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«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»
Ces premiers mots d’un hymne que nous chantons lors des Laudes du Jeudi (Temps ordinaire) nous aident à comprendre notre situation humaine où nous ne réussissons pas à comprendre ce qui nous arrive, et souvent nous prenons des décisions privées de la lumière du Seigneur. Heureusement qu’il nous rejoint dans notre nuit et nous porte vers sa lumière.
Un peu d’histoire pour comprendre le scénario. Achaz n’est pas un roi qui a laissé un bon souvenir dans les annales. Pour sa défense, on peut rappeler son âge : il avait à peine 20 ans quand il est monté sur le trône de Jérusalem. On peut aussi souligner la situation politique complexe qu’il avait à gérer. À cette époque, l’empire assyrien voisin ne cessait de s’étendre et représentait une menace certaine pour Jérusalem. Les royaumes d’alentour se rendaient les uns après les autres ; ceux qui résistaient ou se révoltaient étaient vigoureusement recadrés. Dans ce contexte, deux royaumes du Nord, la Syrie et Israël décidèrent de monter une coalition contre les assyriens. Mais Jérusalem refusa d’entrer dans la coalition. Les rois de Damas et d’Éphraïm se retournèrent alors contre Juda et firent le siège de Jérusalem pour tenter de déposer Achaz et mettre à sa place un roi qui leur serait favorable. Achaz est donc pris entre deux menaces : celle, à ses portes, des royaumes du Nord et celle, plus lointaine, des Assyriens. Achaz paria sur la plus lointaine mais la plus terrible. Malgré les exhortations d’Isaïe, il demanda la protection assyrienne. Il est dans la nuit du choix.
«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»
Ceci nous permet de bien comprendre les propos échangés entre le roi et le prophète. La réponse que fait Achaz à Isaïe revêt les traits de l’humilité, il prétend ne pas vouloir mettre Dieu à l’épreuve, mais elle est de mauvaise foi : le roi a déjà choisi de se soumettre au monarque assyrien plutôt que compter sur la fidélité du Seigneur ; le roi Achaz fait mine de respecter Dieu, alors que pour s’attirer la faveur des dieux païens il a immolé son fils sur leurs autels. Il n’a plus d’héritier, il ne compte plus sur rien. En réalité, Achaz a complètement abandonné le Dieu en qui ses pères plaçaient leur confiance et il a mis en péril la dynastie davidique. Le Seigneur, pourtant, lui envoie son prophète. Le Seigneur, qui a promis à ses pères que la royauté n’échapperait pas à la maison de David, lui promet la naissance d’un nouveau fils. Le Seigneur, bien qu’il ait été rejeté par elle, reste fidèle à la maison de Juda. Rien ne l’empêchera d’accomplir ses desseins ; comme le rappelle l’évangile, il est «Dieu avec nous». Oui, notre faiblesse ne peut jamais défier les projets du Seigneur, il nous faut seulement accepter son intervention, même quand tout s’est écroulé.
«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»
Le Messie qui vient sera un jour nouveau pour le peuple qui s’enfonce délibérément dans la nuit de son péché. La prophétie dit encore le ridicule d’Achaz. Isaïe annonce en effet : «avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler». Le roi de Juda a abandonné son Dieu et commis des abominations alors que la situation était éphémère ! Avant que l’enfant annoncé n’ait grandi, les royaumes adverses n’existeront plus. Cette précision nous montre combien nos égarements, quels qu’ils soient, sont toujours revêtus du même ridicule. Que de défis mettons-nous devant les projets de Dieu !
« … sauront-ils reconnaitre ta lumière…? »
Quel contraste entre les deux descendants de David ! Le premier tue l’héritier de la promesse pour sauvegarder ses intérêts particuliers, le second renonce à se marier pour ne pas risquer de gêner le projet de Dieu qu’il voit s’esquisser dans la grossesse de la femme qu’il aime. Le premier prend la parole avec cynisme pour se moquer du Seigneur qu’il a trahi, disant qu’il ne peut pas tenter son Dieu alors qu’en réalité, il ne croit plus à rien, le second ne considère même pas utile de prendre la parole et il s’engage avec confiance sur la parole de son Dieu. Mais Joseph seul est appelé « fils de David » car, de ces deux, il est le seul dont le cœur ait l’humilité qui plaît à Dieu. C’est dans sa maison que se réalisera la promesse. À lui qui a renoncé à tout, Dieu donne le fils que le monde attend, le sauveur qui libèrera les hommes de leur péché. Le songe qu’il a eu est en lui-même la marque de son renoncement et de l’obéissance de sa foi. Saint Joseph est en effet visité par Dieu au cœur de son sommeil, c’est-à-dire au cœur de sa nuit, dans la profondeur de son impuissance. Joseph a fait sa part, il a courageusement discerné l’action de Dieu et il a choisi d’agir avec justice ; dès lors, il s’abandonne au bon vouloir de Dieu, quel que soit ce que cela lui coûte. Le message de l’ange rejoint alors Joseph au cœur de ce renoncement et ne l’efface pas. Le mariage voulu par Dieu n’est pas l’aventure personnelle d’un couple particulier, il est la pierre angulaire de l’Incarnation. L’œuvre de Dieu prend corps dans l’abandon de Marie et de Joseph. Prendre Marie chez lui permet à Joseph d’accueillir le don que Dieu fait par épouse et, comme toute femme, Marie avait besoin du soutien d’un époux pour s’engager dans une maternité. Un clin d’œil à notre temps où certaines femmes veulent une maternité privée des liens du mariage : les femmes célibataires,… pour ne pas parler des « couples » faits de seules femmes ou des « hommes seuls » et qui veulent adopter. Ne nous y attardons pas !
«Tu es venu Seigneur dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins…»
Saint Paul nous rappelle que le Dieu de toute fidélité, le Dieu qui réalise son dessein de nous sauver au cœur de la nuit de notre péché et de notre endurcissement, ce Dieu accomplit sa promesse en Jésus-Christ. « Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils », nous révèle-t-il. L’enfant promis par Isaïe, le Messie annoncé par l’Écriture, est l’enfant Jésus ; le fils de Marie et de Joseph est le Christ. Il est fils d’Abraham et fils de David, il est le fils de Dieu couronné dans la gloire au matin de sa résurrection. Cette Bonne Nouvelle doit être proclamée pour éviter aux hommes d’entrer dans la même défiance qu’Achaz. Se préparer pleinement à Noël est entrer totalement dans la confiance en l’amour de Dieu, dans «l’obéissance de la foi » dont Joseph nous donne l’exemple parfait. Joseph est juste parce qu’il accepte en tout la volonté de Dieu. Or pour reconnaître en Marie l’œuvre de Dieu, pour entrer dans l’obéissance, Joseph a posé un acte d’humilité. Humilité qui exige le total détachement. Humilité qui exige d’être plongé dans une nuit où la seule lumière est la parole de Dieu. Qui exige d’entrer dans la nuit de Noël où la seule lumière est un enfant fragile, le Verbe fait chair. Au début, Joseph l’appellera « Jésus » Dieu-qui-sauve, (Mt 1) et à la fin de l’évangile, Jésus réalisera l’inclusion sémitique en s’appelant « Emmanuel », Dieu-avec-nous : «et moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (Mt28). Notre péché nous a privés de rester en présence de notre Dieu ; voici le temps de la liberté et de la proximité avec Dieu. Voici le temps de Noël.
Saint Joseph, toi qui as préparé la crèche où le sauveur du monde a été déposé, nous te confions l’ultime préparation de nos cœurs à la joie de Noël. Apprends-nous l’humilité qui rend Dieu puissant dans nos vies, apprends-nous l’obéissance qui permet d’accueillir dans sa plénitude le don de Dieu, obtiens-nous de recevoir le Seigneur tel qu’il se donne, fais de nos cœurs une crèche où l’enfant-roi trouvera son repos et sa joie. Amen.
« …au travail du Seigneur sans oublier le Seigneur du travail… »
Marthe accueille Jésus dans sa maison. C’est elle qui a ouvert sa maison, son intimité, et qui veut que Jésus reçoive les attentions dues. Marthe tient à bien recevoir Jésus… elle y tient tellement qu’ « elle est absorbée par les multiples soins du service »… et, dans son occupation, voulant que tout soit parfait, et probablement n’y arrivant pas (kwîta mu zîko », mais hélas ! elle commence à juger sa sœur qui est là, à ne rien faire. Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Marthe est pleine d’énergie. Elle court d’un bout de la maison à l’autre, désireuse de s’assurer que tout soit comme il faut pour recevoir Jésus. C’est merveilleux de constater qu’elle ne s’est pas HABITUEE à la présence de Jésus chez elle. Sa présence n’est pas devenue pour elle quelque chose de normal. Au contraire, elle s’affaire, accaparée par de « multiples » occupations.
Un jour, on demanda aux petits garçons ce qu’ils feraient si une fois le Seigneur venait sur les nuées du ciel et que tout le monde se met en mouvement. Des réponses furent diversifiées : on en entendait qui iraient directement à l’Eglise pour prier, qui rentreraient à la maison, … Soudain, on s’aperçut d’un autre gamin qui n’avait rien dit et qui jouait tranquillement. On lui posa alors la même question, pensant qu’il ne l’avait pas entendue. Le gamin répondit : pensez-vous que je n’ai rien entendu ? Au contraire ! Je ne changerais rien de mes activités par la seule raison que les autres sont en mouvement. Pourquoi ? demanda-t-on. Parce que Jésus sait que je joue et que quand je joue très bien, cela le contente. Que peut-il attendre d’autre ? Que je regarde les autres ? On resta bouche bée pensant à la teneur de ces paroles….
Est-ce que je me suis habituée à la présence de Jésus dans ma vie ? Quelle est mon attitude pendant la messe ? Est-ce que je fais un effort pour lui montrer mon amour et mon affection en me recueillant et en gardant mon cœur tourné sur lui ?
Seigneur, cela ne te fait rien ? Bien que ce soit l’amour qui motive les actions de Marthe, elle ne peut pas s’empêcher de remarquer que sa sœur, Marie, est assise aux pieds de Jésus, à ne rien faire. « Pourquoi est-ce qu’elle ne m’aide pas ? » Est-ce que Marthe est jalouse ? Non, car Marthe pourrait tout aussi bien interrompre ses activités et s’asseoir auprès de Jésus ; elle sait qu’elle serait bien accueillie. Mais elle s’indigne de travailler alors que Marie ne fait rien.
Cette scène symbolise notre propre expérience : regarder les autres et leurs situations de vie au lieu de se concentrer sur notre relation avec le Seigneur. Si le Seigneur veut que je serve à table, ou que je reste assise à ses pieds, peu importe ! L’important n’est pas l’action en elle-même mais plutôt de faire ce que Jésus me demande.Est-ce que je veux obtenir la paix et la tranquillité d’âme propre aux disciples du Christ ? Alors, il faut renoncer à faire des comparaisons envieuses, et faire ce que le Seigneur ME demande. Il n’est pas nécessaire de s’inquiéter de savoir si les autres ont reçu « une meilleure part ».
Jésus lui dit que « une seule chose est nécessaire ». Le passage de Marthe et Marie est mis tout de suite après le passage du bon samaritain. Ceci n’est pas anodin, la chose importante est l’amour. Là où Marthe est corrigée par Jésus, avec tant de délicatesse, c’est dans l’amour : en servant Jésus ou en l’écoutant, l’important est qu’il y ait dans le cœur l’amour, et que ceci soit le point de départ de nos actions ; non pas le devoir, non pas les comparaisons. Marthe accueille Jésus, Marthe fait bien de s’occuper du service, mais Jésus est un hôte différent. Pour lui, le plus important n’est pas la perfection dans les choses extérieures, mais l’amour avec lequel nous agissons dans notre vie. En effet, pour notre cas, Marthe et Marie aiment toutes les deux le Seigneur, mais elles l’expriment de manière différente. « Marthe, qui préparait le repas du Seigneur, était occupée à faire beaucoup de choses, tandis que Marie a préféré trouver son nourriture dans ce que le Seigneur disait. D’une certaine manière elle a abandonné sa sœur, qui était très occupée, et elle s’est simplement assise aux pieds de Jésus pour l’écouter. Elle obéissait loyalement ce que le psalmiste a écrit, « Arrêtez, reconnaissez que moi, je suis Dieu ». (Psaume 46). Marthe s’indignait, Marie se régalait ; la première faisait face à beaucoup de choses,
la dernière se concentrait sur une seule chose. Les deux occupations étaient bonnes. » (Saint Augustin, sermon 103). Et moi, comment est-ce que j’exprime mon amour pour le Christ ?
Une seule chose est nécessaire. Gardons-nous de mal interpréter cette parole de Jésus. Il ne propose pas un choix entre l’activité de Marthe et la contemplation de Marie. En fait, « une seule chose est nécessaire » signifie précisément que toutes nos actions au service de Dieu et des autres sont importantes quand elles sont faites par amour et non par comparaison à ce que font les autres. Pour cela, nous devons être connectés au Seigneur par la prière. Nous devons toujours être « connectés », Lui offrant continuellement notre cœur et notre intelligence, pour que tous nos efforts soient des vrais efforts d’amour. Nous devons faire attention à ne pas devenir si « occupé dans le travail du Seigneur que nous oublions le Seigneur du travail ». Cette relation se noue dans la prière. La prière est le fondement de notre apostolat car sans une relation avec la personne de Jésus-Christ, nous ne pouvons rien faire. Dans la prière, nous devons surtout nous mettre à l’écoute du Seigneur et surtout pas le contraire, nous qui sommes habitués à nous agiter, à parler au Seigneur. Est-ce l’influence de notre temps gagné à la liberté « absolue » d’expression, liberté à la parole, à faire entendre ce que nous pensons, sans qu’il y ait d’autre part et par conséquent le devoir d’écoute ? Comme nous voudrions que nous soyons écoutés ! Est-ce le cas quand il s’agit de garantir ce droit à l’autre ? à l’Autre ? Apprenons à nous asseoir aux pieds du Seigneur, « ntitúbāmbagurike », et à écouter. Après nous pourrons agir comme il sied. Nous communiquerons le Christ à d’autres dans la mesure où nous l’aimons et nous l’écoutons
Change Seigneur ma façon de voir et de faire les choses. Corrige-moi, comme tu l’as fait avec Marthe. Tu es en moi Seigneur, je t’ai déjà accueilli dans mon baptême, et aujourd’hui je t’accueille à nouveau ! Fais ce qui te plaît, appelle-moi à aimer de plus en plus comme toi !








