
Le Pasteur au cœur de nos collines Frères et sœurs, en ce quatrième dimanche de Pâques, l’Église célèbre le Christ, le Bon Pasteur. À Ngozi, carrefour de foi et d’histoire, cette image n’est pas une simple métaphore. Elle est un appel à la responsabilité. Le Christ nous dit : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent » (Jn 10, 27). Aujourd’hui, alors que nous prions pour les vocations sacerdotales et religieuses, demandons-nous : quelle voix écoutons-nous ? Celle qui divise ou celle qui rassemble ?
Fondements doctrinaux : un Dieu qui ne discrimine pas
- L’Universalité du Salut
La vision de saint Jean dans l’Apocalypse (Ap 7, 9) nous présente une « foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues ». C’est le cœur de notre doctrine : le salut de Dieu est universel. Devant l’Agneau, les barrières que les hommes ont érigées — qu’elles soient ethniques, régionales ou sociales — n’existent plus. Les robes sont lavées dans le sang de l’Agneau,
rendant à chaque être humain sa dignité originelle. Oui, le sang de l’Agneau a lavé les robes de l’humanité entière. Être « brebis du Christ », c’est appartenir à une famille universelle où la seule distinction est celle de l’amour reçu et partagé.
2. L’Unité source de vie
Jésus affirme : « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10, 30). Cette unité parfaite est le modèle de toute communauté. Suivre le Bon Pasteur, ce n’est pas seulement un acte individuel, c’est entrer dans cette unité divine. Si le Christ est un avec le Père, ses brebis ne peuvent vivre dans la division. La divinité du Christ nous garantit que personne ne peut nous « arracher de sa main », car son amour est le socle inébranlable de notre sécurité.
Implications politiques : pour une autorité de service
L’exemple de Paul et Barnabé dans les Actes des Apôtres (Ac 13) nous montre que la jalousie et l’exclusion sont des obstacles à la grâce. Pour ceux qui exercent le pouvoir civil, deux leçons s’imposent à nous qui écoutons cette Parole de Dieu :
1. Une administration de protection : à l’image du Pasteur qui donne sa vie, le responsable politique ne doit pas se servir du troupeau, mais le servir. Gouverner, c’est s’assurer que l’administration n’est plus un outil de discrimination, mais un sanctuaire pour les droits de chaque citoyen. Personne ne doit être « arraché » à ses terres, à son emploi ou à sa dignité par le fait de l’arbitraire.
2. Le courage de la vérité face à la division : Paul et Barnabé ont dû faire face à des contradictions violentes. Les responsables politiques sont appelés à refuser les discours de haine ou de division qui fracturent la cohésion sociale. Le « Bon Pasteur » politique est celui qui cherche la paix et la « Lumière des nations » (Ac 13, 47), favorisant un climat où chaque citoyen peut s’épanouir dans la sécurité et l’équité administrative.
Des pasteurs selon le Cœur de Dieu
Le Psaume 100 nous rappelle : « Nous sommes son peuple, son troupeau ». Cette vérité dicte notre mission ecclésiale :
1. La proximité et la connaissance mutuelle : « Moi, je les connais ». Le pasteur — prêtre ou religieux — doit avoir « l’odeur de ses brebis ». Notre pastorale à Ngozi ne peut rester dans les bureaux. Elle doit rejoindre les fidèles dans leurs défis quotidiens, leurs litiges et leurs espérances. Une vocation sacerdotale est un engagement à connaître la souffrance de l’autre pour mieux y porter la consolation du Christ.
2. L’Éducation au discernement : Dans un monde saturé de rumeurs et de méfiances héritées du passé, le rôle de l’Église est d’éduquer les consciences. La mission du prêtre est d’aider les fidèles à distinguer la voix du Pasteur parmi les voix étrangères (celles de l’égoïsme, de la corruption ou du désespoir). Promouvoir les vocations, c’est créer des communautés où l’on apprend à écouter Dieu.
Notre pastorale doit être une école de liberté et de responsabilité, où chaque baptisé découvre qu’il a un rôle à jouer dans l’édification de l’Église. Former des vocations, c’est former des hommes et des femmes capables d’aider le peuple à distinguer la voix de la Vérité des voix de la division. L’Église doit être l’espace où l’on rompt avec la discrimination pour apprendre la fraternité.
Bâtir ensemble une Eglise qui se convertit
Frères et sœurs, la réconciliation que nous recherchons et le travail de mémoire que nous accomplissons ne sont pas étrangers à l’Évangile. Ils sont le chemin vers les « sources des eaux de la vie » (Ap 7, 17). Prions pour nos jeunes, afin qu’ils entendent l’appel à servir. Prions pour nos responsables, afin qu’ils soient des bergers intègres. Que notre Cathédrale soit aujourd’hui le témoin d’un engagement renouvelé : celui de ne plus jamais laisser la voix du loup nous diviser, mais de suivre l’Unique Pasteur qui nous conduit vers la paix.
Amen.

