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Rien ne saurait limiter le rayonnement de l’agir de Dieu. Sa lumière est déstinée à toutes les nations.

Jésus quitte la périphérie du village perdu de Nazareth, situé au milieu des collines de Galilée, pour s’établir dans le centre urbain de Capharnaüm, au bord du lac de Génésareth, qui sert de « carrefour » aux nations, c’est-à-dire un nœud d’échanges commerciaux et de brassage culturel. Il vient habiter au milieu des hommes pour avoir part à leur vie ordinaire. De la même manière, Jésus veut être présent dans notre vie : il vient à notre rencontre, là où nous sommes, avant même que nous ayons eu le réflexe de venir vers lui. L’amour de Dieu, qui veut nous réconcilier avec lui, est prévenant. Nul ne pourrait accéder à Dieu, si lui ne se mettait pas à notre portée. Le Pape François nous dit toujours d’aller de par les routes existentielles du monde à la rencontre des gens qui ont besoin de la lumière. Il préfère « une Eglise accidentée sur les chemins du monde plutôt qu’une Eglise qui ne sort pas, qui reste sûre d’elle même pendant qu’elle s’abîme de l’intérieur ». Avons-nous ce courage de risquer ? N’oublions pas que Jésus commence son ministère après l’arrestation de son cousin. Il prend lui aussi cette initiative qui le conduira à la mort. Mais le premier risque, c’est celui de déménager pour s’installer, non dans la ville sainte (Jérusalem), mais dans la Galilée des nations, dans cette villes aux gens de toute sorte : personnes pieuses comme celles aux mœurs légères, des commerçants qui ne font que courir derrière l’argent,…, bref, la ville de tous les dangers de contamination.

Saint Matthieu nous explique que Jésus « quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali ». Avec cette précision, l’objectif de l’évangéliste n’est évidemment pas de nous donner des renseignements touristiques, d’autant plus que ceux à qui il écrivait connaissaient parfaitement les lieux. Sa visée est théologique et il l’explique aussitôt : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe ». Et de citer la première lecture que nous avons entendue. Reprenons-la ensemble un instant.

Zabulon et Nephtali sont deux régions situées du Nord.

À l’époque dont parle Isaïe, le royaume d’Assyrie les annexa et les humilia fortement. La honte de la défaite et le souvenir des déportations furent un traumatisme cuisant. Or, le prophète l’annonce fermement, ces souvenirs seront bientôt effacés. La conviction du prophète est si grande qu’il se permet de parler déjà au passé : « sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi ». Autrement dit, à ceux à qui il veut redonner l’espérance dans le Seigneur qui sauve son peuple, Isaïe n’hésite pas à parler comme si le salut promis était déjà arrivé. Telle est bien la force de la Parole de Dieu : elle réalise ce qu’elle annonce. En conséquence, Isaïe considère-t-il que la joie de la libération promise peut légitimement déjà s’exprimer : « ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson ». Le prophète évoque la joie à venir et invite audacieusement à en vivre déjà, par la foi. 

Le psaume reprend en écho ces encouragements : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur ». Pourquoi alors avons-nous peur de ce qui semble aller au-delà de nos forces ?

C’est par la foi qu’on possède les réalités qu’on espère. Le salut promis à Zabulon et Nephtali est la libération qui m’est offerte personnellement. Je le crois.

Il est donc essentiel au croyant de proclamer les psaumes. Le croyant trouve sa force dans cette proclamation qui le dépasse et qui le rend libre parce qu’elle est la vérité. « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ». Il redit l’espérance qui l’habite et affirme son accomplissement. Ce faisant, il s’appuie sur le roc et devient un roc pour ceux qui l’écoutent. Ainsi, par la citation qu’il fait de la prophétie d’Isaïe, saint Matthieu nous enseigne que nous pouvons redoubler de joie car non seulement la promesse de libération s’accomplit mais encore elle s’accomplit en Jésus-Christ. Voilà exactement ce qu’il nous dit lorsqu’il explique que Jésus est venu s’installer à Capharnaüm.

Tout en se fondant dans la masse des humains, Jésus sort du commun : il n’est pas comme les autres. Il rayonne d’une autre lumière, là où l’obscurité d’un monde éloigné de Dieu pèse comme un voile de deuil sur les vies des habitants et où les flammes de l’espérance sont éteintes, étouffées ; la vie a perdu sa saveur surnaturelle et la richesse de la vocation individuelle s’est estompée. Le chrétien, appelé à être lumière du monde, ne peut pas se contenter d’être « comme les autres » : en tant qu’enfant de Dieu, il est unique ; en effet, c’est Dieu qui donne l’identité filiale et le sens de la vie, que ni la société, ni les parents, ni l’homme lui-même, dans ses croyances ou ses idéaux, ne pourront donner. Cette identité filiale est à chercher en Dieu et à accueillir dans la foi au Fils par le don de l’Esprit. Elle doit en outre être vécue en communauté, non en solitaire, surtout en notre temps où l’autosuffisance risque de certains risque de leur faire croire qu’ils vivent bien, même quand ils sont seuls.

C’est pourquoi il ne faudrait pas réduire la 2ème lecture à un appel à l’unité dans nos communautés. Ce texte est également à lire dans la ligne de l’évangile de ce jour où Jésus lance un appel à la conversion, où Jésus appelle ses premiers disciples. Saint Paul nous rappelle ainsi qu’au-delà de Paul, Pierre ou Apollos, il y a le Christ. Tous les regards doivent constamment être tournés vers lui. Lui s’est livré pour nous, lui seul nous sauve. Ainsi, quand il appelle ses disciples, Jésus ne cherche pas à réunir des compétences dont il aurait besoin: il rassemble ceux qu’il a souverainement choisis pour être les témoins de son Évangile. Aussi saint Paul peut-il dire : « D’ailleurs, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ». Ce n’est pas au nom d’une compétence d’orateur qu’aurait acquise saint Paul qu’il a été choisi, mais pour annoncer un Messie crucifié, folie pour la sagesse du monde.

En rentrant dans notre vie, Jésus ne reste pas cantonné dans un espace réservé, étranger à la vie réelle et aux soucis quotidiens. Notre foi ne doit pas se laisser enfermer dans l’église que l’on fréquente une heure par semaine ou les quelques minutes de prière quotidienne, comme si Jésus n’avait rien à voir avec nous le reste du temps. Il veut être « compagnon » de toute notre existence, remplir notre vie comme l’air remplit tout l’espace, afin que l’on puisse respirer. « Venez derrière moi », nous dit Jésus. Il n’a pas dit « venez avec moi » comme si nous marchions d’égal à égal. Il dit « venez derrière-moi », c’est-à-dire : « devenez mes disciples », ou encore : « mettez-vous à mon école». Il nous invite à entrer dans une relation de maître à disciple. La conversion que Jésus demande est donc un abandon de nos revendications, de nos désirs d’autonomie, de nos choix de mort qui ont enténébré le monde. Cette conversion est le choix d’un maître à suivre et à imiter, elle est le choix exclusif de Dieu.

Notre plus grand émerveillement à l’écoute de cet ordre de Jésus n’est pas dans le chemin qu’il ouvre vers la vie. Le plus touchant est que cet ordre est également une prière.

Suivre Jésus dans sa vie quotidienne et rentrer dans la dynamique de son amitié ouvre au croyant un vaste horizon d’engagement possible : s’engager avec Jésus ne dépend pas d’une action précise et concrète, comme des actes rituels pour s’auto-justifier ou des œuvres de charité pour se donner bonne conscience ; même si on ne peut pas s’en passer, l’amour du Christ pousse le disciple à un éventail de bonnes actions qui reflètent, par analogie, l’amour inépuisable du Père : enseigner la Parole de Dieu, annoncer la Bonne Nouvelle qui vient de Dieu, guérir les blessures de cœur (et il y en a beaucoup !!) causées par la haine, l’égoïsme, l’orgueil qui viennent de nous et témoigner du royaume de Dieu qui porte son fruit en nous. Le premier commandement – aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toute sa force – et le deuxième – aimer son prochain comme soi-même – qui paraissent être au départ des exercices d’amour sur trois fronts, s’unifient en Jésus : à la fois Dieu et homme, l’amour pour Jésus concerne Dieu le Père et tout ce qu’il aime, tout le genre humain dont je fais partie. L’amour de Jésus est à la fois promoteur et perfectionnement de tout acte de charité et de piété ; l’amour de Jésus engendre la crainte révérencielle de Dieu et augmente l’estime du frère. Il rend la relation avec Dieu réelle et l’œuvre de miséricorde féconde, pour le prochain et pour soi-même. La charité de mon pauvre petit cœur est élevée au niveau de l’amour divin qui rayonne dans le monde et amène son royaume. Prions, afin d’en être un instrument et de ne pas être trop « obstacle » à l’action de Dieu.

Merci, Seigneur Jésus, de m’avoir invité à avoir part à ta mission, en vertu de mon baptême, par analogie et à la suite de l’appel que tu adressas à tes apôtres. Augmente en moi la foi, l’espérance et l’amour, afin que je rentre dans la dynamique de ton royaume et que s’établisse un grand réseau de croyants en ce monde, qu’il se convertisse et retrouve la paix et l’harmonie que tu veux rétablir en nous.

Jésus est « l’Agneau de Dieu qui se charge de nos soucis et enlève le péché du monde ».

« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Avec ces paroles, Jean-Baptiste annonce la venue du Règne de Dieu dans l’histoire humaine, l’avènement des antiques prophéties messianiques, l’inauguration des derniers temps où le salut de Dieu va être offert à tous les hommes. Tout cela s’accomplit en Jésus-Christ. C’est lui le Fils élu, en qui Dieu manifeste sa gloire, c’est lui le « Serviteur » consacré par l’Esprit Saint pour réunir les dispersés d’Israël, c’est lui « la lumière des nations » qui porte le salut aux extrémités de la terre, c’est lui l’ « Agneau » de la Pâques nouvelle qui par sa mort et sa résurrection réalise la libération et scelle dans son sang la Nouvelle et éternelle Alliance.

« Voici ». Ce n’est pas un petit mot banal comme on le croirait, un mot simplement indicatif. En effet, le substrat hébreu « Hinneh » ou « Zeh » est utilisée dans la Bible chaque fois qu’il faut indiquer une révélation qui s’impose. On ne s’y attendait pas, selon ce que nous pouvions percevoir, mais « voici, hinneh, zeh » (Is 7,14 ; Ex 32,1 ; 1Sam 9,17 etc.)

« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Nous sommes alors invités à être attentifs pour voir ce qui ne s’offre directement à no yeux. Voici… Derrière ce jeune homme, Jésus, Jean son cousin, un autre jeune homme y découvre ce qui va au-delà. Ou mieux, comme il le dit lui-même, l’Esprit lui montre quelque chose de particulier, il lui donne une révélation. Il nous faut donc être attentifs et voir. Dans ces quelques lignes de l’Evangile, le verbe « voir » est utilisé 4 fois. Mais il faut savoir une chose ; c’est le regard de la foi et de l’amour qui reconnaît en Jésus, en ce jeune homme de Nazareth, l’Envoyé de Dieu. Autrement, ce n’est pas possible. Jean Baptiste lui-même dit qu’il ne connaissait pas Jésus. Mais vraiment, ne connaissait-il pas son cousin ? Sûrement, il le connaissait. Mais il ne connaissait pas tout le mystère que porte ce cousin : être l’agneau de Dieu qui se chargera du péché du monde. Alors, ici commence un monde nouveau, avec ces deux jeunes hommes. Nous laisserons-nous transporter par ce courant, en convertissant notre regard qui ne s’arrête souvent qu’aux apparences ? Le monde ancien s’en est allé, viennent les temps nouveaux. « Ivyā kêra birahíse, ibishasha birashitse… ». Allons, soyons attentifs, ne nous arrêtons plus aux apparences.

« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Dans sa profession de foi en Jésus, Jean Baptiste reprend deux images qui décrivent la mission de Jésus en tant que Messie : Jean désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu ». L’agneau avait un rôle important dans le rituel sacrificiel du peuple juif. On offrait le matin et le soir dans le Temple de Jérusalem un agneau en sacrifice pour expier les péchés du peuple (Exode 29,38-42). L’agneau était aussi l’animal offert en sacrifice durant la grande fête de Pâques en mémorial de la libération du peuple choisi de l’esclavage de l’Egypte (Exode 12,11-13). En désignant Jésus comme l’agneau de Dieu, Jean évoque le fait que Jésus allait s’offrir lui-même en sacrifice sur la croix pour nous libérer de l’esclavage du péché et nous donner son pardon. Jésus est donc venu nous purifier.
Il est l’agneau qui enlève et qui porte le péché du monde. Il est celui qui vient opérer une vraie libération, non celle à laquelle on s’attendait. Les prophètes, à la suite de Jérémie, avaient comparé Israël en exil à un agneau qu’on mène à l’abattoir et qui n’ouvre pas la bouche (Is 53,7, Jr 11,19). Les Rabbins présentaient donc le Messie comme un Bélier victorieux qui, de ses cornes puissantes, viendrait pour terrasser les adversaires de Dieu. Ils ne savaient pas que le mal qui nous afflige est surtout la manifestation du mal qui est plus intérieur. Alors, Jean utilise un verbe à double sens : ’αιρειν (airein) en grec signifie à la fois porter, prendre sur soi, se charger, et aussi emporter, enlever, faite disparaître. Ce ne sera donc pas un combat extérieur, du type « commando » qui répond à l’oppression par la violence. Jésus fait progresser la libération en prenant sur lui, en subissant, en se faisant solidaire de tous les écrasés du monde. En effet, les révolutions humaines ne font que déplacer le centre des tyrannies et des injustices et l’homme reste à sa soif de libération. On peut le voir avec toutes les promesses des élections qui ne changent rien après, avec toutes les promesses de la science qui résout des problèmes en en créant d’autres (les cancers -tumeurs- qui font rages, de beaux médicaments auxquels on ajoute une liste d’effets indésirables, pour ne citer que cela !) I nous faut donc changer de regard, de vision, en un mot, nous convertir à la vision de Dieu. Est-ce que je prends le temps de remercier le Seigneur pour cette libération du mal et du péché qu’il m’aide à repousser de mon cœur et de ma vie ? Est-ce que je lui laisse transformer mon cœur et ma façon de vivre ?

« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Oui, cet Agneau de Dieu nous donne une nouvelle vie. Il faut ouvrir les yeux pour la voir, pour la vivre. La première lecture parle d’une mission : appeler tous les peuples à la connaissance du vrai Dieu. Comment cela sera-t-il possible si nous nous arrêtons aux visions d’un monde qui fait distinctions entre les hommes ? Sommes-nous convaincus que tous les hommes ont cet appel et cette dignité d’être tous invités du même Dieu dont l’Agneau se charge de tous les maux qui affligent l’humanité ? Être la lumière des Nations, c’est aussi cela. Seul celui qui a changé de vision, qui se convertir chaque jour à la vision de Dieu, peut savoir que tous les hommes ont du prix aux yeux de Dieu. Nous sommes invités à le comprendre ; chaque fois que nous nous rassemblons à la table du Seigneur, nous sommes en communion avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de Jésus-Christ. Cela est la manifestation du salut apporté par le Christ : nous rendre fils/filles du même Père. Je relis ces mots : « vous qui êtes à Corinthe, l’Eglise de Dieu ». Je relis, nous relisons en groupe, en remplaçant Corinthe par la C.E.B., la communauté, le village, la ville qui est la nôtre. Que produit cette lecture en nous ?

Seigneur Jésus, te céder une place dans ma vie quotidienne n’est pas toujours facile. Cela demande un détachement, un lâcher prise sur mes occupations et mes plans pour t’inviter dans mon cœur. Aide-moi Seigneur à te faire une place dans ma journée d’aujourd’hui par ce temps de prière. Je veux que tu sois aussi l’Agneau de Dieu dans ma vie, celui qui me purifie de mes péchés et me pardonne. Aide-moi à combattre le péché dans ma vie et à chercher ton pardon et ta miséricorde pour que ton sacrifice puisse produire tous ces fruits dans ma vie.

Baptême du Seigneur : dans le Jourdain, Jésus nous relève des eaux de la mort par son abaissement.

BattesimoLe temps de Noël ne peut avoir meilleure conclusion que la célébration du baptême du Seigneur. C’est en effet ainsi que nous terminons ce temps liturgique qui est le temps de la révélation de la grâce du salut en Jésus-Christ. Dans la Crèche, nous avons contemplé le Verbe fait chair, à l’Épiphanie nous avons vu la lumière du Christ illuminer les nations, au jour de son baptême, l’œuvre de Dieu se révèle dans sa plénitude : le Père veut sauver tous les hommes et confie à son Fils de leur révéler son amour. Mais ne nous méprenons pas : le temps de Noël ne s’arrête pas sur cet exposé de foi trinitaire. Que Dieu mette tout son amour en Jésus-Christ son fils unique nous enseigne que c’est en son Fils qu’il nous aime. Nous abordons donc le temps ordinaire riches de la révélation que le jugement de Dieu sur les hommes pécheurs consiste à faire d’eux ses enfants d’adoption, des fils dans le Fils.

La liturgie  de ce jour nous propose aujourd’hui un voyage étonnant. La première lecture s’ouvre en effet sur ce verset d’Isaïe : « voici (…) mon élu en qui j’ai mis toute ma joie », et l’évangile se termine sur cette parole du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour ». Ces deux versets désignent évidemment la même personne, leurs différences nous enseignent le chemin qu’il y a de la prophétie à son accomplissement.

Le serviteur dont parle la 1ère lecture n’est pas un personnage qui puisse être envisagé indépendamment de sa vocation. Cette vocation est remarquable : « il fera paraître mon jugement en toute fidélité ». Ainsi, en contemplant le Serviteur à l’œuvre, en nous émerveillant de la délicatesse de celui qui n’éteint pas « la mèche qui faiblit » et qui n’écrase pas « le roseau froissé », nous découvrons la délicatesse de l’amour de Dieu envers tout homme, nous découvrons ce projet divin que Dieu appelle « mon jugement ». Voici le jugement de Dieu sur l’humanité : « tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leurs prisons et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres ». Dieu veut redonner à tout homme sa liberté perdue, il veut tous nous rendre à nouveau capables d’aimer.

Saint Pierre explique dans la deuxième lecture, que « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes », car il les regarde en son Fils unique, en Jésus-Christ. « C’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous » ; c’est lui, Jésus, qui est le Serviteur dont le prophète disait « j’ai fait reposer sur lui mon esprit ». Tel est bien le témoignage que nous livre Jean-Baptiste et que Pierre atteste : « Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force ». Par la parole de saint Pierre, l’Église entière atteste qu’elle a vu l’accomplissement de la prophétie en Jésus-Christ.

Dans l’Évangile, nous retrouvons donc Jean-Baptiste ; il est là pour accomplir sa propre mission de désigner Jésus comme le Messie. Après avoir entendu son portrait par Isaïe, nous mesurons à quel point l’événement du baptême de Jésus se passe dans l’extrême de l’obéissance et de l’humilité : voici le Sauveur du monde venant demander le baptême que Jean donne pour préparer les hommes à recevoir la grâce du salut. Or il est, lui, celui qui vient réveiller l’espérance du salut dans toutes les îles lointaines que sont nos cœurs isolés dans leurs projets d’autonomie ! Voici donc que lui qui n’a pas péché, se laisse ensevelir dans les eaux du Jourdain, c’est-à-dire dans les eaux de notre mort.

bapteme-jesusOui, il « descend » dans ce « drôle  de fleuve » unique en son genre. Jourdain signifie en hébreu le descendeur, de la racine YARAD= descendre. Il a sa source dans l’Hermon, à environ 520 mètres d’altitude, et, en 220 kilomètres de  longueur, il aboutit à la Mer Morte, à plus de 300 mètres au dessous du niveau de la mer. Voilà où Jésus descend, pour nous soulever de notre abaissement. Quel est mon attitude face aux faibles, aux pécheurs, … ? Est-ce que je ne les juge pas du haut de ma certitude morale ? L’attitude de Jésus m’interpelle-t-elle pour supporter, sauver, relever ceux qui font le mal autour de moi, et surtout ceux qui me font du mal ?

Jean Baptiste ne mésestime pas la grandeur de cet événement. Il s’exclame en effet : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! ». Jean Baptiste cherche ainsi à empêcher Jésus de recevoir le baptême, considérant que c’est lui-même qui a besoin d’être baptisé dans l’Esprit et non Jésus qui devrait se soumettre au rite du baptême de l’eau ! La réponse de Jésus est claire : « laisse-moi faire ». Jésus n’est soumis à aucune nécessité de recevoir ce baptême puisqu’il est sans péché et que sa mission est de ramener les pécheurs. Jésus reçoit le baptême de Jean Baptiste parce qu’il choisit de le faire. Il s’agit d’une humiliation volontaire de celui qui a décidé de se rendre solidaire des hommes. Et il le fait dans l’obéissance : « c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste ». Jésus et Jean doivent accomplir ensemble un dessein divin, qui, « pour le moment », demeure caché, mais qui se dévoilera au fur et à mesure qu’ils le réaliseront.

Cette humiliation volontaire et cette obéissance nous apprennent beaucoup sur la manière dont Jésus envisage sa propre mission, sa propre identité. Il vient en effet dans le but d’accomplir les Écritures, c’est-à-dire pour réaliser les prophéties de l’Ancien Testament, notamment celle que nous avons entendue dans la première lecture. Mais en les accomplissant, il les dépasse amplement. Jésus ne réalise pas les prophéties au pied de la lettre (on le lui en demandait pas d’en faire autant), il les réalise d’une manière qui révèle pleinement l’amour de Dieu qui a suscité le projet divin annoncé par la prophétie. C’est ainsi qu’il nous sera possible de passer de la joie, « en lui j’ai mis toute ma joie » rapportait Isaïe, à l’amour paternel de Dieu, « en lui j’ai mis tout mon amour », rapporte saint Matthieu. La joie de Dieu est la joie de celui qui aime et qui ne fait qu’aimer.

Ainsi, Jésus fut-il baptisé. Dès qu’il « sortit de l’eau », c’est-à-dire dès qu’il émerge de la mort dans laquelle il s’est volontairement plongé, dès qu’il rend la vie victorieuse sur la mort, mais également, dès qu’il eut franchi les eaux du Jourdain, dès qu’il entra sur la Terre Promise, « voici que les cieux s’ouvrirent ». Jésus est le nouveau Josué qui conduit le peuple de Dieu sur la Terre où Dieu l’attend, il rouvre les portes du paradis. En effet, Jésus et Josué sont deux variantes du même non : YEHOSHUAH. Le monde divin est à nouveau accessible à l’homme. L’Esprit Saint est donné dans sa plénitude au Messie. Puis Dieu le Père atteste en personne l’identité de son Fils. Lui seul pouvait le faire. La colombe et la voix, qui cite Isaïe, nous expliquent qu’il consacre son Fils dans la plénitude l’Esprit Saint, qu’il remet le monde entre les mains de son serviteur pour qu’il le sauve. La grande attente d’Israël est comblée, l’espérance de tout homme est satisfaite. Un sauveur nous est né, un fils nous est donné.

Seigneur Jésus, merci pour le temps de grâce que nous avons vécu avec toi ces dernières semaines. Nous avons vu en toi l’humanité que Dieu enfante, l’homme nouveau que nous sommes appelés à devenir. Nous avons vu briller la lumière de ton salut à la face des nations. Donne-nous de manifester fidèlement le jugement de Dieu pour tout homme : nous sommes devenus enfants de Dieu, fils dans le Fils, animés de la vie divine, envoyés vers nos frères dans la force de l’Esprit. Que ce don précieux transfigure notre temps ordinaire, qu’il soit, à chaque instant, le temps de ta grâce.