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« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre » ?

A. Lambert RIYAZIMANA

A. Lambert RIYAZIMANA

La liturgie de ce dimanche du Gaudete nous invite résolument à la joie. L’antienne d’entrée donne le ton: «Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche » (cf. Ph 4, 4-5). Le motif de cette joie nous est clairement annoncé dans la première lecture, que nous illustrerons par des passages du même prophète Isaïe, proposés tout au long de la seconde semaine de l’Avent. Dieu lui-même vient bientôt « déchirer le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Le Seigneur essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple » (Is 25, 7-8). Comment resterions-nous indifférents devant de telles promesses, qui réveillent en nous notre profond désir de paix, de bonheur, de salut ?

Peut-être demandons-nous spontanément : mais quand donc le Seigneur va-t-il intervenir pour réaliser ce renouvellement de toutes choses ? Quand donc «verrons-nous sa gloire, pourrons-nous contempler la splendeur de notre Dieu» et nous en réjouir de tout notre cœur comme il nous y invite ? En posant cette question, nous rejoignons l’interrogation de Jean-Baptiste et de tant d’autres chercheurs de Dieu dont les pas ont croisé ceux de Jésus : «Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?»  Jean Baptiste qui a espéré en la proche réalisation des promesses ne peut s’empêcher de crier, sans honte : «Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres … celui qui vient tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas» (Mt 3, 10-12). Il est donc prêt à séparer les méchants et les bons et à exterminer les méchants. Cela se réalisera-t-il?

Troublés face à un Dieu déconcertant.

L’image que nous faisons de Dieu est quelques fois déconcertante, révoltant,…Déjà ici  Jésus se présente comme le bon berger qui recherche les moutons perdus et les ramène tendrement au troupeau. Les disciples de Jean s’impatientaient peut-être aussi.  Mais ce qui est plus troublant, c’est sa situation : de la liberté de mouvement du désert au cachot, entre 4 murs et ce Jésus ne prend pas sa défense. Qui n’a pas vécu le silence de Dieu ? Pourquoi les impies prospèrent-ils ? Pourquoi tout ce mal, cette souffrance ? Vraiment, Jésus est-il celui qui doit apporter la liberté, la justice et la joie dans le monde ? Ou bien nous devons en attendre un autre !

Allez dire…

La réponse de Jésus aux émissaires du Précurseur nous oriente vers vraie réponse qui doit sortir de nous-mêmes. Il ne donne pas de réponse immédiate. Il invite à réfléchir, à observer, à méditer. Nous comprenons qu’il est légitime d’avoir des questions, des doutes. Mais tout cela nous renvoie à nous-mêmes. Toi qui penses à ces désordres, que fais-tu pour qu’il y ait un peu de justice, un peu de réconfort et de consolations aux personnes affligées ?
Par trois fois Notre-Seigneur demande à ses interlocuteurs : «Qu’êtes-vous allés voir ?» en d’autre termes: qui est cet homme qui vous a attirés? Qui est Jean Baptiste? Cette question est une réponse à «Qui es-tu Jésus ? Celui que nous attendons vraiment ?» L’identité du prophète ne peut pas se séparer de celle du maître dont il est serviteur. Répondre bien à une des questions nous aide à bien répondre à une autre. Qui suis-je, moi qui annonce Jésus ? Si je perds de vue mon identité de disciple, d’apôtre, … serai-je en mesure d’accomplir ma mission ?

Ne suis-je pas un roseau, c.à.d. celui qui ne résiste pas aux vents, qui n’a pas de courages devant les vents contraires, celui qui a peur de la vérité par peur de ses conséquences, ici la prison et une vie risquée ?
N’ai-je pas l’air de princes, voulant seulement vivre les facilités ? Que fais-je, moi qui suis… prêtre…religieux (se)…fidèle laïc (que)…de l’esprit de détachement des biens, de pauvreté ? Les mots du pape François sur l’esprit de pauvreté sont à redécouvrir !
Suis-je un prophète, celui dont la vie annonce vraiment celui que j’annonce ?

Les scandales et la croissance dans la foi.

Jésus dit qu’il est heureux celui qui ne se scandalise pas de Lui. La manière d’agir peut devenir motif de chute pour tout un chacun, même pour Jean Baptiste. Face aux doutes que nous avons déjà évoqués, il faut changer de vision. Jean Baptiste doit aussi arriver  aussi à accepter sa captivité, non seulement en l’envisageant comme une libération, mais aussi comme une communion à la mort qui attend celui dont il est le précurseur. Comme il est bon de voir (moi qui suis faible) un ascète, un saint, un prophète comme Jean Baptiste, invité à grandir dans la foi, invité à ne pas chuter !

C’est donc à une conversion du regard que nous sommes invités. Nous ne voyons pas la présence du royaume de Dieu parce que nous regardons mal : nous cherchons des signes d’une gloire toute terrestre, celle que l’on trouve «dans les palais des rois» ; alors que notre Dieu se révèle dans la pauvreté et l’humilité d’un Enfant, au sein d’une famille de condition modeste.

Comme il est venu pour « guérir les cœurs brisés » (Ps 147, 3), il s’en fait d’emblée solidaire ; aussi est-ce parmi les «petits et les pauvres» (Is 41, 17), et au cœur de nos pauvretés intérieures qu’il faut le chercher : c’est pourquoi «je n’hésiterai pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesse, nous dit Saint Paul, afin que la puissance du Christ habite en moi» (2 Co 12, 9). A tous ceux qui reconnaissent leur indigence, le Seigneur déclare : «Tu mettras ta joie dans le Seigneur, ta fierté dans le Dieu d’Israël. Moi le Seigneur je t’exaucerai ; moi le Dieu d’Israël je ne t’abandonnerai pas» (Is 41, 16-17). 
En possession d’une telle promesse, «reprenons courage, ne craignons pas» comme nous l’y invite la 1ère lecture. 
Le Royaume nous a été offert sous forme d‚un germe de vie divine, enfoui dans notre cœur au jour du baptême. Jour après jour, tandis que nous cheminons encore à l’ombre de la mort, au sein de nos doutes et crises, la grâce réalise secrètement en nous son œuvre de transfiguration. Ce n‚est pas en un jour que la semence grandit, mûrit et donne son fruit : comme le cultivateur, il nous faut faire preuve d’«endurance et de patience» en attendant «les produits précieux» issus de «la semence impérissable» (1 P 1, 23) déposée en nous : «la parole vivante de Dieu qui demeure».

«Seigneur, donne-nous de discerner et reconnaître dans la foi les signes de ta présence, pour que nous puissions t’accueillir toujours davantage, jusqu’à ce que ton Esprit remplisse notre vie, comme les eaux recouvrent le fond de la mer (Is 11, 9). Nous arriverons alors à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera nos visages, allégresse et joie nous rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront».

Communiqué de presse de la C.E.CA.B sur quelques questions d’actualité au Burundi

CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI
Secrétariat Général

COMMUNIQUE DE PRESSE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI SUR QUELQUES QUESTIONS D’ACTUALITE AU BURUNDI

1. Les questions qui nourrissent le débat politique aujourd’hui dans notre pays, surtout la question de la révision de la Constitution, sont des questions qui concernent tous les citoyens et dont la solution exige beaucoup de sagesse, pour éviter tout ce qui pourrait compromettre le processus de paix et de réconciliation en cours. C’est pour cette raison que la Conférence des Evêques Catholiques, réunie en session ordinaire de décembre 2013 a estimé opportun de s’exprimer sur certaines de ces questions.

A PROPOS DE LA REVISION DE LA CONSTITUTION

2. Nous, Evêques de l’Eglise Catholique au Burundi, saluons l’heureuse initiative de l’Assemblée Nationale d’emprunter la voie du dialogue et de la concertation, en acceptant de remettre en débat l’opportunité des dispositions de la Constitution qui doivent être modifiées et l’orientation de ces modifications. De fait, comme la Constitution est la Loi Fondamentale qui est mère de toutes les autres lois du pays, elle doit être comme une base minimale sur laquelle tous les citoyens doivent s’entendre. Au temps où nous sommes, une Constitution qui serait adoptée sans dialogue ni consensus risquerait de compromettre notre processus de paix et de réconciliation. Mais pour que cette initiative de dialogue et de concertation porte ses fruits, nous recommandons vivement que les acteurs politiques dialoguent dans la confiance, en recherchant la vérité, en se respectant mutuellement ; en refusant de faire appel à la ruse et la tricherie politique et en s’engageant au respect de la parole donnée. Certes l’Assemblée Nationale, en tant qu’institution légitime, garde ses prérogatives de représenter le peuple, mais elle ne le remplace pas surtout quand elle lui a donné l’occasion de s’exprimer.

3. De notre point de vue, toute retouche à la Constitution doit tenir compte non seulement de la seule loi, mais aussi du fait que la Constitution qui régit notre Nation est une émanation des Accords d’Arusha dont on sait qu’ils ont été le fruit d’un long et laborieux dialogue de négociations entre les acteurs politiques, sous la facilitation des Médiateurs internationaux. Ces Accords ont privilégié la voie du consensus et du partage du pouvoir, afin que le pays ait la stabilité et la tranquillité, et que les populations des diverses ethnies et formations politiques sentent qu’elles ont toutes droit de cité dans leur pays.

4. Cette Constitution contient certaines dispositions prises à dessein pour remettre petit à petit le pays sur les rails. Ces dispositions sont notamment celles qui concernent le mode de gouvernement, la structuration des institutions, le mode d’adoption des lois, le partage du pouvoir. Ces dispositions et d’autres semblables sont toujours nécessaires, car les problèmes auxquels elles apportent des solutions tels que la monopolisation du pouvoir par un groupe, l’exclusion des autres à base des partis politiques ou des ethnies, le respect des mandats politiques, sont loin d’être complètement résolus.

5. Pour ce qui est de la modification de la constitution, au regard du climat politique actuel surchauffé qui ne favorise pas un dialogue serein sur des questions importantes et sensibles, nous estimons qu’il est sage de ne réviser que les seules dispositions dont le changement s’avère nécessaire pour permettre l’amélioration de la Loi électorale et l’entrée du pays dans la Communauté de l’Afrique de l’Est. D’autres dispositions pourront faire objet d’un large débat au cours de la prochaine législature. Ainsi, nous garderions l’actuelle Constitution simplement révisée.

6. Par ailleurs, aujourd’hui plus qu’hier, nous décourageons cette logique de confrontation entre les acteurs politiques qui est en train de s’installer, que ce soit au sein de la classe politique ou dans ligues des jeunes affiliés aux partis. Nous recommandons une fois de plus aux acteurs politiques de privilégier toujours la voie de la non-violence pour ne pas faire chavirer le pays dans de nouvelles violences, alors que les citoyens ne se sont pas encore remis des traumatismes de la guerre. Ne perdons jamais de vue d’où nous venons, les cicatrices de la guerre chez la plupart sont encore fraiches. La sagesse de nos ancêtres qui dit « Hakuzimira wozigura » (« Vaut mieux un long chemin qui aboutit à destination plutôt qu’un raccourci qui finit dans une impasse ») nous déconseille des raccourcis politiques. Même si la voie du dialogue et de la concertation semble laborieuse et longue, elle reste la meilleure voie pour résoudre efficacement et de façon durable les questions politiques.

A PROPOS DE L’OPPORTUNITE DE LA PRESENCE DU BUREAU DES NATIONS UNIES AU BURUNDI

7. Notre pays a déjà réalisé de bonnes performances dans divers domaines pour sortir de la crise qui l’a secoué, même s’il y a des mécanismes de la Justice Transitionnelle qui n’ont pas encore été mis sur pied, comme la loi sur la Commission « Vérité et Réconciliation » et la mise sur pied de ladite Commission. Nous devons toutes ces performances non seulement à la providence de Dieu, mais aussi à la détermination des citoyens, l’engagement des dirigeants, la recherche du consensus entre les acteurs politiques et l’appui du Bureau des Nations Unies au Burundi.

8. En considérant ce que ce Bureau des Nations Unies au Burundi a déjà fait pour faciliter le retour et la sécurité des politiciens exilés et ce qu’il est en train de faire en accord avec le Gouvernement pour ramener la confiance entre les acteurs politiques et faciliter un dialogue inclusif et constructif ; en tenant compte également du moment délicat dans lequel se trouve le pays, nous voyons que sa présence est non seulement utile mais aussi nécessaire.

9. Nous souhaiterions ardemment que ce Bureau reste actif dans le pays, pour continuer à appuyer le Gouvernement dans son souci de ramener la confiance entre les acteurs politiques, et dans une bonne préparation et organisation des prochaines élections, ainsi que dans tout ce qui a trait au processus de paix et de réconciliation.

Écoutez l’original en KIRUNDI :

Fait à Bujumbura, le 06 décembre 2013
Les Evêques de l’Église Catholique du Burundi
(Traduction de l’original en Kirundi)

« Dans le désert de votre cœur, préparez le chemin du Seigneur ».

A. Lambert RIYAZIMANA

A. Lambert RIYAZIMANA

Le temps de l’Avent est caractérisé par l’Espérance. C’est cette espérance qui a été nourrie par les prophètes qui ont annoncé le règne de Dieu à un peuple qui n’espérait plus rien, étant donné qu’il n’avait vécu que désillusion sur désillusion. Maintenant, nous qui vivons aujourd’hui, on n’a plus à attendre le rejeton de la souche de David, parce que règne de Dieu est déjà parmi nous : on n’a plus à l’attendre, mais à l’accueillir, à nous y insérer. L’Esprit Saint est celui qui réalise cette insertion, par la grâce du baptême, non celui de la conversion, mais celui qui nous régénère.

Revenons au texte de l’Ancien Testament cité dans l’évangile. En le citant, on voit qu’il devient un passage du Nouveau Testament, un passage qui nous révèle Jésus-Christ lui-même. Cette parole est donc d’une force impressionnante. Depuis des milliers d’années, il est source d’espérance pour le peuple juif, il est source de Vie en Dieu de tous ceux qui l’ont écouté. Relisons-le : « Dans le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.  ». Laisse le Seigneur te parler. Que te dit le Seigneur en ce deuxième dimanche de l’Avent ? à quoi t’invite-t-il ?
Est-ce que je pourrais devenir comme Jean-Baptiste dans ce monde un peu désert de la présence de Dieu, et crier la venue de Jésus ? Crier la conversion ? Surtout en ce monde où on ne veut pas nous attirer des ennemis en disant la vérité ? Aplanissez les routes, redressez votre vie, IL VIENT !

Aujourd’hui, on pourrait dire autrement ce message : « Une voix crie : dans le désert, préparez la route du Seigneur ». Cette voix ne crie pas seulement dans le désert où nous allons la rejoindre, mais elle crie également dans notre désert. Il nous faut donc préparer le chemin du Seigneur dans notre désert : dans le désert, prépare le chemin. C’est une parole très actuelle maintenant où nous vivons des déserts même au milieu de nos villes et villages. Combien de personnes vivent une solitude incroyable au milieu des personnes qui ne soucient de personnes ? Combien de gens se pendent-ils parce qu’ils n’ont pas de consolation, parce que personne ne le approche plus ? Pensons-nous que le désert soit celui du Sahara dont parle la géographie ? Dans le désert de notre vie, de nos villes,… préparons le chemin du Seigneur.

Et si tu ne peux pas, demande dans la paix de la prière et sous le regard du Seigneur, pourquoi es-tu bloqué, pourquoi cette annonce, dans ton entourage, a-t-elle du mal à venir du cœur ? Remercie le Seigneur pour la lumière qu’il a pu donner à ton âme.

Si nous continuons avec le passage, un autre aspect saute aux yeux. Le Messie est juge. Nous pouvons avoir peur, face à cet aspect, parce que nous savons bien que nous n’avons pas toujours été droits. Mais au contraire, notre cœur n’aspire-t-il pas à la vraie justice, qui n’est pas possible ici-bas ? N’est-ce pas une source d’espérance et de paix que de savoir que Dieu fera un jour justice sur les hommes ? Et il s’agit d’une justice en vue du Salut éternel, de la vie éternelle. Et Dieu veut le salut de tous ! C’est pour cela qui vient à nous !

Oui ! Voici venir des jours de justice et de paix (Psaume 71). Je crois que ces jours viendront, Seigneur, et pas seulement pendant la vie éternelle. Je crois que tu es venu au monde pour nous faire goûter ceci déjà ici, sur la terre. Viennent aujourd’hui Seigneur, ta justice et ta paix ! Oui, Seigneur je veux préparer ton chemin vers mon cœur, dans le désert de mon cœur,  je veux aplanir ma route vers toi, je désire me convertir à toi encore plus profondément et reconnaître ainsi le besoin de toi et de ta venue, et te louer et te bénir, pour ta miséricorde. Oui, Seigneur, je veux être l’écho de Jean-Baptiste, et annoncer ta venue dans les déserts d’aujourd’hui.