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Les disciples ont cru par l’expérience, nous, par la parole qui se fait témoignage.

La foi est certainement un don, mais une telle affirmation ne signifie pas qu’elle est doit être reçue passivement. Le croyant est, en effet, quelqu’un qui est impliqué dans un cheminSaint Thomasement de recherche qui conduit à Dieu par l’écoute de la Parole, la prière, l’interprétation des signes, la pratique efficace des œuvres de charité envers ses frères et sœurs, ce qui devient aussi témoignage. Celui qui attend à « voir pour croire » risque de rester aveugle à jamais et donc incapable d’expérimenter les multiples œuvres de la miséricorde de Dieu déjà en acte dans notre vie, à commencer par la mort et la résurrection du Christ.

L’humanité a besoin de faire expérience de la miséricorde, et cela par notre témoignage.

Le don de l’Esprit Saint est lié à la mission confiée à l’Eglise dès les premiers moments. Ce que Jésus à commencé, les disciples doivent le perpétuer, fortifiés par l’Esprit Saint. Leur mission n’est pas à limiter à la rémission des péchés comme le ferait croire une lecture superficielle et rapide du texte (suite…)

Vendredi Saint : « Victoire, tu règneras, Ô Croix, tu nous sauveras ».

Par la figure du Serviteur souffrant, on revit l’image du sein stérile de Sara : unVendrediSainte image d’une tristesse qu’on ne peut combler, une expérience de l’inutilité des promesses non réalisées. Comme il est arrivé à Abraham et Sara sa femme, c’est de cette infertilité que Dieu fera naitre une multitude des sauvés. Le salut peut donc germer même là où l’on ne s’y attendait pas. Nous ne devons donc perdre tout espoir en face de nos échecs répétitifs, puisque même le désert peut fleurir, le sein de la stérile pouvant enfanter. « S’il se remet en sacrifice, de réparation, mon serviteur verra une descendance, il prolongera ses jours », nous dit Isaïe.

La lettre aux Hébreux nous fournit une image souvent oubliée ou à laquelle l’on ne fait pas attention : celle d’un Jésus qui tient beaucoup à sa vie et qui ne veut pas la perdre. Nous nous rappelons aussi qu’au mont des Oliviers, il prie pour que son Père éloigne le Calice de la Passion, si cela est possible. C’est alors que l’on comprend la valeur de son geste : un geste d’obéissance au Père dont il fait la volonté. Ceci signifie alors que le fait d’être des chrétiens ne signifie pas que nous devenons des héros. Bien au contraire. Nous sommes ceux qui s’efforcent et cherchent à mettre leur confiance en Dieu, jusqu’à la fin, dans nos moments tragiques. Et ces moments tragiques abondent dans notre vie : des échecs à la sainteté à laquelle nous sommes appelés, aux échecs de nos projets temporels et humains, des échecs de la vie relationnelle et quotidienne, etc. La vie nous semble aller à contre-courant ce que l’on souhaiterait, mais cela n’a pas à nous faire perdre toute l’espérance, comme nous exhorte souvent le Pape François.

Ainsi pouvons-nous comprendre le ton de la narration johannique de la passion qui ne manque pas de traits tintés d’ironie.Christ-Roi
La première ironie réside dans le fait même du procès de Jésus. A peine arrêté, il est conduit chez Anne, puis chez Caïphe. Il s’agit d’un interrogatoire non officielle, mais, connaissant qui sont ces personnages, on peut y lire l’opacité du pouvoir que le monde ne cesse de vivre jusque de nos jours. En effet, Caïphe était le Grand-Prêtre légitime et Anna, son beau-père, mais qui avait été démis de ses fonctions. Reproché de ses ambitions et avidités même après sa destitution, il continue à gérer le pouvoir de façon népotique. Une telle situation subsiste de nos jours. Combien de pères/mères de familles veulent toujours avoir le premier et le dernier mots dans les familles de leurs enfants alors que ces derniers sont majeurs ? Combien de responsables politiques, sociaux,… de responsables au sein des divers ministères de l’Eglise, ne veulent jamais quitter leurs postes d’attache, ou tout au moins, veulent que leur volonté soit exécutée là même où ils n’ont plus de compétence ? A chacun d’y réfléchir.

L’autre ironie se lit dans le dialogue qui livre Jésus à Pilate. Par ordre de Pilate, les soldats prennent Jésus et le flagellent, lui mettent une couronne d’épines sur la tête et un manteau pourpre et se moquent de lui. Le nœud se trouve ici même. Ces soldats païens (des Romains) proclament Jésus comme Roi pendant que ces compatriotes, héritiers de la promesse, le livrent comme un imposteur, un agitateur de la société. Ceux qui devraient accueillir sa royauté l’accusent de blasphémateur pendant que ceux qui sont considérés comme idolâtres ne le font pas. Qui est plus idolâtre que l’autre ? Et ceci pourrait nous concerner, nous qui nous déclarons chrétiens alors que, dans la vie pratique, nous ne le sommes que de nom. A chacun(e) de voir les contradictions de la vie de chrétien, en ce qu’il/elle est censé(e) être.

Jean insiste beaucoup sur ce thème de la royauté de Jésus qui est même proclamée à tout le monde via les trois langues : l’hébreu, langue sacrée ; le latin, langue des dominateurs de ce monde, les hommes du droit, de l’administration (en ce temps l’empire romain) et enfin, le grec, langue de la science, langue la plus utilisée en ce domaine dans l’antiquité. Qui peut dire qu’il n’est pas destinataire de ce message de la royauté du Christ ?

Nous sommes alors devant une royauté différente. Le trône devient la croix où il est intronisé par un païen. Sur ce trône se réalise ce qu’il avait lui-même dit : « quand je serai élevé de terre, j’attirerai tous à moi » (Jn12, 32).

Aujourd’hui, la liturgie nous donne alors de contempler la réalisation du plan du salut de Dieu, qui se manifeste par la justice de Dieu. « Mon serviteur justifiera les multitudes » : par sa passion, la justice nous est rendue. Nous sommes justifiés, rendus justes et non « justiciés ». En ceci se trouve et s’enracine l’espérance des chrétiens qui s’agenouillent et vénèrent la croix du Christ. « Victoire, tu règneras, Ô Croix, tu nous sauvera ».

Le Jeudi Saint nous inscrit dans la culture de l’amour et du service de l’autre.

Dieu nous libère du péché en convertissant notre cœur

A LambertDu retour de l’exil en Babylone, le peuple d’Israël devait expérimenter une expérience dure. Même s’ils étaient libérés de l’esclavage d’un peuple étranger, ils n’étaient pas encore totalement libres des chaines de l’injustice, de la corruption, et surtout, la pauvreté qui dérivait du fait qu’ils avaient été absents au pays pour longtemps. Il fallait tout reconstruire et en cela, des difficultés, aussi compréhensibles, ne manquent pas. Les pays qui sortent des crises et guerres en ont l’expérience. C’est dans cette perspective que le Seigneur leur promet une libération totale. En effet, ce ne sont pas les structures qui changent la situation, elles ne sont qu’un premier pas. La libération que leur promet le Seigneur s’enracinera dans le cœur des personnes qui doivent faire fonctionner ces structures. Il ne s’agit donc pas de changer de régimes, de structures sociales, politiques, ecclésiastiques même, mas de changer le cœur des hommes et femmes de notre temps. Il s’agit de s’inscrire dans une autre logique, celle que nous tracent les lectures d’aujourd’hui, que ce soient celles de la messe chrismale (qui normalement se célèbre Jeudi matin là où les circonstances le permettent) et la messe in Cœna Domini qui est célébrée le soir du Jeudi Saint.

Ce changement est ardu. S’il est facile de considérer l’œuvre de Dieu dans notre passé, comme nous pouvons nous le remémorer, il est difficile de le voir dans notre présent, puisque beaucoup de facteurs nous empêchent d’avoir une vision claire de la réalité. Bien plus difficile est encore considérer Dieu comme celui qui vient et donc quelqu’un auquel nous pouvons dédier notre vie, notre futur. Il devient alors Celui qui donne sens à notre vie, comme nous le méditons dans la 2ème lecture de la messe du matin du Jeudi Saint.

Dans les évangiles synoptiques, la prédication de Jésus commence par les appels à la conversion puisque le Règne de Dieu était proches (Mt4, 17 ; Mc1, 14-15). Luc a préféré expliciter cela d’une autre manière : la présence même de Jésus est exaucement des promesses de Dieu. Telle est la logique de l’Evangile de la messe chrismale. Et c’est à partir de ce sens que nous abordons les textes de la messe de l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce (la « Messa in Cœna Domini »).

Jésus n’est pas seulement un Maître de la Parole, il est aussi Témoin.

JeudiSaintDans les films dramatiques dignes de leur nom, il arrive un moment dans lequel le protagoniste fait un discours touchant, qui donne le ton ou même le titre à tout le récit. La vie et la prédication de Jésus ne sont pas pourtant un film dramatique. En effet, dans les derniers instants qu’il a passé avec ses disciples, Jésus ne s’est pas contenté de leur faire une harangue formidable. Il leur a confié et demandé un engagement concret et l’a illustré d’une manière on ne peut plus éloquente : il leur donne l’exemple.

L’évangéliste Jean choisit de commencer le récit de la dernière cène de Jésus en soulignant la pleine conscience de Jésus sur ce qui allait se passer. Ceci signifie que le geste qu’il pose n’est pas un simple hasard. Alors, prendre soin de nos frères et sœurs ne signifie plus faire une bonne action que nous choisissons parmi tant d’autres possibles, cela signifie se modeler à l’image de notre Maitre. Et cela se comprend si et seulement si l’on se situe dans la logique de l’amour et de la foi.

La foi est un préalable pour comprendre le geste du lavement des pieds.

Le chapitre 13 de Saint Jean se construit autour de l’amour qui se fait service. Jésus indique l’amour comme signe crédible de reconnaissance de ses disciples (Jn13,35), un amour comme celui de Jésus qui accepte l’abaissement radicale de la croix et du don de la vie (Jn15,13).

Le geste du lavement des pieds renferme toute une valeur christologique. Pour cela, ce geste ne peut être compris que dans la logique de la foi. Ceci se remarque dans les attitudes de Judas et de Pierre. Le premier, sous l’emprise du diable, ne veut plus recevoir l’amour que Jésus lui manifeste en lui donnant la bouchée, chose qui était seulement faite pour les hôtes de marque. Voyez que nous le voyons maintenant pour les jeunes mariés quand ils échangent des fourchettes et verres de vin, chacun le donnant à l’autre.

Le second n’accepte pas que son maitre le lave puisqu’il ne comprend pas que le lavement des pieds symbolise la purification opérée par la passion du Christ. La difficulté de Pierre, comme la nôtre, de nos jours, est de reconnaître notre péché et donc que nous avons besoin d’être purifiés. La 2ème difficulté de Pierre est d’accepter le ministère messianique de Jésus et la façon dont il se réalise : un Messie souffrant et « vaincu ». On le voit surtout après la révélation de Césarée de Philippe, quand Pierre le prend en aparté pour le dissuader de ne pas aller souffrir à Jérusalem (Cfr. Marc 8,32 et parallèles). Il en ressort donc que mettre en question le lavement des pieds fait par Jésus devient la même chose que mettre en question sa mission messianique, et par conséquent se mettre dans une logique autre que celle de la foi. Augmente en nous la foi, Seigneur !

Du lavement des pieds au style chrétien de vie.

Vivre le geste du lavement des pieds ne peut être limité à être une occasion, mais doit devenir un style chrétien de vie. Toute la vie du chrétien doit être service, même quand l’on occupe des responsabilités au sein de la société ou de l’Eglise. Il faut noter que même le prêtre dépose ses parements liturgiques pour s’agenouiller et servir. Il met de côte son honneur et son rang (qu’il tient de Jésus bien sûr) pour servir.

Seigneur, Toi qui nous a réuni pour célébrer ces Saints Mystères de notre rédemption, dans lesquels, Jésus ton Fils et notre Frère, avant de se livrer librement à la mort, confia à l’Eglise le sacrifice nouveau et éternel de son amour pour nous, fais que notre participation à ces si grands mystères, nous soyons renouvelés et affermis dans l’amour qui se manifeste dans le service concret de nos frères et sœurs. Amen.