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Communiquer la Famille chrétienne : source intarissable de vie nouvelle.

Dans la basilique ST Pierre. (Photo d'ANDREAS SOLARO / AFP)
Dans la basilique St Pierre. (Photo d’ANDREAS SOLARO / AFP)

En vue de bien se préparer à communiquer sur les travaux et les sessions du prochain synode sur la famille (octobre 2014, et 2015), les porte-parole et les attachés de presse des conférences épiscopales d’Europe se sont réunis à Lisbonne, du 11 au 14 juin 2014 à l’invitation du Secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale portugaise, le père Manuel Barbosa, pour faire le point, en vue de bien communiquer, sur ce sujet très présent dans les médias. Ils ont aussi cherché à comprendre la communication du Pape François, qui est vraiment un phénomène médiatique mondial.

Par le biais d’une introduction présentée par Paul Wuthe, porte-parole de la Conférence épiscopale d’Autriche, les porte-parole de l’Eglise en Europe ont analysé le ‘phénomène médiatique’ du Pape François, véritable communicateur global. Dès son élection, le Pape François a été très présent dans les moyens de communication sociale. Il ne se passe pas un jour sans que le Pape ne soit présent dans les quotidiens du monde entier, ne remplisse les pages de facebook ou fasse l’objet de tweet. Sa communication n’est pas le fruit d’une stratégie médiatique. Elle se compose de mots et de gestes simples, mais toujours significatifs et qui ont su éliminer les distances avec les gens, en mettant en exergue la proximité du Pape avec tous. Ce ‘style de narration’ du Pape François, qui se reflète dans la cohérence et l’authenticité de sa vie comme successeur de Pierre, est une opportunité pour toute l’Église et ouvre à la possibilité d’un dialogue authentique avec le monde. Le Pape non seulement a conquis le cœur des gens, mais il a également changé l’attitude de beaucoup de journalistes, qui sont désormais plus ouverts et disponibles à écouter les raisons de l’Eglise. Sa communication, faite d’expressions courtes et concises, comporte cependant quelques risques, étant donné la nature simplificatrice et réductionniste de la culture médiatique actuelle. Au communicateur ecclésial revient la tâche de continuer à raconter toute la vie de l’Église et l’annonce de l’Évangile, même en s’opposant aux mainstream médiatiques quotidiens, afin d’éviter de tomber dans le culte de la personne.

À Lisbonne, les communicateurs de l’Église se sont également préparés, avec le Cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire Général du Synode des Évêques et au Père Federico Lombardi, Directeur de la salle de presse du Vatican, à communiquer la prochaine Assemblée extraordinaire sur la Famille. Le Synode sur la famille est en réalité un processus qui suivra différentes étapes et qui a mis en mouvement les différentes composantes de la communauté chrétienne. Il a commencé par la grande diffusion d’un questionnaire, qui ne doit pas être vu comme un sondage de l’Église sur la famille, mais plutôt comme une collecte d’informations concernant les modèles pastoraux et les défis que la société contemporaine, caractérisée par un individualisme écrasant, pose à la famille. Le parcours du Synode sur la famille prévoit l’élaboration d’un document de travail (instrumentum laboris) qui sera présenté  en conférence de presse le 26 juin par le Synode des Évêques et qui représentera la base de la réflexion des participants à l’Assemblée extraordinaire du mois d’octobre (5-19), parmi lesquels se trouveront les Présidents des Conférences épiscopales du monde entier. Ce sera, cependant, le Synode des Évêques sur la famille, prévu probablement pour 2015, à représenter l’Assemblée de conclusion de ce processus qui aura duré deux ans.

De ces débats se détache l’image d’une Église qui, même en ce sens, mise sur la transparence de son action, qui ne craint pas la comparaison et qui est prête à écouter les défis posés par l’histoire, en proposant à nouveau la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à la famille chrétienne, comme véritable source d’espérance et de vie nouvelle. En d’autres termes, la prochaine assemblée synodale correspondra à l’idée bien précise du gouvernement synodal et d’une communion affective et effective du collège épiscopal avec le successeur de Pierre, que le Pape François a annoncé dès le début de son pontificat.

Il a été aussi rappelé qu’il ne faut pas oublier à montrer qu’il s’agit d’un synode universel et non seulement européen et que, par conséquent, les réponses, à la fin de tout ce processus, auront sans doute une portée universelle et ne seront pas exclusivement indiquées pour le vieux continent. C’est de là que découle l’invitation à ne pas adopter une approche qui s’adresse uniquement à la casuistique, c’est-à-dire à ne pas se concentrer seulement sur les cas, les situations difficiles, qui ne rendent pas pleinement compte du véritable défi posé à l’Église et qui ne permettent pas de témoigner la beauté concrètement exprimée par des millions de familles chrétiennes qui vivent quotidiennement l’Évangile de Jésus.

SOURCE: CCEE

La Sainte Trinité : mystère et « réalité historique » d’un Dieu qui aime et qui sauve l’homme.

Puisque Dieu a envoyé son Fils dans le monde, il nous est désormais possible de contempler et de suivre un homme qui aime à la manière de Dieu. Il est venu, non pas pour nous juger, mais pour nous sauver, apprenons-nous de Lui. En effet, le jugement passe au crible les faits et les gestes du justiciable, et la sentence est réputée ajustée aux mérites ou aux torts de chacune des parties. Le salut, par contre, est une offre gratuite (qui requiert évidemment la foi de la part du pécheur) mais qui est accordée à celui-ci en dépit de ses faiblesses. Voilà en germe, ce que l’Eglise a entendu comme Mystère de la Trinité : le Dieu que Jésus appelle Père, et dont il nous dit qu’il enverra l’Esprit, est un Dieu qui sauve par amour. Il n’est autre que le « Dieu tendre et miséricordieux » qui, d’après la 1ère lecture, s’est révélé à Moïse. C’est de Dieu de tendresse qu’a prié Moïse, pour qu’Il accompagnât la marche des hommes vers la liberté, sachant que l’amour et le pardon de Dieu viendraient à bout de nos têtes dures.

« Dieu a tant aimé le monde… »

Nous sommes devant des « faits » et non pas des concepts philosophiques compliqués. L’exemple de Nicodème qui représente les milieux intellectuels juifs est éloquent : bien qu’il soit Maître de doctrine, il ne comprend pas. La Trinité n’est pas d’abord un casse-tête intellectuel, mais elle une réalité simple : Dieu est amour. Dieu a tant aimé le monde que sa Parole s’est faite l’un de nous en la personne de Jésus. Il s’agit des faits, des actes précis de l’histoire, dans un coin du monde précis, localisable…

Pour cela, notre credo n’est pas une suite d’idées, mais une suite d’évènements : Dieu a crée, Jésus a été conçu du Saint-Esprit, a souffert, est mort, est ressuscité… Oui, le mystère de la Trinité est un des trois principaux mystères de la foi chrétienne – avec le mystère de l’incarnation et celui de la rédemption. C’est le mystère le plus englobant, celui qui nous révèle l’origine et la fin de toutes choses ; mais nous ne pouvons nous élever à une telle hauteur qu’en nous appuyant sur les deux autres. Car tout ce que nous affirmons de Dieu, nous l’apprenons de son Fils Jésus Christ.

Nos célébrations ne sont pas des fêtes d’idées, d’idéaux : nous ne fêtons pas la justice, la liberté, la fraternité, l’égalité, … L’évangile n’est pas non plus un traité doctrinal comme le sont certains traités de théologie ou de philosophie, mas un récit relatant des évènements dont l’acteur est Dieu.

« Dieu a tant aimé le monde… »

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique. Désormais, tout homme est appelé à prendre position devant ce geste d’amour de Dieu en la personne de Jésus-Christ. Il est venu, non pour juger, mais pour sauver. Ce sont les hommes qui portent sur eux le jugement, ce n’est pas Dieu qui condamne. Celui qui fait le mal refuse l’amour qui aurait éclairé sa vie ; celui qui agit selon la vérité vient au Christ, et sa vie est illuminée. Comme le serpent de bronze dressé sur un mât dans le désert guérissait les Hébreux des morsures des scorpions s’ils le regardaient avec foi, ainsi un regard d’amour et de foi vers Jésus élevé sur la croix sauvera les hommes de la mort. C’est donc devant la croix que chacun décide de son propre jugement.

« Dieu a tant aimé le monde… »

Dieu a pris les devant, il a aimé le premier, toute l’initiative part de son côté. Il faut la réponse de la part de l’homme. L’enjeu de la réponse est extrêmement grave : il s’agit de vivre ou de mourir: question de vie ou de mort.C’est un dilemme rigoureux : ou bien… ou bien…dans un cas on ne vit pas, dans l’autre, on vit et il n’y a pas de voie moyenne. C’est une attitude couteuse pour notre temps qui exalte les négociations, les compromis, un temps du relativisme qui repousse des affirmations radicales. Comme chrétiens, notre comportement devrait aider, sauver parce nous sommes disciples de Jésus, Sauveur. Avoir un amour sauveur signifie d’abord être réaliste et lucide sur les insuffisances et les péchés qui défigurent nos frères (et nous-mêmes !)…, mais aussi miséricordieux pour les aider à s’en sortir et leur donner une chance de renouveau. Ne pas juger… mais SAUVER.

Notre exemple est l’amour de Dieu, un amour qui sauve. L’amour de Dieu n’est pas un amour passif. Il est activement à notre recherche. « Le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous ; étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de son Fils » (Rm 5, 8 et 10). C’est un amour qui ne connaît aucune limite ; c’est un amour qui cherche toujours à se montrer. À chaque instant, le Seigneur nous donne la possibilité de gagner le bonheur éternel.

Seigneur, accorde-nous de vivre avec humilité sous ton regard. Apprends-nous à voir ta présence dans notre vie et à chercher ton visage dans tout ce que nous pensons, tout ce que nous disons, et tout ce que nous faisons. Que, par notre joie et notre charité délicate, nous soyons un signe évident de ton amour pour tous nos frères et sœurs !

Pape François : « J’aimerais rester dans l’Histoire comme un brave type qui a fait de son mieux » – Aleteia

Dans un entretien exclusif accordé au journal catalan La Vanguardia, le Pape répond à une vingtaine de questions, même les plus personnelles et intimes.

Au lendemain de la prière pour la paix avec les présidents d’Israël et de Palestine, le pape François a reçu Religion en Libertad  avec le quotidien espagnol La Vanguardia, le lundi 9 juin au Vatican  pour une longue interview exclusive. Le pape était heureux d’avoir fait tout son possible pour l’entente entre Israéliens et Palestiniens. De la persécution des chrétiens à la violence au Moyen-Orient, en passant par l’antisémitisme, le fondamentalisme, les modèles économiques, le rôle de Pie XII, la renonciation du pape Benoît XVI …le Pape a répondu à plus d’une vingtaine de questions, même les plus personnelles…

La persécution des chrétiens ne cesse de croître             
Les chrétiens persécutés sont une préoccupation qui me touche de près en tant que pasteur. Je sais beaucoup de choses sur les persécutions, mais il ne me semble pas judicieux d’en parler ici pour n’offenser personne. Mais dans certains endroits, il est interdit d’avoir une Bible ou d’enseigner le catéchisme, ou encore de porter une croix…  Je tiens à préciser une chose : je suis convaincu que la persécution des chrétiens  est plus forte aujourd’hui que dans les premiers siècles de l’Église. Il y a plus de martyrs que par le passé. Et ce n’est pas de l’imagination, mais des chiffres.

La violence au nom de Dieu domine le Moyen-Orient.
C’est une contradiction. La violence au nom de Dieu ne correspond pas à notre époque. C’est quelque peu dépassé. Dans une perspective historique, il faut dire que, parfois, nous les chrétiens, l’avons pratiquée. Quand je pense à la guerre de Trente Ans, c’était la violence au nom de Dieu. Aujourd’hui, c’est inimaginable, n’est-ce pas? Parfois, nous arrivons, par la religion, à des contradictions très graves. Le fondamentalisme,  par exemple. Les trois religions, nous avons nos groupes fondamentalistes, petits par rapport à tout le reste.

Et que pensez-vous du  fondamentalisme?
Un groupe fondamentaliste, même s’il ne tue personne, même s’il ne frappe personne, est violent. La structure mentale du fondamentaliste est la violence au nom de Dieu.

Certains disent que vous être un révolutionnaire.
Pour moi, la grande révolution, c’est d’aller aux racines, de les reconnaître et de voir ce qu’elles ont  à dire aujourd’hui. Il n’y a pas de contradiction entre être révolutionnaire et aller à la racine. Mieux encore, je pense que pour opérer de vrais changements, il faut savoir dans la vie d’où on vient, comment on s’appelle, quelle est sa culture et sa religion,

Vous avez brisé de nombreux protocoles de sécurité pour approcher les gens.
Je sais qu’il peut m’arriver n’importe quoi, mais c’est dans les mains de Dieu. Je me souviens qu’au Brésil, on m’avait préparé une papamobile blindée….  Mais comment voulez-vous que je dise bonjour aux gens et aussi que je les aime si je suis dans une boîte à sardines…  Tout peut arriver, c’est vrai; mais, soyons réalistes, à mon âge je n’ai pas beaucoup à perdre.

Pourquoi est-il important que l’Eglise soit pauvre et humble ?
Pauvreté et humilité sont au cœur de l’Évangile et je le dis dans un sens théologique, pas sociologique. On ne peut pas comprendre l’Evangile sans la pauvreté, mais il faut la distinguer de la  misère. Je crois que Jésus veut que les évêques ne soient pas des princes, mais des serviteurs.

Que peut faire l’Église pour réduire l’écart croissant entre les riches et les pauvres ?
Il est prouvé qu’avec les restes de nourriture, il y aurait assez à manger pour nourrir ceux qui ont faim. Quand vous voyez des photographies d’enfants sous-alimentés, vous avez la gorge serrée. Je crois que notre système économique n’est pas bon. L’homme doit être placé au centre de tout système économique, l’homme et la femme. Tout le reste doit être au service de l’homme. Mais nous avons placé l’argent au centre, le dieu argent. Nous sommes tombés dans le péché de l’idolâtrie, l’idolâtrie de l’argent.

L’économie est mue par le désir d’avoir toujours plus et, paradoxalement, alimente une culture de l’exclusion, de la mise à l’écart. On met de côté les jeunes quand on limite la natalité. On met à l’écart aussi les personnes âgées, considérées comme une classe passive, qui ne produit  plus … Ce sont ainsi les forces vives et la mémoire des peuples qui sont mises à l’écart….

Je suis vivement préoccupé par le taux de chômage des jeunes qui, dans certains pays, est supérieur à 50%.  Ce sont ainsi 75 millions de jeunes de moins de 25 ans qui seraient au chômage. Une monstruosité !  Nous mettons à l’écart toute une génération pour maintenir un système économique intolérable ; un système qui, pour survivre, doit faire la guerre, comme l’ont toujours fait  les grands empires.
Comme on ne peut pas faire une troisième guerre mondiale, on fait des guerres locales.  Et qu’est-ce que cela signifie? Qu’on fabrique et vend des armes, les grandes économies mondiales sacrifient l’homme sur l’autel de l’argent roi. Cette pensée unique nous enlève la richesse de la diversité de pensée et, par voie de conséquence, la richesse d’un dialogue entre personnes. La mondialisation peut être une richesse. Une mondialisation mal comprise est celle qui annule les différences […]

Le conflit entre la Catalogne et l’Espagne vous préoccupe-t-il ?
Toute division me préoccupe. Il faut distinguer les indépendances par émancipation et  par sécession. Les premières, par exemple, sont celles utilisées par les Etats latino-américains. Les secondes opèrent un démembrement, qui parfois est très clair. Evidemment il y a des peuples avec des cultures si diverses que même avec de la colle il est difficile de les raccrocher. Le cas de l’ex-Yougoslavie est très clair, mais je me demande  si c’est  aussi clair pour d’autres peuples qui jusqu’à présent étaient unis avec d’autres. Il faut voir au cas par cas. L’Ecosse, la Padanie, la Catalogne. Il y a des cas qui seraient justes et des cas qui ne le seraient pas, mais la sécession d’une nation sans un passé d’unité forcée, il faut la prendre avec beaucoup de pincettes.

La prière pour la paix  du dimanche n’a pas été facile à et n’avait pas de précédents au Moyen-Orient ni dans le monde. Qu’avez-vous ressenti ?
Vous savez que cela n’a pas été facile parce que vous étiez dans le coup. Je sentais que c’était quelque chose qui nous échappait à tous. Au Vatican, 99% disaient que ça ne se ferait pas et ensuite le 1% a augmenté. Je sentais que nous étions poussés à  une chose qui ne nous était jamais arrivée et que, petit à petit, cette chose prenait forme. Ce n’était en rien un geste politique – je l’ai senti d’emblée –  mais un acte religieux : ouvrir une fenêtre sur le monde.

Pourquoi avez –vous voulu aller dans l’ouragan qu’est le Moyen-Orient ?
Le véritable ouragan, en raison de l’enthousiasme soulevé, fut la Journée mondiale de la jeunesse l’an passé.  J’ai décidé de me rendre en Terre Sainte parce que le président Shimon Peres m’a invité. Je savais que son mandat finissait ce printemps, aussi j’ai dû avancer mon voyage. Son invitation a précipité le voyage.

Pourquoi est-ce important pour un chrétien d’aller en Terre sainte?
Pour la Révélation. Pour nous, c’est là que tout a commencé. C’est comme “le Ciel sur la terre”. Un avant-goût de ce qui nous attend dans  l’au-delà, dans la Jérusalem céleste,

Vous et votre ami le rabbin Skorka vous vous êtes embrassés devant le mur des Lamentations. Quelle importance ce geste a-t-il eu pour la réconciliation entre chrétiens et juifs?
Devant le Mur il y avait aussi mon bon ami le professeur Omar Abu, président de l’Institut du Dialogue interreligieux de  Buenos Aires. J’ai voulu l’inviter. Il est ami aussi du rabbin Skorka et je les aime beaucoup tous les deux, et j’ai voulu que cette amitié entre nous trois soit perçue comme un témoignage.

Vous avez dit il y a un an que  « dans chaque chrétien, il y a un juif ».
Il serait plus juste et sérieux de dire « qu’on ne peut pas être un vrai chrétien si on ne reconnait pas ses racines juives ». Je ne parle pas de juif dans le sens sémitique de race mais dans un sens religieux. Je crois que le dialogue inter-religieux doit plonger dans la racine juive du christianisme et dans la floraison chrétienne du judaïsme. Je prie tous les jours l’office divin avec les psaumes de David. On récite les 150 psaumes en une semaine.  Donc ma prière est juive, et ensuite j’ai l’eucharistie, qui est chrétienne.

Comment voyez-vous l’antisémitisme?
Je ne saurais l’expliquer, mais je crois que l’antisémitisme est très lié, d’une façon générale et sans que cela soit une règle fixe, aux courants de droite plutôt que de gauche. Il y a encore des négationnistes de la Shoah. Une folie.

Vous avez pour projet d’ouvrir les archives vaticanes sur l’holocauste.
Cela apportera beaucoup de lumière.

Etes-vous préoccupé, par ce qu’on pourrait découvrir ?
Ce qui me préoccupe, c’est la figure de Pie XII, le Pape qui a dirigé l’Eglise durant la Seconde guerre mondiale. Le pauvre, ils ont tiré tous sur lui à boulet rouge. Mais il ne faut pas oublier qu’avant il était considéré comme le grand défenseur des juifs. Beaucoup se sont cachés dans des couvents de Rome et dans d’autres villes italiennes  et même dans la résidence d’été de Castel Gandolfo.  Dans sa propre chambre, 42 bébés de personnes juives ou d’autres réfugiés sont nés ». «Non pas que Pie XII n’ait pas fait d’erreurs, moi-même j’en fais beaucoup, mais son rôle doit être compris  dans le contexte de l’époque. J’avoue avoir une sorte d’urticaire existentiel  quand je vois tout le monde s’en prendre à l’Église et à Pie XII, et qu’on passe sous silence les grandes puissances. Savez-vous qu’elles connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire des nazis pour mener les juifs dans les camps de concentration ? Elles avaient les photos. Mais elles n’ont pas bombardé les voies de chemins de fer. Pourquoi ? Il serait bon que nous parlions de tout ça un petit peu.

Vous sentez-vous comme un prêtre ou assumez-vous votre rôle de tête de l’Eglise?
La dimension de prêtre est celle qui montre le plus ma vocation. Servir les gens est ancré au plus profond de moi, comme d’éteindre la lumière pour faire des économies. Mais dans le même temps, je me sens Pape. Cela m’aide à faire les choses avec sérieux. Mes collaborateurs sont sérieux et professionnels Je suis aidé pour accomplir mon devoir. Je ne joue pas au pape pasteur. Ce serait immature. Quand un chef d’Etat vient, je veux le recevoir avec la dignité et le protocole qu’il mérite. Il est vrai que j’ai des problèmes avec le protocole, mais je dois le respecter.

Vous changez beaucoup de choses. A quoi mènent ces changements ?
Je ne suis pas un illuminé. Je n’ai pas de projet personnel, tout simplement parce que je n’ai jamais pensé qu’on allait me laisser là, au Vatican. Je suis venu avec une petite valise pour retourner à Buenos Aires,  et ce que je fais, c’est mettre en œuvre ce à quoi nous les cardinaux  avons réfléchi lors des congrégations générales … Ces réflexions ont conduit à des recommandations. Une très concrète a été que le prochain pape devait compter sur des conseillers extérieurs, autrement dit sur une équipe de conseillers extérieurs au Vatican .

Et vous avez créé ledit Conseil des Huit.
Huit cardinaux de tous les  continents et un coordinateur. Ils se réunissent tous les deux à trois mois. Le 1er juillet, nous avons quatre jours de réunions, et nous allons opérer les changements que les mêmes cardinaux nous demandent. Ce n’est pas obligatoire, mais ce serait imprudent de ne pas écouter ceux qui savent.

Vous avez fait aussi un grand effort pour vous rapprocher de l’Eglise orthodoxe
La venue à Jérusalem de mon frère  Bartolomé Ier avait pour but de commémorer les 50 ans de la rencontre entre Pablo VI et d’Atenagoras Ier. Une rencontre après mille ans de séparation. Depuis le Concile Vatican II, l’Eglise catholique  et l’Eglise orthodoxe font des efforts pour se rapprocher. Avec certaines Eglises orthodoxes, la proximité est plus grande qu’avec d’autres. J’ai voulu que  Bartolomé Ier vienne avec moi à Jérusalem, et là est né le projet qu’il viendrait aussi à la prière du Vatican. Pour lui, ce fut un pas risqué. Certains pourraient le lui reprocher, ce geste d’humilité pour nous était nécessaire car il n’est pas concevable que, nous chrétiens, soyons divisés. C’est un péché historique que nous devons réparer.
[…]

Vous avez connu de nombreux chefs d’Etat.
Oui beaucoup, et la variété est intéressante. Chacun a sa personnalité. J’ai été frappé par un fait transversal entre les hommes politiques jeunes, qu’ils soient du centre, de gauche ou de droite. Peut-être parlent-ils des mêmes problèmes, mais avec une musique différente, et ceci me plaît, me donne de l’espoir, car la politique est l’une des formes les plus élevées de l’amour, de la charité. Pourquoi?  Parce qu’elle mène au bien commun. ..Il y a une quinzaine d’années, les évêques français ont écrit une lettre pastorale qui est une réflexion : « Réhabiliter la politique ». Un texte précieux qui vous fait prendre conscience de ces choses.

Que pensez-vous de la renonciation de Benoît XVI ?
Le pape Benoît a accompli  là un geste très grand. Il a ouvert une porte, créé une institution, celle d’éventuels papes émérites. Il y a 70 ans, il n’y avait pas de papes émérites. ? Comme nous vivons plus longtemps, nous atteignons un âge où nous ne pouvons pas poursuivre nos activités plus avant. Je ferai la même chose que [Benoît XVI], poursuit-il. Je demanderai au Seigneur qu’il m’éclaire lorsque viendra le moment et qu’il me dise ce que je dois faire. Je suis sûr qu’il me le dira..

Vous avez une chambre réservée dans une maison de retraite à Buenos Aires. Oui, dans une maison de retraite pour les prêtres âgés. Quand j’ai eu 75 ans, j’ai présenté ma démission à Benoît XVI . J’ai choisi une chambre et dit “ c’est là que je veux vivre ”. J’aurais aidé les paroisses. C’était mon avenir avant d’être pape.

Je ne vais pas vous demander pour qui vous êtes dans le Mondial  …
Les Brésiliens m’ont demandé la neutralité (il rit) et je tiens ma promesse parce que le Brésil et l’Argentine sont opposés.

Comment aimeriez-vous passer à l’Histoire ?
Je n’y ai pas pensé, mais cela me plaît quand on évoque le souvenir d’une personne en disant: “ C’était un brave type, il a fait du mieux qu’il a pu, il n’a pas été si mal ”. Je suis d’accord avec cela.

Source : Religión en Libertad
Traduction d’Elisabeth de Lavigne