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N’ayons pas peur des médias, les papes nous servent de bon exemple.

A. Lambert RIYAZIMANA

Avant de conclure mon article du 17 Aout  de cette année sur l’univers digital comme espace et opportunité d’évangélisation, j’ai parlé des dangers dont beaucoup ont peur quand il faut se jeter dans cet univers de la communication. Mais cela partait de notre initiative, sans que quelqu’un nous pousse à répondre. S’il est dur pour nous de prendre l’initiative, je m’imagine combien il sera pénible de devoir répondre à une requête d’un journaliste, surtout s’il n’est pas de notre camp, de notre obédience.

En ces derniers jours, je suis resté longtemps  à m’interroger sur la valeur des dernières interventions de nos deux Papes, le Pape François et le Pape Émérite, Benoît XVI, qui écrivent et répondent via le quotidien la Repubblica. Le pourquoi de ces quelques lignes? Simple: je ne puis m’empêcher de considérer que cela a servi de coup d’envoi, sinon « ré-envoi » de ceux qui ont peur d’affronter ce « monstre » qu’est ma presse. Je voudrais livrer ici quelques considérations.

Sur l’avion du retour des J.M.J de Rio de Janeiro, le Pape François a parlé aux journalistes de sa « peur » d’affronter la presse, une peur qui s’est effacée petit ) petit au cours de la conversation qu’il a tenue avec eux. Il leur a confié qu’il les a trouvés par contre sympathiques… Ainsi affronta-t-il tant de questions, librement (je n’ose pas dire à l’improviste!). Mais cela à été toujours de la sphère du normal. Qu’un pape donne une interview, des journalistes sont témoins de cela. mais que le Pape réponde à un athée, dans un journal qui n’est pas « Osservatore Romano » ou assimilés, mais dans Repubblica, cela a suscité beaucoup d’interrogations. Cela fut accru par le fait que le Pape Émérite fit de même quelques jours après en répondant à un mathématicien athée, via le même journal qui n’est pas beaucoup clément, du moins à mon avis, envers l’Église Catholique. Quelles leçons pouvons-nous en tirer?

J’en ai entendu et j’en connais qui tremblent quand ils entendent qu’un journaliste veut les voir, veut parler avec eux. Ils commencent à s’interroger sur ce qu’ils auraient combiné (c.à.d fait de mal) pour qu’ils attirent l’attention des journalistes. mais je pense qu’il nous faut profiter de l’occasion pour dire un mot qu’il vaut la peine de dire, étant donné que ce journaliste ne pourra pas retourner à la rédaction sans le matériel nécessaire pour son service. Tu ne diras rien, peut-être, par « fausse précaution », mais tu n’empêcheras pas les autres de dire ce qu’ils pensent et « ce qu’ils pensent que tu aurais dit ».  Les deux Papes, en entrant en dialogue avec le monde (même celui athée!), ils n’ont fait que répondre à l’invitation de Saint Pierre qui nous demande d’être toujours prêts à rendre le raison de notre foi à ceux qui ne le demande (1 Pierre 3,15).

Il y a ensuite le danger, ou mieux, la peur d’être critiqué. J’estime qu’il est question de mémoire, étant donné que nous sommes souvent ds hommes de « courte mémoire ». Quand est-ce qu’une intervention du Pape n’a pas fait objet d’analyse, de critique, souvent même peu courtoises? Pensons-nous que ce soit le choix de s’exprimer par le canal d’un journal laïc (au sens occidental du terme) qui est à la base des réactions? Loin de là. par ailleurs, beaucoup sont revenus sur cette ouverture d’esprit qui va trouver l’autre dans son milieu de vie, de travail: il s’agit, pour reprendre les termes du Pape, de « sortir jusque dans les périphéries existentielles de la vie« . Qu’on se détrompe donc. Ce n’est pas le fait de parler au micro du journaliste qui fait réagir, mais la nature même du message qui dérange, peu importe la manière dont tu le livre.

En concluant, je pense qu’une invitation nous est lancée de la part de l’Église: n’ayons pas peur de parler, de témoigner de nos convictions de chrétiens, fût-ce devant le micro du journaliste. Ce dernier est en avant tout préoccupé de recevoir du matériel pour écrire, pour parler. Avez-vous jamais vu sortir un journal avec des pages vides, ou bien entendu un édition d’informations où l’on s’excuse parce qu’il n’y a pas eu de nouvelles à raconter? SI tu ne dis rien, les autres le diront à ta place et souvent même contre toi-même. Pourquoi alors avoir peur quand le Pape nous y devance et se donne pour exemple?

JMJ: Le Pape est arrivé à Rio de Janeiro.

 

Arrivée du Pape à Rio (22/7/2013)

Arrivée du Pape à Rio – (Photo di Don Antonio Chimenti)(22/7/2013)

Le Pape François est déjà arrivé à Rio de Janeiro ce soir et a été accueilli par une foule immense. L’accueil a été chaleureux, ponctué par les chants d’une chorale de jeunes. Le Pape est ensuite monté dans une voiture banale, une Fiat de petite taille pour rejoindre le centre- ville et les jardins du palais de Guanabara, siège du gouverneur de l’état de Rio. Un trajet mouvementé puisque de nombreuses personnes enthousiastes ont pris d’assaut la chaussée, tentant de saluer le Saint-Père, allant jusqu’à bloquer son véhicule. La sécurité de la ville n’avait semble-t-il pas prévu de barrière. Le pape a ensuite effectué quelques kilomètres en « papamobile », avant de monter dans un hélicoptère pour rejoindre le palais Guanabara. Voici in extenso le discours que le Pape a prononcé à la cérémonie d’accueil.

 

BUREAU DE PRESSE DU SAINT-SIÈGE

RIO DE JANEIRO – 22.07.2013 – 17:00
Guanabara

Cérémonie de bienvenue
(Traduction officielle)

Madame la Présidente,
Illustres Autorités,
Frères et Amis !

Dans sa tendre Providence, Dieu a voulu que le premier voyage international de mon Pontificat m’offre la possibilité
de retourner dans cette Amérique latine bien-aimée, concrètement au Brésil, nation qui se vante de ses liens forts avec le
Siège Apostolique et de ses profonds sentiments de foi et d’amitié qui l’ont toujours maintenue unie de façon particulière
au Successeur de Pierre. Je rends grâces pour cette bienveillance divine.
J’ai appris que pour avoir accès au peuple brésilien, il fallait entrer par la porte de son coeur immense ; qu’il me
soit donc permis aujourd’hui de frapper délicatement à cette porte. Je demande la permission d’entrer et de passer cette
semaine avec vous. Je n’ai ni or ni argent, mais je vous apporte ce qui m’a été donné de plus précieux : Jésus Christ ! Je
viens en son Nom pour alimenter la flamme d’amour fraternel qui brûle dans chaque coeur ; et je désire que mon salut vous
rejoigne tous et chacun : « La paix du Christ soit avec vous ! ».
Je salue avec déférence Madame la Présidente et les membres distingués de son Gouvernement. Je la remercie de
son généreux accueil et des paroles par lesquelles elle a voulu manifester la joie des Brésiliens pour ma présence sur leur
sol.
Je salue aussi Monsieur le Gouverneur de cet État, qui nous accueille gentiment dans le Palais du Gouverneur, et
le Maire de Rio de Janeiro, ainsi que les membres du Corps diplomatique accrédité auprès du Gouvernement brésilien, les
autres Autorités présentes et tous ceux qui ont rendu possible ma visite.
Je voudrais adresser un mot affectueux à mes frères Évêques, auxquels il incombe le devoir de guider le troupeau
de Dieu dans cet immense pays, et à leurs chères églises particulières. Par cette visite, je désire poursuivre la mission
pastorale propre à l’Évêque de Rome qui est de confirmer ses frères dans la foi au Christ, de les encourager à témoigner
les raisons de l’espérance qui vient de lui et de les stimuler à offrir à tous les richesses inépuisables de son amour.
Comme on le sait, la principale raison de ma présence au Brésil dépasse ses frontières. En effet, je suis venu pour
les Journées mondiales de la Jeunesse. Je suis venu rencontrer les jeunes venus de toutes les parties du monde, attirés par
les bras grands ouverts du Christ Rédempteur. Ces jeunes veulent trouver refuge dans ses bras ouverts, tout proche de son
Coeur, écouter à nouveau son appel clair et puissant : « Allez donc ! De toutes les nations, faites des disciples » .

Ces jeunes viennent de continents divers, parlent des langues différentes et sont porteurs de cultures variées ;
cependant ils trouvent dans le Christ les réponses à leurs plus hautes et communes aspirations et ils peuvent se rassasier
d’une vérité limpide, d’un amour authentique qui les unissent au-delà de toute diversité.
Le Christ leur offre une place, sachant qu’il n’y a pas d’énergie plus puissante que celle qui se dégage du coeur des
jeunes quand ils sont conquis par l’expérience de l’amitié avec lui. Le Christ a confiance en eux et leur confie l’avenir de
sa propre mission : « Allez donc, faites des disciples ! » ; allez au-delà de ce qui est humainement possible et suscitez un monde
de frères. Mais les jeunes aussi font confiance au Christ, ils n’ont pas peur de risquer avec lui l’unique vie dont ils disposent,
parce qu’ils savent qu’ils ne seront pas déçus.

En commençant ma visite au Brésil, je suis bien conscient qu’en m’adressant aux jeunes, je parle aussi à leurs
familles, à leurs communautés ecclésiales et nationales d’origine, aux sociétés dans lesquelles ils sont insérés, aux hommes
et aux femmes dont dépend l’avenir de ces nouvelles générations.
Il n’est pas rare chez vous d’entendre les parents dire : « les enfants sont la pupille de nos yeux ». Comme elle est
belle cette expression de la sagesse brésilienne qui appliquent aux jeunes l’image de la pupille des yeux, la fenêtre à travers
laquelle la lumière entre en nous et nous offre le miracle de la vision ! Qu’en sera-t-il de nous si nous ne prenons pas soin
de nos yeux ? Comment pourrons-nous avancer ? Mon souhait est que durant cette semaine, chacun de nous se laisse
interpeler par cette question provocatrice.

La jeunesse est la fenêtre à travers laquelle l’avenir entre dans le monde, et elle nous propose donc de grands défis.
Notre génération se révèlera à la hauteur de la promesse qui est en chaque jeune quand elle saura lui offrir un espace et lui
assurer les conditions matérielles et spirituelles nécessaires à son épanouissement ; quand elle saura lui donner de solides
fondements sur lesquels il puisse construire sa vie et lui garantir la sécurité et l’éducation afin qu’il devienne ce qu’il peut
être ; quand elle saura lui transmettre des valeurs enracinées pour lesquelles il vaille la peine de vivre et lui assurer un
horizon transcendant pour apaiser sa soif de bonheur authentique et sa créativité dans le bien ; et quand elle saura lui
confier en héritage un monde qui corresponde à la mesure de la vie humaine et réveiller en lui les meilleures potentialités
pour être protagoniste de son lendemain et co-responsable du destin de tous.

    Pour conclure, je demande à tous la gentillesse de l’attention et, si possible, l’empathie nécessaire pour établir un
dialogue entre amis. En ce moment, les bras du Pape s’élargissent pour embrasser toute la nation brésilienne, dans sa
richesse humaine, culturelle et religieuse complexe. De l’Amazonie à la pampa, des régions arides au Pantanal, des petits
villages aux métropoles, que personne ne se sente exclu de l’affection du Pape. Après-demain, s’il plaît à Dieu, j’ai l’intention
de vous recommander tous à Nossa Senhora Aparecida , en invoquant sa maternelle protection sur vos maisons et vos
familles. En attendant, je vous bénis tous. Merci pour l’accueil !

Devenir chrétien catholique?

 

Pourquoi faut-il devenir chrétien catholique?

Lettre  à ma tante.

                                                                                                   « Soyez toujours prêts à défendre l’espérance qui est en vous

Vue de la coupole de la basilique St Pierre Rome

Vue de la coupole de la basilique St Pierre (Rome)

    Dès que quelqu’un vous demande vos raisons » (1Pierre 3,15).

Chère tante,

La dernière conversation que nous avons eue entre nous m’a porté à réfléchir et revenir un peu sur les raisons qui soutiennent mon adhésion que j’affirme irréversible à la foi chrétienne, non seulement chrétienne, mais catholique. Tu te rappelles que tu me disais que tu ne vois pas encore la nécessité de devoir devenir catholique. Quant à moi qui suis né d’une famille catholique, dans un village presque peuplé des seuls catholiques, j’ai toujours vu comme normale être catholique. Les catéchèses que j’ai suivies m’ont donné des contenus, souvent à mémoriser. J’ai été toujours (ou presque) nourri du COMMENT puisque la question du POURQUOI ne se posait pas encore. Merci de m’avoir poussé à me faire aussi cette question, qui est une invitation donnée a tous par Saint Pierre, le Prince des Apôtres.

Alors, à toi chère tante qui n’es pas encore catholique, mais aussi à tout lecteur non croyant ou incertain, j’offre ces quelques lignes comme une invitation à voir combien est raisonnable croire ne Dieu de Jésus-Christ, dont l’Eglise Catholique reçoit et proclame la foi. Je suis cependant certain que aucune preuve suffise pour quiconque ne décide de s’ouvrir à la Vérité, je présume que tu veuilles bien connaître et adhérer à la vérité, si je considère les questions que tu m’a posées et qui me poussent à revenir sur le pourquoi de mon être catholique. Par ailleurs, je pense que tu as été porte-parole de notre époque qui pose tant de questions à l’Eglise Catholique qui a la « folle » ardeur d’affirmer et de dire la pleine vérité sur l’homme, sur le monde, dire la vérité de Dieu et sur Dieu. Le choc qui est créé est que cette vérité n’est pas une vérité parmi tant d’autres, comme le prétend le relativisme !

C’est pourquoi j’ai prié, comme l’écrivait saint Augustin, et je prie encore pour que ces lignes soient utile pour toi, chère tante, ou au moins ne fassent aucun dommage à toi ou à quiconque par hasard lira ces lignes, sinon le choc de sa conscience qui doit arriver à se poser les mêmes questions que tu m’as faites et ainsi, « chercher la vérité, la trouver, et après l’avoir trouvée, la poursuivre, en faire un ami à proposer aux autres ».

Enfin, avant d’exposer ces quelques raisons de la crédibilité de la foi chrétienne catholique, je désire dire, comme un bon catholique que je pense être, que seule l’Eglise possède l’autorité définitive. Un fidèle, quand bien même il serait grand théologien, ne représente que lui-même. Ces lignes présentent alors et simplement les quelques bases sur lesquelles je pose personnellement ma foi et j’ose t’inviter à y découvrir au moins une lueur afin que tu puisses, toi aussi, te décider. Me puis-je servir pour cela de ces paroles avant de ma lancer : « J’ai parlé sans comprendre de toutes ces merveilles, elles me dépassent et je n’y atteins pas ». (Job 42,3).

Motifs de crédibilité de la foi chrétienne catholique.

« A tout Seigneur, tout honneur ». Le premier motif de crédibilité est « Jésus lui-même qui est l’origine et le terme de la foi chrétienne ». En effet, c’est Jésus est origine et terme de la foi chrétienne (Hébreux 12,2). Même du point de vue strictement humain, Jésus donne un point de vue lumineux et digne de confiance. Il n’est pas un homme qui a fait l’expérience de Dieu d’une manière particulière, comme il serait le cas de Bouddha, Socrate ou les autres qui renvoient non pas à eux-mêmes, mais bien à autre chose ou à une autre « personne ». Ce n’est pas leur personne qui importe, mais uniquement le chemin qu’ils tracent ou qu’ils montrent. Pour Jésus, il s’agit de sa personne même. A travers son « moi Je Suis », on perçoit le « Je Suis » de l’Horeb. Le chemin consistera à le suivre car il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14,6). Ce sont alors des prétentions humainement particulières. Jamais un Hébreux ainsi humble et extrêmement religieux n’avait osé s’attribuer de telles prérogatives. Accusé même devant le Sanhédrin, il ne retira pas ce qu’il avait toujours affirmé.

Cela porte au scandale d’un amour qui va jusqu’à l’extrême de l’abaissement de cette personne qui se fait petit pour les plus petits, pauvres pour les plus pauvres. Il ne le feint pas comme le font les politiciens qui crient partout qu’ils sont au service du peuple, en simulant même certains gestes, alors qu’ils n’entendent vivre cela concrètement. Jésus ne fait pas de spectacle. Sa simplicité est vraiment vécue, il vit la parole qu’il prêche. Il est difficile qu’un homme politique ou quiconque lutte pour un monde juste vienne vivre et partager la condition malheureuse qu’il décrit pour en sentir le poids et la changer de l’intérieur. Chère tante, en ceci, je ne veux pas affirmer que ce dernier ne puisse comprendre rien de la misère de ceux pour qui il lutte. Une chose est comprendre, compatir, une autre chose est vivre cette même vie que l’on combat. Qui d’autre comme Jésus vivra la misère de la vie humaine jusqu’à l’extrême de la mort, une des situations limites de la vie humaine ?

Toutes les religions du monde adorent la majesté et la grandeur de Dieu, mais seule la foi chrétienne propose d’adorer un Dieu-serviteur qui court le risque de ne pas être compris par la logique humaine de l’autorité, du service, du succès. Dieu s’est fait un vrai bébé qui appelle sa maman comme les autres enfants, un ami qui appelle « amis » ses disciples. Bien qu’il reste dans les cieux de sa majesté, Dieu s’humilie jusqu’à être comme tous. Il existe des mythes païens qui racontent que quelquefois, un dieu serait descendu in cognito dans le monde et personne ne l’a vu puisque personne ne pouvait penser à une Présence aussi humble. C’est cette humilité même de Jésus qui montre que la foi chrétienne n’est pas une construction qui réponde aux besoins et à la taille humaine.

Cela se renforce quand on pense à un autre motif de crédibilité qui est la sincérité des témoins : les Apôtres.  C’étaient de petites gens, des personnes concrètes, non instruites, des Juifs monothéistes comme les autres. Comment alors sont-ils parvenus à cette « folie » de ce « jeune homme » aux prétentions divines ? Certainement, ils ont fait expérience indéniable : « ce que nous avons entendu, et que nos yeux ont vu, et que nos mains ont touché, (…) nous vous l’annonçons pour que vous soyez en communion avec nous » 1 Jean 1, 1.3). Oui, tout est partie d’une rencontre vraie. Ainsi peuvent-ils affronter l’hostilité de leur temps, en prêchant une réalité déconcertante de l’Evangile d’un Crucifié-Ressuscité, en prêchant la victoire d’un « défaillant » ! Il faut par ailleurs, chère tante, noter que les récits des Evangiles ne cachent pas les faiblesses de cette équipe : l’incrédulité, les luttes internes de pouvoir, la lenteur en ceci ou en cela… Je pense que si les évangélistes étaient experts de la nouvelle science des « Public Relations », même à un degré minime, ils auraient pu bien sélectionner, dissimuler, rationnaliser certaines tares même graves de leur part ou même certains traits de la personnalité de Jésus, cette personne qui éprouve des émotions jusqu’à pleurer par exemple. Au contraire, ils ne sont pas gênés par cela, ils sont vrais, ils disent tout en toute simplicité.Ici s’enracine un autre motif fort : celui de la succession apostolique.Les apôtres constituent un collège institué par le Christ lui-même et qui ne se défera pas même au cours de l’histoire. Le Pape, successeur de Pierre,  en garantit l’unité. En effet, Jésus donne le pouvoir à saint Pierre à travers trois choses : le nouveau nom de Pierre (la pierre), la promesse de fonder son Eglise sur Pierre et les clés du royaume des cieux (Matthieu 16, 17-19). Quand Jésus parle des clés du royaume, il se réfère sans doute à Isaïe 22, 20-22 où Ezéchias, héritier royal du trône de David et roi d’Israël au temps d’Isaïe, remplaça son ancien premier ministre, Shebna par un nouveau nom d’Elyakim. Tout le monde reconnaissait le pouvoir de celui qui avait reçu les clefs. En confiant les clefs du royaume a Pierre, Jésus crée pour son Eglise, le poste de « Premier Ministre » pour gérer son Eglise, royaume de Dieu sur la terre. Cette charge confiée à Saint Pierre et sa primauté ont été transmises aux successeurs jusqu’à l’actuel Pape François. Cette tradition ininterrompue nous explique alors l’Ecriture qui est comme la Constitution des Etats. Les fondateurs de chaque nation, de chaque royaume ou da chaque mouvement donnent l’esprit à travers une constitution, des statuts. Mais avec seulement cela, il régnerait une anarchie : c’est alors qu’il faut des hommes (un Président, l’Assemblée Générale, etc.) pour administrer et interpréter les textes fondateurs. Chère tante, penses-tu que le Christ nous ait laissé seulement son Esprit et des textes ? Non ! Je ne pense pas ainsi, moi.

Célébration eucharistique (Place St Pierre)

Célébration eucharistique (Place St Pierre)

Dans la foi catholique, la famille se reconnaît aussi dans la participation à la célébration des sacrements, dont le centre et le sommet se trouve dans l’Eucharistie. Ici, je ne fais que reprendre le terme utilisé par les premiers chrétiens et, particulièrement,  l’Evangile de Jean et l’épître aux Hébreux nous montrent la liturgie et les sacrements comme élément central de la vie de la famille de Dieu. Entre dans une Eglise, basilique ou cabane où se célèbre ce mystère et écoute : « ceci est mon corps livré pour vous…ceci est mon sang versé… ». Jésus ne s’est pas seulement humilié pour nous en s’incarnant afin de devenir notre sacrifice parfait, il fit encore plus en nous offrant  cette même chair et son sang pour être nourriture et vie de nos âmes. Quelle autre religion possède ce don aussi grand ? Simplement, elle n’existe pas !

La récitation du Chapelet familiarise à la méditation de la vie du Christ et permet de lubrifier notre connaissance théologique. La vénération que réserve l’Eglise catholique à la Vierge Marie ne fait qu’imiter l’exemple du Christ. En effet, en tant qu’homme, nul ne doute que le Christ ait accompli parfaitement la loi de Dieu, y compris le commandement d’honorer son père et sa mère. Ce ne devrait même pas être un acte de foi, c’est plus que normale, non ? Or, le mot hébreu kabodah qui veut dire honorer signifie littéralement « glorifier ».  Par conséquent, le Christ n’a pas seulement honoré son Père du Ciel, il a aussi et parfaitement honoré sa mère sur la terre, en lui octroyant sa propre gloire divine. En imitant le Christ, nous honorons notre propre mère parce le Christ est notre frère, et nous devons le faire en honorant toute personne que lui-même honore, avec le même honneur qu’il lui accorde. Dans les Ecritures, n’est-il pas dit : « Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse » (Luc 1,18) ? Et le chapelet, le propre de la foi catholique, ne fait qu’accomplir ce passage.

Parlons maintenant des miracles, un autre motif de crédibilité. L’Ecriture nous parle de ce que le Seigneur n’a jamais cessé de faire à sa famille. Des prodiges de vie et de guérison signent la proximité salvifique à la souffrance humaine. Ils sont hors-compréhension, c’est de l’ordre du merveilleux et confirment la liberté de Dieu par guide l’histoire comme il l’entend, puisque il en fixa les lois. Jésus appelle à voir en cela l’œuvre de Dieu : si vous ne me croyez pas, croyez au moins à ces œuvres, et sachez, et reconnaissez que le Père est en moi et que je suis dans le Père » (Jean 10, 38).  Alors, dis-moi, chère tante, quelle autre religion au monde peut documenter et montrer des prodiges comparables à cela ! Il est sans conteste qu’ils engagent une reconnaissance de la part d’un cœur animée de bonne volonté. Tu le sais, je n’ai jamais douté de ta bonne volonté et c’est cela qui caractérisa la conversation que nous avons tînmes  et qui me poussa à vous écrire ces lignes !

Ces miracles sont aussi à la base des autres « miracles moraux », appelons-les comme ça. Je pense à l’immense cohorte des martyrs, des saints, des témoins de ce qui s’est passé dans le monde, il y a près de 2000 ans et qui résonne encore dans ces cœurs qui n’ont peur de rien pour témoigner. Quand je parle de cela, tu comprends, chère tante que je ne parle plus de la foi chrétienne en général, mais bien de la foi catholique ! D’après toi, sont-ils tous des fous pour payer de leur sang, de leur marginalisation et de tous les maux qu’ils ont eus et qu’ils ont à supporter ? Pour être plus concret, parlons de moi-même : quand j’annonçais que j’allais entrer au séminaire pour « me faire prêtre », certains de miens n’ont pas compris. J’étais comme fou à leurs yeux, toi exceptée ! Est-ce que je parais vraiment fou ? Non ! Par contre, tous ces martyrs de l’histoire de l’Eglise catholique, de Saint Etienne à sainte Lucie, des jeunes Ougandais aux martyrs de la fraternité de Buta (comme ils sont conçus par l’opinion),  on ne peut que contempler en eux le triomphe de l’humilité, de douceur, de simplicité, de vie pleinement humaine. Peut-être que tu me diras qu’il y en a qui sont morts pour les idéaux comme pour leur patrie ! Bien sûr que oui, ces sont de grands hommes. Mais qui parmi eux, est mort avec des mots de pardon à ses bourreaux ? Qui serait-il mort, dis-le-moi, avec un visage resplendissant de la joie du Christ, la joie de celui qui se sent honoré de ressembler à son Maître ? Simplement, disons « PERSONNE » ! C’est uniquement la foi catholique qui nous propose cette richesse incomparable.

Tirons un autre motif de crédibilité : l’Eglise elle-même. Peut-être que j’aurais pu commencer par ici, mais j’ai eu peur de ta disponibilité à continuer à m’écouter, à me lire. Chère tante, c’est cette même Eglise qui prolonge tout cela dans le temps et dans l’espace. Il est notoire qu’il y a dans le monde cette présence mystérieuse et faible, grande et humble et dont rendent témoignage tant de communautés chrétiennes. Il est malheureusement vrai que ce message n’a pas été transmis fidèlement. Cela n’a pas cependant empêché l’accomplissement de nombreuses œuvres de charité suscitées par la foi quand des hommes et des femmes se sont inclinées sur les multiples misères de la société humaine. Nonobstant les limites qui salissent la face de l’Eglise, celle-ci conserve et transmet toujours le message d’amour. Les derniers chapitres du livre de l’Apocalypse soulignent toujours que l’Eglise est l’Epouse du Christ qui est son Epoux. Et puisqu’il existe un seul époux, il ne peut qu’exister une seule épouse : une seule Eglise, sainte, catholique et apostolique. La sainteté de cette Eglise qui a subi divers outrages de la part de certains de ses responsables, la pousse à demander pardon pour les méconduites de ses fils et filles. Elle demande pardon à l’humanité comme le fit le Bienheureux Pape Jean Paul II, mais aussi ne se lasse pas à demander pardon à son Epoux qui l’a purifiée grâce au sang de sa croix.

Cette Eglise convainc aussi par son message de vérité et de liberté. Qui serait cette personne qui n’aspire pas à la vérité, à la liberté. En tous cas, pas toi, ma tante. Cette vérité a été cherchée et aimée par des philosophes non chrétiens. Cependant, il faut noter leur mode de chercher la vérité aboutissait plus souvent à une vérité impersonnelle. Or, là où Dieu est conçu de façon entièrement a-personnelle, comme il est le cas du bouddhisme par exemple, il n’existe pas de relation positive de Dieu. Le monde qui y est perçu doit aussi être dépassé en tant que source de  souffrance et par conséquent il n’y a plus à lui donner sens ? La religion se réduit alors à indiquer des voies pour surmonter le monde, pour être libéré du poids de son apparence et n’offre pas de critères concernant la manière dont nous pouvons vivre dans le monde ; il n’y a pas de forme de responsabilité commune.

La connaissance de la vérité qui conduit à la vraie liberté permet un agir moralement responsable. En effet, la morale catholique de la justice, de la vraie connaissance de l’état des choses qui doivent être ordonnées. Elle ne vient pas des prescriptions négatives comme l’opinion courante le propage. En répondant à la question « pourquoi faire ceci ou non ? », on ne dit pas que c’est parce que Dieu le veut ainsi ou mieux, le dicte ainsi. Au contraire, c’est parce c’est l’état des choses qui le réclame ainsi. Alors, indépendamment de la foi qu’on professe, il y a des principes fondamentaux qui ne peuvent pas être violés impunément. Tôt ou tard, la nature rétablit l’ordre. Ici je n’ai pas à citer des exemples, chère tante, je sais que si je t’en demandais un, tu me citerais par exemple les nouvelles « définitions » du mariage.

Quand l’amour de la vérité devient un « TU » avec lequel on entre en dialogue, alors et seulement alors, la personne croît. Je pense que c’est la raison pour laquelle Jésus ne répondit pas à la question de Pilate qui lui demandait « qu’est-ce que la vérité » ? Comment auraient-ils pu s’entendre quand Jésus se situe sur une relation personnelle et vraie, un « Tu » dialogique alors que son interlocuteur parle des choses ! QU’EST-CE…?

Je pense aussi à une interprétation rabbinique quant à savoir ce à quoi peut renvoyer le « Je suis la Vérité » de Jésus. En effet, le mot « Vérité » est rendu par le vocable hébreu אמת (é-me-th) formé de la première lettre de l’alphabet hébreu, ce celle du milieu et de la dernière. Cela signifirait que Jésus qui affirme qu’il est la Vérité connaît ce qui est à l’origine de toutes choses, comment les choses sont en leur déploiement spatio-temporel et qu’il se trouve au terme de toute chose. Comment alors, dis-moi, qui est en relations vitales avec la Vérité ne puisse avoir la vraie connaissance c’est-à-dire la sagesse, la perspicacité d’esprit pour pouvoir agir!

Cette foi, cette Eglise sont la parfaite réalisation des prophéties. L’Israël avait le don de ne pas isoler les faits, mais de les lier afin de les lire, les uns à la lumière des autres. Les prophètes ont entrevu un Messie qui devait consoler les affligés, ressusciter Jérusalem. La Bible est pleine du thème de l’attente. Alors chère tante, regarde comment quand arrive Jésus, on reste frappé de la correspondance de ce qui était attendu. Il se présente comme celui qui porte toutes les prophéties à leur réalisation. Si beaucoup de religions parlent de miséricorde de Dieu, qui d’autre sinon Jésus aura manifesté la sainteté de Dieu comme compassion ? Le choix des destinataires privilégiés n’est pas les justes et les purs comme prêchent les réformateurs. Ce sont par contre les impurs, les pécheurs et tous ceux qu’ont pas de considération sociale. « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais le pécheurs » (Luc 5,32). Je ne doute pas que tu te juges comme digne destinataire du message du Christ que véhicule l’Eglise catholique ! Quel intérêt y a-t-il de vouloir convertir un saint ? Ce message est beau, digne d’accueil en tant qu’il s’adresse aussi à qui désespère de la vie. Elle annonce l’amour d’un Père. Je pense qu’aucune autre religion ni philosophie n’a jamais osé une telle affirmation. As-tu jamais pensé à la beauté d’une prière qui nomme un Père commun à tous  et qui, par conséquent, deviennent et doivent se sentir frères? J’ai pensé aux interjections de certaines langues et j’ai trouvé que la tendance naturelle de l’homme est d’être égoïste quand il invoque la divinité comme un apanage ( à moins que ce ne soit la profondeur de la relation fortement personnelle et personnalisée!) : mio Dio ! Mon Dieu ! Oh my God ! Mana yanje !… C’est juste la tendance contraire qui se trouve au début du « Pater Noster » ! Dans cette optique, la vie change de sens et de signe. Et c’est de ce dernier aspect  que je vaux dire quelques mots.

La foi catholique se présente comme une réponse aux questions du sens de la vie de l’homme. Un élément commun à toi, ma tante, et à tous les hommes : quel sens a la vie de l’homme sur la terre ? Qu’est-ce que nous avons à faire ? Ceci s’accentue de plus quand nous trouvons confrontés à nos limites, et surtout à la situation limite de la mort. Alors chacun de nous se demande ce qu’aura été sa vie et ce qu’il en sera dans l’avenir. Des philosophes ont essayé d’y réfléchir, mais leur pensée a souvent débouché à l’impasse. Elle soulevé plus de questionnements que de réponses. Une chose est sûre ; nous cherchons tous la vérité, aimer et être aimé, la félicité mais tant d’obstacles s’interposent devant nous quand nous pensons avoir trouvé ce à quoi tend notre être. Tout ce à quoi on parvient (le succès, l’argent, etc.) ne nous comble jamais et se révèle en deçà de ce que nous désirons.

Depuis près de  2000 ans, un message se propage sur la terre : « aujourd’hui, sans la cité de David il vous est né un Sauveur. C’est le Messie, le Seigneur » (Luc 2, 11). Dès lors, Dieu n’est plus lointain, il a planté sa divine שכינה  (shekinah = tente) au milieu de nous, il partage notre vie, il se déplace avec nous, parce le propre de la tente n’est pas de s’établir, mais de se mouvoir chaque fois que de besoin. Il n’existe pas alors une foi ou une philophie qui explique mieux que la foi chrétienne le sens de la vie de l’homme qui se met en relations avec le “TU” d’Amour qui se révèle ne Jesus-Christ. La foi catholique est alors la seule qui, même en montrant un “crucifié” solidaire aux crucifiés de la terre de tous genres, donne une espérance lumineuse à tous.

En concluant, je désire dire que le motif de crédibilité de la foi chrétienne est l’ensemble de tous ces motifs et beaucoup d’autres qui se renforcent mutuellement, convergeant vers un centre unificateur comme les piliers d’une pyramide: plus ils se renforcent en convergeant vers le même sommet, plus ils forment la pyramide , et chacun ne vaut pas seulement de par sa solidité, mais aussi parce qu’ensemble, ils forment le même édifice. Ainsi en est-ils des motifs de crédibilité en Jésus, fondement et terme de la foi chrétienne.

Je me permets d’espérer que notre conversation t’aidera, mais à voir l’intérêt que tu portes au sens de ta vie, toi qui n’es pas catholique, et surtout que tu acceptes de dialoguer avec moi, je ne doutes pas que tu la liras et reliras. Je souhaite qu’elle puisse révéiller en toi une ouverture plus grande à la vérité qui rend libre. J’attends des compléments, c’est sûr, pour que je puisse encore réfléchir sur le pourquoi de ma foi catholique. Le Seigneur aura accompli sa mission par moi, si cets lignes parviennent à créer, ne fût-ce qu’un questionnement, en toi qui es en train de me lire.

De grand cœur, je te bénis. Ton neveu.

RIYAZIMANA,  Abbé Lambert.