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«Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi».

La première lecture de saint Pierre qui nous a accompagnés durant les quatre premiers dimanches de ce temps pascal nous offre aujourd’hui une interprétation christologique du verset 22 du Psaume 118 : « La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; voici l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.» L’apôtre précise que pour le croyant, il s’agit d’une pierre précieuse, «choisie et de grande valeur » et que pour l’incroyant, elle se révèle pierre d’achoppement, «une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber». En écrivant aux chrétiens, leur disant qu’ils sont le « sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles », il définit la condition sacerdotale du baptisé. Pour cela, le chrétien n’a pas besoin de prêtre pour présenter à Dieu l’offrande de sa vie de charité et de son engagement pour un monde plus juste et viable, il n’ pas non plus besoin de prêtre pour annoncer aux autres les merveilles de l’amour de Dieu. Les prêtres de Jésus reçoivent la charge de veiller pastoralement sur ce sacerdoce du peuple de Dieu, de le nourrir par la Parole, les sacrements et le témoignage de vie pour qu’il ne se dévitalise pas.

La mise en rapport du Christ pierre d’angle avec la foi ou la non-foi en lui nous renvoie à l’évangile de ce jour où Jésus exhorte ses disciples par ces mots : «Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi». Le Christ ressuscité est pour les croyants ce roc sur lequel ils peuvent s’appuyer dans les moments de doutes, d’épreuves. Effectivement, l’épisode que nous avons lu se situe dans un temps qui devrait soulever des bouleversements et, tenez, qui sont toujours d’actualité : Jésus vient d’annoncer la nouvelle choc de la trahison de Juda (Jn 13, 21-30). Qui ne peut pas trahir Jésus ? Qui n’a jamais trahi ses engagements baptismaux ? EN peu de mots, qui ne succombe jamais aux tentations jusqu’à tomber ? Puis, Jésus ose prédire à Pierre qu’il le reniera TROIS FOIS pendant la nuit qui commençait ce soir-là de la dernière cène (Jn 13,37-38). Le comble, bien qu’ils soient déboussolés, Jésus annonce qu’il s’en va et qu’ils ne peuvent pas le suivre pour le moment (Jn 13,31-36) : rappelons-nous qu’ils ont été témoins des conflits entre leur Maître et les chefs religieux et politiques. Les disciples sont incertains du futur qui les attend. On comprend donc la peur et l’anxiété des disciples. C’est notre vie ! Nous vivons pratiquement un temps où la peur de lendemain se lit sur des visages. Dans notre vie, des peurs nous tenaillent : un avenir sans sûreté, nos faiblesses et nos trahisons répétitives, les faiblesses corporelles et morales. Dans un contexte comme celui-ci, Jésus nous dit : «Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi».

Par son incorporation au Christ le jour de son baptême, le chrétien devient une « pierre vivante » au service de la construction de l’édifice spirituel qu’est l’Eglise le Corps du Christ. Tout au long de son existence, il est amené à concrétiser cela par l’offrande de tout ce qu’il vit, particulièrement des moments douloureux et pénibles. C’est là qu’il est exerce son sacerdoce baptismal enraciné dans une foi vivante reposant sur le Christ mort et ressuscité, victorieux du mal et du péché. C’est sans aucun doute dans les moments difficiles de sa vie où la croix se fait présente, que le croyant pourra découvrir de façon privilégiée qu’il est appelé à prendre part d’une certaine manière au mystère pascal du Christ. 
Voyez que c’est en ce moment où Jésus est conscient de la tragédie qui l’attend qu’il se met à rassurer ses amis (que nous sommes nous aussi) ! Pourquoi as-tu peur de ce qui pourrait t’arriver ? Contrôle ton degré de confiance en Jésus ! Retrouve les mots chers à notre Pape François : ne nous laissons pas dérober l’espérance ! Faisons nôtre cette belle phrase que nous répétons comme un refrain.

«Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi».

Dans notre passage évangélique, le Christ, pierre angulaire, se présente aussi comme le Chemin, la Vérité et la Vie : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Il est celui qui nous précède pour nous préparer une place dans la demeure éternelle. Il est le Chemin qui nous conduit vers le Père. Il désire que chacun de nous puisse parvenir à la maison du Père, que chacun de nous le retrouve là où il nous précède pour faire partie de la famille de Dieu. 
La foi en Christ mort et ressuscité est Vie en tant qu’elle nous révèle la Vérité de l’Amour du Père pour le Fils et en lui pour chacun de nous et en tant qu’elle est Chemin d’accès à cet Amour inépuisable. Nous ne pourrons être des pierres vivantes de l’Eglise que si notre être de chrétien puise à cette source intarissable de l’Amour du Père à travers notre foi en Christ mort et ressuscité.

Dès lors, nous comprenons combien est capital pour nous l’acte de foi en Christ mort et ressuscité. Il se présente comme le Chemin, la Vie, la Vérité. Ce chemin, c’est désormais une personne, ce qui est le spécifique de la foi chrétienne qui n’est pas un ensemble de vérités, mais surtout une rencontre avec un personne, un Dieu personnel. Cet homme, il appelle ses compagnons à le suivre, sans une autre condition préalable que la conversion du cœur. Une telle conversion nous demande d’enlever toutes les barrières entre les hommes qui sont tous frères. Si la 2ème lecture parle de l’ouverture de l’Eglise primitive aux personnes d’autres mentalités, langues et culture, nous ne pouvons que saisir au bond cette invitation. L’unité n’est pas la conformité, et elle ne doit pas porter préjudice à la diversité légitime des chrétiens. Combien de fois nous entendons dire : celui-là ne me plait pas parce qu’il parle, s’habille, marche,… et beaucoup d’autres petites choses encore ? Quelles sont les petites choses qui me repoussent chez mes proches ? Si tout ce que nous vivons, dans notre prière, dans nos joies, nos peines, nos incertitudes et craintes, notre engagement au service de tous, repose sur lui et à travers lui s’enracine dans l’Amour du Père, alors toute notre existence portera un fruit de vie éternelle. Nous participerons alors réellement à la construction du Corps du Christ qui est l’Eglise.

 La foi en Christ mort et ressuscité est la source de la fécondité de tout apostolat.

Dans l’évangile, Jésus nous exhorte : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père ». De même que les œuvres et les paroles de Jésus sont œuvres et paroles du Père, le croyant accomplira les mêmes œuvres que Jésus voire même de plus grandes encore. Il ne s’agit pas ici d’opérer des miracles encore plus prodigieux que ceux de Jésus. Non, Jésus veut dire que celui qui met sa foi en lui pourra mener à leur accomplissement les signes qu’il a annoncés dans l’évangile : « donner la vie aux croyants » (Jn 17, 2), « rassembler les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52) et triompher du monde (Jn 16, 8-11). Voilà la mission de tout baptisé qui repose sur sa foi en Jésus, Fils du Père, mort et ressuscité. Par elle, il coopère à l’action salvifique du Fils : réconcilier les hommes avec le Père pour jouir éternellement de sa vie divine.
Et si le danger de nous attribuer ces « œuvres plus grandes » nous guettait, pour bien nous montrer qu’en tout c’est lui et en lui le Père qui demeure la source, Jésus ajoute : « puisque je pars vers le Père » et « tout ce que vous demanderez en invoquant mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils ».

« Dieu notre Père, ton Fils Jésus est a pierre vivante que les bâtisseurs ont éliminée, mais que tu as choisie et qui est devenue la pierre d’angle. Avec les pierres vivantes que nous sommes, construis Seigneur, une maison aux nombreuses demeures et qui puissent accueillir tous, leur donner place en notre vie. Donne-nous d’y accueillir tes enfants dans leur diversité et de nous engager avec eux sur le chemin de l’Evangile. Que l’Esprit Saint nous presse d’annoncer tes merveilles, toi qui nous a appelés des ténèbres à ton admirable lumière. Amen. »

Pâques, c’est la Fête du grand passage à la suite de notre Berger, le Christ.

 » … pour qu’ils aient la vie, et en abondance. »

Cette semaine marque un tournant dans les évangiles du temps pascal. Jusqu’ici tournés vers la résurrection elle-même, voici qu’ils s’ouvrent vers l’engagement de ceux qui accueillent le ressuscité et vers la croissance de l’Eglise. La liturgie nous oriente déjà vers la Pentecôte, sous la conduite du premier Apôtre, saint Pierre.

Pour commencer, nous entendons la suite du discours de Pierre au matin de la Pentecôte. Il s’adresse aux pèlerins venus nombreux à Jérusalem pour cette grande fête liturgique. Ils viennent fêter le don de la Loi que Dieu fait à son peuple pour le conduire au bonheur. Pendant la liturgie de ce jour, le livre de Ruth est proclamé. Ruth est cette « femme parfaite » (Rt 3,11) qui devint, pour avoir osé suivre l’exemple d’Abraham jusqu’au bout, l’aïeule du roi David, figure du Messie. Cette liturgie est donc également celle où l’on s’interroge sur le Messie.

Tel est le contexte de la célébration.

Alors retentit la voix de Pierre : « il s’agit de Jésus le Nazaréen (…) Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ». Le message est clair. Pierre est convaincu que Dieu ne cesse jamais d’appeler les hommes, mêmes ceux qui sont loin, ou mieux, même ceux qui se croient être loin. Le message est reçu. La preuve en est qu’il entraîne un changement de comportement. «Que devons-nous faire ? » demande-t-on à Pierre. 

Cette question n’est pas un détail. Elle vaut pour nous également : nous mesurons notre accueil de la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ au changement de vie qu’elle entraîne, à la conversion qu’elle suscite. Cette conversion, à laquelle nous avons à nous préparer, se fait dans et par le don de l’Esprit-Saint ; mais la question centrale est de se situer par rapport à Jésus.

L’importance de la place que nous faisons à Jésus dans nos vies est dite par saint Pierre, qui introduit dans la deuxième lecture la figure du berger veillant sur son troupeau, et par saint Jean, qui rapporte deux paraboles de Jésus, ce qui est exceptionnel dans le quatrième évangile. La figure pacifique du berger n’est pas une version édulcorée du messie. Ses brebis le suivent parce qu’elles connaissent sa voix, mais cet appel à la vie prend toujours les chemins déconcertants de la Croix. Qui parmi nous ne vit pas la bataille contre le doute si il se trouve dans des moments déconcertants, douloureux, etc ? Nous sommes devant une image importante de la vie : le bercail n’est pas un lieu de sûreté, mais un lieu où il faut se défendre des bandits. Oui, ma vie chrétienne est un combat. « C’est bien à cela que vous avez été appelés, confirme saint Pierre, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces ». Ainsi, le Bon Berger fait mieux que veiller sur nous, il fait que nous ne sommes jamais seuls dans la souffrance et que nos souffrances ont désormais un sens et une issue heureuse : « c’est par ses blessures que vous avez été guéris ».

C’est dans ce contexte que nous pouvons aborder la figure du messie comme berger.

La première constatation est que le titre de « Bon Berger » est ici abusif. Jésus se présente comme « la Porte des brebis ». Cette porte est d’abord celle qui permet de distinguer les voleurs et les bandits du berger des brebis. Les voleurs ne passent pas par la Porte. Ceux des hommes qui œuvrent dans l’ombre et escaladent par un autre endroit. Ensuite, dans la deuxième parabole, la porte des brebis est ouverte pour laisser les brebis sortir librement. Le berger a disparu, ceux qui appellent sont les voleurs – mais les brebis ne les écoutent pas – et les brebis passent par la porte pour accéder aux verts pâturages que nous raconte le psaume 23, c’est-à-dire au salut : Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer où il me conduit.

Les deux paraboles se complètent pour peindre la centralité de Jésus, mais elles ouvrent sur deux attitudes du troupeau. Dans le premier mouvement, le troupeau suit le berger unanimement, répondant à son appel ; dans le deuxième, les brebis se décident en toute liberté à passer la porte qui mène aux pâturages. L’un ne va donc pas sans l’autre. L’appel de Dieu est impératif, rien ne s’oppose à lui, mais notre liberté doit s’exprimer pleinement.

 Finalement le rôle du Seigneur est d’ouvrir une brèche. Il est la Porte de la prison de notre péché. Dans sa conclusion, Jésus ne parle en effet plus de brebis mais de personnes : « si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ». Ces paroles nous permettent de mieux peser l’unité des textes de ce dimanche dit « du Bon Pasteur ». La fête de la Résurrection est la fête de la Pâque, celle du grand passage à la suite de notre berger. La résurrection de Jésus a ouvert la porte du royaume, le passage libérateur vers le Père. Mais le suivre nécessite que notre comportement change, à l’image des auditeurs de saint Pierre dans la première lecture. Pour faire pleinement notre Pâques, il nous faut accueillir l’Esprit qui bouleverse nos vies et nous donne la liberté de passer de l’autre côté de la Porte.

Tout est entre nos mains. Habitués à la pénombre de nos bercails, une brèche s’ouvre sur le monde illuminé par la Résurrection. Habitués au silence de la mort qui fait en nous son œuvre, la voix du bon berger retentit et nous appelle à la vie. A nous de choisir librement de suivre celui qui se met au service de notre liberté. Désirons-nous habiter la maison du Père « pour la durée de nos jours », comme nous le chantons dans le psaume 23 ? Ou rester, « errants comme des brebis » à la merci des voleurs ? 

Ce choix que nous avons à faire est réel mais il n’est pas option. L’invitation de Jésus concerne tout homme, même les voleurs. Jésus est le chemin, même pour ceux qui s’opposent à lui. En ces temps où l’on tente de réduire la foi à une orientation privée et relative, la question de ce jour est franche : sommes-nous convaincus qu’il n’y a pas d’autre guide que Jésus, pas d’autre passage possible que le Christ ? Il n’y a qu’une vérité, c’est lui-même. Toutes les autres n’existent et n’ont de valeur que dans la mesure où elles y conduisent, dans la mesure où elles viennent de lui. Cette vérité suscite l’adhésion et implique un changement de vie.

En ce jour où l’Eglise nous demande de prier pour les vocations, implorons pour nos jeunes la grâce de l’écoute de la Parole du Bon Berger, spécialement en notre temps où nombreuses sont les voix qui appellent.

Seigneur, donne-nous de faire avec toi le grand passage, car tu es notre Pâque, tu es le chemin qui mène vers le Père, le chemin de la vie. Donne-nous de ne rien préférer à la grâce que tu nous fais. Tu prépares pour nous une table à la face de nos ennemis, tu répands sur nous le parfum et notre coupe est débordante. Grâce et bonheur nous accompagnent tous les jours de notre vie. Dans la joie et la reconnaissance nous passons la Porte des brebis pour la maison du Seigneur tous les jours de notre vie. Ainsi soit-il.

Rencontrons le ressuscité et disons-lui: « Mane nobiscum, Domine ».

La liturgie de ce troisième dimanche de Pâques nous invite à nous mettre en route, à la suite du Christ ressuscité, et à la lumière de son Esprit. La vie s’était arrêtée, pour les disciples, au pied de la croix. Ces disciples parlent de quelqu’un comme dans un passé qui est passé : « Cet homme était… ils l’ont livré…voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé… » L’espérance est aussi morte: « …nous espérions… mais voici déjà… » : il n’y a plus rien à espérer, la mort a définitivement englouti sa victime. Ils fuient la Cité sainte par peur des responsables religieux, et s’apprêtent à reprendre « la vie sans but qu’ils menaient à la suite de leurs pères », comme nous le lisons dans la 2ème lecture. 
Les Apôtres à vrai dire n’en menaient pas plus large. Même lorsqu’ils auront enfin compris que Jésus est vivant, ressuscité, ils demeureront encore 50 jours à l’écart, évitant de se faire remarquer, enfermés eux aussi dans la peur. Ce n’est qu’au matin de Pentecôte, après avoir été « baptisés dans l’Esprit Saint » (Ac 1, 5) et avoir reçu la « force » d’en haut (Ac 1, 8) promise par le Christ, qu’ils pourront enfin s’arracher à leur inertie et témoigner ouvertement de la Résurrection du Seigneur Jésus. 
C’est en effet l’Esprit qui entraîne les Apôtres dans le sillage de leur Maître. Celui-ci leur avait « montré le chemin de la vie » (1ère lecture); l’Esprit le leur fait emprunter à sa suite. Les apôtres ne se mettent pas seulement à proclamer la victoire de la vie sur la mort, ni à enseigner une morale abstraite à suivre, parce qu’en cela ne consiste la mission de celui qui a rencontré Jésus. Il s’agit de se porter témoins, sans peur des risques (gushēta agatwé), se déclarer témoins d’un homme connu des Juifs pour avoir fait parler de lui… et affirmer qu’il est ressuscité et qu’on ne peut pas ne pas le dire.

Quant au Christ, après avoir traversé la mort qui ne pouvait le retenir en son pouvoir, il poursuit sa course victorieuse : « Elevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu » (Ibid.) comme il l’avait annoncé. 
C’est lui, l’Esprit de vérité (Jn 14, 17), qui permet aux disciples de comprendre à la lumière des Ecritures, qu’il « fallait que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ». 
C’est lui le «Défenseur » (Jn 14, 16) qui leur donne de « croire en Dieu, qui a ressuscité Jésus d’entre les morts et lui a donné la gloire » (2nd lecture). 
C’est lui qui leur « ouvre les yeux » et leur permet de regarder le Seigneur qui demeure à leurs côtés sans relâche afin qu’ils ne tombent pas » (cf. 1ère lecture). 
C’est lui le Consolateur qui embrase leur cœur à l’écoute de la Parole, les remplit d’une sainte allégresse et leur donne de proclamer : « C’est vrai ! Le Seigneur est ressuscité ».
 Il s’agit d’un événement qui fait jaillir la joie et que nous partageons à ceux qui s’en vont tristes sur leur chemin.

Si nous nous « arrêtons, tout tristes » au bord du chemin, n’est-ce pas le signe que nous ne sommes plus sous l’onction de l’Esprit, dont la mission consiste précisément à éclairer notre route et à nous communiquer la force d’y progresser dans la joie et la confiance ? 
A travers chacun de nos actes, chacune de nos décisions, nous sommes appelés à donner du sens à notre vie. Pour un croyant cela signifie : confirmer le sens chrétien que nous donnons à notre existence à partir de l’accueil de la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Notre-Seigneur.
Mais si nous perdons de vue ce mystère de grâce qui devrait éclairer toute notre vie, quel sens lui donnerons-nous ?

Lorsque Jésus demande aux disciples d’Emmaüs de lui expliciter les événements auxquels ils font allusion, il ne fait pas semblant d’ignorer ce qui s’est passé : sa lecture et son interprétation des faits sont tout simplement totalement différentes. Les disciples ne parlent pas de la Passion telle que Jésus l’a vécue ; ou du moins, ils en font une lecture erronée, parce qu’ils n’ont pas la clé d’interprétation qui leur permettrait de comprendre les enjeux de ce qui s’est passé. Ils se sont « arrêtés, tout tristes », ne percevant pas qu’à travers la mort de leur Maître, les Écritures trouvaient enfin leur accomplissement : la vie se frayait un chemin victorieux qui déboucherait bientôt sur le triomphe du matin de Pâque.

Il faut noter une chose : le Seigneur nous rejoint partout où nous sommes, surtout dans la désolation. Emmaüs dont il est question n’est pas géographiquement localisable. Il se situerait à un rayon de 2 heures de marche à partir de Jérusalem. Mais c’est où exactement ? En plus, l’autre disciple qui était avec Cléophas n’est pas nommé. Et l’Ecriture Sainte nous laisse ainsi la place pour nous y reconnaitre: nous sommes le deuxième disciple. Qui ne s’est jamais senti dépassé par les évènements? Autrement dit, qui n’a jamais pris le chemin d’Emmaüs? Il s’agit d’Emmaüs chaque fois que nous sommes débordés par les événements, que tous nos espoirs s’effondrent…

La seconde chose qu’il faut noter : Jésus laisse ses amis vider leur sac. Lui qui connaît tout, qui a tout vécu, il écoute attentivement la lecture que lui font ses amis découragés. Combien de fois nous-mettons-nous à préparer une réponse à celui qui nous parle, avant de l’avoir écouté ? «En fait, ce que tu veux me dire, c’est… », disons-nous sans vouloir écouter ! Une récente étude américaine dit que un grand nombre des médecins interrompent les malades qui parlent dans les 30 premières secondes! Qu’en est-il de moi ? Seigneur, donne-moi un peu plus de patience !!

C’est alors après que Jésus offre une lecture des évènements à la lumière de la Parole de Dieu. Oui, la Parole de Dieu fait un tout unique. Le premier Testament illumine l’Evangile et aide notre raison à trouver le sens profond de notre cheminement. Les disciples qui avaient pourtant reconnu en Jésus un prophète, (donc leur foi n’était pas au point zéro !) cherchaient de comprendre ce qui s’était passé. Ils étaient débordés. Ils ne sont pas sur la route d’Emmaüs, ils sont plutôt en DEROUTE parce qu’ils s’éloignent de la ville sainte.

Il en est ainsi pour chacun d’entre nous : si nous lisons les événements de notre vie et de ce monde à la seule lumière de notre discernement naturel, nous avons toutes les raisons de désespérer et de nous éloigner tous tristes. Si nous voulons échapper à l’absurdité et à la morosité d’une vie sans but, il nous faut éclairer notre route par la Parole de vérité, et accueillir l’Esprit de sainteté pour pouvoir avancer dans la paix et la confiance, les yeux fixés sur celui qui est définitivement « glorifié à la droite du Père » (Col 3, 1).

Alors tout se résout quand ils décident de s’ouvrir : au-delà de la catéchèse que leur donne Jésus, il y a un autre pas : le désir de rencontre une personne, la disponibilité et l’hospitalité : « Mane nobiscum, Domine= Reste avec nous, Seigneur ». Les cours spéciaux de doctrines, bien qu’importantes, ne suffisent pas, ne donnent pas la foi. En effet, la foi chrétienne est une relation vécue, une RENCONTRE avec une personne : JESUS, qui nous accompagne, qui vient chez nous et des fois nous ne nous en rendons pas compte. Les disciples s’en rendront compte après. Et s’ils n’avaient pas invités cet inconnu… ? Quelle est mon attitude face à des inconnus ? (Fausse)Prudence ? réserve ?….

« Seigneur Jésus, pour beaucoup d’hommes et de femmes de mon temps, tu n’es qu’un inconnu. Parmi ceux qui portent ton nom ; nous sommes nombreux parmi ceux qui pour qui tu demeures un étranger. Ouvre nos Esprits et nos cœurs. Reste avec nous et prends place à notre table, rassemble-nous pour la fraction du pain en mémoire de Toi. Nous pourrons alors, nous aussi, nous lever et reprendre joyeusement notre route, vivant pendant notre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu, et annonçant à nos frères le salut par ton Sang précieux, toi l’Agneau sans défaut et sans tache».