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Sainte Cécile, vierge et martyre († 230)

Santa Cecilia  Sainte Cécile est la patronne des musiciens, des chanteurs, luthiers et des autres fabricants d’instruments   de musique. Tandis que les instruments de musique retentissaient pour ses noces, Cécile chantait pour Dieu dans son cœur. Il faut ajouter qu’à la fin du Moyen-Age, on attribuait à Sainte Cécile, la composition de plusieurs hymnes, et c’est ainsi que chanteurs et musiciens se placèrent sous son patronage au XVème siècle. On la représente avec une couronne de fleurs, un plant de lys, un instrument de musique et une épée.

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Sainte Cécile, vierge et martyre († 230)

L’excessive confiance dans l’œuvre humaine produit la routine d’une foi paralysée par les structures.

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Chers amis, la première partie de l’évangile de ce jour évoque de manière suggestive une peinture, qui montre au premier plan le Temple de Jérusalem éclairé par un soleil crépusculaire de fin d’été : la façade glorieuse resplendit d’une lugubre lumière, tandis qu’au second plan s’amoncellent imperceptiblement de noirs nuages, qui présagent un violent orage : il ne restera pas pierre sur pierre. Le monde ne peut pas continuer ainsi. Trop de vanité, trop d’apparence, trop d’hypocrisie et trop de mensonge. L’injustice et l’impiété crient au ciel.
La tension entre un ordre apparent et la réalité morale et spirituelle fragilise l’institution du temple : celui-ci se veut fondé sur le plan messianique de Dieu et passe pourtant à côté de son intervention dans l’histoire des hommes, puisque le Christ, la parole vivante de Dieu, comme autrefois les prophètes, n’est pas reconnu et accueilli. L’excessive confiance dans l’œuvre humaine produit la routine d’une foi paralysée par les structures, dont la stagnation spirituelle dégage une odeur putride. Elle fragilise aussi l’arrière pays qui subit les vertiges du pouvoir et des richesses : la vie est gagnée à force de durs labeurs.

Sans aucun doute, le Temple devait être très beau, avec ses colonnes et ses boiseries sculptées, ses draperies brodées, ses revêtements d’or. Il a été  terminé en 63 et détruit en 70 par les armées du général romain Titus. Les pèlerins devaient rester bouche-baie, un peu comme nous le sommes devant la Basilique Saint Pierre de Rome. Il est vrai que la contemplation d’un édifice imposant et beau donne une impression de sécurité, comme si les pierres défiaient l’histoire et que pour un instant nous échappions nous aussi à l’usure du temps.
 L’intervention de Jésus vient rompre le charme : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Pour les Juifs, ces paroles sont blasphématoires : le prophète Jérémie n’avait échappé que de justesse à la mort pour moins que cela. Ici, Jésus ne fait que nous arracher à nos rêveries de toute puissance et d’immortalité terrestre, pour nous ramener à la réalité de ce monde où tout est vanité.

On serait peut-être porté à penser que « ces histoires » de temples ne nous concernent pas. Loin de là. Chacun de nous, s’il s’assied pour y penser, à quelque chose sur laquelle il fonde plus ou moins sa sécurité : l’intelligence, la facilité de la parole et du discours, certains talents dont notre entourage parle, ce qui finit par nous rejoindre, TUKABIGĒNDERA, notre beauté/bonté,… je ne parle pas de richesses, il n’y a pas vraiment d’y revenir. Si nous ne faisons pas attention, nous pouvons alors être parmi ceux dont parle la première lecture : les arrogants. Attention ! Comment ? Chaque fois que nous n’osons pas nous arrêter pour voir ce qui est à la base de nos motivations, même en accomplissant de « bonnes œuvres » dont profite notre milieu de vie. Alors, nous rejoignons la catégories de ceux que la deuxième lecture met en garde ; les affairés sans qu’ils ne fassent rien. Arrête-toi, un instant, et regarde ce qui se passent ! Ne sont-elles pas des pierres, belles comme celles du temple de Jérusalem, mais qui sont destinées à crouler ? Il est vrai, notre œuvre ne défie jamais la réalité, il faut occuper notre juste place. Nous sommes fragiles. Devons-nous alors nous décourager ? NON !

Jésus nous assiste par son Esprit, quand toutes nos sécurités se révèlent vaines. Le chrétien vit continuellement une persécution. Pour mieux le dire, tout chrétien doit vivre le temps du témoignage, qui ne lui épargne pas bien sûr la souffrance, voire la persécution quand il marche à contre-courant.  Il faut alors mener un combat. Heureusement, nous avons un Défenseur. En fait, le vrai combat n’est pas « nation contre nation, royaume contre royaume » ; tout cela demeure horizontal, intra-mondain, intra-historique, et appartient à ce monde éphémère. Le vrai combat est vertical : il se livre là où le croyant est persécuté « à cause du Nom » de son Seigneur. Ce combat là est trans-historique, il participe à celui qu’a livré victorieusement le Fils de l’homme et par lequel il a ouvert les portes du ciel. Saint Luc y reviendra longuement dans le Livre des Actes des Apôtres, où il relatera les persécutions subies par les disciples du Christ. Si ceux-ci ne se dérobent pas et ne sombrent pas dans le découragement, c’est précisément parce que le Seigneur les avait avertis de ce qui les attendaient. Toute dramatiques qu’elles soient, pour le vrai disciple, les persécutions sont à saisir comme des « occasions de rendre témoignage » à Celui qui, par sa résurrection glorieuse, nous a définitivement sauvé de la peur de la mort.

Dans les épreuves – qui ne manqueront pas tout au long de l’histoire de l’Église – le Seigneur s’engage à venir personnellement en aide à son témoin : « Moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction ».

Dieu ne peut pas changer le cours des événements sans empiéter sur la part de responsabilité qui échoit à l’homme ; mais la liberté avec laquelle les chrétiens assument ces événements, devrait être un vivant témoignage que leur vie n’est pas entre les mains des hommes, mais de Dieu.
Sans minimiser les dangers extérieurs qui nous menacent de toute part dans notre monde en ébullition, il n’en reste pas moins que le vrai danger, celui qu’il faut redouter plus que tout, est intérieur : la catastrophe la plus grave serait de trahir Notre-Seigneur et d’apostasier notre foi devant l’agressivité – peut-être un jour la haine mortelle – de ceux qui nous détestent « à cause de son Nom », et qui hélas peuvent être des proches, des amis, voire des parents. Tel est le sens de la demande du Notre Père : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation » – sous-entendu : de l’apostasie. L’historien romain Tacite écrit que les chrétiens étaient devenus « la haine du genre humain » ! Cela ne les a pas empêchés de témoigner de leur foi, au point que Tertullien a pu écrire : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens ».
Devant de tels exemples, nous devrions être bien plus inquiets de notre tiédeur que de la « cataphobie » grandissante

Voie étroite de la Croix à re-choisir chaque jour : « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».
Pour un chrétien, cela n’est pas un accident de parcours, mais bel et bien quelque chose qui fait partie de sa vie. Puissions-nous devenir des hommes et des femmes de discernement, des prophètes remplis de Sagesse – celle de la Croix – pour pouvoir dénoncer les peurs aliénantes et stériles, et orienter nos frères vers les vrais enjeux et le véritable combat.

« “Voici que vient le Jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise” (1ère lecture.).

Seigneur, accorde-nous de discerner les signes du Royaume au cœur de notre quotidien ; afin que réconfortés par ta présence, nous ayons le courage de te rendre dignement témoignage, sans crainte d’éventuelles représailles. Car “pour ceux qui craignent ton Nom, le Soleil de justice apportera la guérison dans son rayonnement”. »

« …rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets… »

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Quelques jours de la fête de la Toussaint et de notre intercession pour nos frères défunts, la liturgie nous invite à méditer sur le mystère central de notre foi : la résurrection. 

Les textes choisis nous invitent à prendre conscience que la résurrection n’est pas seulement un phénomène postpascal. Elle concerne toute l’humanité, même ceux qui ont précédé Jésus dans le cours de l’histoire ont pu connaître ce mystère. Les rabbins prétendaient ainsi que chaque verset de la Torah parle de la résurrection ; si les hommes ne sont pas capables de discerner sa présence, c’est que leur foi n’est pas assez forte. Il est donc logique de trouver dans l’Ancien Testament des témoignages de la foi en la résurrection. La lecture du livre des Maccabées que nous venons de faire en présente un des tout premiers. 

Il s’agit d’une déclaration pleine d’espérance : « le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » et qui prend des accents très concrets : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, et c’est par lui que j’espère les retrouver ». Cette conviction trouve son fondement dans la fidélité de Dieu. Puisque nous acceptons de perdre la vie par fidélité à Dieu, il ne permettra pas notre perte et nous rendra justice, expliquent les jeunes martyrs. La première condition pour ressusciter est donc notre confiance dans la fidélité de Dieu.

Cette confiance indéfectible est illustrée par Jésus sur la Croix : « entre tes mains je remets mon esprit ». Puisque Dieu est fidèle, lui remettre notre vie et tout ce que nous sommes, est s’assurer que personne ne nous en dépossèdera, et que la vie nous sera rendue.

Mais cette attitude doit être bien comprise, car elle n’est pas un investissement, une sorte d’assurance à long terme : se réfugier en Dieu est se livrer à lui. Il s’agit d’un véritable acte d’abandon à sa volonté. Au seuil de la résurrection apparaît donc une difficulté de taille. Que Dieu défende et protège mes intérêts est facilement concevable, les païens en font autant ; mais pour qu’il puisse le faire, que je doive tout lui remettre, même ma vie, est un combat.

Dans l’Evangile que nous avons lu, Jésus Christ se trouve devant une question piège des Sadducéens. Ils considéraient que la vie s’arrêtait à la mort, et donc qu’une longue vie pleine de bénédictions était l’unique signe de l’amour du Seigneur. Ils mettent Jésus devant l’histoire ridicule d’une femme qui passe de frère en frère dans l’espérance d’avoir un enfant. Le cas qu’ils ont choisi est très révélateur. La femme de cette histoire est un peu comme un objet passant de main en main. Au fond, nous sommes face à une conception de la vie centrée sur la jouissance personnelle, où les autres sont des outils pour produire le plaisir, l’honneur, le renseignement, ou même une gloire de Dieu mal comprise (l’observance purement extérieure de la loi). Parfois nous aussi nous devenons des « sadducéens » dans la vie ordinaire. Quand notre foi dans la résurrection et le Ciel s’affadit, nous pouvons nous aussi nous perdre dans le « train-train » de la vie quotidienne et notre entourage risque de devenir pour nous des outils. Et c’est alors que comme J.P Sartre, on peut dire « l’enfer, c’est les autres ». Est-ce que je crois au Ciel ? Je pense parfois à l’éternité ? ou cette idée me donne tellement de vertige que je n’ose même pas y penser ?

Mourir. « Nos paroles se composent de syllabes qui se suivent et se succèdent. De même les hommes … se succèdent et se remplacent les uns les autres… ». C’est St Augustin qui nous parle de cette succession comme la seule loi de notre existence, puisque une des uniques certitudes scientifiques et expérimentales de la vie c’est que nous mourrons. La mort est mystérieuse. Devant le cadavre d’un proche, nous nous interrogeons : quelle est cette limite si étroite qui sépare les vivants des morts ? Nous sentons que la mort n’est pas juste : pourquoi cette personne ? pourquoi sa souffrance ? Aujourd’hui nous dirions : pourquoi les 1200 et plus Philippins emporté par les typhons ? de leur vie, leur travail, que restera-t-il ? Et puis la question : où sont-ils maintenant ? Jésus nous donne une réponse. « Dieu n’est pas le Dieu des morts, sinon des vivants ; tous vivent en effet pour Lui. » C’est-à-dire que ce que nous expérimentons comme « vie » ici-bas n’est qu’une partie de la pleine réalité de la vie. Dieu veut nous donner une nouvelle vie, car la vie actuelle sans la mort serait misérable. Lisons ensemble : « La mort n’était pas naturelle, mais elle l’est devenue ; car, au commencement, Dieu n’a pas créé la mort ; il nous l’a donnée comme un remède […] à cause de la transgression ; la vie des hommes commença d’être misérable dans le travail quotidien et dans des pleurs insupportables. Il fallait mettre un terme à son malheur, afin que sa mort lui rende ce que sa vie avait perdu. L’immortalité serait un fardeau plutôt qu’un profit, sans le souffle de la grâce » (St Ambroise, cf Encyclique Spe Salvi 10).

« Ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection ». Au ciel, nous posséderons ce bonheur pour toujours auquel nous rêvons. Il n’y aura pas une succession temporelle telle que nous la connaissons, puisque nous expérimenterons constamment une plénitude. Nous serons dans la vraie vie, une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, qui nous comble de joie. C’est ainsi que Jésus l’exprime dans Jean : « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 22). Nous devons penser dans ce sens si nous voulons comprendre ce vers quoi tend l’espérance chrétienne, ce que nous attendons par la foi, par notre être avec le Christ. Et la vie éternelle, si elle existait (et elle existe: turindiriye ubuhirwe bw’ijuru…=nous espérons le bonheur que tu promets) , qu’attendrais-je d’elle ? Qu’attendrait Dieu de moi pour m’accueillir comme son héritier, son fils ?

Seigneur, accorde-moi la grâce de vivre ma vie sur terre en cherchant la plénitude que toi seul peux me procurer, et de partager la joie que tu donnes avec ceux qui m’entourent, pour que je puisse dire avec sainte Thérèse de Lisieux: « mon ciel, je le passerai à faire du bien sur la terre ».