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Miséreux, aveugles et pourtant, disciples. Dieu est avec nous, toujours confiant en nous.

La figure de l’aveugle de JérAbbé Lambert (OLL, Columbia)icho domine l’Evangile. A la différence de Jacques et Jean (dimanche passé : la question de Jésus est la même : que voulez-vous que je fasse pour vous ?), il ne veut pas le pouvoir, mais la pitié. A la différence du jeune homme riche (d’il y a deux semaines), rien de l’empêche de suivre Jésus, pas même son manteau qui lui servait de couverture (et d’isoloir !). Il jette de lui-même son manteau, c’est-à-dire tout ce qu’il a. Il renonce ainsi à ce qui faisait son identité. Il abandonne sa carapace, ses protections, ce qui l’abritait du froid de la nuit et du regard des hommes. Il se montre vulnérable et, lui qui est aveugle, il marche vers Jésus avec assurance. A la différence de ceux qui se scandalisent de la passion de Jésus (Pierre et ses amis), lui, il est prêt à suivre Jésus sur son chemin vers Jérusalem. Il veut être totalement libre. Pour entrer dans Jérusalem, Jésus part de Jéricho, dernière ville conquise par Josué pour rejoindre la terre promise, la terre de la liberté et de la libération des fils d’Israël. C’est dans cette terre (suite…)

Jésus est le nouveau temple: point de marchandage: tout est gratuité, pure grâce.

C’est un même souffle prophétique qui anime les préceptes du Décalogue et le récit des marchands chassés du Temple. Dans les deux cas, il est question de la fidélité à l’Alliance. Or, l’idolâtrie menace toujours le cœur de l’homme. En confondant commerce et religion, les contemporains de Jésus transforment le Temple en «maison de trafic». Mais l’évangile de Jean se distingue des synoptiques en faisant remarquer que Jésus «parlait du Temple de son corps». Désormais, la maison de Dieu parmi les hommes n’est autre que le corps de Jésus, c’est-à-dire à la fois son humanité et le corps ecclésial que forment ses disciples. Détruit par les hommes, puis relevé par Dieu, le corps de Jésus révèle l’éminente dignité de tout être vivant. En lui éclate la folie de l’amour dont Dieu aime les hommes. Tel est le vigoureux message de l’épître d’aujourd’hui.

templeL’évangile nous présente Jésus qui chasse les marchands du Temple de Jérusalem. Jésus ne joue aucun rôle dans la hiérarchie religieuse du Temple et la demande des juifs est naturelle : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » N’ayant aucune charge dans le Temple, il devait être accrédité directement par Dieu comme son envoyé à travers un signe.

La réponse de Jésus va donner alors la clef de lecture de l’épisode tout entier : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Et Jean d’expliquer qu’il était en train de parler de son corps. Le Temple c’est Jésus lui-même, Jésus qui sera crucifié et qui ressuscitera le troisième jour.
Voilà la grande nouveauté : le Temple, le lieu où Dieu se rend présent et où l’homme peut rencontrer Dieu c’est Jésus le crucifié, ressuscité d’entre les morts, vivant à jamais.

Jésus est un Temple totalement pur où il n’y a de place pour aucun marchandage mais où tout est gratuit, pure grâce. Jésus, en fait, que ce soit avec son Père ou avec ses frères, vit la logique du don, de la gratuité et de la liberté de l’amour authentique. Ne pouvons-nous pas penser à la raison pour laquelle il se montre un peu plus clément par rapport aux marchands des colombes, offrande des pauvres, qui ne peuvent pas prétendre beaucoup de Dieu puisqu’ils n’offrent pas grand-chose, comme le firent jadis ses parents ? Et Jésus aime jusqu’au point le plus extrême, jusqu’à donner sa vie pour ses amis.

Après la résurrection, les disciples, illuminés par l’Esprit Saint, ont compris que la passion de Jésus pour la maison de Dieu s’est exprimée dans sa passion à lui : en souffrant, en mourant et en ressuscitant, il a construit la nouvelle maison de Dieu, le Temple nouveau et indestructible. Dès lors, tout homme aura accès au Père « en Christ », en étant en lui comme dans un temple. En effet, la page de l’Evangile passe te temple (ὶέρoν -iéron) à sanctuaire (ναος=naos), c.à.d le lieu de la présence de ce Dieu. C’est donc son corps qui constitue le lieu par excellence de la présence divine. Nous retrouvons les mots du prologue de Saint Jean qui nous parlent d’un Dieu qui plante sa tente (Shekinah à laquelle fait allusion le verset 14 du prologue de saint Jean) au milieu des hommes (Καὶ ὁ λόγος σὰρξ ἐγένετο καὶ ἐσκήνωσεν ἐν ἡμῖν). Ce sanctuaire, où les prêtres ne pouvaient entrer qu’une seule fois par an, peut désormais disparaître, son rideau peut se déchirer (Mt 27,51) et tous ceux qui le veulent peuvent y avoir accès.

Nous avons ici ce qui constitue l’ossature de toute vie chrétienne que nous trouvons exprimée dans la liturgie eucharistique à travers ces paroles prononcées par le prêtre au moment de l’élévation : « Par Lui (le Christ), avec Lui et en Lui, à toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit… » Celui qui veut entrer dans le Temple doit entrer en Jésus. Il doit entrer non pas animé par un esprit mercantile, mais par l’esprit de Jésus, l’Esprit de l’Amour gratuit pour le Père et pour ses frères en humanité.

Nous aussi nous avons sans doute à chasser les vendeurs du temple : refuser toutes les formes de religiosité qui sont, plus ou moins ouvertement, des relations de donnant-donnant avec Dieu. Cela est typique des religiosités naturelles où l’on doit sacrifier quelque chose à Dieu pour obtenir en retour ses faveurs. Ce n’est pas alors notre Père céleste que nous adorons mais une idole, adoration qui peut cacher une idolâtrie que nous nous portons à nous-mêmes. Car Dieu est alors instrumentalisé, réduit à un moyen pour atteindre nos fins. C’est ici qu’il nous faut réentendre ces paroles de la première lecture : « Tu ne te feras aucune idole, car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux”.

Mais comment tromper le Seigneur qui connaît mieux que nous-mêmes ce qui habite le fond de notre cœur! La liturgie de ce jour nous invite à lui demander de débarrasser nos cœurs de toute intention de marchandage dans notre relation à son Père et notre Père. En effet, nous devons bien reconnaître combien il nous est difficile de faire le bien gratuitement sans penser avoir des droits sur Dieu et exiger en retour quelques faveurs.

« De tout temps, Seigneur, Dieu vivant, les hommes ont cru devoir t’enfermer dans leurs temples et leurs rites. Mais ton seul Temple au milieu des hommes, c’est le corps de ton Fils, l’assemblée vivante de tes enfants animée par l’Esprit Saint. Manifeste ta présence parmi nous Manifeste ta présence parmi nous celui d’un cœur pauvre et confiant, qui vit au rythme de ta gratuité. Toi qui me fais la grâce de me savoir aimé en toi gratuitement et de pouvoir alors renoncer à mes vains calculs humains – qui ne cessent de renaître en moi sous des formes toujours nouvelles et inattendues – pour entrer dans la liberté de l’amour: Béni sois-tu ! »

La famille, malgré ses difficultés, reste le lieu de la manifestation de la sollicitude de Dieu.

NoelLe dimanche qui suit directement la fête de Noël, l’Eglise nous fait célébrer la solennité de la sainte famille. Elle célèbre le fait que le Fils de Dieu lui-même a voulu initier sa course au sein d’une famille normale, qui mène sa vie dans cette contrée retirée de la Galilée: Nazareth. La Providence aurait pu choisir d’autres circonstances pour accomplir le mystère de la Rédemption ; mais elle a voulu honorer en tout premier lieu la famille domestique de sa visite, pour signifier à toutes les générations sa suréminente dignité, comme fondement de la « famille de Dieu » (Ep 2, 19) et de toute société humaine.
Au cœur des lectures de ce jour où nous fêtons la Sainte Famille, modèle des familles chrétiennes, se situe l’enfant, don de Dieu, signe d’Alliance.

Oui, Dieu s’est inséré dans notre histoire, en se soumettant à tout ce que la loi prescrit. En effet, ce n’est pas par hasard que Luc parle de la loi 5 fois dans ce petit extrait (quand arriva le jour fixé par la loi, …sacrifice prescrit,…selon ce qui a été écrit,…accomplir les rites prescrits,…lorsqu’ils eurent accompli: Cfr v.22, 22, 24, 27, 39). La famille de Jésus, nonobstant les circonstances particulières dans lesquelles cet enfant divin est né, ne se dérobe pas à la loi. Jésus lui-même s’alignera comme tout le,monde pour recevoir le baptême de Jean, puisqu’il faut accomplir tout selon la justice.

Ainsi la famille humaine devient le lieu de la manifestation de Dieu. Elle peut approcher le divin. En cet épisode, nous avons une famille normale qui se rend à Jérusalem. Le message est venu de Jérusalem (pensons à l’annonce la naissance de Jean Baptiste qui advient au temple, et le Baptiste passera sa vie dans le désert). Jésus et sa famille font le chemin inverse. Ils partent de ces lieux normaux et oubliés vers Dieu dans on temple. Tout le monde peut alors avoir accès auprès de Dieu, mêmes les plus pauvres. C’est en premier lieu pour eux que le royaume de Dieu est venu.

Qui sont ces oubliés? Ils sont ici représentés par ces vieux: Siméon et Anne. Simeon et Anne représentent toutes ces personnes que notre société ne considère plus. Ce sont ces derniers qui viennent accueillir Jésus, et non pas grands prêtres, qui pourtant connaissaient les Écritures. Rappelons-nous des bergers, ces hors-la-loi (pour le sabbat) qui en savaient même pas ce qui se passait dans la société. Qu’avons-nous fait de nos vieux, toujours seuls au milieu de nos cités désertiques?

Ils sont représentés par l’enfant Jésus, e ce qu’est devenu l’enfant de nos jours: « objet » de convoitise et de contradiction, maintenant qu’on revendique le droit d’avoir des enfants et le droit de les éliminer quand on veut. La menace qui pèse sur la vie de l’enfant, fruit et incarnation de l’amour, n’est-elle pas la preuve irréfutable que notre société a perdu le sens du mystère de la personne humaine ? Lorsqu’un groupe humain revendique conjointement le « droit » à l’enfant et le « droit » de l’éliminer, il reconnaît ouvertement qu’il ne considère plus cet enfant comme une fin en soi, mais simplement comme un moyen au service de la satisfaction des désirs des parents.

Ils sont représentés par ce couple de pauvres (Marie e Joseph) qui ne peuvent pas de payer la bête pour offrir le sacrifice. « Si la femme est incapable de trouver la somme nécessaire pour une tête de petit bétail, elle prendra deux tourterelles ou deux pigeons »(Lv12,8). Ces deux pauvres se contentent du minimum: des colombes. Ce couple représente tous ces couples et familles incertaines du lendemain et qui n’arrive pas à joindre les deux bouts du mois.

Ils sont représentés par ceux qui sont en proie aux incertitudes et doutes, quand bien même ils sont intelligents comme Nicodème qui ira trouver Jésus, de nuit (Jn 3), qui se rangera sans peur pour lui au sein du Sanhédrin (Jn 7) et qui n’hésitera pas à dépenser en achetant des arômes pour la sépulture de Jésus (Jn 19); ils sont ces riches inquiets qui n’ont plus rien à perdre comme Zachée et qui ne se préoccupent pas des qu’en-dira-t-on (il n’hésitera pas à grimper le sycomore bien qu’il soit chef- natwe dupfira ikoti!).

Ils sont représentés par ceux qui n’ont pas de parole dans le concert des nations alors que les destinataires du salut sont de toutes les nations, bien que Jésus soit aussi la gloire d’Israel. Personne n’est exclu de la grâce qu’apporte le Seigneur, bien que nous soyons tentés à ériger des barrières entre les personnes, toutes créées à l’image du même Dieu, le Père de tous.

Oui , cette fête nous donne vraiment le sens de la venue de Dieu au sein de notre vie quotidienne. En même temps, elle nous implique et suscite notre engagement pour la famille, pour la vie, pour les pauvres et les oubliés et les marginaux de notre société.

Sommes-nous capables de reconnaître ce Dieu qui vient chez nous, même en ces situations non moins déconcertantes? Certainement, il faut la foi pour que Siméon puisse voir le Sauveur d’Israel et du monde en cet enfant qui ne peut même pas se tenir débout et qu’il faut prendre dans les bras. Il faut d la foi comme celle d’Abraham dont parle la première et la deuxième lecture pour croire en des promesses humainement irréalisables. Seul celui qui se laisse ouvrir les yeux par l’Esprit (nommé trois fois en ce texte) peut voir l’invisible. Pensons seulement au pain eucharistique que nous recevons!! Il faut de l’espérance comme celle à laquelle l’auteur de l’épître aux Hébreux appelle les chrétiens découragés et fatigués d’endurer les situations difficiles. Sur la route de la foi, les échecs et les retards dans la réalisation de la promesse peuvent devenir des moyens s’approfondir sa foi, à l’image d’Abraham qui a cru contre toute espérance.

Dieu notre Père, ton Fils est entré dans une famille pour nous faire entrer dans ta communauté d’amour. Avec Syméon et Anne, laisse-nous te bénir car nous avons vu notre Sauveur, lumière pour éclairer les nations. Que l’Esprit Saint fasse de nous une vivante offrande à ta gloire.