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L’Eucharistie est notre « Mémoire vivante » et lien de concorde et de communion.

Venite Adoremus,Dominum

« Venite, adoremus Dominum »

« L’homme ne vit pas seulement de pain ». Tel fut, selon la première lecture, le message inhérent au don merveilleux de la manne dans le désert. Cette longue traversée, Dieu l’a imposée au peuple hébreu pour lui apprendre la pauvreté et la confiance. Voilà la toile de fond sur laquelle se détache l’enseignement de Jésus dans l’Evangile de saint Jean. Pain de Dieu offert aux hommes « pour que le monde ait la vie », Jésus se donne lui-même en nourriture à ceux qui croient en lui. Ce pain-là, c’est le corps du Christ que nous recevons à la communion et que, par ce fait même, nous sommes invités à édifier là où nous vivons. C’est ce que Paul dit en termes inoubliables dans la deuxième lecture : « la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain ». Pour cela, les divisions, les suspicions et les méfiances entre les chrétiens crient fort contre notre identité : vas-tu souvent à la table de la communion ? Est-il alors vrai qu’après la communion, ton action de grâce consiste à regarder tes frères et sœurs et te rappeler qu’ensemble, vous êtes un seul corps pour avoir tous eu tous part à un seul pain ?

Les textes de la liturgie attirent notre attention sur trois points en rapport avec l’objet de la fête de ce jour : l’expérience du désert pour le peuple d’Israël, la nourriture donnée par Dieu en chemin et la vie à laquelle la mort ne saurait mettre fin.
La première lecture, extraite du livre du Deutéronome, invite le peuple d’Israël à faire mémoire de sa traversée du désert et de l’assistance que le Seigneur lui procura. Il ne s’agit pas ici pour le peuple de se souvenir d’événements du passé mais bien de faire mémoire. Il s’agit de confesser que tout ce Dieu a fait pour son peuple au désert, il continue à l’opérer pour lui aujourd’hui. Dieu continue à être présent à ses côtés au travers des épreuves et des souffrances du quotidien, à le soutenir en venant à l’encontre de ses nécessités et en lui donnant des aliments spirituels (comme autrefois la manne) pour le fortifier et l’aider à continuer sa marche. 
Le point crucial de ce mémorial est de permettre aux fils d’Israël de ne jamais oublier que seule la présence du Seigneur peut les soutenir et que c’est donc elle qu’ils devront chercher en priorité et non pas les soutiens matériels : « Il t’a donné à manger la manne pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur ».

Au 7ème siècle, l’époque où paraît le livre du Deutéronome, le peuple d’Israël connaît prospérité et abondance ? De qui tient-il tous ces biens économiques ? De sa force, de son travail, de son génie. Alors, pourquoi continuer à honorer Dieu maintenant que le peuple s’est tiré d’affaire ? L’auteur répond que le temps de la pauvreté, la marche au désert, était un temps de probation ? Dans son dénuement extrême, Israël a expérimenté que tous les biens nécessaires à la vie : la nourriture, l’eau, la libération de l’esclavage, la protection contre les dangers du désert, viennent de la bouche de Dieu, de sa parole créatrice. Cela reste vrai aujourd’hui dans l’abondance. Israël va-t-il reconnaître qu’il tient sa vie de Dieu, et non seulement du pain qu’il mange maintenant à satiété ? Si on ne parlait pas d’Israël, nos sociétés et nos familles opulentes sont-elles prêtes à reconnaître cela ?

Si Jésus-Christ a voulu se faire pain, c’est pour que nous le mangions. Nous pouvons avoir l’impression que le Seigneur se répète dans ce passage de l’Évangile, mais n’est-pas pour nous encourager à croire en ses paroles « dures ». Ses auditeurs ont pu se demander si cet homme n’avait pas perdu la raison : déclarer à son public qu’il lui faut le manger, au sens propre du terme ! Impossible sans la foi. Nous pouvons entendre ainsi cette question des Juifs : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Dans le sacrement de l’Eucharistie, c’est réellement Jésus-Christ qui se donne à nous. C’est le sacrement de l ?union à Dieu qui alimente et entretient la vie divine en nous, et nous fait demeurer unis à lui. Manger le Corps du Christ et boire son Sang est le moyen le plus sûr pour nous de rester unis à Jésus. Pourquoi Seigneur as-tu « inventé » que nous te mangions ? Parce qu’il désire nous communiquer sa vie divine. Jésus possède la vie, encore plus, il est la Vie (cf. Jn, 14,6) et il n’est venu que pour nous la donner, et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10,10).

Depuis la venue du Verbe, Parole de Dieu, en notre chair, cette promesse de Dieu dans la Première Alliance s’est accomplie de la manière la plus haute. Dieu ne se contente plus de faire résonner la voix de sa Parole. Cette Parole, il la donne en nourriture et à travers elle lui-même se donne pour soutenir ses enfants sur la route de leur existence. Il leur donne accès à la fontaine de la vie éternelle que le Fils a descellée pour eux par sa mort et sa résurrection. C’est le miracle de l’Eucharistie : «Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour ». 
En se laissant assimiler par nous, le Christ nous assimile en lui. Il fait de nous son Corps, comme nous le rappelle la 2ème lecture, nous devenons l’Eglise, qu’il unifie par sa vie qu’il continue à livrer par amour pour nous à chaque Eucharistie. Les jours, les années, les siècles passent, mais le geste dans lequel Jésus a condensé tout son Evangile d’amour ne passe pas. Il ne cesse pas de s’offrir lui-même, Agneau immolé et ressuscité, pour le salut du monde. Avec le mémorial de chaque Eucharistie, l’Eglise répond au commandement de la Parole de Dieu dans la première lecture: « Souviens-toi !… n’oublie pas ! » (Dt 8, 2-14).
L’Eucharistie est notre Mémoire vivante !

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». Je te remercie, Seigneur, de veiller à tel point sur moi, sur nous tous. Merci de la foi que tu m’as donnée, merci de croire que dans cette hostie consacrée tu es présent et que c’est par amour pour moi. O Bon Pasteur, notre vrai Pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais et qui peux tout, Toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au Banquet du Ciel et donne-nous Ton Héritage, en compagnie de Tes Saints (fin de la Séquence Lauda Sion). »

« …ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »

« Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venu pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.» Les lectures que nous donne l’Eglise dans la liturgie de ce jour nous replongent dans la tradition de l’Eglise, dans ses racines juives. En lisant l’Evangile du lavement des pieds, et non pas précisément celui de l’institution de l’Eucharistie comme le fait la 2ème lecture, l’Eglise s’interdit, non seulement de détacher l’Eucharistie de ses racines juives, mais aussi, elle s’interdit de séparer le culte du service. Jésus sait que l’heure de sa Passion est là et il veut maintenant en révéler tout le sens aux apôtres réunis autour de lui pour le repas pascal. Jésus va effectuer sa Pâque, il va effectuer son passage vers le Père, il va souffrir sa Passion par amour pour nous afin de nous réconcilier avec le Père. Cet amour il va le vivre « jusqu’au bout » c’est-à-dire jusqu’à la mort et jusqu’à l’extrémité de l’amour. Sa passion et sa mort constitueront ainsi le service d’amour fondamental grâce auquel il libèrera l’humanité du péché

Le Pape François lave les pieds aux prisonniers (Jeudi Saint 2013)

Jésus dépose son vêtement comme il déposera sa vie entre les mains du Père, avant de le reprendre comme il ressuscitera le troisième jour. Le geste du lavement des pieds nous montre précisément que le chemin pour ressusciter et vivre de la vie divine est le chemin de l’abaissement, de l’humilité où l’homme se fait, à l’imitation du Christ, le serviteur dans la charité de ses frères en humanité.
Cette page d’évangile du lavement des pieds nous révèle que le christianisme est bien plus qu’une adhésion intellectuelle à un contenu de foi, qu’il est bien plus qu’une philanthropie basée sur la bonne volonté de l’homme. Cela est bien trop humain !
Le christianisme c’est l’expérience d’une foi vivante, animée par la charité qui naît de la rencontre personnelle avec Dieu qui s’est abaissé en son Fils, qui s’est fait homme, qui est venu se mettre à genoux devant moi pour me laver les pieds afin de m’élever et de me donner part à sa vie divine. Il n’est pas fortuit que chez saint Jean, l’épisode du lavement des pieds prenne la place du récit de l’institution de l’Eucharistie tel qu’il nous est rapporté par les évangiles synoptiques. Le lavement des pieds nous donne le sens de ce que nous sommes invités à vivre à chaque Eucharistie. A chaque Eucharistie, nous avons de la part de Dieu, le témoignage d’un amour allant « jusqu’à la fin » (Jn 13, 1) et nous pouvons choisir à nouveau de nous engager sur le chemin du don dans l’amour.

La force nous en est donnée par le Christ lui-même qui se donne à nous en nourriture, qui vivifie notre pauvre amour humain par son propre amour divin. Car l’Institution de l’Eucharistie, comme le lavement des pieds, nous enseignent cette chose capitale qu’avant de vouloir se donner, avant de vouloir aimer, il faut « ouvrir son cœur pour accueillir l’amour du Christ ». C’est son amour qui nous rend capables d’aimer nos frères à notre tour : « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi », autrement dit « tu ne pourras pas aimer d’un amour sauveur à l’image du mien ». Que de fois nous disons que nous essayons en vain de faire du bien d’aimer, mais que nous ne réussissons pas à le faire ! N’est-il pas que, peut-être, nous comptons trop sur notre capacité et notre volonté seulement ?
Le lavement des pieds et le sacrement de l’Eucharistie sont donc les manifestations d’un même mystère d’amour confié aux disciples et à nous tous « pour que – dit Jésus – vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15). C’est de cela dont nous sommes appelés à faire mémoire à chaque Eucharistie : « Faites cela en mémoire de moi». Il ne s’agit pas ici de se souvenir simplement d’un événement passé aussi fondateur soit-il pour notre existence chrétienne. Ce « faire mémoire » est une actualisation du mystère du don du Christ pour nous, nous donnant d’en goûter réellement et efficacement les fruits.

Dans l’événement pascal et dans l’Eucharistie qui l’actualise au cours des siècles, il y a un « contenu» que l’espace et le temps ne sauraient limiter puisqu’en lui est présente toute l’histoire en tant que destinataire de la grâce de la rédemption. A chaque Eucharistie, Dieu nous lave tout entier en nous incorporant à lui par la communion eucharistique. Il nous invite à accueillir son amour sauveur et à nous laisser transformer par lui afin d’en être les canaux auprès de nos frères. Oui, c’est bien dans la mesure où nous nous unirons au Cœur eucharistique du Christ, que nous lui permettrons d’opérer en nous ce débordement que nous appelons charité fraternelle.

« Seigneur, nous te rendons grâce pour le don de l’Eucharistie, signe éternel et efficace de ton amour divin pour nous. Ce don de ton amour nous soutient sur le chemin de la pleine communion avec le Père à travers toi et dans l’Esprit.
En prenant le temps ce soir de t’adorer dans le Très Saint Sacrement et de méditer le mystère de la Dernière Cène, c’est l’âme remplie de gratitude que nous nous plongerons dans l’océan d’amour qui jaillit de ton cœur et que nous ferons nôtre l’hymne d’action de grâce du peuple des rachetés : « Tantum ergo Sacramentum, veneremur cernui… »