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La Présentation :Dieu rencontre son peuple. La vie consacrée en est le signe.

« Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification… ils l’emmenèrent (l’enfant) à Jérusalem pour le présenter au Seigneur » (Lc2, 22). Dans ce passage de la Présentation de Jésus au Temple, se trouve, dans un sens, condensée, toute la vie de Jésus. Le Fils de Dieu s’est fait chair, dans le sein d’une femme, Marie, et il sera élevé par un homme, Joseph, et par sa mère. Il est venu dans la pauvreté. L’offrande de deux tourterelles ou pigeons était prescrite pour ceux qui ne pouvaient pas payer un agneau. Jésus passa ensuite trente ans à Nazareth, dans la simplicité de la vie d’une humble famille juive. Syméon prophétise ce que sera la vie de Jésus : il apporte la lumière, le relèvement, le salut. Mais il connaîtra aussi l’opposition, jusqu’à être crucifié.

Quarante jours après la naissance de Jésus, Marie et Joseph l’offrent à Dieu comme leur fils unique obéissant ainsi au précepte de la Loi de Moïse selon lequel tout premier né devait être racheté par un sacrifice, quarante jours après sa naissance (cf. Ex 13, 2.12; Lv12, 1-8). Cette offrande trouvera son parfait achèvement dans la passion, la mort et la résurrection de notre Seigneur lorsqu’il réalisera en plénitude sa mission de « grand prêtre miséricordieux et fidèle » (He 2, 17). La prophétie de Siméon est significative : cet enfant qu’il reconnaît comme le Messie (Lc 2, 25-32) sera la lumière des nations et la gloire d’Israël (v. 32) mais aussi « un signe en bute à la contradiction » (v. 34) car selon l’Ecriture il réalisera le jugement de Dieu.

Nous voyons bien la portée eschatologique de tout cela. Jésus est le Messie, le Christ, l’Epoux qui vient accomplir l’alliance nuptiale avec Israël. Mais encore faut-il être disposé à accueillir l’Epoux qui vient à notre rencontre. Aujourd’hui, nous contemplons tout particulièrement les personnages de notre évangile, Siméon et Anne, comme autant de figures de ceux qui attendent et ouvrent docilement leur cœur à la rencontre avec le Seigneur. A ce propos, il est bon de nous rappeler que la tradition orientale appelle la fête d’aujourd’hui la « fête de la rencontre », car, dans l’espace sacré du temple de Jérusalem, se réalise la rencontre entre la bienveillance de Dieu et l’attente du peuple élu.

Joie de la fête

« La Joie partagée augmente ».

Joie partagée, joie qui augmente

« La Joie partagée augmente »

En ce jour, l’Eglise nous invite à méditer et à prier pour la vie consacrée.  Que peut nous enseigner l’expérience de Marie et de Joseph ? Ils ont vécu des moments de rencontres. Il y a dans la vie de Joseph et de Marie plusieurs rencontres étonnantes, qui ont dû les renforcer dans leur foi, leur rappeler que Jésus était bien quelqu’un de spécial. Juste après sa naissance, des bergers vinrent le contempler, envoyés par des anges. Puis plus tard se présentèrent des rois venus d’Orient, avec des présents, pour adorer le nouveau-né. Et ici ils rencontrent Syméon et Anne, qui louent Dieu de pouvoir voir Jésus, et prophétisent qu’il sera le salut d’Israël et de toutes les nations du monde. Et pourtant, malgré ces faits extraordinaires, Marie et Joseph sont restés pauvres et simples, et obéissants à la loi de leur peuple. Le retour à une vie simple et ordinaire n’a pas changé en eux leur foi, le sens de la mission qu’ils avaient reçue. Et c’est Marie qui devra porter cette foi jusqu’au bout, le jour de la mort de Jésus, quand il semble que, par sa crucifixion, il termine sa vie dans l’échec total.

Il est possible que dans notre vie nous ayons eu des moments où nous avons pu percevoir d’une façon spéciale l’action et la présence de Dieu : dans une prière particulièrement intense, un événement marquant dans notre vie, comme l’ordination sacerdotale, la consécration religieuse par la profession des vœux évangéliques, la célébration d’un jubilé de fidélité à la vie consacrée ou matrimoniale, un signe que nous avons reçu… Mais il faut bien reconnaître que notre vie se déroule le plus souvent dans la simplicité et l’ordinaire. Est-ce pour cela, que ce que nous faisons n’a pas d’importance ? Bien au contraire. C’est dans notre vie de tous les jours que nous pouvons vivre avec profondeur notre foi. Dans notre vie de tous les jours que nous pouvons laisser Dieu venir nous rencontrer, dans le silence et la simplicité. Il faut apprendre, comme pouvaient le faire Joseph et Marie regardant l’enfant Jésus à Nazareth, à voir l’extraordinaire dans l’ordinaire. C’est cela la sainteté au quotidien. Rendre, par notre foi et notre amour, les choses ordinaires extraordinaires.

Un des aspects fondamentaux de la vie consacrée est précisément de rappeler à l’homme les dispositions de cœur qu’il doit entretenir pour rencontrer et accueillir Celui qui veut venir épouser son humanité pour la sanctifier, la diviniser. Voilà pourquoi l’Eglise célèbre en ce jour de la Présentation du Seigneur la « Journée de la vie consacrée ».
La personne consacrée, comme Siméon, invite tout homme à revenir à son désir fondamental qui est celui de voir Dieu, de le contempler dans la paix. Comme Anne, elle rappelle à tout homme que c’est par sa persévérance dans la prière, le service de la charité et le don de soi qu’il se préparera de la meilleure des manières à accueillir le Seigneur dans sa vie pour se laisser transformer de l’intérieur par cette présence qui seule est capable de le combler de joie.

La présentation de Jésus au temple, consacré selon la prescription rituelle de l’époque au Seigneur comme tout garçon premier né, annonce en effet le don de Jésus par amour de Dieu et des hommes et l’offrande suprême de la Croix. La prophétie de Siméon manifeste ce lien entre la présentation au Temple et l’offrande de la Croix où s’accomplit le véritable sacrifice rédempteur. Et cela nous ramène encore à la vie consacrée qui, inspirée par le don du Christ, veut témoigner qu’il n’y a pas d’autre chemin à la suite de Jésus que celui du don et de l’abandon. Le consacré rappelle à tout baptisé qu’être disciple du Christ passe par l’offrande totale de soi, chemin qui, s’il débouche sur la résurrection et la vie éternelle, passe inévitablement par la croix et la mort au vieil homme et au péché en chacun de nous.

En cette fête, l’occasion nous est donnée de nous laisser renouveler dans notre ardeur spirituelle dans notre marche à la suite de Jésus sur le chemin du don. Le secret de cette ardeur se trouve dans l’Eucharistie. L’Eucharistie actualise en effet le don jusqu’au bout de notre Seigneur et nous permet de nous y unir chaque jour davantage. A chaque Eucharistie, Jésus nous enseigne à donner notre vie pour nos frères en union avec la sienne.

« Seigneur, j’aimerais parfois avoir une vie plus extraordinaire, plus excitante, pleine de choses merveilleuses. Et pourtant toi, tu es là dans la simplicité et la pauvreté. C’est un des meilleurs endroits pour te rencontrer. Donne-moi la foi et l’amour pour que je sache mettre ta présence dans ma vie ordinaire. Pour que je puisse faire de l’ordinaire une vie pleine de foi et d’amour. Je pourrai alors, au cœur de notre monde, témoigner à l’image de ces cierges allumés au début de cette célébration, que tu es le « salut préparé par Dieu à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations, et gloire de son peuple Israël »».

Epiphanie : une rencontre qui se fait adoration, acte de foi, d’amour et d’offrande de soi.

Les premiers épisodes des évangiles de Matthieu et Luc sur l’enfance de Jésus nous donnent déjà le cadre de compréhension de toute la suite. L’annonce des Anges aux bergers dans la nuit de Noël préfigure l’annonce de la Résurrection aux saintes femmes à l’aube de Pâques ; la fuite en Égypte – symbole biblique de la mort – et le meurtre des saints Innocents préfigurent la Passion et la mort de Jésus ; le retour d’Égypte, qui suit le parcours de l’Exode, annonce le retour à la vie du vainqueur de la mort. Quant à l’adoration des rois mages, elle anticipe la fin des temps, si merveilleusement décrite dans les derniers chapitres du prophète Isaïe dont nous avons entendu un extrait en première lecture. Les mages ne s’y sont pas trompés : le petit enfant qu’ils adorent est bien le Roi de gloire, le mystérieux personnage triomphant attendu pour la Parousie, et qui viendra établir pour toujours le règne de Dieu parmi les hommes. Ce jour-là, « la gloire du Seigneur brillera » sur toutes les nations, qui sortiront de « l’obscurité qui recouvre la terre » et s’avanceront vers « la clarté de son aurore » (1ère lecture).

« Les nations marcheront à la lumière de la Cité sainte, et les rois de la terre viendront lui porter leurs trésors. La cité n’a pas besoin de la lumière du soleil ni de la lune, car la gloire de Dieu l’illumine, et sa source de lumière, c’est l’Agneau » (Ap 21, 24.23). Lorsqu’on se souvient que le terme araméen « talja » signifie à la fois « enfant » ou « agneau », la page d’évangile de ce jour prend un relief tout particulier. L’étoile que ces princes « venus d’Orient ont vu se lever », c’est l’étoile radieuse du matin, le Christ ressuscité, qui illumine tout homme venant en ce monde, afin de le conduire aux sources vives du salut. Il est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ; à lui seul revient l’or, symbole de la royauté suprême ; il est le grand prêtre, symbolisé par l’encens ; lui seul est digne d’offrir le sacrifice qui nous réconcilie avec Dieu son Père – le sacrifice de sa propre vie offerte par amour, et symbolisé par la myrrhe, baume de grand prix réservé à la sépulture des rois. Le « mystère du Christ » dont parle Saint Paul dans la seconde lecture, est le mystère de l’amour triomphant de toutes nos divisions, nos antagonismes ; de l’amour vainqueur de la haine faisant tomber tous nos murs de séparation ; de l’amour qui rassemble tous les enfants de Dieu dispersés : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».

L’épiphanie est la fête de l’espérance, parce qu’elle annonce le grand rassemblement de tous les enfants de Dieu sous la bannière de son Christ. Le jour viendra où le combat de la lumière et des ténèbres, de la vérité et du mensonge, de la vie et de la mort cessera. Ce jour-là « la gloire du Seigneur brillera » sur toutes les nations qui sortiront de « l’obscurité qui recouvre la terre » et s’avanceront vers « la clarté de son aurore » (1ère lecture).
Encore faut-il que la flamme de l’espérance ne vacille pas au grand vent de la culture de la mort (politique qui promet l’avortement, l’euthanasie, …) qui étend de plus en plus ses tentacules, cherchant à étouffer les aspirations à la vie, à la paix qui animent les hommes de bonne volonté. A nous chrétiens, incombe la responsabilité de ranimer cette flamme en nos cœurs, afin qu’elle devienne communicative et relance la quête de ceux qui cherchent Dieu sincèrement. Le parcours des mages trace en effet celui de tout pèlerin de l’Absolu. Au départ de toute conversion, il y a toujours un événement, joyeux ou douloureux, qui nous arrache à notre torpeur spirituelle et réveille en nous la nostalgie d’un monde réconcilié ; d’une humanité vivant en harmonie et en paix sous le regard d’un Dieu bienveillant qui désire le bonheur de ses enfants. Mais qui nous sauvera de notre malice, de notre égoïsme, de notre impuissance à aimer ? Où le trouver ?

RoisMages« En entrant dans la maison, les mages virent l’Enfant avec Marie sa mère ». Cette «maison» représente l’Église. C’est vers elle que nous pousse l’Esprit, car c’est là que nous attend celui que nous cherchons ; c’est là que nous pouvons enfin rencontrer, dans sa Parole et dans ses sacrements, celui dont nous pressentions la présence, celui qui est la source et le terme de notre espérance. « Et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui » : « tel est le sommet de tout l’itinéraire : la rencontre se fait adoration, s’épanouit en un acte de foi et d’amour qui reconnaît en Jésus, né de Marie, le Fils de Dieu fait homme » (Benoît XVI, Cologne 2005).

La démarche n’a pas dû être facile pour les mages – comme pour chacun de nous d’ailleurs. Car ce n’est pas devant un roi glorieux selon notre conception mondaine qu’ils sont invités à se prosterner, mais devant un petit enfant de condition modeste. Ici commence pour eux comme pour nous, un cheminement intérieur qui est sans cesse à reprendre : il nous faut découvrir au fil de l’Évangile que la puissance de ce Roi n’est pas de ce monde ; qu’elle ne se manifeste pas dans un déploiement de force, mais dans la vulnérabilité de sa vie livrée par amour. Sa gloire se révèlera dans l’humiliation d’une mort honteuse, librement consentie ; son pouvoir, dans sa miséricorde qui nous réconcilie avec le Père et nous donne part à sa propre vie dans l’Esprit.

L’Évangile opère une véritable révolution de notre manière spontanée de nous représenter Dieu. Avant de nous prosterner devant l’Enfant divin, il nous faut consentir à une profonde conversion, disons : à un chamboulement de nos valeurs. Ce n’est qu’au prix d’un changement radical de notre regard sur les situations, les événements, les personnes, que nous pourrons reconnaître en cet Enfant le don de Dieu qui surpasse toutes nos espérances, l’Agneau doux et humble de cœur qui nous ouvre le chemin de la vraie vie.

« Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin » : ils étaient venus en suivant l’étoile des prophéties de la première Alliance qui les a conduits jusqu’à l’Enfant. Mais au retour, ils n’ont plus besoin de cette étoile : désormais la Parole vivante, le Christ, était en eux, la lumière de son Esprit était leur flambeau, « la gloire du Seigneur s’est levée sur eux » (1ère lecture). Ou pour le dire avec les paroles que Saint Paul utilise dans la seconde lecture: la « grâce que Dieu leur a donnée, c’est de leur faire connaître, par la révélation de l’Esprit, le mystère du Christ ».
Le Bienheureux pape jean Paul II disait : « Souvenons-nous frères et sœurs, que tous nous avons reçu cette connaissance, c’est-à-dire cette configuration au Christ qui nous le fait connaître en participant à sa vie dans l’Esprit. Demandons au Seigneur de nous renouveler dans ce don ineffable, et offrons-lui en retour « l’or de notre liberté, l’encens de notre prière ardente, et la myrrhe de notre affection la plus profonde ».

« Aujourd’hui Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait ; daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur. Par Jésus le Christ notre Seigneur »

«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»

Chiesa di San Luigi dei Francesi

Chiesa di San Luigi dei Francesi (ROMA)

Ces premiers mots d’un hymne que nous chantons lors des Laudes du Jeudi (Temps ordinaire) nous aident à comprendre notre situation humaine où nous ne réussissons pas à comprendre ce qui nous arrive, et souvent nous prenons des décisions privées de la lumière du Seigneur. Heureusement qu’il nous rejoint dans notre nuit et nous porte vers sa lumière.

Un peu d’histoire pour comprendre le scénario. Achaz n’est pas un roi qui a laissé un bon souvenir dans les annales. Pour sa défense, on peut rappeler son âge : il avait à peine 20 ans quand il est monté sur le trône de Jérusalem. On peut aussi souligner la situation politique complexe qu’il avait à gérer. À cette époque, l’empire assyrien voisin ne cessait de s’étendre et représentait une menace certaine pour Jérusalem. Les royaumes d’alentour se rendaient les uns après les autres ; ceux qui résistaient ou se révoltaient étaient vigoureusement recadrés. Dans ce contexte, deux royaumes du Nord, la Syrie et Israël décidèrent de monter une coalition contre les assyriens. Mais Jérusalem refusa d’entrer dans la coalition. Les rois de Damas et d’Éphraïm se retournèrent alors contre Juda et firent le siège de Jérusalem pour tenter de déposer Achaz et mettre à sa place un roi qui leur serait favorable. Achaz est donc pris entre deux menaces : celle, à ses portes, des royaumes du Nord et celle, plus lointaine, des Assyriens. Achaz paria sur la plus lointaine mais la plus terrible. Malgré les exhortations d’Isaïe, il demanda la protection assyrienne. Il est dans la nuit du choix.

«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»

Ceci nous permet de bien comprendre les propos échangés entre le roi et le prophète. La réponse que fait Achaz à Isaïe revêt les traits de l’humilité, il prétend ne pas vouloir mettre Dieu à l’épreuve, mais elle est de mauvaise foi : le roi a déjà choisi de se soumettre au monarque assyrien plutôt que compter sur la fidélité du Seigneur ; le roi Achaz fait mine de respecter Dieu, alors que pour s’attirer la faveur des dieux païens il a immolé son fils sur leurs autels. Il n’a plus d’héritier, il ne compte plus sur rien. En réalité, Achaz a complètement abandonné le Dieu en qui ses pères plaçaient leur confiance et il a mis en péril la dynastie davidique.

Le Seigneur, pourtant, lui envoie son prophète. Le Seigneur, qui a promis à ses pères que la royauté n’échapperait pas à la maison de David, lui promet la naissance d’un nouveau fils. Le Seigneur, bien qu’il ait été rejeté par elle, reste fidèle à la maison de Juda. Rien ne l’empêchera d’accomplir ses desseins ; comme le rappelle l’évangile, il est «Dieu avec nous».  Oui, notre faiblesse ne peut jamais défier les projets du Seigneur, il nous faut seulement accepter son intervention, même quand tout s’est écroulé.

«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»

Le Messie qui vient sera un jour nouveau pour le peuple qui s’enfonce délibérément dans la nuit de son péché. 

La prophétie dit encore le ridicule d’Achaz. Isaïe annonce en effet : «avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler». Le roi de Juda a abandonné son Dieu et commis des abominations alors que la situation était éphémère ! Avant que l’enfant annoncé n’ait grandi, les royaumes adverses n’existeront plus. Cette précision nous montre combien nos égarements, quels qu’ils soient, sont toujours revêtus du même ridicule. Que de défis mettons-nous devant les projets de Dieu !

« … sauront-ils reconnaitre ta lumière…? »

Quel contraste entre les deux descendants de David ! Le premier tue l’héritier de la promesse pour sauvegarder ses intérêts particuliers, le second renonce à se marier pour ne pas risquer de gêner le projet de Dieu qu’il voit s’esquisser dans la grossesse de la femme qu’il aime. Le premier prend la parole avec cynisme pour se moquer du Seigneur qu’il a trahi, disant qu’il ne peut pas tenter son Dieu alors qu’en réalité, il ne croit plus à rien,  le second ne considère même pas utile de prendre la parole et il s’engage avec confiance sur la parole de son Dieu. Mais Joseph seul est appelé « fils de David » car, de ces deux, il est le seul dont le cœur ait l’humilité qui plaît à Dieu. C’est dans sa maison que se réalisera la promesse. À lui qui a renoncé à tout, Dieu donne le fils que le monde attend, le sauveur qui libèrera les hommes de leur péché.

Le songe qu’il a eu est en lui-même la marque de son renoncement et de l’obéissance de sa foi. Saint Joseph est en effet visité par Dieu au cœur de son sommeil, c’est-à-dire au cœur de sa nuit, dans la profondeur de son impuissance. Joseph a fait sa part, il a courageusement discerné l’action de Dieu et il a choisi d’agir avec justice ; dès lors, il s’abandonne au bon vouloir de Dieu, quel que soit ce que cela lui coûte. 

Le message de l’ange rejoint alors Joseph au cœur de ce renoncement et ne l’efface pas. Le mariage voulu par Dieu n’est pas l’aventure personnelle d’un couple particulier, il est la pierre angulaire de l’Incarnation. L’œuvre de Dieu prend corps dans l’abandon de Marie et de Joseph. Prendre Marie chez lui permet à Joseph d’accueillir le don que Dieu fait par épouse et, comme toute femme, Marie avait besoin du soutien d’un époux pour s’engager dans une maternité. Un clin d’œil à notre temps où certaines femmes veulent une maternité privée des liens du mariage : les femmes célibataires,… pour ne pas parler des « couples » faits de seules femmes ou des « hommes seuls » et qui veulent adopter. Ne nous y attardons pas !

«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»

Saint Paul nous rappelle que le Dieu de toute fidélité, le Dieu qui réalise son dessein de nous sauver au cœur de la nuit de notre péché et de notre endurcissement, ce Dieu accomplit sa promesse en Jésus-Christ. « Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils », nous révèle-t-il. L’enfant promis par Isaïe, le Messie annoncé par l’Écriture, est l’enfant Jésus ; le fils de Marie et de Joseph est le Christ. Il est fils d’Abraham et fils de David, il est le fils de Dieu couronné dans la gloire au matin de sa résurrection. Cette Bonne Nouvelle doit être proclamée pour éviter aux hommes d’entrer dans la même défiance qu’Achaz. Se préparer pleinement à Noël est entrer totalement dans la confiance en l’amour de Dieu, dans «l’obéissance de la foi » dont Joseph nous donne l’exemple parfait. Joseph est juste parce qu’il accepte en tout la volonté de Dieu. Or pour reconnaître en Marie l’œuvre de Dieu, pour entrer dans l’obéissance, Joseph a posé un acte d’humilité. Humilité qui exige le total détachement. Humilité qui exige d’être plongé dans une nuit où la seule lumière est la parole de Dieu. Qui exige d’entrer dans la nuit de Noël où la seule lumière est un enfant fragile, le Verbe fait chair.

Au début, Joseph l’appellera « Jésus » Dieu-qui-sauve, (Mt 1) et à la fin de l’évangile, Jésus réalisera l’inclusion sémitique en s’appelant « Emmanuel », Dieu-avec-nous : «et moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (Mt28). Notre péché nous a privés de rester en présence de notre Dieu ; voici le temps de la liberté et de la proximité avec Dieu. Voici le temps de Noël.

Saint Joseph, toi qui as préparé la crèche où le sauveur du monde a été déposé, nous te confions l’ultime préparation de nos cœurs à la joie de Noël. Apprends-nous l’humilité qui rend Dieu puissant dans nos vies, apprends-nous l’obéissance qui permet d’accueillir dans sa plénitude le don de Dieu, obtiens-nous de recevoir le Seigneur tel qu’il se donne, fais de nos cœurs une crèche où l’enfant-roi trouvera son repos et sa joie.
Amen.