n’ont pas l’habitude, la première lecture est un peu déconcertante. Mais les théologiens sont habitués à voir dans cette « Femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles » une figure de Marie. Mais la vision de la femme gémissant dans les douleurs de l’enfantement et confrontée avec le dragon prêt à dévorer son enfant dès sa naissance cadre moins bien avec l’image que

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« Que les cieux fassent venir le Juste, que la terre s’entrouvre et donne naissance au Sauveur. »

Après Jean-Baptiste dont nous parlait l’Evangile du dimanche passé, la liturgie de ce jour introduit une autre figure clé de l’Avent : la Vierge Marie. Plus encore que le Précurseur, elle est le modèle pour l’Eglise durant le « grand Avent » préparant le retour glorieux du Seigneur, mais aussi pour l’accueil du même Epoux dans ses venues quotidiennes, sous le voile des différentes formes que revêtent sa présence réelle au milieu de nous. Jour après jour, l’Eglise doit être cette terre vierge qui se laisse féconder par la « pluie bienfaisante » qui descend des nuées, afin de « donner naissance au Sauveur » dans les âmes des fidèles, selon même les mots de l’Antienne d’ouverture de la messe de ce dimanche. L’Eglise, c’est-à-dire l’ensemble des baptisés rassemblés dans une même foi, mais aussi chacun d’entre nous, dans le face à face personnel qui constitue l’essence même de notre vie spirituelle. Car Dieu veut habiter parmi nous, faire en nous sa demeure éternelle : tel est « le mystère qui est maintenant révélé : il était resté dans le silence depuis toujours, mais aujourd’hui il est manifesté », malgré le silence qui part du protévangile du livre de la Genèse. Et ce mystère, c’est que tout être humain est prédestiné à accueillir « la germe impérissable, la Parole vivante de Dieu » (1 P 1, 23), afin de collaborer à la naissance du Christ en lui.

On ne peut dire plus clairement que la femme en sa maternité, est l’archétype de l’humanité dans le plan de Dieu. La Vierge enceinte nous révèle la capacité de la nature humaine à recevoir Dieu en sa chair. A l’heure où la société cherche légitimement à trouver la place spécifique de la femme au sein de la culture, il est bon de se souvenir que la finalité de toute vie humaine est de participer à un mystère d’enfantement : « afin que le Christ soit formé en vous » (Ga 4, 19). Ce qui suppose que face à Dieu, la dimension spirituelle de l’être humain est essentiellement féminine. « A la paternité divine comme qualificatif de l’être de Dieu, répond directement la maternité féminine comme spécificité religieuse de la nature humaine, sa capacité réceptive du divin ».

C’est pourquoi l’Annonciation dépasse l’événement de l’incarnation du Verbe dans le sein de la Vierge : il est l’annonce de la maternité de l’Eglise tout entière, c’est-à-dire de chacun des croyants, qui tous sont appelés à participer à l’enfantement du Corps du Christ, né de la Vierge Marie. Nous imaginons sans peine que pour accueillir un tel hôte, il y aura besoin de quelques transformations intérieures, disons d’un certain rafraîchissement des peintures et des papiers peints. Heureusement, le Seigneur nous fait dire « qu’il nous fera lui-même une maison » dans laquelle nous pourrons vivre avec lui « des jours tranquilles, délivrés de tous nos ennemis »,mots que nous cueillons sur les lèvres du prophète Nathan. Ce que Dieu a accompli en Marie par une grâce prévenante, il veut l’accomplir également en nous par une grâce purifiante qui nous rende digne de devenir son Temple. En fait ce grand œuvre est déjà commencé : depuis le jour de notre baptême, nous sommes « le Temple de Dieu et l’Esprit de Dieu habite en nous » (1 Co 3, 16). Nous aussi, « la puissance du Très-Haut nous a pris sous son ombre » afin d’enfanter en nous le « Fils de Dieu ».

Comment « à cette parole », ne pas être « tout bouleversés » : est-il possible que les pauvres pécheurs que nous sommes, soient appelés à une telle destinée de gloire ? Devant notre désarroi, l’Ange nous rassure tout comme Marie : « “Sois sans crainte, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu” : le mystère de ta « participation à la vie divine » (2 P 1, 4) n’est ni ton œuvre, ni la récompense de tes mérites, mais le don gratuit du Dieu de miséricorde ».

Il suffit de voir le contraste qui existe entre cette Annonciation à Marie et celle faite à Zacharie quant à la naissance du précurseur.

Celle de Jean Baptiste se déroule à Jérusalem dans la capitale de la Parole de Dieu pendant que Marie se trouve en Nazareth, ce petit village d’environ 150 habitants à l’époque ( disent les archéologues);
– Le lieu lui-même est suggestif: Zacharie se trouve dans le temple, mais Marie est dans une maison normale, particulière, comme les nôtres, pour nous dire combien Dieu vient habiter au milieu de son peuple, dans sa vie quotidienne.
– Et puis, le message est annoncé à un prêtre, dépositaire des secrets de Dieu, alors que Marie est une jeune fille de la campagne, du commun des gens.
– Alors que le prêtre n’y croit pas, Marie donne son consentement au projet de Dieu. Elle en cela notre modèle et notre soutien, parce que la grâce de Dieu nous rends capable de l’accueillir là où l’action humaine ne ferait rien puisque  » rien n’est impossible à Dieu », nous dit l’Evangile.

Nous comprenons alors que notre sanctification est le fruit de l’action de l’Esprit, qui opère la naissance miraculeuse de Jésus au fond de notre âme. Dieu lui-même nous le promet dans la première lecture, s’adressant au roi: « Je serai pour toi un père, et tu seras pour moi un fils », et nous y répondons par le psaume responsorial: « Tu me diras : “Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut”. Et moi, sans fin, je te garderai mon amour ; mon alliance avec toi sera fidèle ».

Forts de telles promesses, n’hésitons pas à renouveler notre engagement baptismal en disant avec la Vierge de l’Annonciation : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ». Nous le savons bien : ces quelques mots ne sont pas pour Marie un point d’aboutissement, mais le départ d’une grande aventure, dont Dieu seul connaît le chemin. En disant son « fiat », elle a mis ses pas dans ceux du patriarche Abraham, qui « eut foi en Dieu, et de ce fait, Dieu estima qu’il était juste » (Rm 4, 3). Comme lui elle a couru le risque de la vraie liberté en obéissant à la Parole de vérité, et elle s’est mise en route dans la confiance au Dieu fidèle. « Espérant contre toute espérance, elle a cru, et ainsi elle est devenu la mère d’un grand nombre de peuples, selon la parole du Seigneur : “Vois quelle descendance tu auras !” » (cf. Rm 4, 18-19). Jamais elle n’a faibli dans la foi : au pied de la Croix, au moment de l’enfantement dans la douleur de l’Humanité nouvelle, elle a redit son « oui », et à la demande de son Fils devenu son Maître, la parfaite disciple nous a tous reçu pour ses enfants.

C’est à la lumière de cette maternité de Marie, Mère de miséricorde, qu’à notre tour nous sommes invités à prolonger dans nos vies son ministère, en enfantant le Corps du Christ qui est l’Eglise. Le Seigneur attend de chacun de nous, qu’à notre tour, nous prononcions notre « fiat », que nous donnions sens à notre pèlerinage en l’orientant résolument vers sa finalité surnaturelle. Ce qui suppose de nous mettre chaque jour à nouveau en route à la suite du Christ, sur un chemin que nous ne connaissons pas, même si nous savons que c’est celui de l’Evangile. Car nous non plus nous ne savons pas ce que la vie nous réserve de joies, mais aussi de difficultés, d’épreuves, de morts à traverser. Mais en contemplant la vie de Marie, nous pouvons acquérir cette certitude qu’aucune souffrance n’est jamais vaine : toutes contribuent à l’enfantement du Christ dans nos vies, dans l’Eglise et dans le monde. Oui en vérité, aucune larme n’est jamais versée en vain : les Anges du ciel viennent délicatement les recueillir pour les déposer, comme des diamants précieux, sur l’autel de Dieu.

« Père, fais que nous ne nous laissions pas limiter par notre faiblesse et fais-nous pressentir la fécondité de nos petits “fiat” quotidiens prononcés dans la peine, dans l’incertitude, dans la peur du lendemain. Donne-nous la certitude qu’ainsi nous aussi, nous pouvons “concevoir dans notre vieillesse, alors que notre vie était stérile ; car rien n’est impossible à Dieu”. Avec tous ceux qui se sont aventurés sur les chemins de la vraie liberté, nous pourrons alors exulter en proclamant avec Marie : “Gloire à Dieu, le seul sage, par Jésus-Christ et pour les siècles des siècles. Amen

Comment le Pape François réveille le géant endormi de l’Eglise : les laïcs

Lors de son voyage en Corée du Sud, il aura béatifié 124 martyrs… Tous des laïcs !

SEOUL (Corée du Sud)

SEOUL (Corée du Sud)

J. Colina

J. Colina

Samedi 16 août, près d’un million de Coréens ont été témoins de la véritable révolution  que conduit le pape François au sein de l’Eglise catholique : les 124 martyrs coréens, tués en haine de la foi entre 1791 et 1888, que le pape a béatifiés au cours d’une messe célébrée à la Porte de Gwanghwamun  à Séoul, ont un point commun, caractéristique : ils n’étaient ni prêtres ni religieux ; ils étaient tous laïcs. Certains n’avaient même jamais vu un prêtre de toute leur vie.

François, un pape « anticlérical » ?
Après les Journées Mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro, et son pèlerinage en Terre Sainte, François est venu jusqu’à ces latitudes  pour présenter le message que lance à toute l’Eglise l’évangélisation de la Corée: une Eglise fondée par des laïcs et arrosée du sang des laïcs. Dans un certain sens, François est un pape « anticlérical ». Certes, sa vie et ses paroles (il suffit de lire ses homélies) témoignent de la valeur irremplaçable du sacerdoce. Cela étant, son enseignement n’est  pas du tout “clérical”: il n’attribue pas, ni aux évêques ni aux prêtres, un rôle qui ne leur corresponde pas dans la vie sociale, ni même dans la vie ecclésiale.

Réveiller un géant endormi
Cinq décennies après le Concile Vatican II, l’Eglise catholique est encore trop « cléricale », trop dépendante de prêtres qui parfois ne se contentent pas de dispenser les sacrements, mais sont aussi  des « managers», des gestionnaires  d’œuvres ou d’institutions qui conviendraient davantage à des laïcs.  La véritable révolution que le Pape François met en œuvre dans l’Eglise n’est pas tant la réforme de la Curie romaine, certes vitale pour le témoignage chrétien étant donné les problèmes de ces dernières années. Elle consiste surtout à réveiller ce « géant endormi », les laïcs. Même la réforme de la Curie romaine tourne autour de cet objectif, comme en témoigne le rôle essentiel que le Pape a conféré aux laïcs dans la gestion économique du Saint-Siège.

Une église de Corée fondée sans prêtre
En ce sens, l’origine de l’Eglise de Corée est un message d’une actualité prophétique : le Pape visite une église qui a été fondée sans un seul prêtre et représente aujourd’hui l’une des communautés les plus dynamiques du continent asiatique, avec plus de 100 000 baptêmes adultes par an. Lorsque le premier prêtre missionnaire, venu de Chine, arriva  en Corée en 1794, il y trouva déjà 4 000 baptisés, qui avaient reçu le baptême des mains de laïcs. Les premiers catholiques du pays étaient des hommes de culture, qui avaient pris connaissance des textes bibliques et chrétiens traduits en chinois par des missionnaires occidentaux à Pékin, en particulier par le père jésuite Matteo Ricci.

Une vision fondée sur l’égalité homme-femme
Parmi eux se trouvait Lee Seung Hun, un fonctionnaire coréen qui se rendit de Corée, état vassal de l’empire, à Pékin, en 1784. Durant son voyage dans la capitale chinoise, il entra en contact avec les missionnaires, leur demanda le baptême, ainsi que des livres religieux pour nourrir la foi de ses amis coréens qui découvraient alors le christianisme.   De retour dans son pays natal, il baptisa les autres membres du groupe, qui à leur tour baptisèrent les Coréens qui découvraient dans la figure de Jésus, le Fils de Dieu. Un cas  unique dans toute l’histoire du catholicisme ! Dix ans plus tard, l’évêque de Pékin leur enverra le premier prêtre chinois, afin qu’ils puissent enfin célébrer l’Eucharistie. Très vite, la vision chrétienne de l’homme et de la femme, fondée sur l’égalité  qui heurtait les enseignements de Confucius fondés sur la division en classes, et donc avec une dignité différente, conduisit à la persécution des chrétiens.

Un des facteurs majeurs ayant déclenché cette persécution aura été l’opposition du catholicisme au culte confucéen des ancêtres en Corée, perçu comme une idolâtrie par l’Eglise, car remplaçant la divinité dans la tradition de l’Eglise. Dès lors, le régime coréen considéra le christianisme comme un « culte maléfique », une secte détruisant les relations humaines et l’ordre moral traditionnel.

L’extermination totale des chrétiens
En 1802, le roi de Corée promulgua un édit d’Etat par lequel il ordonnait l’extermination des chrétiens, l’unique solution pour étouffer cette graine de folie, comme était perçu le christianisme. Le premier et unique prêtre fut tué. Mais, en pleine persécution, ces laïcs continuèrent à évangéliser leur pays, au prix de leur vie. Selon des sources locales, dans les persécutions des catholiques de Corée, sont morts plus de 10000 martyrs. Parmi eux figurent les nouveaux béatifiés proclamés par le pape, Paul Yun Ji-Chung et 123 de ses compagnons. Appartenant à une famille noble coréenne, Paul en découvrant Jésus, le Fils de Dieu, a refusé de rendre  le culte aux ancêtres. Pour cette raison, à la mort de sa mère, il a refusé de l’enterrer dans le rite traditionnel, mais selon le rite chrétien. Cela conduisit les autorités à ouvrir une enquête, qui allait donner lieu à une grande persécution, appelé la persécution de Sin-HAE. Paul est mort martyr  en 1791.

Martyrs et prophètes de l’Eglise du XXIe siècle
Et maintenant ces martyrs sont les prophètes de l’Église du XXIe siècle,  selon le pape François, car ils montrent comment les laïcs mettent au centre de l’Eglise Jésus-Christ et la fraternité des enfants de Dieu, née du baptême.  Ces laïcs et martyrs, a expliqué le Pape, « nous rappellent de mettre le Christ au-dessus de tout, et de voir tout le reste en ce monde en relation avec lui et avec son Royaume éternel. Ils nous provoquent à nous demander s’il y quelque chose pour laquelle nous serions prêts à mourir ». En outre, ils nous enseignent que leur témoignage au Christ  est manifesté « par l’acceptation de l’égale dignité de tous les baptisés », qui  « défiait les structures sociales rigides de leur temps ».  « Leur exemple a beaucoup à nous dire, à nous qui vivons dans des sociétés où, à côté d’immenses richesses, grandit silencieusement la plus abjecte pauvreté; où le cri des pauvres est rarement écouté ; et où le Christ continue à appeler, nous demandant de l’aimer et de le servir en tendant la main à nos frères et sœurs dans le besoin ».

C’est là la révolution que  le pape François introduit, celle d’une Eglise capable de dépasser la « cléricalisation » des laïcs et la « laïcisation » des prêtres. Une Eglise dans laquelle le « géant endormi », les laïcs, deviennent protagonistes de l’évangélisation, à travers le témoignage de leur vie quotidienne.

Traduit de l’édition hispanophone d’Aleteia par Elisabeth de Lavigne (ALETEIA)