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L’Esprit de Dieu nous rend libres dans nos choix, nous rend frères.

Dans la première lecture, «La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix». Ce verset tiré de la première lecture de la liturgie de ce dimanche, pourrait être une illustration des deux Arbres du livre de la Genèse : l’Arbre de la vie et l’Arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 9). Nous ne sommes pas « déterminés » au mal ; le péché n’est pas une fatalité ; mais nous sommes invités à discerner le bien à la lumière de l’Esprit, et à l’accomplir dans la force qu’il nous donne : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle ». Telle est la Bonne Nouvelle annoncée par le Sage, et réalisée en Jésus, mort au péché, et ressuscité dans la puissance de l’Esprit de liberté et de vie. Car la vraie liberté consiste à pouvoir discerner et choisir ce qui promeut la vie que le Père nous donne et dont il veut nous combler.
La Révélation nous enseigne qu’après la rupture du péché, qui avait conduit au triomphe de la mort, cette liberté nous est à nouveau donnée dans la participation à la vie filiale de Jésus (cf. 2 P 1, 4). Tel est le projet de Dieu sur nous, « sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse», avons-nous entendu dans la 2ème lecture. 
Dès lors, si la vérité de notre condition humaine consiste à vivre uni au Christ, l’union à Jésus par la foi est l’unique chemin qui nous conduit à l’Arbre de vie, qui nous restaure dans une relation filiale avec Dieu, et nous ouvre à la fraternité universelle. On comprend dès lors que loin de vouloir « abolir » les commandements qui balisent notre marche sur le chemin de la liberté et de la vie, Notre-Seigneur est tout au contraire venu « accomplir la Loi et les Prophètes », afin de mettre en pleine lumière la voie qui conduit à Dieu son Père et notre Père, en passant par l’obéissance à sa Parole.
Cette suprême sagesse, nous dit Saint Paul, est cependant aux antipodes de « la sagesse de ceux qui dominent le monde», ce terme désignant précisément la part de l’humanité qui refuse l’illumination du Verbe.

Certes la justice humaine, qui s’efforce par tous les moyens de défendre les « droits » des individus, est une valeur précieuse ; pourtant elle est insuffisante aux yeux de Jésus : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ». Notre-Seigneur n’a nullement l’intention de rajouter d’autres commandements – on n’atteint pas l’amour en multipliant les préceptes – mais il annonce la nécessité d’un saut qualitatif, qui ne peut se réaliser que dans l’Esprit qu’il va répandre sur toute chair au matin de Pentecôte. 
Il est remarquable que les exemples cités par Jésus aient tous trait à la violence dans les relations, dont Notre Seigneur dévoile toute l’ampleur : 
- la colère menace la vie physique du frère ; 
- l’insulte le blesse profondément dans sa vie psychique ; 
- la malédiction l’exclut du champ religieux ; 
- la concupiscence du regard commet déjà intentionnellement l’adultère, qui fait violence à la relation d’alliance nuptiale ; 
- la répudiation est une violence faite au droit de l’épouse à la fidélité et à la stabilité familiale ;
- le serment prononcé à la légère, fait violence à la confiance. 

La stricte justice se contente de réguler tant bien que mal les formes extérieures de cette violence, mais sans pouvoir ni la déraciner, ni la remplacer par un ordre supérieur, celui de la charité. Seul l’Esprit peut nous donner d’accomplir cette conversion de la violence à la douceur, la patience, la compassion, la tendresse, bref : à l’amour.

Hélas trop souvent nous nous berçons d’illusion quant à la dureté du chemin : les comparaisons de Jésus nous font pressentir la radicalité des renoncements qu’implique une telle conversion : « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne ». L’image du chrétien mutilé mais sauvé nous montre quelle peut être l’ardeur de cette lutte et prévient toute association abusive entre la grâce et la facilité. La grâce de Dieu n’a pas pour objet de nous éviter les résolutions difficiles, les sacrifices, les amputations, mais de les rendre possibles. L’Esprit m’est donné pour pouvoir faire les choix radicaux, arracher de ma vie et jeter loin de moi ce qui m’empêche d’être libre de la liberté des fils, même si ce dont j’ai à me séparer et d’un grand prix à mes yeux. Que pourrions-nous mettre en balance avec la Perle rare, le Trésor unique de la Vie éternelle ?
Aussi l’oraison d’ouverture de la liturgie de ce jour ne demande-t-elle pas à Dieu de nous permettre d’observer scrupuleusement tous les commandements, mais « de vivre selon sa grâce », car « Dieu veut habiter les cœurs droits et sincères ».

En effet, la sagesse que « le cœur de l’homme n’avait pas imaginée, et qui avait été préparée pour ceux qui aiment Dieu » n’est autre que l’Esprit Saint, c’est-à-dire la Charité infuse, cette force surnaturelle qui nous permet de vaincre l’inertie du vieil homme, et de vivre dans la logique de l’amour, c’est-à-dire du primat du don. Les « adultes dans la foi », c’est-à-dire les croyants qui ont engagé résolument le combat avec la partie obscure d’eux-mêmes, et dont la foi est vivante par une charité qui se met en peine, ne sauraient être déçus dans leur espérance, car ils ont déjà part à leur héritage ; ils savent que « les yeux du Seigneur sont tournés vers ceux qui le craignent » pour leur faire grâce au temps voulu et leur « donner part à sa gloire».

La conversion radicale à laquelle nous invite Jésus, implique aussi de reconnaître qu’en Lui nous sommes tous frères, étant fils d’un même Père. Nous ne nous tenons donc jamais seuls devant l’autel : en chacun de nous, c’est le Corps tout entier qui présente son offrande à Dieu. Dès lors, comment notre Père des cieux pourrait-il se réjouir du don de ses enfants, s’ils sont divisés entre eux ? Voilà pourquoi « lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande ». Qui de nous est à la hauteur d’une telle exigence?
 Toutes les interpellations lancées par Jésus sont personnelles ; il n’est pas question de couper la main ou le pied de mon frère, ou de lui arracher l’œil : c’est de mon problème qu’il s’agit.

 Puissions-nous discerner dans ces Paroles déconcertantes un appel à oser nous engager résolument sur le chemin de la vraie liberté, celle de l’amour de charité ; et puissions-nous accueillir la force de l’Esprit pour arracher et jeter loin de nous ce qui menace notre participation à la vie divine, notre héritage.


Par le Christ, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme la lumière de midi.

Les paroles du Christ  que nous méditons aujourd’hui font suite à l’évangile des béatitudes. L’évangile de Matthieu ne dit pas : SOYEZ, mais VOUS ÊTES ! Sel et lumière, nous le sommes par notre baptême. Mais le sel peut s’affadir ; il arrive aussi que certains cachent la lumière sous le boisseau. Jésus demande à ses disciples de partager ce qu’ils ont reçu : l’espérance qui donne la saveur à la vie qui ne manque pas de contrariétés, et la lumière de la foi (comme titre la dernière encyclique LUMEN FIDEI du Pape François) si précieuse pour ceux qui traverse la nuit de l’épreuve et de l’impasse.

Cela a été la tentation du peuple juif qui, revenu de l’exil, a l’impression d’être dans un impasse et de ne pas pouvoir retrouver sa splendeur d’antan. Il avait la promesse que Dieu ne se détournerait plus de lui, mais il semble appeler en vain dans la nuit. Pourquoi ? Il me semble, chers amis, que cette situation ne soit pas différente de la nôtre. Combien de fois avons-nous affronté des situations d’impasse, en appelant au secours en vain ? Que nous manque-t-il ? Sans doute, il nous manque une certaine ouverture à l’autre, surtout celui qui a besoin de notre aide, de notre sourire, de notre parole de réconfort,… Comment voulons-nous que Dieu soit de notre côté quand Lui-même fait cause commune avec le pauvre, avec l’affligé ? Il ne peut qu’être COHERANT avec Lui-même, ou mieux, nous devons être cohérents avec notre mission en tant que membre du même peuple de Dieu, appelé au bonheur.Ce sont donc des paroles de vie qui nous ouvrent au bonheur de la possession de la vie éternelle. D’une certaine manière, elles sont une invitation à choisir la vie, à dire « oui » à la vie de Dieu. Comment ? En accueillant la vérité de ce que nous sommes.

Car, en effet, dans ces paroles de Jésus, c’est bien de notre identité de chrétiens dont il est question : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ». Remarquons que Jésus précise que nous ne sommes pas simplement « sel » et « lumière » mais « le » sel de « la terre » et « la » lumière « du monde ». 
« Du monde » : Ces paroles sont aussi celles d’un envoi en mission. N’oublions pas les pressentes invitations à la mission que ne cesse de nous répéter le Pape François : sortez, même si cela doit vous coûter, même si vous devriez affronter des accidents,…

Etre et agir chrétien se retrouvent ainsi liés, le second ne se révélant tel que dans la mesure où il découle du premier.
Par l’emploi des articles définis, ces paroles nous révèlent encore que cette mission de «saler» et d’«illuminer» le monde nous est propre et que personne ne l’accomplira à notre place. Elles nous invitent donc à être responsables de ce que nous sommes en tant que chrétiens.

Revenons sur l’image du sel. Le sel est utilisé pour conserver et maintenir saine la nourriture. Quelle est la nourriture des hommes si ce n’est la présence du Christ dans ses sacrements, sa Parole et dans l’action aimante et miséricordieuse de son Esprit ? C’est donc à nous qu’il revient de garder vive la conscience de la présence du Christ-Sauveur au milieu des hommes, particulièrement dans la célébration de l’Eucharistie, mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse et dans l’annonce de la puissance de salut qui réside dans son Evangile.
 Le sel est aussi ce qui relève le goût et la saveur des aliments. Ainsi, le chrétien est appelé à améliorer la « saveur » de l’histoire des hommes, des hommes qui mènent une vie aux allures insipides : grisailles quotidiennes, gestes répétés et stéréotypés du travailleur à la chaine, visages blafards sous les lumières artificielles au néon pour chercher de « cacher » la pâleur de nos visages,… La vie vraiment a-t-elle encore du goût ? et pourquoi parle-t-on de « qualité de vie » sans arrêt ? Peut-être qu’on l’a perdu !!!  Il faut aider le monde à retrouver le sens et la saveur de la vie. Cela, il le réalise tout particulièrement en vivant des trois vertus théologales qu’il a reçu le jour de son baptême. Ce qui nous vient de Dieu nous rend toujours plus homme, car toujours plus à son image et à sa ressemblance. Par la foi, l’espérance et la charité, nous sommes donc invités à illuminer et humaniser un monde qui vit dans la nuit de la défiance, du désespoir et de l’indifférence.

La première lecture nous fait le lien entre le sel et la lumière : « Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. »

Tenez. La vraie lumière ne vient pas des lampes, de l’électricité, du soleil,…, mas c’est quelque chose d’existentiel. A la création, souvenez vous que Dieu crée la lumière (Que la lumière soit : Gn 1,3) avant de créer les astres : e soleil, la lune et les étoiles (Gn 1,14-19). En effet, « Dieu est AMOUR, Dieu est LUMIERE, Dieu notre Père », chantons-nous. Le lien est ainsi fait entre le « sel » et la « lumière ». L’invitation que le Christ nous adresse à faire resplendir la « lumière » aux yeux de tous signifie que toute notre vie devrait être le reflet de la flamme de l’Esprit Saint dont nous avons reçu la marque au baptême et qui désormais habite en nos cœurs (cf. 2 Co 1, 22). 
Cette flamme, lorsqu’elle est vivante, se manifeste à travers les œuvres de charité comme nous l’avons déjà souligné, mais aussi à travers la proclamation de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle du salut offert à tous en Jésus-Christ mort et ressuscité. L’annonce et le témoignage de l’Évangile sont le premier service que les chrétiens doivent rendre à chaque personne et au genre humain tout entier.
Ce service de l’annonce de l’Evangile sera fécond, il sera vraiment « service de charité », s’il ne repose pas sur nos propres forces mais si « c’est l’Esprit et sa puissance » qui se manifestent à travers lui (cf. 2ème lecture).
Une flamme naturelle, aussi faible soit-elle, soulève toujours le lourd manteau de la nuit. Combien plus une flamme, nourrie de la grâce même de la vérité et de la charité divine, de « la puissance de Dieu », ne dissipera-t-elle pas les ténèbres du mensonge qui donne l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu et de la mort qui s’ensuit !

«Caritas Christi urget nos – l’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14). Tout au long de l’histoire de l’Église, des fidèles ont témoigné de cela en lançant des initiatives et des œuvres en tout genre pour annoncer l’Évangile au monde entier et dans tous les secteurs de la société. C’est là une invitation pérenne pour chaque génération chrétienne afin qu’elle mette en œuvre avec générosité le mandat du Christ.

«Seigneur Esprit-Saint, apprends-nous comment professer notre foi, faire don de notre amour et communiquer notre espérance. Fais de nous le peuple des Béatitudes pour que nous soyons le sel de cette terre et la lumière de ce monde qui a tant besoin de ta grâce qui sauve et introduit dans la vie éternelle.»


La Présentation :Dieu rencontre son peuple. La vie consacrée en est le signe.

« Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification… ils l’emmenèrent (l’enfant) à Jérusalem pour le présenter au Seigneur » (Lc2, 22). Dans ce passage de la Présentation de Jésus au Temple, se trouve, dans un sens, condensée, toute la vie de Jésus. Le Fils de Dieu s’est fait chair, dans le sein d’une femme, Marie, et il sera élevé par un homme, Joseph, et par sa mère. Il est venu dans la pauvreté. L’offrande de deux tourterelles ou pigeons était prescrite pour ceux qui ne pouvaient pas payer un agneau. Jésus passa ensuite trente ans à Nazareth, dans la simplicité de la vie d’une humble famille juive. Syméon prophétise ce que sera la vie de Jésus : il apporte la lumière, le relèvement, le salut. Mais il connaîtra aussi l’opposition, jusqu’à être crucifié.

Quarante jours après la naissance de Jésus, Marie et Joseph l’offrent à Dieu comme leur fils unique obéissant ainsi au précepte de la Loi de Moïse selon lequel tout premier né devait être racheté par un sacrifice, quarante jours après sa naissance (cf. Ex 13, 2.12; Lv12, 1-8). Cette offrande trouvera son parfait achèvement dans la passion, la mort et la résurrection de notre Seigneur lorsqu’il réalisera en plénitude sa mission de « grand prêtre miséricordieux et fidèle » (He 2, 17). La prophétie de Siméon est significative : cet enfant qu’il reconnaît comme le Messie (Lc 2, 25-32) sera la lumière des nations et la gloire d’Israël (v. 32) mais aussi « un signe en bute à la contradiction » (v. 34) car selon l’Ecriture il réalisera le jugement de Dieu.

Nous voyons bien la portée eschatologique de tout cela. Jésus est le Messie, le Christ, l’Epoux qui vient accomplir l’alliance nuptiale avec Israël. Mais encore faut-il être disposé à accueillir l’Epoux qui vient à notre rencontre. Aujourd’hui, nous contemplons tout particulièrement les personnages de notre évangile, Siméon et Anne, comme autant de figures de ceux qui attendent et ouvrent docilement leur cœur à la rencontre avec le Seigneur. A ce propos, il est bon de nous rappeler que la tradition orientale appelle la fête d’aujourd’hui la « fête de la rencontre », car, dans l’espace sacré du temple de Jérusalem, se réalise la rencontre entre la bienveillance de Dieu et l’attente du peuple élu.

Joie de la fête

« La Joie partagée augmente ».

Joie partagée, joie qui augmente

« La Joie partagée augmente »

En ce jour, l’Eglise nous invite à méditer et à prier pour la vie consacrée.  Que peut nous enseigner l’expérience de Marie et de Joseph ? Ils ont vécu des moments de rencontres. Il y a dans la vie de Joseph et de Marie plusieurs rencontres étonnantes, qui ont dû les renforcer dans leur foi, leur rappeler que Jésus était bien quelqu’un de spécial. Juste après sa naissance, des bergers vinrent le contempler, envoyés par des anges. Puis plus tard se présentèrent des rois venus d’Orient, avec des présents, pour adorer le nouveau-né. Et ici ils rencontrent Syméon et Anne, qui louent Dieu de pouvoir voir Jésus, et prophétisent qu’il sera le salut d’Israël et de toutes les nations du monde. Et pourtant, malgré ces faits extraordinaires, Marie et Joseph sont restés pauvres et simples, et obéissants à la loi de leur peuple. Le retour à une vie simple et ordinaire n’a pas changé en eux leur foi, le sens de la mission qu’ils avaient reçue. Et c’est Marie qui devra porter cette foi jusqu’au bout, le jour de la mort de Jésus, quand il semble que, par sa crucifixion, il termine sa vie dans l’échec total.

Il est possible que dans notre vie nous ayons eu des moments où nous avons pu percevoir d’une façon spéciale l’action et la présence de Dieu : dans une prière particulièrement intense, un événement marquant dans notre vie, comme l’ordination sacerdotale, la consécration religieuse par la profession des vœux évangéliques, la célébration d’un jubilé de fidélité à la vie consacrée ou matrimoniale, un signe que nous avons reçu… Mais il faut bien reconnaître que notre vie se déroule le plus souvent dans la simplicité et l’ordinaire. Est-ce pour cela, que ce que nous faisons n’a pas d’importance ? Bien au contraire. C’est dans notre vie de tous les jours que nous pouvons vivre avec profondeur notre foi. Dans notre vie de tous les jours que nous pouvons laisser Dieu venir nous rencontrer, dans le silence et la simplicité. Il faut apprendre, comme pouvaient le faire Joseph et Marie regardant l’enfant Jésus à Nazareth, à voir l’extraordinaire dans l’ordinaire. C’est cela la sainteté au quotidien. Rendre, par notre foi et notre amour, les choses ordinaires extraordinaires.

Un des aspects fondamentaux de la vie consacrée est précisément de rappeler à l’homme les dispositions de cœur qu’il doit entretenir pour rencontrer et accueillir Celui qui veut venir épouser son humanité pour la sanctifier, la diviniser. Voilà pourquoi l’Eglise célèbre en ce jour de la Présentation du Seigneur la « Journée de la vie consacrée ».
La personne consacrée, comme Siméon, invite tout homme à revenir à son désir fondamental qui est celui de voir Dieu, de le contempler dans la paix. Comme Anne, elle rappelle à tout homme que c’est par sa persévérance dans la prière, le service de la charité et le don de soi qu’il se préparera de la meilleure des manières à accueillir le Seigneur dans sa vie pour se laisser transformer de l’intérieur par cette présence qui seule est capable de le combler de joie.

La présentation de Jésus au temple, consacré selon la prescription rituelle de l’époque au Seigneur comme tout garçon premier né, annonce en effet le don de Jésus par amour de Dieu et des hommes et l’offrande suprême de la Croix. La prophétie de Siméon manifeste ce lien entre la présentation au Temple et l’offrande de la Croix où s’accomplit le véritable sacrifice rédempteur. Et cela nous ramène encore à la vie consacrée qui, inspirée par le don du Christ, veut témoigner qu’il n’y a pas d’autre chemin à la suite de Jésus que celui du don et de l’abandon. Le consacré rappelle à tout baptisé qu’être disciple du Christ passe par l’offrande totale de soi, chemin qui, s’il débouche sur la résurrection et la vie éternelle, passe inévitablement par la croix et la mort au vieil homme et au péché en chacun de nous.

En cette fête, l’occasion nous est donnée de nous laisser renouveler dans notre ardeur spirituelle dans notre marche à la suite de Jésus sur le chemin du don. Le secret de cette ardeur se trouve dans l’Eucharistie. L’Eucharistie actualise en effet le don jusqu’au bout de notre Seigneur et nous permet de nous y unir chaque jour davantage. A chaque Eucharistie, Jésus nous enseigne à donner notre vie pour nos frères en union avec la sienne.

« Seigneur, j’aimerais parfois avoir une vie plus extraordinaire, plus excitante, pleine de choses merveilleuses. Et pourtant toi, tu es là dans la simplicité et la pauvreté. C’est un des meilleurs endroits pour te rencontrer. Donne-moi la foi et l’amour pour que je sache mettre ta présence dans ma vie ordinaire. Pour que je puisse faire de l’ordinaire une vie pleine de foi et d’amour. Je pourrai alors, au cœur de notre monde, témoigner à l’image de ces cierges allumés au début de cette célébration, que tu es le « salut préparé par Dieu à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations, et gloire de son peuple Israël »».