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La foi qui agit dans la charité: plus qu’efficace, elle est fidèle et créative.

TalentsLa liturgie de ces dernières semaines de l’année liturgique nous oriente résolument vers l’attente du retour du Christ Roi, que nous célébrerons dimanche prochain. Eclairé rétrospectivement par la parabole des talents, le poème du livre des Proverbes exaltant une femme vaillante peut être lu dans la perspective d’un idéal de vie généreuse, dynamique et ouverte même au risque. Il s’agit d’un poème qui prend toute sa signification si on pense à l’image de la femme de l’antiquité, alors considérée comme « une chose » appartenant à son mari. Pourtant, ce poème décrit les qualités de cette femme, sans omettre même son activité économique qui la sort même du seul horizon familial. C’est un risque, du moins, en ce temps. Comment ne pas oser risquer si on est fidèle ? C’est alors ce qui lie la parabole des talents à cette lecture, quand elle parle de celui qui n’a pas osé risquer, dont la « prétendue fidélité » est restée stérile.

La parabole de Matthieu nous fait pénétrer dans un monde plus complexe, où le mécanisme d’enrichissement annonce étrangement le système capitaliste. Il s’agit de risquer afin de fructifier une somme d’argent, par le travail certes, mais aussi par un choix judicieux en rapport avec le placement. Au temps de Jésus, un talent était un lingot en argent ou en or qui valait 6.000 deniers, c.à.d. l’équivalent de 6.000 journées de travail (Voir 25 ème dimanche T.O – Cfr Mt 20,2 : les ouvriers de la dernière heure). Il faut toutefois comprendre que la pointe de la parabole est dirigée contre la conduite timorée et stérile du 3ème serviteur. En effet, c’est une illusion de croire que le salut puisse résider dans la seule conservation de ce que l’on a. A propos de ce texte, Saint Grégoire dit dans une de ses homélies : « Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » Saint Grégoire commente : « On donnera en effet à celui qui a, et il sera dans l’abondance, parce que celui qui a la charité reçoit aussi les autres dons. Mais celui qui n’a pas la charité perd même les dons qu’il paraissait avoir reçus. Aussi est-il nécessaire, mes frères, que vous veilliez à garder la charité en tout ce que vous faites. Et la vraie charité, c’est d’aimer son ami en Dieu, et son ennemi à cause de Dieu. »

On pourrait penser que nous ne sommes pas concernés par cette conduite du 3ème serviteur. Loin de là ! Qui est alors visé ? Tous ceux qui, devant le message de l’Evangile, refusent les exigences de Dieu et de l’Eglise, en arguant que c’est trop rigide, difficile (pensons seulement au discours de l’indissolubilité du mariage dont on parlait durant le synode !) ; les chrétiens qui enfouissent la Bonne Nouvelle par peur ou risque de se compromettre (bā Ntirûmvéko, « ntā guhāndwa ku rurími ikirēnge kírihó », … ; tous ceux qui reposent sur la bonne conscience de leur baptême et de leur pratique religieuse en pensant que Dieu ne demande pas davantage,… La liste pourrait être longue.

A chacun de nous, le Maître a confié quelque chose et s’en est allé, il s’est éloigné. Voilà bien une situation humaine. Notre vie se déroule sous le signe d’une « absence » de Dieu que beaucoup vivent comme s’il n’existait pas. Il y en a qui ont dit qu’il est même mort (exemple : Sartre, et non seulement. Il suffit de lire Mt 24, 37-44 ; 24,46-51 ; 25,1-13). Oui, le temps de l’absence du Maître est long et éprouvant. L’image que nous nous faisons alors de lui va commander notre attitude. C’est le nœud de ce texte de l’Evangile. Une relation faussée de Dieu considéré comme un tyran dont on a peur, ne pas le considérer comme un père, comme un Dieu qui fait alliance, un Dieu qui veut profiter de nous « en moissonnant où il n’a pas semé ». Est-ce le cas ? Ce Maître a-t-il repris les talents et leurs bénéfices ? Je pense que non ! Laissons-nous surprendre par la parabole encore une fois.

Il y a une surprise qui vient du fait que le seul personnage vraiment préoccupé du retour de son Maître, n’est pas celui qui est cité en exemple. La parabole fait même une large place aux réflexions intérieures du troisième serviteur – à vrai dire très inquiet à la pensée de la confrontation avec cet homme dur dont il redoute le retour. Les deux premiers, eux, ne se posent même pas de question : à peine leur Maître est-il parti, qu’ils reprennent « aussitôt » le travail, sans se faire d’état d’âme, continuant leur activité comme si le Maître était toujours là. Pour eux rien ne semble avoir changé, tant le souvenir de leur Maître demeure vivant dans leur mémoire. De fait : le Maître n’a jamais quitté la maison de leur cœur. Pourtant, c’est bien les deux premiers serviteurs, qui ne se préoccupent ni du départ ni du retour de leur Maître, que la suite du récit désigne comme modèles de l’attitude juste ; alors que le troisième s’entendra reprocher son manque d’initiative, lui qui était tellement préoccupé de ne rien perdre de ce que « ce Maître dur » lui avait confié.

Il donc est frappant qu’à son retour, le Maître ne récupère ni son bien, ni l’intérêt ; il se contente de constater la fécondité des efforts de ces « bons et fidèles serviteurs », et de leur promettre de plus grandes responsabilités puisqu’ils se sont montrés dignes de sa confiance. Bien plus : il les invite à entrer dans sa joie. En outre, rien dans la parabole ne nous permet de dire que le Maître avait moins de sympathie pour le troisième serviteur : chacun a reçu « selon ses capacités », et le serviteur qui a fait fructifier deux talents reçoit la même récompense que celui qui a doublé les cinq talents. Les serviteurs ne sont donc pas jugés sur leur efficacité, mais sur leur fidélité. Or le dernier serviteur n’a pas du tout eu la même attitude intérieure que ses collègues par rapport à son Maître. Loin de lui faire confiance, il s’est défié de lui, a eu peur et ne voulant courir aucun risque, il n’a rien entrepris pour faire fructifier le talent qui lui avait été confié. Lui aussi agit envers le Maître conformément à l’image qu’il s’en fait : il refuse de travailler pour un Maître « paresseux », qui fait travailler les autres pour lui ; aussi se verra-t-il reprocher sa paresse. Il s’imagine son Maître « mauvais », « moissonnant là où il n’a pas semé, et ramassant là où il n’a pas répandu le grain » ; et le Maître lui reprochera sa malice. Le « mauvais serviteur » s’est lui-aussi inspiré de l’idée qu’il se faisait de son Maître, et s’est laissé façonner à son image. Aussi se voit-il renvoyer à son lieu propre : dans les ténèbres, exclu de la joie des fils, et loin de la présence de celui qu’il n’a pas voulu reconnaître comme Père.

Une chose est certaine : le Seigneur vient. Où ? Quand ? Il ne nous appartient pas de le savoir : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit». Dès lors l’attitude qui s’impose est la vigilance : « ne restons pas endormis comme les autres » insiste saint Paul, c’est-à-dire comme les jeunes filles insensées de la parabole des 10 vierges, « mais soyons vigilants et restons sobres » comme les vierges sages qui gardent leur lampe allumée dans l’attente de la venue de l’Epoux. Le vaccin cintre le risque de cette « fidélité stérile » est « la foi agissant par la charité ».

Le baptisé est membre du Corps du Christ, temple de Dieu. Tout homme est une histoire sacrée.

St Jean au LatranNous célébrons aujourd’hui la fête de la dédicace de la Basilique Saint Jean du Latran, Eglise qui est la Cathédrale de l’Evêque de Rome (i.e. du Pape). Il s’agit donc d’une occasion qui nous est offerte pour penser au sens et au respect que nous donnons non seulement à nos édifices-Eglises, mais aussi à nous-mêmes en tant temples de l’Esprit de Dieu, en vertu de notre baptême qui a fait de nous membres du Corps du Christ.

Pour comprendre la portée du geste de Jésus, il est utile de savoir certaines choses sur le temple de Jérusalem, vers lequel tous étaient tendus et se réjouissaient de fouler de leurs pieds les parvis de ce lieu saint : « quelle joie quand on m’a dit : nous irons dans la maison du Seigneur,… Maintenant notre marche prend fin devant tes portes… » (Psaumes 122, des montées). Chaque jour, environ 600 prêtres officiaient, aidés par environ 300 lévites pour la liturgie et le chant. Le sanctuaire dont parle Jésus quand il parle de naos (Naos) était le centre de tout l’édifice (ieron) et était recouvert en or. Ici entrait seulement le grand prêtre, une fois par an. Ce qui est nouveau, c’est que ce Jésus dit de ce centre important où l’on n’entrait qu’une fois par an : il l’appelle sa maison, la maison d son Père. Nous qui sommes déjà habitués à ce langage, peut-être que nous n’en percevons pas la portée ! L’enjeu est de taille que Jésus va jusqu’à heurter toute l’opinion de tous les pèlerins du temple en disant : détruisez ce temple !

Essayons alors de comprendre. En chassant donc les vendeurs, Jésus signifie explicitement que le temps des sacrifices – et du commerce juteux qui l’accompagnait – ce temps est révolu. Rappelons-nous que beaucoup de marchands y vendaient les animaux pour le sacrifice et les changeurs aidaient pour qu’on n’offrît pas de la monnaie avec l’effigie de César. Rappelons-nous aussi que Marie et Joseph eurent recours à ces marchant quand ils vinrent pour la purification de Marie et l’offrande de Jésus (Lc 2,24). Ici, ce qui est premier pour Jésus, c’est l’amour du Père. C’est comme un feu qui le dévore. Le culte qu’il rendra à son Père ne sera pas un culte « rituel », des « cérémonies », mais ce sera sa vie offerte, con cœur filial. En effet, lui l’Agneau de Dieu qui se sacrifie sera immolé à l’heure où on immolait rituellement les agneaux au temple. De son côté transpercé a jailli de l’eau comme cela a été annoncé par la Prophète Ezéchiel dans la première lecture.

Ici se trouve donc la nouveauté inouïe, qui réside dans l’affirmation que le véritable Sanctuaire n’est autre que son Corps, éclairant par le fait même son identité personnelle d’une lumière toute nouvelle. Désormais la Shekinah – la présence divine – ne repose plus sur un édifice, mais sur sa Personne. Il est à la fois le Sanctuaire de la rencontre entre Dieu et les hommes, l’Autel vivant d’où s’élève l’encens de l’adoration véritable, et l’unique Sacrifice de réconciliation qui soit digne du Très-Haut. Et tout cela, il l’est en tant que Fils, puisqu’il désigne le Temple comme la Maison de son Père. Si le Fils chasse les vendeurs de la Maison de son Père, c’est donc que celui-ci n’est plus honoré par ce genre de sacrifice. Ce que le Père attend désormais, c’est le respect d’un cœur filial, qui manifeste son amour par son obéissance et son dévouement : « Le zèle de ta maison fera mon tourment ». C’est précisément ce zèle brûlant pour la gloire de Dieu qui sera le Feu de l’holocauste dans lequel l’Agneau sera consumé, après avoir pris sur lui tout le poids de nos péchés.

Toute la liturgie chrétienne n’existe donc qu’autour de Jésus, autour de sa Parole et de son Corps Eucharistique, qui édifient son Corps ecclésial : «Vous êtes le corps du Christ » dira Saint Paul aux débardeurs du port de Corinthe (1 Co 12,27).

Je me rappelle cet épisode de Venise, au temps de Jean Paul 1er : quand il était Patriarche de cette contrée, il nomma un curé qui fut par la suite contesté par le peuple. La réaction ne se fit pas attendre : il s’y rendit, avec une garde, prit avec lui le curé contesté, mais aussi prit du tabernacle la Sainte Réserve et laissa l’Eglise ouverte. Ce fut un signe très fort que l’on se demandait : qu’est-ce qui arrive ? Nous doit-il aussi retirer Jésus ? Que nous reste-t-il alors ? Bien sûr, sans Jésus, il n’y a pas de liturgie, il n’y a pas d’Eglise, il n’y a pas de communauté de fidèles.

Une autre phrase est importante : « Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous »? C’est une affirmation lourde de conséquences, surtout pour notre temps qui ne respecte plus la dignité de la personne humaine, qui ne respecte plus la dignité du corps humain. Ne faisons donc de notre corps et de notre vie une banalité. Qu’il est beau de chanter ensemble : « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ! »

Certes, cette éminente dignité n’est pas facile à porter : elle exige une changement radical par rapport aux habitudes du monde ; et une telle conversion n’est jamais définitivement acquise. C’est pourquoi il nous faut sans cesse nous replonger dans « l’eau qui descend du côté droit du Temple », c’est-à-dire l’Eau vive de l’Esprit jailli du côté de Jésus crucifié, ouvert à coup de lance (Jn 19, 34). Lorsque dans la 2ème lecture, Saint Paul nous rappelle que nous sommes « le Temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en nous», l’image est plus organique qu’individuelle : c’est en tant que membre du Corps ecclésial du Christ (1 Co 6, 15), en qui habite corporellement la plénitude de la divinité (Col 2, 9), que chaque croyant peut être appelé « Temple de Dieu ». C’est en effet l’Église qui est « la maison que Dieu construit », en assemblant les « pierres vivantes » (1 P 2, 5) que nous sommes sur la fondation unique : Jésus-Christ.

Telle est bien la finalité surnaturelle de notre cheminement personnel et communautaire, dont nous sommes appelés à garder une mémoire vivante jusque dans nos activités séculières, afin d’être au cœur du monde, le sel de la terre et le levain du Royaume. Ainsi soit-il.

Le bonheur, c’est Dieu lui-même au milieu de son peuple et en ses témoins

toussaintsLa Toussaint atteste qu’à la fin de notre existence terrestre la vie n’est pas détruite : elle est transformée. Tous nous sommes appelés à ressusciter un jour avec le Christ, à être associés à sa gloire éternelle, à son bonheur sans fin. « Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; mais nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». Avec tous les saints, c’est-à-dire tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont accepté de se laisser saisir et transformer par l’amour rédempteur, nous exulterons devant la face de Dieu : « Ils étaient cent quarante-quatre-mille, douze mille de chacune des douze tribus d’Israël, foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : “Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau !” ».

 Ainsi, les lectures de ce jour nous parlent de cette réalité que nous célébrons. L’Apocalypse, en un langage imagé, nous présente l’impressionnant cortège des élus, mêlant aux 12 tribus d’Israël une foule innombrable venue de tous les horizons. Qui sont-ils ? Le visionnaire y répond : « ils viennent de la grande épreuve », faisant allusion des grandes persécutions qui se sont abattues sur les premiers chrétiens des Eglises de l’Asie Mineure, sous le règne de l’Empereur Domitien, vers l’an 95 de notre ère. Le livre veut répondre donc à une question angoissante de ce temps, question aussi actuelle pour notre époque : Jésus a-t-il réellement vaincu le mal ? L’invitation nous est lancée alors : COURAGE ! En effet, les saints sont des hommes et femmes comme nous, qui ont cru que l’amour était plus fort que tout, nonobstant les adversités. Leur victoire est déjà la nôtre, en attendant le triomphe définitif du Christ sur le mal.

Ces saints sont des pécheurs comme nous, qui ont été en butte aux mêmes difficultés, aux mêmes doutes, aux mêmes faiblesses que les nôtres, et qui se sont livrés à la miséricorde divine. Les uns sont plus connus, d’autres sont demeurés cachés : ce sont ces derniers que nous fêtons tout particulièrement aujourd’hui. Humbles mères de familles qui dans l’ombre se sont usées à la tâche, pères qui se sont tout donnés pour faire vivre leur foyer envers et malgré tous les revers de fortune, malades qui ont enduré en silence leurs souffrances du corps ou de l’âme, et bien plus largement : tous les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de la justice, les miséricordieux, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les témoins de l’Evangile insultés pour leur appartenance au Christ. Ces personnes n’existent pas seulement au Moyen et au Proche-Orient comme le rapportent les journaux de ces jours, avec la persécution des chrétiens (les Nazaréens), mais un peu partout dans nos villages et quartiers.

Dans la 2ème lecture, Saint Jean déclare que les baptisés sont dès à présent enfants de Dieu, en attendant d’être rendus semblables au Fils de Dieu qui nous a aimés et rachetés. En écrivant, il veut combattre une erreur, qui nous guette aussi, de nos jours. Ses contemporains prétendaient que Dieu avait fait seulement semblant de nous aimer, en Jésus-Christ, qui lui aussi, aurait fait semblant de se faire homme, souffrir et mourir. En conséquence, les sacrements ne seraient que des semblants d’union au Christ. Jean témoigne donc avoir vu, touché, entendu,… le Fils de Dieu. Quelles sont les preuves que nos communautés chrétiennes donnent à ceux qui passent dans nos Églises pour qu’ils se découvrent aimés de Dieu : accueil chaleureux dans nos Églises (et qui se prolonge chez nous), une célébration chantante, à la foi communicative, …

C’est en ce sens que nous pouvons comprendre et aider à comprendre le message de Jésus qui nous parle de bonheur. Heureux… heureux êtes-vous…. Ce vrai bonheur n’est pas d’abord question de richesse (Ikirézi ntígikūrá ikirézaréza ku mutíma), de succès, de plaisir. Toi qui croyais que le bonheur n’était pas fait pour toi, Jésus te veut heureux. Sais-tu que tu est heureux, toi, chrétien? Et si tu ne l’es pas, n’est-il pas bon que tu te mettes en question ? Une chose est cependant claire : le bonheur dont parle Jésus n’exclut pas les contrariétés et la souffrance. En outre, il ne s’agit pas seulement d’une promesse lointaine. Savoir notre condition transfigure déjà le présent, malgré ses contrariétés, comme cela arrive à un agriculteur affamé, mais qui regarde avec espoir à son champ fleuri et qui s’en réjouit déjà. Les béatitudes ont donc cette dimension présente qui est transfigurée par la perspective du monde à venir. Oui, le bonheur annoncé dans les béatitudes, c’est Dieu lui-même et son règne, Dieu à l’action dans la vie des hommes, quand il réconforte les affligés, comble l’espérance des affamés de la justice, pardonne ceux qui ouvrent leurs cœurs à la misère de leur frère, se laisse trouver par ce qui Le cherchent d’un cœur sincère, et reconnaît pour ses fils ceux qui font la paix.

Dieu saint et bon, ton Fils proclame héritiers de ton Royaume les pauvres, les miséricordieux, les artisans de paix, tous ceux qui misent sur l’Évangile. Oui, heureux sont-ils et heureux sommes-nous d’être entourés d’une telle nuée de témoins. Que l’Esprit Saint nous éclaire et nous guide, qu’il suscite aujourd’hui de vrais disciples de Jésus, dans la communion des saints du ciel et de la terre.