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Saint Joseph ouvre nos yeux sur les signes de la présence du Sauveur et de son action dans nos vies.
Saint Joseph
La liturgie de ce jour couvre Saint Joseph, fils de David, de la gloire d’Abraham, notre père dans la foi. Que nous sommes loin des images désuètes d’un vieillard méditatif penché sur un enfant devant lequel le brave homme semble se demander en quoi cet événement le concerne ! C’est d’un prince de sang royal dont il est question ; prince d’un peuple élu, mis à part dès la fondation du monde, pour accueillir en son sein le Sauveur, celui qui doit réconcilier les hommes avec Dieu au-delà de la fracture du péché.
Lorsque le Très-Haut appelle Abraham et l’invite à quitter « son pays, sa parenté, la maison de son père », pour se mettre en route vers « le pays qu’il lui indiquera » (Gn 12, 1) comme nous l’avons médité dimanche passé, Dieu voit déjà l’avènement de son Fils, l’incarnation de son Verbe dans le sein de la Vierge confiée à la vigilance de Saint Joseph. Oui dès les origines, et à chaque étape de la réalisation concrète du dessein de salut, le nom de Joseph est implicitement présent, car il est inséparable de l’avènement du Sauveur. Bien plus : Dieu n’a établi la royauté temporelle de David et ne s’est engagé par serment envers lui, qu’en vue de la venue de ce Roi éternel qui devait naître de sa descendance. Joseph est donc bien plus grand que David, qui ne vit pas de ses yeux le Fils de la promesse. Joseph est le dernier Roi de la lignée davidique, qui va permettre, par son renoncement et son obéissance, l’avènement de celui dont Dieu avait annoncé : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils ». En Joseph, la royauté terrestre s’efface devant le Roi de gloire dont elle avait pour mission de préparer la venue ; la généalogie charnelle est prise en relais par un engendrement céleste ; bien avant la venue des mages, Joseph, roi d’Israël, dépose sa couronne au pied du Roi des rois, dont l’astre ne déclinera pas. Mais tout cela bien sûr, le grand Patriarche le vit dans la foi, et c’est cette foi qui lui fut « comptée comme justice » (Gn 15, 6). C’est ainsi, par la foi, qu’il est devenu le premier héritier. « C’est un don gratuit, commente saint Paul ; et la promesse demeure valable pour tous ceux qui sont ses descendants parce qu’ils partagent la foi de Joseph, notre père à tous ». Si en effet l’apôtre peut nommer Abraham « notre père dans la foi », à bien plus forte raison pouvons-nous attribuer ce titre à Joseph pour qui s’accomplit la promesse faite au premier Patriarche.
Souvent, comme saint Joseph, nous sommes confrontés à des situations compliquées où les solutions ne sont pas évidentes. Il y a toujours un voile de mystère qui gêne notre vision. Que faire ? Que se passera-t-il si je prends telle ou telle décision ? Nous sentons le poids de nos limites. Joseph aimait Marie profondément, mais d’autre part il savait qu’il devait à Dieu la première place dans sa vie. Si Marie était enceinte par une infidélité, il ne pouvait pas la recevoir comme son épouse. La loi de Moise prescrivait même la lapidation de la femme dans un tel cas. Joseph ne laisse pas entrer la colère ou la haine dans son cœur et il choisit de répudier Marie en secret. Humainement c’était la solution la plus juste et raisonnable, sauf qu’il n’avait pas encore réussi à percer le voile du mystère, le mystère de l’Enfant conçu par l’Esprit Saint. Seul Dieu peut retirer le voile pour nous aider à découvrir et accepter son plan pour nous.
Combien de fois aurions-nous aimé avoir la visite d’un ange, pour nous dévoiler la volonté de Dieu dans notre vie. Nous avons peut-être tendance à penser que Joseph l’avait quand même facile ! Mais rappelons-nous que la visite a eu lieu durant un songe. Joseph aurait pu l’interpréter comme un rêve quelconque. Ce que l’ange lui demandait n’était pas non plus facile. Sûrement, les mauvaises langues susurraient par rapport à l’état dans lequel se trouvait Marie. Joseph, devenu profondément croyant dans l’annonce de l’ange, se sentait-il à la hauteur du défi d’être le père et le gardien du Messie ? Il ne savait pas ce qui l’attendait non plus. Pensons, entre autres, au voyage imprévu à Bethléem pour le recensement. Il y aura aussi la fuite en Egypte et la précarité qu’implique une émigration. Joseph a choisi de mettre sa foi et sa confiance dans le Seigneur, coûte que coûte. Il mérite bien d’être comparé à Abraham, notre père dans la foi, dont, comme le dit bien saint Paul, « En raison de sa foi, Dieu estima qu’il était juste ».
Oui, Saint Joseph « est notre père devant Dieu en qui il a cru ». Notre père dans la foi, Joseph nous aide à garder vivante la mémoire de la promesse et de son accomplissement en son Fils Jésus Christ ; notre père dans l’espérance, Joseph ouvre nos yeux sur les signes de la présence du Sauveur et de son action dans nos vies, afin que nous « espérions contre toute espérance ». « Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 29) : le Seigneur « l’a juré à Joseph son serviteur : sans fin je te garderai mon amour » (Ps 88[89]). La mission qui lui fut confiée subsiste à jamais. A Joseph est revenue la tâche d’éveiller la conscience humaine du Fils de Dieu. Mais loin de s’asservir ce psychisme encore fragile et vulnérable en exerçant sur lui un pouvoir paternel écrasant, il l’a tourné sans plus attendre vers celui « dont procède toute paternité, au ciel et sur la terre », il s’est effacé devant le véritable Père de cet enfant qui lui était confié, si bien que celui-ci, le plus naturellement du monde, a invoqué le Père des cieux par le même vocable dont il appelait son père de la terre. Non ! La parole de l’adolescent : « C’est chez mon Père que je dois être » n’est pas humiliante pour Joseph ; elle n’est pas de la part de Jésus un rejet arrogant d’une paternité humaine dont il n’aurait que faire ; cette Parole est tout au contraire le plus bel éloge que Notre-Seigneur ait fait à Saint Joseph. Elle est le sceau qui confirme le parfait accomplissement de son ministère et la révélation de ce que devrait être toute paternité charnelle : un passage, une mise en route, un accompagnement vers la découverte d’une autre paternité, spirituelle, transcendante, divine, source et fin de toute notre existence et sens de notre vie. Nul doute que Saint Joseph continue à exercer ce ministère en faveur de ceux qui le lui demandent. Pour en bénéficier, il suffit de « descendre avec lui pour rentrer avec Jésus et Marie à Nazareth, et lui être soumis ».
Seigneur Jésus, conduis-moi sur le chemin de ta volonté dans ma vie. Aide-moi à percer le voile de mes calculs humains, pour voir plus clairement ce que tu veux de moi. Comme Joseph, je veux te faire confiance. Je veux te servir. Je veux te donner la première place dans ma vie. Aide-moi à comprendre la valeur de ma foi pour l’Église, pour mon prochain, pour la continuité de ton plan de salut, et à persévérer dans ma foi jusqu’à la fin de mes jours. Je prie pour tous ceux qui ne t’ont pas encore rencontré. Je prie pour ceux qui passent par des moments de crise dans leur vie de foi. Je prie pour ceux qui ont abandonné leur foi. Seigneur, viens les transformer en pierres vivantes de ton Église.
Relevez-vous. N’ayez pas peur. Confiants en Jésus. Allez de l’avant.
Chers amis
Nous sommes arrivés au 2ème dimanche dans notre parcours vers Pâques. Le dimanche passé, nous avons médité sur les tentations de la vie du disciple, tentations qui se présentent comme épreuve de la foi, de l’espérance et de l’amour. Nous n’avons pas à perdre cœur. Pour cela, Jésus veut confirmer ses disciples, en leur partageant comme un avant-goût de ce qui se trouve à la fin du parcours. Ils sont confirmés, c’est vrai, mais la fatigue du chemin, la soif, le doute pourrait encore alourdir leur conscience. Le troisième dimanche servira à répondre à cela : Dieu nous désaltère et assouvit notre « soif » comme le cas de la Samaritaine. Il faut marcher, fixer notre regard sur Jésus, évidemment si nous y voyons clair. Il est, par chance, celui qui nous libère de notre aveuglement du cœur pour que nous puissions le suivre (4ème dimanche) pour comprendre le miracle de la résurrection de Lazare (5ème dimanche), signe et gage de notre résurrection. On pourra alors célébrer la semaine sainte avec fruit, et entrer avec Jésus à Jérusalem en chantant « Hosanna ». On ne va pas donc vers le vide. La première lecture de ce dimanche nous met déjà devant un cheminement, quand bien même nous n’en connaissons pas bien l’issu. Il faut se lever, sinon se réveiller, et partir, confiants en Dieu qui ne déçoit jamais.
Nombreux sont nos contemporains qui partagent le sort d’Abraham, appelé par Dieu à quitter son pays. Cet exode, souvent forcé peut-il être, comme pour le père des croyants, le point de départ d’une nouvelle histoire, voire une bénédiction ? Oui, à condition que les expatriés ne perdent pas leurs repères essentiels. Aux premiers disciples de Jésus, l’épisode de la Transfiguration apparut comme le repère par excellence d’une merveilleuse aventure : la découverte progressive du mystère divin habitant cet homme, Jésus, leur compagnon de maître. Les disciples se seraient volontiers installés au sommet de la montagne. Mais il leur fallut partir, comme Abraham, en s’en remettant à la parole entendue.
Faisons un rapide tour d’horizon. L’évangile d’aujourd’hui est excessif. Voici Jésus, notre Jésus de tous les jours, ruisselant de lumière. Voici Pierre, impulsif et spontané, prétendant monter une tente pour des prophètes morts plusieurs siècles auparavant. Voici ces prophètes des temps jadis devisant paisiblement avec Jésus qui se conduit comme si ces personnages faisaient partie de son quotidien. Voici enfin une nuée et une voix venant du ciel qui parle comme au jour du baptême de Jésus. Nous sommes donc à un commencement.
La transfiguration dévoile le corps invisible du ressuscité. Jésus est le nouveau Josué, le successeur de Moïse qu’annonce le Deutéronome. En rendant visible sa gloire pour quelques moments au sommet de la montagne, Jésus nous ouvre au monde invisible, mais réel, où nous vivons tous. Montrer que Moïse et Elie y habitent, confirme la promesse qui reposait sur eux et se réalise en Jésus. En confirmant l’annonce faite dans le Premier Testament, Jésus annonce la réalisation de la Nouvelle Alliance.
En ce jour où la liturgie convoque Abraham, saint Pierre et saint Paul, Moïse et Elie, en ce jour où Jésus nous donne de saisir dans son unité l’ensemble de l’histoire sainte, ne sommes-nous pas invités à nous remémorer les figures de notre passé, les moments de notre histoire sainte qui se conjuguent désormais et pour toujours au présent, comme Jésus devisant avec Moïse et Elie. Lus à la lumière de cet évangile, avec leur grandeur, mais sans éluder leurs limites ni leurs déficiences, ils nous conduisent à l’accomplissement de la promesse que Dieu nous fait personnellement en Jésus. Certes nous leur trouverons bien des limites et des tiédeurs, elles n’ont pas l’éclat de l’expérience faite par Pierre Jacques et Jean. Mais sans ces limites, le bonheur auquel Dieu nous appelle ne serait qu’une fuite, comme celle de Pierre qui veut rester sur la montagne et toujours jouir de la présence sensible de Dieu. Si nous acceptons cette promesse, avec la confiance d’Abraham qui accepta de se mettre en route, pour son bien, ces déficiences deviendront le lieu de la révélation de Dieu. En nous le Christ prendra corps, et son visage sera celui de la compassion.
Certes, nous avons à vaincre les peurs qui nous rendent sourds à la voix du Père, dont Jésus vient de nous montrer qu’elle ne cesse de résonner. Pour monter courageusement vers notre Croix alors que la nuée se dissipe déjà et que les saints qui nous accompagnent redeviennent invisibles, il ne nous reste que Jésus, seul. Jésus qui nous parle et qui nous touche. Jésus qui nous encourage : « « Relevez-vous », ressuscitez, accueillez la gloire que le Père vous réserve, accueillez la Vie qu’il vous donne en partage ». Nous avons ainsi nos Thabor, nos rencontres intenses et toujours vivantes avec Dieu, moments de grâce sur lesquels nous appuyer pour poursuivre notre marche vers Pâque. Le carême est une route austère, mais elle une route joyeuse car Jésus marche à nos côtés. Sachons en rendre grâce, pour nous relever, et marcher, libres et confiants, dans les pas de Notre Seigneur.
« Seigneur notre Dieu, tu as fait resplendir ta gloire sur le visage transfiguré de Jésus, ton Fils. Apprends-nous à reconnaître ta présence parmi nous, tantôt éclatante comme le Soleil, tantôt cachée au cœur de ta création. Ouvre nos oreilles et nos esprits à la parole que tu adressas jadis à Abraham et que tu fis retentir sur la montagne sainte. Fais que les évènements, de notre temps, souvent tragiques, n’ébranlent pas notre foi en Toi afin que nous soyons ta lumière dans le monde. Ainsi soit-il. »
Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu.
Chers amis,
Au seuil du carême, voici la triple tentation de Jésus telle que la rapporte Matthieu. Ce récit annonce un affrontement décisif entre le règne de Dieu et celui de Satan. L’issue victorieuse est promise à ceux qui, à l’exemple de Jésus, refusent de trahir leur vocation reçue de Dieu, au profit des prestiges fallacieux de la richesse, du merveilleux ou de la puissance. C’est là le ressort de toute tentation, comme le rappelle la Genèse en évoquant le péché d’Adam et d’Eve. Pout avoir voulu outrepasser leur condition de créatures, l’homme et la femme découvrent leur indigence et leur vulnérabilité, au lieu du savoir et du pouvoir convoités. L’évangile de la tentation, en montrant que Jésus a résisté au mirage d’un messianisme surhumain, place chacun devant ce choix crucial : pour ou contre la Parole de Dieu.
N’ayons pas peur de l’épreuve.
N’ayons pas peur, nous sommes avertis. Matthieu et les autres évangélistes soulignent que Jésus fut conduit au désert par l’Esprit, après le baptême. Elle fait donc partie du projet de Dieu sur son Fils. Il s’ensuit donc que notre baptême, nos vœux,… ne nous mettent pas à l’abri !!!. Dans la Bible, la « tentation » signifie « la mise à l’épreuve » = kugeragezwa en Kirundi et ça tombe bien comme sens. En ce sens, la tentation pourrait être quelque chose de positif. Ne faut-il pas qu’un amour ait été éprouvé pour savoir s’il est vraiment solide et vrai, et, s’il ne cède même pas aux chutes ? Jésus fait le même parcours que son peuple, au désert, pendant l’exode : « Le Seigneur Dieu t’a fait parcourir depuis 40 ans le désert afin de te mettre dans la pauvreté ; il t’éprouvait pour connaître ce qu’il y avait dans ton cœur, et savoir si tu allais, oui u non, observer ses commandements » (Dt 8,2). Courage donc.
La grâce obtenue en Jésus pèse plus lourd que le péché.
C’est ainsi que ce premier dimanche de Carême nous place devant le drame qui affecte toute notre existence : le péché, acte de rupture de l’homme vis-à-vis d’un Dieu aimant et bon.
Le récit de la Genèse qui nous est rapporté dans la première lecture nous remet devant les yeux le premier refus de l’homme par rapport à Dieu. Au cœur de la relation entre Dieu et l’homme, vient s’immiscer le fameux « serpent », le diable, le Satan, comme il sera désigné ailleurs. Accusant Dieu d’hypocrisie et de volonté de puissance qui voudrait étouffer en Adam le désir de communier à la vie divine, il propose à celui-ci de réaliser ce désir mais sans Dieu. Il lui propose de devenir Dieu par ses propres forces, sans l’aide de la grâce divine, en étant à lui-même sa propre loi. Pur mensonge qui ne pourra en fait qu’entraîner l’homme sur un chemin de mort puisqu’avant même de s’y engager il se sera coupé de la source de la Vie.
Quand nous prétendons nous suffire à nous-mêmes, quand nous voulons nous donner à nous mêmes notre ligne de conduite, c’est alors que nous faisons l’amère expérience de notre fragilité. Bref, nos yeux s’ouvrent sur notre nudité, nous qui pensions vêtus de force et d’invulnérabilité. Cette expérience de la faute peut ouvrir nos yeux, comme elle peut causer désespoir quant à la sortie de l’impasse. Seul l’amour ouvre les yeux sans conduire au désespoir car il montre qu’une vie nouvelle est possible. C’est pourquoi nous allons nous confesser, non par peur du châtiment, mais parce que nous nous savons aimés par Dieu qui nous précède. Dans cette optique, la 2ème lecture nous rassure parce que la vie nouvelle en Jésus pèse plus lourd que le péché du monde et la mort qui en est le salaire. Comment lors désespérer de moi, des autres, du monde ?
« Puisqu’il est avec nous dans nos jours de faiblesses, n’espérons pas tenir debout sans l’appeler, tendons la main, crions vers lui notre détresse, reconnaissons sur le chemin, celui qui brûle nos péchés ». (Hymne des Laudes, 1er et 3ème Vendredi, Temps Ordinaire). Qu’il est beau de le chanter, d’y croire, de le vivre.
Dans l’évangile, nous retrouvons le tentateur dans le désert mais cette fois auprès de Jésus. Ce dernier vient d’être baptisé et le Père l’a confirmé dans sa filiation divine : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour». Par trois fois, Satan va essayer de reproduire la tactique mensongère qui avait si bien fonctionné avec Adam et Eve (Cf. la 1ère lecture). A trois reprises, il porte son attaque sur la relation de Jésus à son Père.
Tentation contre l’espérance.
On demande à Dieu de supprimer tout ce qui ous fait souffrir, comme la faim pris en exemple. Tout d’abord, il propose à Jésus de subvenir à ses propres besoins, le poussant implicitement à se soustraire à sa dépendance confiante envers son Père : «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.» Mais Jésus répond : «Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» Jésus traverse victorieusement l’épreuve. Il confesse que la vie véritable se trouve en Dieu et ne tombe pas dans la défiance vis à vis de la Promesse de son Père. Il garde confiance en lui et en son action providentielle car il sait que son Père est fidèle. Au désert, le peuple d’Israël avait succombé à cette tentation en s’appropriant la manne et en la thésaurisant de peur d’en manquer. Pourtant Dieu avait bien demandé de n’en ramasser que le nécessaire pour chaque jour. Mais si Dieu reprenait ses dons ? S’il ne tenait pas parole ? Un tien mieux que deux tu l’auras. Combien de fois ne nous sommes-nous pas laissés induire dans cette tentation de la défiance par rapport à notre Père ! Jésus nous redit dans cet évangile que le Père est fidèle à sa Promesse et que ses dons sont sans repentance.
L’épreuve de la foi.
Israël a toujours demandé des miracles dans le désert. On voudrait alors que Dieu soit plus évident. Satan veut pousser Jésus à obliger le Père à intervenir en sa faveur, ce qui implicitement manifesterait une mise en doute par Jésus de la vérité de la relation qui l’unit à son Père. Jésus ne péchera pas. Il ne mettra pas Dieu en demeure d’opérer un miracle en sa faveur. Jésus nous ramène ici à l’humilité devant Dieu. Je n’ai rien à exiger de lui. Non pas parce qu’il ferait tout ce qu’il veut sans tenir compte de ma personne mais parce qu’il fait tout ce qu’il veut, certes cela est bien vrai, mais en me donnant tout : «Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?» Là encore, séquelle du péché originel que de croire que Dieu se garderait pour lui seul quelque chose dont il me priverait. Or Dieu dit à Adam : « Tu peux manger de tous les arbres du Jardin ». Mensonge donc que les paroles du serpent qui dit à Eve « alors Dieu a dit que vous ne pouviez pas manger de tous les arbres du Jardin ». Dieu n’est pas un rival jaloux. Dès le commencement, il nous a tout donné. C’est le serpent qui depuis les origines ne cesse de nous murmurer l’inverse.
L’épreuve l’amour.
Alors, n’y tenant plus, le démon découvre ses véritables motivations, conduire à l’adorer servilement en détournant de la véritable adoration qui revient à Dieu seul en tant qu’il est la source de tout bien, expression la plus haute de la filiation par rapport à Dieu. C’est l’épreuve de l’amour. Israël y a succombé en abandonnant l’Alliance pour se tourner vers les idoles. Nous nous trouvons ici devant la tentation suprême du péché contre Dieu, du reniement de Dieu pour suivre des faux dieux qui pourraient procurer la puissance. C’est devant ces forces ambiguës que le Messie devrait se prosterner pour s’emparer d’un pouvoir alors que tout lui a été remis par le Père !
Derrière le summum de cette dernière tentation, se profile déjà la montagne du rendez-vous pascal et l’universel pouvoir du Christ. Sur cette montagne, Jésus se révèlera pleinement Fils en s’abandonnant dans une confiance absolue entre les mains du Père. Et le Père pourra alors manifester pleinement sa paternité en le ressuscitant. Cette victoire de la vie sur la mort et sur le péché par l’abandon confiant du nouvel Adam entre les mains du Père est ici anticipée par Jésus. Le 1er Adam s’était élevé en oubliant que sa dignité de créature «à l’image» de Dieu signifiait non pas égalité ou identité mais relation à Dieu, ce qui le conduisit à sa perte. Au contraire, le Christ Jésus, second Adam, ne prenant pas prétexte de sa conformité avec Dieu, s’est abaissé et il a été exalté nous restaurant dans notre relation de fils avec notre Père du ciel (Cf. Ph 2, 6-11).
La liturgie de ce premier dimanche de carême nous remet donc devant la racine de tout péché : la volonté d’autonomie qui est refus de cette dépendance filiale selon laquelle nous avons été créés et qui seule est capable de nous combler puisqu’elle nous garde orientés vers celui qui est la source de tout bien. Nous sommes invités à faire le point sur nos comportements, sur les finalités que nous nous fixons au quotidien dans tel ou tel projet et les moyens que nous choisissons pour les rejoindre. La question fondamentale à nous poser pourrait être celle-ci : quelle est la place de Dieu dans tout cela ? La tentation se reconnaît à ce qu’elle nous conduit toujours à mettre en doute la bonté, la providence, la miséricorde de Dieu à notre égard et nous amène nécessairement à mettre en question notre relation de dépendance filiale vis-à-vis de lui. Les chemins pour y arriver peuvent être divers. La peur et la défiance vis-à-vis de notre Père céleste sont ceux sur lesquels le tentateur nous conduit le plus souvent.
«Père tout-puissant, puissions-nous durant ce temps de carême progresser dans la connaissance de ton Fils en qui nous découvrons ton vrai visage. Nous pourrons alors nous détourner de toutes ses idoles devant qui nous nous prosternons intérieurement et nous ouvrir à la lumière de ta résurrection qui seule est capable de nous transformer et nous permettre de communier à ta vie divine».







