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L’Assomption et la Résurrection sont la réponse de Dieu à qui sert le prochain.
Le passage de l’Apocalypse que la liturgie nous propose comme 1ère lecture de la messe du jour de l’Assomption évoque « une femme ayant le soleil comme manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de 12 étoiles ». Qui est cette femme ? Eve ? Israël ? Peut-être, mais il est également possible de voir en cette figure le symbole de l’Eglise, le nouvel Israël, ou même Marie, la Mère de Jésus. Dans ce dernier cas, Marie assurerait le passage entre le peuple élu et l’Eglise de son Fils. Ce passage, le récit de la visitation l’illustre à sa manière. Elisabeth, en qui s’incarne l’espérance d’Israël, salue sa cousine comme celle qui a cru à l’accomplissement des anciennes promesses. Tel est le secret de l’Assomption de Marie : sa foi et son humilité lui valent d’être proclamée bienheureuse par toutes les générations.
Retournons aux lectures du jour.
Un certain réalisme s’impose pour ce qui est de la première lecture, cette femme qui intervient dans l’histoire, théâtre de la lutte entre Dieu et le mal, est l’image de la communauté juive restée fidèle à l’attente du Messie ; c’est elle qui donne le jour à l’enfant promis, Sauveur et Berger de tous les peuples. Contre lui, le Christ de Dieu, les forces du mal sont impuissantes, car, malgré sa mort, la Résurrection l’emporte près de Dieu. Quant à la communauté nouvelle qui est née du Messie, elle reste en butte aux assauts du mal, mais Dieu lui a préparé un refuge et il l’assure de participer à la victoire du Christ. Cette femme évoque donc aussi l’Eglise, la communauté des croyants au Christ, et Marie maintenant avec son Fils au ciel.
Dans la 2ème lecture, Adam est l’exemple d’une humanité coupée de Dieu, dont le lot quotidien est la mort physique qui vient sanctionner la mort des cœurs de tous les mal-aimés, la mort des intelligences que l’on n’a pas su éveiller, la mort des consciences que le péché a ternies. Aujourd’hui, il n’est pas rare de trouver des personnes pour lesquelles le bien comme le mal sone la même chose, dans notre temps ainsi relativiste. Mourir en Adam donc, c’est donc connaître cette double-mort, à la fois physique et spirituelle. Revivre dans le Christ, c’est sortir de cet environnement de la mort, triompher de l’égoïsme et de l’orgueil qui tuent les cœurs, paralysent les intelligences, (bukîcurika !!), pourrissent les consciences. C’est aussi, par la résurrection du Christ, voir le Christ tuer à jamais la mort physique. C’est la grâce dont Marie a bénéficié de son Fils.
En effet, dans l’Evangile, Marie et son Fils partagent le même souci : SERVIR. La résurrection et l’Assomption, pouvons-nous dire, sont la réponse de Dieu à ceux qui ont voulu servir. Dans l’épisode que nous l’Evangile, Elisabeth s’étonne de voir Marie, la mère de son Seigneur, venir l’aider à préparer la naissance de Jean-Baptiste en assumant les tâches ménagères. La mère de Dieu de veut servante comme elle l’a dit à l’Annonciation : « je suis la servante du Seigneur ». Ici elle se présente aussi comme servante : « Dieu s’est penché sur son humble servante ». La mère agit donc comme son Fils, Jésus, qui est « venu pour servir et non pour être servi ».
Alors, on comprend la raison d’être des lectures de cette solennité qui ne nous racontent pas la fin de la vie de Marie, mais parlent de la résurrection et surtout, mettent devant nous des scènes normales de la vie quotidiennes : deux femmes qui se saluent, qui s’entraident. L’Evangile de l’incarnation nous ramène aux réalités corporelles. Ici, l’Esprit se sert des ventres de deux femmes pour se répandre dans l’humanité. Par conséquent, le corps n’est pas une réalité banale, méprisable. Qui méprise le corps touche aussi le cœur et méprise le Créateur. Qu’il est douloureux d’assister en notre temps, à tant de mépris et de dévalorisation du corps ! La torture faite souvent par les proches, les corps de police qui devraient protéger et lutter pour la dignité de la personne humaine ! Certaines publicités qui chosifient le corps de la femme ! (je dirais même plus : si on met une femme à côté d’une chose à vendre, qu’est-ce qui a le plus de valeur ? La chose ou la femme ? je ne tenterai pas d’y répondre), la pornographie qui expose le corps qui devient un objet, les crimes de guerres, les violences faites aux femmes, aux enfants,…
Il nous est bon alors que l’Evangile de l’Assomption soit cette humble scène de vie quotidienne. En effet, Marie n’est pas une déesse, il nous serait impossible de l’imiter. Elle est une jeune femme qui a vécu sa vie normale, quotidienne, et elle a participé à la vie de son Fils par le service du prochain. Si la parole de Dieu nous a parlé de la résurrection, rappelons-nus que c’est un point important de notre credo : nous croyons à la résurrection de la chair ! Mettons-nous donc au travail, ou mieux, au service de nos frères et sœurs, dans l’humilité, puisque qu’il y a continuité entre humilité et éternité (toutes les générations me diront bienheureuse).
« Béni sois-tu, Dieu notre Père, en l’honneur de la Vierge Marie. Par elle, ton Fils éternel est né parmi nous. par lui, Marie est entrée dans ta gloire. Parfaite image de l’Eglise à venir, elle soutient notre espérance, nous, ton peuple qui chemine encore. Tu t’est penché sur ton humble servante, et tu as fait pour elle des merveilles. Saint est ton Nom ».
« …ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »
« Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venu pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.» Les lectures que nous donne l’Eglise dans la liturgie de ce jour nous replongent dans la tradition de l’Eglise, dans ses racines juives. En lisant l’Evangile du lavement des pieds, et non pas précisément celui de l’institution de l’Eucharistie comme le fait la 2ème lecture, l’Eglise s’interdit, non seulement de détacher l’Eucharistie de ses racines juives, mais aussi, elle s’interdit de séparer le culte du service. Jésus sait que l’heure de sa Passion est là et il veut maintenant en révéler tout le sens aux apôtres réunis autour de lui pour le repas pascal. Jésus va effectuer sa Pâque, il va effectuer son passage vers le Père, il va souffrir sa Passion par amour pour nous afin de nous réconcilier avec le Père. Cet amour il va le vivre « jusqu’au bout » c’est-à-dire jusqu’à la mort et jusqu’à l’extrémité de l’amour. Sa passion et sa mort constitueront ainsi le service d’amour fondamental grâce auquel il libèrera l’humanité du péché
Jésus dépose son vêtement comme il déposera sa vie entre les mains du Père, avant de le reprendre comme il ressuscitera le troisième jour. Le geste du lavement des pieds nous montre précisément que le chemin pour ressusciter et vivre de la vie divine est le chemin de l’abaissement, de l’humilité où l’homme se fait, à l’imitation du Christ, le serviteur dans la charité de ses frères en humanité.
Cette page d’évangile du lavement des pieds nous révèle que le christianisme est bien plus qu’une adhésion intellectuelle à un contenu de foi, qu’il est bien plus qu’une philanthropie basée sur la bonne volonté de l’homme. Cela est bien trop humain !
Le christianisme c’est l’expérience d’une foi vivante, animée par la charité qui naît de la rencontre personnelle avec Dieu qui s’est abaissé en son Fils, qui s’est fait homme, qui est venu se mettre à genoux devant moi pour me laver les pieds afin de m’élever et de me donner part à sa vie divine. Il n’est pas fortuit que chez saint Jean, l’épisode du lavement des pieds prenne la place du récit de l’institution de l’Eucharistie tel qu’il nous est rapporté par les évangiles synoptiques. Le lavement des pieds nous donne le sens de ce que nous sommes invités à vivre à chaque Eucharistie. A chaque Eucharistie, nous avons de la part de Dieu, le témoignage d’un amour allant « jusqu’à la fin » (Jn 13, 1) et nous pouvons choisir à nouveau de nous engager sur le chemin du don dans l’amour.
La force nous en est donnée par le Christ lui-même qui se donne à nous en nourriture, qui vivifie notre pauvre amour humain par son propre amour divin. Car l’Institution de l’Eucharistie, comme le lavement des pieds, nous enseignent cette chose capitale qu’avant de vouloir se donner, avant de vouloir aimer, il faut « ouvrir son cœur pour accueillir l’amour du Christ ». C’est son amour qui nous rend capables d’aimer nos frères à notre tour : « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi », autrement dit « tu ne pourras pas aimer d’un amour sauveur à l’image du mien ». Que de fois nous disons que nous essayons en vain de faire du bien d’aimer, mais que nous ne réussissons pas à le faire ! N’est-il pas que, peut-être, nous comptons trop sur notre capacité et notre volonté seulement ?
Le lavement des pieds et le sacrement de l’Eucharistie sont donc les manifestations d’un même mystère d’amour confié aux disciples et à nous tous « pour que – dit Jésus – vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15). C’est de cela dont nous sommes appelés à faire mémoire à chaque Eucharistie : « Faites cela en mémoire de moi». Il ne s’agit pas ici de se souvenir simplement d’un événement passé aussi fondateur soit-il pour notre existence chrétienne. Ce « faire mémoire » est une actualisation du mystère du don du Christ pour nous, nous donnant d’en goûter réellement et efficacement les fruits.
Dans l’événement pascal et dans l’Eucharistie qui l’actualise au cours des siècles, il y a un « contenu» que l’espace et le temps ne sauraient limiter puisqu’en lui est présente toute l’histoire en tant que destinataire de la grâce de la rédemption. A chaque Eucharistie, Dieu nous lave tout entier en nous incorporant à lui par la communion eucharistique. Il nous invite à accueillir son amour sauveur et à nous laisser transformer par lui afin d’en être les canaux auprès de nos frères. Oui, c’est bien dans la mesure où nous nous unirons au Cœur eucharistique du Christ, que nous lui permettrons d’opérer en nous ce débordement que nous appelons charité fraternelle.
« Seigneur, nous te rendons grâce pour le don de l’Eucharistie, signe éternel et efficace de ton amour divin pour nous. Ce don de ton amour nous soutient sur le chemin de la pleine communion avec le Père à travers toi et dans l’Esprit.
En prenant le temps ce soir de t’adorer dans le Très Saint Sacrement et de méditer le mystère de la Dernière Cène, c’est l’âme remplie de gratitude que nous nous plongerons dans l’océan d’amour qui jaillit de ton cœur et que nous ferons nôtre l’hymne d’action de grâce du peuple des rachetés : « Tantum ergo Sacramentum, veneremur cernui… »








