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Prions le Bon Pasteur pour qu’il envoie, dans sa moisson, des ouvriers selon son cœur.

Quand architecte donne l’ordre de mettre telle pierre/brique dans l’angle, c’est par qu’il bien l’idée du projet dont il est le concepteur. Dans l’entreprise du salut qui a été conçu par Dieu (la Sainte-Trinité), il a mis le Christ comme pierre angulaire. En même temps, il pense à chacun de nous comme pierre vivante pour compléter ce grand projet. C’est pour cela que chacun de nous est UNE VOCATION, chacun de nous a UNE VOCATION. En d’autres mots, Dieu appelle chacun de nous à occuper son poste et son rôle dans le grand chantier de sauver l’humanité. Dans l’Eglise, les appels sont multiples comme le sont les places occupées par chacune des éléments d’une construction. Tous, nous avons le devoir de sauver ceux que nous rencontrons sur notre chemin, comme le dit Saint Pierre dans la première lecture. Nous sommes envoyés à nos frères et sœurs malades, puisque nous formons une même familles : « nous sommes enfants de Dieu », enfants du même Père, membre d’une même famille.

Ce quatrième dimanche de Pâque, dont la liturgie nous présente la parabole du Christ Bon Berger, est traditionnellement choisi comme Journée mondiale de prière pour les vocations. Nous le savons hélas trop bien : depuis quelques années le nombre des candidats au sacerdoce et à la vie consacrée est en chute libre dans certains pays. Que se passe-t-il ? Le Seigneur cesserait-il d’appeler des jeunes à travailler dans sa vigne ? Ne serait-ce pas plutôt nous qui sommes devenus sourds à ses appels ? Je dis « nous » bien que l’appel soit bien sûr personnel ; mais pour que le dialogue entre Dieu et son élu puisse s’instaurer, un ensemble de conditions sont requises, qui impliquent la famille, la paroisse, l’école, bref : l’entourage chrétien du jeune que Dieu a choisi. Il est clair que l’appel du Seigneur passe par des médiations ; ou même s’il résonne directement au cœur de l’intéressé, celui-ci a besoin du discernement, du soutien, de la confirmation de son entourage. Or si les proches ne croient plus à la grandeur de la vocation sacerdotale, s’ils ne sont plus convaincus de la grâce extraordinaire qu’elle représente, si leur attitude ou leurs paroles sont plutôt dissuasives, il y a beaucoup à parier que l’appel n’aboutira pas et que la vocation sera avortée.

Chaque vocation au sacerdoce et à la vie consacrée est enfantée par l’Eglise toute entière ; en premier lieu par l’Eglise domestique où le candidat a grandi, et l’Eglise locale où il a reçu les sacrements d’initiation chrétienne. Or tout enfantement est source de souffrances : «Pour faire un prêtre, disait Saint Jean Bosco, il faut beaucoup de larmes, de sueur et de sang !» Sommes-nous prêts à prendre les devants et à assiéger le Cœur du Christ pour qu’il accède à notre demande ? Le Saint curé d’Ars disait que l’Eucharistie et le Sacerdoce sont des dons de l’amour du Cœur de Jésus : c’est donc à lui qu’il faut nous adresser pour obtenir les prêtres dont notre Eglise a un urgent besoin.

La grande tentation est de fuir notre responsabilité, nous enfermer chez nous, dans notre vie bien organisée, et nous convaincre que nous sommes de bons chrétiens, que nous essayons de donner de notre mieux en accomplissant nos devoir : la messe, la prière en famille, la pratique sacramentelle,… et nous arrêter seulement à ce point. Nous ajouterons que nous ne faisons tort à personne, que nous ne nous mêlons pas dans les affaires. En vérité, accueillir et vivre l’image du Bon Pasteur va au-delà de tout cela. La vocation d’un chrétien se concrétise dans l’attention que nous portons les uns pour les autres qui ont besoin de notre conseil, de notre sourire, de notre aide quand ils sont dans le besoin ; de dédier notre vie et la donner notre vie pour guérir ceux qui souffrent dans leurs corps et dans leurs âmes, ne jamais nous sentir en paix du moment qu’il y en a encore qui confondent le bien et le mal, ceux qui ne connaissent pas encore le Christ (ceux qui ne sont pas encore de son enclos, nous dit Saint Jean).En peu de mot, il s’agit d’imiter le Christ, d’imiter Dieu lui-même.

Pour imiter Dieu, il faut se convertir au Bon Pasteur et prendre le temps nécessaire pour écouter notre prochain, même quand nous avons beaucoup à faire. Interrompre un projet important pour aider un ami. Donner à l’autre quelque chose à laquelle je tiens, quelque chose dont j’ai besoin, parce que lui, il en a besoin. Chercher la brebis perdue signifie d’accepter de « perdre son temps », de laisser les choses « importantes » de côté pour aider quelqu’un qui s’est éloigné de Dieu, de la famille, ou de moi. Généralement, nous planifions tout ce qui est important : le travail, les réunions, les jours de repos. Pensons-nous à prévoir un temps dans notre agenda pour venir en aide à une « brebis » que Dieu a mise sur notre route ?

Bien évidemment, ce programme est difficile à mettre en œuvre : quand nous regardons en face nos faiblesses, nos défaillances, nos péchés, nous nous demandons si nous pouvons aider les autres quand nous-mêmes, faisons difficilement deux pas de suite sans tomber. Mais à vrai dire, nous n’avons pas peur du programme, mais du Christ lui-même qui nous confie ce programme parce que nous ne le connaissons pas bien. Il est logique d’éprouver la peur et peu de confiance envers celui que nous ne connaissons pas bien. C’est pourquoi il nous invite à savoir écouter sa voix, comme l’écoutent ses brebis. Alors toute peur cède la peur à la confiance, parce que nous devenons capables de dire comme Saint Paul que ce n’est plus nous qui vivons, mais que c’est le Christ qui vit en nous, puisque sa grâce nous suffit (malgré les épines de notre vie). Qui n’en a pas une ?

Une telle exigence pourrait faire peur : il n’est pas nécessaire d’être parfait pour répondre à l’appel de Dieu; « les fragilités et les limites humaines ne représentent pas un obstacle, à condition qu’elles contribuent à nous rendre toujours plus conscients du fait que nous avons besoin de la grâce rédemptrice du Christ. Dans le mystère de l’Eglise, Corps mystique du Christ, le pouvoir divin de l’amour change le cœur de l’homme, en le rendant capable de communiquer l’amour de Dieu à nos frères ».

Les prêtres (et ceux qui s’y préparent comme ceux qui sont appelés à la vie consacrée) pour qui nous prions aujourd’hui ont besoin de nouer intimité profonde avec le Christ. Une telle intimité suppose une connaissance personnelle, née de l’écoute de sa Parole, d’une proximité de vie. Il est clair que pour entretenir cette amitié, le prêtre (et les autres) doit avant tout être un homme de prière, car « son action extérieure resterait sans fruits et perdrait son efficacité si elle ne naissait pas de la communion intime avec le Christ ». Le seul Prêtre, c’est le Christ : les prêtres lui sont comme une humanité de surcroît, du moins s’ils acceptent de lui livrer leur existence toute entière, à l’image de Saint Paul qui pouvait dire : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Jésus veut avoir besoin de l’humanité de ses prêtres pour continuer à porter en eux « le mal et la douleur du monde », dont se nourrit son amour rédempteur. De même que le « vrai Berger donne sa vie pour ses brebis », ainsi le prêtre conscient de son appel, ne s’appartient plus, mais est tout livré à ceux que l’Eglise lui confie.

Convertissons-nous donc en écoutant la voix du Bon Pasteur. Les pasteurs de demain seront le fruit de la conversion des chrétiens d’aujourd’hui, qui auront accepté d’entrer pleinement dans l’Alliance que le Seigneur renouvelle chaque jour à la table de l’Eucharistie où le Père lui-même nous invite. Prenons conscience que « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu ». Certes ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; mais « lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est » (Cfr la 2ème lecture). Or pour pouvoir progresser d’Eucharistie en Eucharistie jusqu’à la Pâque éternelle, nous avons précisément besoin du prêtre qui, en invoquant « le nom de Jésus le Nazaréen, crucifié par nous, ressuscité par Dieu» (1ère lecture) sur le pain et le vin, les transforme en son Corps et son Sang qui nous sauvent et nous vivifient.

«C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte ! Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour !» (Ps 117). La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ! Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! » (Mt 9,37)

Pâques, c’est la Fête du grand passage à la suite de notre Berger, le Christ.

 » … pour qu’ils aient la vie, et en abondance. »

Cette semaine marque un tournant dans les évangiles du temps pascal. Jusqu’ici tournés vers la résurrection elle-même, voici qu’ils s’ouvrent vers l’engagement de ceux qui accueillent le ressuscité et vers la croissance de l’Eglise. La liturgie nous oriente déjà vers la Pentecôte, sous la conduite du premier Apôtre, saint Pierre.

Pour commencer, nous entendons la suite du discours de Pierre au matin de la Pentecôte. Il s’adresse aux pèlerins venus nombreux à Jérusalem pour cette grande fête liturgique. Ils viennent fêter le don de la Loi que Dieu fait à son peuple pour le conduire au bonheur. Pendant la liturgie de ce jour, le livre de Ruth est proclamé. Ruth est cette « femme parfaite » (Rt 3,11) qui devint, pour avoir osé suivre l’exemple d’Abraham jusqu’au bout, l’aïeule du roi David, figure du Messie. Cette liturgie est donc également celle où l’on s’interroge sur le Messie.

Tel est le contexte de la célébration.

Alors retentit la voix de Pierre : « il s’agit de Jésus le Nazaréen (…) Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ». Le message est clair. Pierre est convaincu que Dieu ne cesse jamais d’appeler les hommes, mêmes ceux qui sont loin, ou mieux, même ceux qui se croient être loin. Le message est reçu. La preuve en est qu’il entraîne un changement de comportement. «Que devons-nous faire ? » demande-t-on à Pierre. 

Cette question n’est pas un détail. Elle vaut pour nous également : nous mesurons notre accueil de la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ au changement de vie qu’elle entraîne, à la conversion qu’elle suscite. Cette conversion, à laquelle nous avons à nous préparer, se fait dans et par le don de l’Esprit-Saint ; mais la question centrale est de se situer par rapport à Jésus.

L’importance de la place que nous faisons à Jésus dans nos vies est dite par saint Pierre, qui introduit dans la deuxième lecture la figure du berger veillant sur son troupeau, et par saint Jean, qui rapporte deux paraboles de Jésus, ce qui est exceptionnel dans le quatrième évangile. La figure pacifique du berger n’est pas une version édulcorée du messie. Ses brebis le suivent parce qu’elles connaissent sa voix, mais cet appel à la vie prend toujours les chemins déconcertants de la Croix. Qui parmi nous ne vit pas la bataille contre le doute si il se trouve dans des moments déconcertants, douloureux, etc ? Nous sommes devant une image importante de la vie : le bercail n’est pas un lieu de sûreté, mais un lieu où il faut se défendre des bandits. Oui, ma vie chrétienne est un combat. « C’est bien à cela que vous avez été appelés, confirme saint Pierre, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces ». Ainsi, le Bon Berger fait mieux que veiller sur nous, il fait que nous ne sommes jamais seuls dans la souffrance et que nos souffrances ont désormais un sens et une issue heureuse : « c’est par ses blessures que vous avez été guéris ».

C’est dans ce contexte que nous pouvons aborder la figure du messie comme berger.

La première constatation est que le titre de « Bon Berger » est ici abusif. Jésus se présente comme « la Porte des brebis ». Cette porte est d’abord celle qui permet de distinguer les voleurs et les bandits du berger des brebis. Les voleurs ne passent pas par la Porte. Ceux des hommes qui œuvrent dans l’ombre et escaladent par un autre endroit. Ensuite, dans la deuxième parabole, la porte des brebis est ouverte pour laisser les brebis sortir librement. Le berger a disparu, ceux qui appellent sont les voleurs – mais les brebis ne les écoutent pas – et les brebis passent par la porte pour accéder aux verts pâturages que nous raconte le psaume 23, c’est-à-dire au salut : Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer où il me conduit.

Les deux paraboles se complètent pour peindre la centralité de Jésus, mais elles ouvrent sur deux attitudes du troupeau. Dans le premier mouvement, le troupeau suit le berger unanimement, répondant à son appel ; dans le deuxième, les brebis se décident en toute liberté à passer la porte qui mène aux pâturages. L’un ne va donc pas sans l’autre. L’appel de Dieu est impératif, rien ne s’oppose à lui, mais notre liberté doit s’exprimer pleinement.

 Finalement le rôle du Seigneur est d’ouvrir une brèche. Il est la Porte de la prison de notre péché. Dans sa conclusion, Jésus ne parle en effet plus de brebis mais de personnes : « si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ». Ces paroles nous permettent de mieux peser l’unité des textes de ce dimanche dit « du Bon Pasteur ». La fête de la Résurrection est la fête de la Pâque, celle du grand passage à la suite de notre berger. La résurrection de Jésus a ouvert la porte du royaume, le passage libérateur vers le Père. Mais le suivre nécessite que notre comportement change, à l’image des auditeurs de saint Pierre dans la première lecture. Pour faire pleinement notre Pâques, il nous faut accueillir l’Esprit qui bouleverse nos vies et nous donne la liberté de passer de l’autre côté de la Porte.

Tout est entre nos mains. Habitués à la pénombre de nos bercails, une brèche s’ouvre sur le monde illuminé par la Résurrection. Habitués au silence de la mort qui fait en nous son œuvre, la voix du bon berger retentit et nous appelle à la vie. A nous de choisir librement de suivre celui qui se met au service de notre liberté. Désirons-nous habiter la maison du Père « pour la durée de nos jours », comme nous le chantons dans le psaume 23 ? Ou rester, « errants comme des brebis » à la merci des voleurs ? 

Ce choix que nous avons à faire est réel mais il n’est pas option. L’invitation de Jésus concerne tout homme, même les voleurs. Jésus est le chemin, même pour ceux qui s’opposent à lui. En ces temps où l’on tente de réduire la foi à une orientation privée et relative, la question de ce jour est franche : sommes-nous convaincus qu’il n’y a pas d’autre guide que Jésus, pas d’autre passage possible que le Christ ? Il n’y a qu’une vérité, c’est lui-même. Toutes les autres n’existent et n’ont de valeur que dans la mesure où elles y conduisent, dans la mesure où elles viennent de lui. Cette vérité suscite l’adhésion et implique un changement de vie.

En ce jour où l’Eglise nous demande de prier pour les vocations, implorons pour nos jeunes la grâce de l’écoute de la Parole du Bon Berger, spécialement en notre temps où nombreuses sont les voix qui appellent.

Seigneur, donne-nous de faire avec toi le grand passage, car tu es notre Pâque, tu es le chemin qui mène vers le Père, le chemin de la vie. Donne-nous de ne rien préférer à la grâce que tu nous fais. Tu prépares pour nous une table à la face de nos ennemis, tu répands sur nous le parfum et notre coupe est débordante. Grâce et bonheur nous accompagnent tous les jours de notre vie. Dans la joie et la reconnaissance nous passons la Porte des brebis pour la maison du Seigneur tous les jours de notre vie. Ainsi soit-il.