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Avent: la vie chrétienne est une marche vers une rencontre, dans l’espérance.

Abbé Lambert RIYAZIMANALe propre de l’homme, c’est de s’interroger sur le sens de sa vie. A la lumière de l’expérience, il s’efforce de déchiffrer les signes (événements heureux ou non, les rencontres, les paroles et discours, …) qui s’offrent à lui. En ce début d’une nouvelle année chrétienne (liturgique), la parole de Dieu nous présente des croyants qui se sont posé les mêmes questions dans des situations fort diverses : juifs exilés à Babylone, fidèles de l’Eglise de Corinthe, les destinataires de l’Evangile de Marc. A tous ces hommes désemparés, le prophète, l’apôtre Paul et Jésus lui-même adressent un message identique : « Tenez bon, car Dieu est fidèle ! Il vous a aimés en vous comblant de ses dons ; aujourd’hui encore, il vient à votre rencontre ». Oui, un avenir nouveau commence chaque fois que chacun de nous accomplit sa tâche de serviteur comme le portier de l’Evangile. Pour cela, il faut veiller, ne pas s’endormir.

Nous commençons ainsi l’Avent de cette nouvelle année liturgique avec une consigne précise de la part de notre Seigneur : « Veillez ! ». C’est une invitation à être attentif aux signes de la nouveauté chrétienne dans l’attente de son plein accomplissement lorsque notre Seigneur viendra dans la gloire et nous ressuscitera avec lui.

Veiller n’est pas une tâche facile : il faut prendre garde, comme si il s’agissait d’un contexte de combat. La vigilance ne peut se faire sans lutte, effectivement. Veiller pour ne pas succomber aux tentations, et il y en a !! Rendons-nous compte que cet épisode de Marc précède directement le temps de la passion où les apôtres n’ont pas résisté !! En outre, Marc, secrétaire particulier de Saint Pierre, parle du soir, de la nuit et ajoute : « au chant du coq ». Nous sommes à la veille de la passion, où Pierre s’endormira effectivement au lieu de veiller et où le chant du coq lui rappellera qu’il a manqué à la vigilance (Mc 14, 72). Combien il faut prier pour les responsables de l’Eglise, eux qui sont établis veilleurs, sentinelles du peuple de Dieu ! Oui, ils sont aussi faibles, eux aussi !

Le temps de la veille est indiqué aussi comme le temps de la nuit, des ténèbres : une invitation donc à veiller dans nos difficultés qui transforment nos journées en obscurités, garder l’espérance quand tout semble crouler, quand tous les vents semblent contraires… C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière. Comme ça, Isaïe nous dira à Noël : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Maintenant, nous chantons ainsi : « Peuples qui marchez dans la longue nuit, le jour va bientôt se lever… ». Il faut vivre alors tendu vers ce futur, ce futur qui transfigure le présent.

Toutefois, être tendu vers le futur ne signifie pas s’évader du présent. C’est au contraire mesurer le présent à l’aune de ce futur, c’est anticiper dans l’aujourd’hui ce futur. L’évangile nous invite à entrer dans cette attitude lorsqu’il nous dit que dans l’attente du retour de leur patron les serviteurs doivent rester fixés à leur travail. C’est dans le présent que je trouve le Seigneur qui déjà vient à moi pour me préparer à le recevoir dans toute sa plénitude lorsqu’il reviendra à la fin des temps.

Veiller signifie également garder ardent et vif le désir de la venue du Seigneur. Cela implique de ne jamais se lasser de l’appeler : « Reviens pour l’amour de tes serviteurs et des tribus qui t’appartiennent. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi ». Mais appeler ainsi de toute son âme la venue du Seigneur présuppose que l’on en ait reconnu la nécessité, que l’on se soit rendu compte de notre besoin d’être sauvés, que l’on ait pris conscience de notre condition de pécheurs dont Dieu seul peut nous sauver : « Nous étions tous semblables à des hommes souillés, et toutes nos belles actions étaient comme des vêtements salis… » ; « tu étais irrité par notre obstination dans le péché, et pourtant nous serons sauvés ». En effet, revenus de l’exil, le peuple de Dieu ne ait pas long feu. A la solidarité qui les liait en captivité a succédé le « chacun pour soi » d’une vie facile,… ils ne se sentent plus frères après l’orage. Qu’il est difficile de se libérer ! Il faudrait que Dieu déchire les cieux pour venir cheminer avec son peuple afin qu’il découvre la vraie liberté. Notre cheminement de l’Avent doit nous aider à laisser grandir en nous le désir d’avoir Dieu pour compagnon de nos routes, toujours tourmentés par le doute, par le péché.

Veiller implique encore que l’on ne doute pas de la venue de celui qui nous l’a promis. S’endormir signifierait précisément que nous n’y croyons plus. Nous n’aurions plus aucune raison de veiller. Alors, sur quoi peut bien se fonder cette assurance et cette confiance en la venue de notre Seigneur ? Sur la fidélité de Dieu à ses promesses que nous pouvons déjà voir comme réalisées dans l’histoire du salut que nous livre l’Ancien Testament. Dieu est déjà intervenu en faveur de son peuple comme il le lui avait promis. La 1ère lecture tirée du livre d’Isaïe le proclame. Si elle est un appel à ce que le Seigneur vienne, elle est aussi l’expression d’une espérance dans la réalisation de cette venue qui s’appuie sur tous ces moments où le peuple d’Israël a reconnu son Dieu qui venait jusqu’à lui : « Voici que tu es descendu, et les montagnes ont fondues devant ta face. Jamais, on ne l’a entendu ni appris, personne n’a vu un autre dieu que toi agir ainsi envers l’homme qui espère en lui. »

Toutes ces visites de Dieu étaient en fait des préparations et des annonces de la plus belle et de la plus haute : la venue du Verbe qui est descendu habiter parmi les hommes en prenant chair de notre chair. Nous touchons ici le cœur de la pédagogie de l’Avent : faire mémoire des faits de salut accomplis par Dieu dans l’histoire sainte pour assurer notre cœur qu’il veut tout autant intervenir en notre faveur. La raison ne se trouve pas en nous, en nos mérites, mais en lui qui nous a voulus comme ses enfants, ses fils, son peuple, son héritage : « Pourtant Seigneur, tu es notre Père. Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains ». Si Dieu s’est montré fidèle aux promesses faites à son peuple jusqu’à lui envoyer son propre Fils, il se montrera aussi fidèle avec nous, « lui qui nous a appelés à vivre en communion avec son Fils Jésus Christ notre Seigneur » (Cfr 2ème lecture).

Veiller c’est donc espérer. Espérer qu’un jour nous communierons à la vie divine pour toujours au cœur d’une création toute entière transfigurée. Dès à présent, cette espérance doit demeurer le ressort de notre agir contre toute forme d’obstacle ou de découragement. En tant que chrétiens, nous devons croire en notre monde plus que quiconque parce que nous le savons qu’il est destiné à l’éternité.

« Seigneur, durant ce temps de l’Avent qui commence, éduque-nous à l’espérance. Tiens-nous en éveil pour que nous suivions tes chemins dans la joie de ta présence. Alors que l’engloutissement nous guette, ouvre nos mains et nos cœurs à la détresse de tes enfants humiliés. Ainsi, nous attendrons avec confiance le jour du Christ, notre Sauveur.»

« La foi est une vie qui se sème, germe, grandit et fructifie,… non sans obstacles»

Chers amis,
Pendant ces trois dimanches qui suivront, nous méditerons sept paraboles que Matthieu a groupées dans le troisième grand discours de Jésus. En cette occasion, Jésus se trouve dans un tournant déterminant de son ministère : il se heurte aux difficultés comme nous avons eu l’occasion de le méditer ce dernier dimanche. Il se heurte à l’hostilité directe des chefs religieux qui veulent l’enfermer au sein des discussions de leurs écoles théologiques, ils veulent même le supprimer. En outre, les foules, après l’enthousiasme des débuts de la prédication de Jésus, sont déçues par ce messie qui refuse de passer à l’action politique pour libérer ce peuple du joug des Romains. Jean le Baptiste était de ceux qui attendaient une telle libération : « déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu (…) il tient e main la pelle à vanner (…), quant aux bales, il les consumera dans un feu qui ne s’éteint pas » (Mt 3,10…12). Voilà qui on attend. Mais que se passe-t-il ? Ecoutons la parole.

La 1ère lecture rappelle aux rescapés de l’exil qui s’apprêtent à repeupler Jérusalem qu’une seule voie conduit au bonheur : l’accueil de la Parole de Dieu, qui ne déçoit jamais. Elle est féconde et efficace comme les précipitations qui abreuvent la terre. Dans la parabole du semeur, la Parole de Dieu est comparée aux grains qui tombent sur différentes sortes de terrain. L’évangile de Matthieu insiste sur les grains perdus, picorés par les oiseaux, brûlés par le soleil ou étouffés par les épines. Ces images visent les difficultés d’une vraie conversion et les obstacles que rencontre l’annonce de la Bonne Nouvelle. Mais la puissance de Dieu se manifeste dans les grains tombés sur la bonne terre, qui rachètent superbement les partes subies par ailleurs.

Ainsi, la première lecture de la liturgie de ce dimanche souligne fortement l’efficacité de la Parole de Dieu en nous et dans l’histoire des hommes : « …ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission. »
Cependant, pour que la Parole de Dieu porte un fruit qui dure, la terre qui l’accueille doit être bien préparée. C’est ici le message que nous laisse la parabole du Semeur que Jésus nous présente dans l’évangile de ce jour. Certes, la Parole de Dieu est toute puissante mais elle ne s’impose pas, elle demande à être accueilli librement et pour que sa semence grandisse en nous, elle doit trouver un cœur bien disposé.

Pouvons-nous dire que malheureusement, cette Parole nous atteint en paraboles? Certainement non! Elle nous est ainsi adressée pour solliciter notre libre adhésion. En effet, devant quelque chose d’évident, il est difficile d’être libre. Dieu veut mettre en mouvement notre liberté qu’il nous parle en paraboles. Par ailleurs, les réalités divines sont si riches qu’il est difficile, sinon impossible, de les enfermer dans notre pauvre langage. Il faut des images qui alors engagent notre imagination, il faut des paraboles qui mettent en mouvement notre liberté. Dans cet épisode du semeur, la qualité du sol sera comparée à notre prédisposition à coopérer à la germination, la croissance et la fructification de la semence jetée en nous. En effet, la foi est une vie qui se sème un jour, germe, grandit et fructifie, non sans difficultés et obstacles qui pèsent sur notre liberté d’y adhérer.
Revenons successivement sur quelques aspects. « Le semeur est sorti pour semer », nous dit la parabole. Jésus est « sorti de la maison » pour enseigner les foules et ses disciples. Nous pouvons lire dans ce mouvement de sortie toute la dynamique de l’Incarnation. Tout comme la semence a jailli des mains du semeur pour être jetée en terre, le Verbe, Parole vivante, a lui aussi, de la même manière, été envoyé par le Père pour se faire chair et venir féconder la terre de notre humanité.
En lui, le Royaume de Dieu s’est fait proche de tout homme. Car de même que la semence a été envoyée par le semeur sur tout type de terre, qu’elle soit rocailleuse, chargée d’épines ou bien labourée, de même le Père a envoyé son Fils frapper à la porte du cœur de tout homme que ce cœur soit épineux, dur comme la pierre ou prêt à s’ouvrir, ou peut-être un peu des trois. En tous cas, des obstacles qui pourraient décourager ne manquent pas.

C’est cela qui a caractérisé le peuple de Dieu, déçu de ne pas voir s’accomplir les promesses annoncées par les prophètes. Les déconvenues qui ont suivi le retour de l’exil ont fait ressentir tout particulièrement cet apparent échec des promesses du Seigneur. Le Créateur qui a disposé la pluie fécondante pour assurer la nourriture de l’homme serait-il moins efficace pour accomplir ce qu’il a promis. La première lecture y répond, et l’évangile nous le confirme en soulignant l’espérance qui anime le semeur, malgré les difficultés réelles qui pourraient paralyser son activité. Il s’y met alors.

Le semeurLe semeur de la parabole, que l’on ne peut soupçonner de maladresse, fait manifestement preuve d’une extrême largesse. C’est comme s’il ne voulait oublier aucun coin de terre, si petit soit-il, où sa semence pourrait germer.
La semence a son origine dans l’espérance du semeur parce que personne n’ensemencerait s’il n’entretenait pas la confiance de récolter un jour du fruit. Mais, en même temps, la semence alimente l’espérance. Quand le semeur commence à ensemencer, il est rempli de joie et d’espérance en voyant réalisée dans le futur la promesse de son travail. Il fixe son regard pas tant sur le travail présent avec son lot de fatigue et de sueur mais sur la promesse d’une belle récolte. Il ne veut oublier aucun coin de terre, si petit soit-il, où sa semence pourrait germer. Ceci est une leçon d’espérance. Quand tu regardes ta pauvre vie, quand tu regardes la vie de l’Eglise, ou le monde, n’en restes pas aux constatations pessimistes et découragées : malgré tous les échecs, une récolte se fera. Soyons témoins de l’espérance. Tel est l’une des attitudes que nous inspirent les lectures de ce jour.

De même, notre Seigneur porte un regard d’espérance sur chacun et sur l’œuvre en lui de sa grâce. Nonobstant un terrain irrégulier, qui n’offre aucune garantie, il continue à semer jusqu’à ce qu’une de ses semences trouve un endroit bien disposé pour la recevoir et se laisser féconder. Et quelques mois plus tard la semence commence à produire son fruit, là trente, là soixante, là cent pour un. C’est la confirmation qu’il avait raison de semer avec générosité et grand sacrifice. Un semeur qui prévoyant qu’une partie de son grain ne germerait pas parce qu’il serait tombé hors d’un terrain bien préparé renoncerait à semer ne ferait que se comporter de façon insensée.

Cependant, la générosité du semeur dans ses semailles n’enlève rien au fait qu’il s’agisse d’avoir un terrain bien disposé pour accueillir la semence et lui permettre de porter un fruit qui demeure. A partir du moment où la semence est jetée, à partir du moment où le Royaume s’est approché et que Jésus est sorti pour annoncer l’avènement des temps messianique, chacun se trouve engagé et jugé par cette Parole. Autrement dit, il ne peut que se situer par rapport à elle. Il ne peut rester neutre. Les deux types de résultat de la semence posent bien ce problème en révélant la dualité de l’auditoire de Jésus, c’est-à-dire la possibilité qu’il lui est laissée de refuser ou d’accueillir la parole du Maître. « Celui qui a des oreilles qu’il entende ! ». La liberté de l’auditeur est interpellée ! La parabole du Semeur nous invite à examiner notre vie. Quel type de terrain suis-je ? Quel type de terrain est-ce que j’offre à la Semence de sa Parole ?

La question soulevée par les textes de la liturgie de ce dimanche est celle de notre libre collaboration à l’œuvre de la grâce divine en nous. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit que celle-ci ne se fait pas sans douleur. La croissance des prémisses de notre résurrection, déposés en nous au baptême, passe nécessairement par un consentement douloureux dans la mesure où notre liberté reste marquée par les conséquences du péché des origines. L’image de l’enfantement utilisée par saint Paul qui provoque dans le même temps joie et douleur exprime particulièrement bien notre situation ici-bas. Plutôt que de reprocher à Dieu de ne pas intervenir dans nos vies ou d’agir trop lentement, peut-être serait-il plus juste et plus fructueux de nous émerveiller devant sa patience et la générosité de sa grâce envers nous.

« Seigneur, puissions-nous trouver dans l’Eucharistie et dans la méditations des textes de ce dimanche le désir et la force de mener une vie chrétienne plus authentique et plus engagée, fondée sur l’efficacité de ta Parole et sur la responsabilité qui est la nôtre face aux dons reçus de toi et la nécessité de porter du fruit. Ainsi soit-il. »

Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu.

Le temps du Carême

Le temps du Carême

Chers amis,
Au seuil du carême, voici la triple tentation de Jésus telle que la rapporte Matthieu. Ce récit annonce un affrontement décisif entre le règne de Dieu et celui de Satan. L’issue victorieuse est promise à ceux qui, à l’exemple de Jésus, refusent de trahir leur vocation reçue de Dieu, au profit des prestiges fallacieux de la richesse, du merveilleux ou de la puissance. C’est là le ressort de toute tentation, comme le rappelle la Genèse en évoquant le péché d’Adam et d’Eve. Pout avoir voulu outrepasser leur condition de créatures, l’homme et la femme découvrent leur indigence et leur vulnérabilité, au lieu du savoir et du pouvoir convoités. L’évangile de la tentation, en montrant que Jésus a résisté au mirage d’un messianisme surhumain, place chacun devant ce choix crucial : pour ou contre la Parole de Dieu.

N’ayons pas peur de l’épreuve.
N’ayons pas peur, nous sommes avertis. Matthieu et les autres évangélistes soulignent que Jésus fut conduit au désert par l’Esprit, après le baptême. Elle fait donc partie du projet de Dieu sur son Fils. Il s’ensuit donc que notre baptême, nos vœux,… ne nous mettent pas à l’abri !!!. Dans la Bible, la « tentation » signifie « la mise à l’épreuve » = kugeragezwa en Kirundi et ça tombe bien comme sens. En ce sens, la tentation pourrait être quelque chose de positif. Ne faut-il pas qu’un amour ait été éprouvé pour savoir s’il est vraiment solide et vrai, et, s’il ne cède même pas aux chutes ?  Jésus fait le même parcours que son peuple, au désert, pendant l’exode : « Le Seigneur Dieu t’a fait parcourir depuis 40 ans le désert afin de te mettre dans la pauvreté ; il t’éprouvait pour connaître ce qu’il y avait dans ton cœur, et savoir si tu allais, oui u non, observer ses commandements » (Dt 8,2). Courage donc.

La grâce obtenue en Jésus pèse plus lourd que le péché.
C’est ainsi que ce premier dimanche de Carême nous place devant le drame qui affecte toute notre existence : le péché, acte de rupture de l’homme vis-à-vis d’un Dieu aimant et bon. 
Le récit de la Genèse qui nous est rapporté dans la première lecture nous remet devant les yeux le premier refus de l’homme par rapport à Dieu. Au cœur de la relation entre Dieu et l’homme, vient s’immiscer le fameux « serpent », le diable, le Satan, comme il sera désigné ailleurs. Accusant Dieu d’hypocrisie et de volonté de puissance qui voudrait étouffer en Adam le désir de communier à la vie divine, il propose à celui-ci de réaliser ce désir mais sans Dieu. Il lui propose de devenir Dieu par ses propres forces, sans l’aide de la grâce divine, en étant à lui-même sa propre loi. Pur mensonge qui ne pourra en fait qu’entraîner l’homme sur un chemin de mort puisqu’avant même de s’y engager il se sera coupé de la source de la Vie.
Quand nous prétendons nous suffire à nous-mêmes, quand nous voulons nous donner à nous mêmes notre ligne de conduite, c’est alors que nous faisons l’amère expérience de notre fragilité. Bref, nos yeux s’ouvrent sur notre nudité, nous qui pensions vêtus de force et d’invulnérabilité. Cette expérience de la faute peut ouvrir nos yeux, comme elle peut causer désespoir quant à la sortie de l’impasse. Seul l’amour ouvre les yeux sans conduire au désespoir car il montre qu’une vie nouvelle est possible. C’est pourquoi nous allons nous confesser, non par peur du châtiment, mais parce que nous nous savons aimés par Dieu qui nous précède. Dans cette optique, la 2ème lecture nous rassure parce que la vie nouvelle en Jésus pèse plus lourd que le péché du monde et la mort qui en est le salaire. Comment lors désespérer de moi, des autres, du monde ?
« Puisqu’il est avec nous dans nos jours de faiblesses, n’espérons pas tenir debout sans l’appeler, tendons la main, crions vers lui notre détresse, reconnaissons sur le chemin, celui qui brûle nos péchés ». (Hymne des Laudes, 1er et 3ème Vendredi, Temps Ordinaire). Qu’il est beau de le chanter, d’y croire, de le vivre.

Dans l’évangile, nous retrouvons le tentateur dans le désert mais cette fois auprès de Jésus. Ce dernier vient d’être baptisé et le Père l’a confirmé dans sa filiation divine : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour». Par trois fois, Satan va essayer de reproduire la tactique mensongère qui avait si bien fonctionné avec Adam et Eve (Cf. la 1ère lecture). A trois reprises, il porte son attaque sur la relation de Jésus à son Père.

Tentation contre l’espérance.
On demande à Dieu de supprimer tout ce qui ous fait souffrir, comme la faim pris en exemple. Tout d’abord, il propose à Jésus de subvenir à ses propres besoins, le poussant implicitement à se soustraire à sa dépendance confiante envers son Père : «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.» Mais Jésus répond : «Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» Jésus traverse victorieusement l’épreuve. Il confesse que la vie véritable se trouve en Dieu et ne tombe pas dans la défiance vis à vis de la Promesse de son Père. Il garde confiance en lui et en son action providentielle car il sait que son Père est fidèle. Au désert, le peuple d’Israël avait succombé à cette tentation en s’appropriant la manne et en la thésaurisant de peur d’en manquer. Pourtant Dieu avait bien demandé de n’en ramasser que le nécessaire pour chaque jour. Mais si Dieu reprenait ses dons ? S’il ne tenait pas parole ? Un tien mieux que deux tu l’auras. Combien de fois ne nous sommes-nous pas laissés induire dans cette tentation de la défiance par rapport à notre Père ! Jésus nous redit dans cet évangile que le Père est fidèle à sa Promesse et que ses dons sont sans repentance.

L’épreuve de la foi.
Israël a toujours demandé des miracles dans le désert. On voudrait alors que Dieu soit plus évident. Satan  veut pousser Jésus à obliger le Père à intervenir en sa faveur, ce qui implicitement manifesterait une mise en doute par Jésus de la vérité de la relation qui l’unit à son Père. Jésus ne péchera pas. Il ne mettra pas Dieu en demeure d’opérer un miracle en sa faveur. Jésus nous ramène ici à l’humilité devant Dieu. Je n’ai rien à exiger de lui. Non pas parce qu’il ferait tout ce qu’il veut sans tenir compte de ma personne mais parce qu’il fait tout ce qu’il veut, certes cela est bien vrai, mais en me donnant tout : «Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?» Là encore, séquelle du péché originel que de croire que Dieu se garderait pour lui seul quelque chose dont il me priverait. Or Dieu dit à Adam : « Tu peux manger de tous les arbres du Jardin ». Mensonge donc que les paroles du serpent qui dit à Eve « alors Dieu a dit que vous ne pouviez pas manger de tous les arbres du Jardin ». Dieu n’est pas un rival jaloux. Dès le commencement, il nous a tout donné. C’est le serpent qui depuis les origines ne cesse de nous murmurer l’inverse.

L’épreuve l’amour.
Alors, n’y tenant plus, le démon découvre ses véritables motivations, conduire à l’adorer servilement en détournant de la véritable adoration qui revient à Dieu seul en tant qu’il est la source de tout bien, expression la plus haute de la filiation par rapport à Dieu. C’est l’épreuve de l’amour. Israël y a succombé en abandonnant l’Alliance pour se tourner vers les idoles. Nous nous trouvons ici devant la tentation suprême du péché contre Dieu, du reniement de Dieu pour suivre des faux dieux qui pourraient procurer la puissance. C’est devant ces forces ambiguës que le Messie devrait se prosterner pour s’emparer d’un pouvoir alors que tout lui a été remis par le Père ! 
Derrière le summum de cette dernière tentation, se profile déjà la montagne du rendez-vous pascal et l’universel pouvoir du Christ. Sur cette montagne, Jésus se révèlera pleinement Fils en s’abandonnant dans une confiance absolue entre les mains du Père. Et le Père pourra alors manifester pleinement sa paternité en le ressuscitant. Cette victoire de la vie sur la mort et sur le péché par l’abandon confiant du nouvel Adam entre les mains du Père est ici anticipée par Jésus. Le 1er Adam s’était élevé en oubliant que sa dignité de créature «à l’image» de Dieu signifiait non pas égalité ou identité mais relation à Dieu, ce qui le conduisit à sa perte. Au contraire, le Christ Jésus, second Adam, ne prenant pas prétexte de sa conformité avec Dieu, s’est abaissé et il a été exalté nous restaurant dans notre relation de fils avec notre Père du ciel (Cf. Ph 2, 6-11).

La liturgie de ce premier dimanche de carême nous remet donc devant la racine de tout péché : la volonté d’autonomie qui est refus de cette dépendance filiale selon laquelle nous avons été créés et qui seule est capable de nous combler puisqu’elle nous garde orientés vers celui qui est la source de tout bien.
 Nous sommes invités à faire le point sur nos comportements, sur les finalités que nous nous fixons au quotidien dans tel ou tel projet et les moyens que nous choisissons pour les rejoindre. La question fondamentale à nous poser pourrait être celle-ci : quelle est la place de Dieu dans tout cela ?
La tentation se reconnaît à ce qu’elle nous conduit toujours à mettre en doute la bonté, la providence, la miséricorde de Dieu à notre égard et nous amène nécessairement à mettre en question notre relation de dépendance filiale vis-à-vis de lui. Les chemins pour y arriver peuvent être divers. La peur et la défiance vis-à-vis de notre Père céleste sont ceux sur lesquels le tentateur nous conduit le plus souvent.

«Père tout-puissant, puissions-nous durant ce temps de carême progresser dans la connaissance de ton Fils en qui nous découvrons ton vrai visage. Nous pourrons alors nous détourner de toutes ses idoles devant qui nous nous prosternons intérieurement et nous ouvrir à la lumière de ta résurrection qui seule est capable de nous transformer et nous permettre de communier à ta vie divine».