Cheminement de la foi : « quand voir c’est croire et croire, c’est voir…»
Guérison de l’aveugle-né
Ce dimanche est comme une halte joyeuse sur notre chemin vers Pâques. L’épître aux Ephésiens nous rappelle que, recréés par le Baptême en Jésus-Christ, nous sommes appelés à vivre en enfants de lumière : pratiquer la bonté, la justice et la vérité. Bien plus, comme l’aveugle-né guéri par Jésus, les baptisés ont pour mission répandre la lumière autour d’eux, c.à.d. rendre la vie agréable là où ils sont. Cet infirme, qui, au dire des pharisiens était « tout entier plongé dans le péché » et donc ne pouvait pas entrer au temple comme les autres, accède à la lumière du jour et à celle de la foi. Alors que les pharisiens s’enfoncent dans leur cécité, Jésus ouvre les yeux de celui qui se reconnaît aveugle et qui attend de lui la grâce d’un nouveau regard sur soi-même et sur le monde. Quelle merveilleuse parabole de la foi. Concentrons-nous donc sur cette dernière.
Qu’il nous est loisible d’observer dans cette page de l’Evangile diverses réactions face au miracle : l’homme aveugle guéri comprend ce que sa guérison signifie, les parents sont craintifs et affichent une fausse prudence, les pharisiens qui sont aussi témoins de la scène ne savent pas apprécier à juste titre le miracle et ne savent que juger en ne se rendant pas compte qu’ils se condamnent eux-mêmes.
De nos jours, beaucoup de personnes pensent que la foi est une illusion qui sert de voile à jeter sur la réalité qu’on ne comprend pas. On pense que la réalité se limite au palpable, au mesurable. Mais voici que devant un même fait concret-une guérison-les gens ne voient pas la même chose. En effet, le croyant voit les mêmes choses que les autres, vit les mêmes expériences que les autres (quand ce n’est pas pire qu’eux !), mais plus qu’eux, il saisit quelque chose qui échappe à ceux qui n’ont pas la foi. N’avez-vous pas encore entendu des personnes qui disent qu’il ne sert à rien d’aller à la messe le dimanche parce qu’ils ne remarquent aucune différence de vie entre ceux qui y vont et eux qui n’y vont que rarement, peut-être pour une circonstance, une fête ?
« En sortant » du temple : puisque les malheureux n’ont pas le droit de venir jusqu’à Dieu, Dieu sort à leur devant. « Jésus vit un homme qui était aveugle de naissance » : Dieu ne passe pas outre la misère de ses enfants : « J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris ; je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer » (Ex 3, 7-8). Nous sommes bien la seule religion qui ose prétendre que ce n’est pas l’homme qui cherche Dieu, mais Dieu qui inlassablement vient à la recherche de l’homme qui erre en exil loin de sa Terre Promise. Impossible d’imputer à ce malheureux la responsabilité de sa maladie : elle est de naissance. Serait-ce donc qu’il porte le poids du péché de ses aïeuls ? Jésus refuse de s’engager dans ce genre de calcul qui cherche toujours un coupable : cet homme ne fait que manifester dans sa chair l’état de cécité de notre humanité tout entière depuis qu’elle est privée de la grâce divine.
«Le Verbe était la vraie lumière qui en venant dans le monde, illumine tout homme » (Jn 1, 9). Il est venu pour manifester l’action de Dieu et révéler ainsi sa bienveillance paternelle envers les hommes ses enfants. C’est bien le même Père qui aux origines « façonna l’homme avec de la glaise prise du sol » (Gn 2, 7), qui maintenant « avec la salive et les mains de son Fils, fait de la boue qu’il applique sur les yeux de l’aveugle ». Jusque-là on pourrait dire que Jésus guérit le mal par le mal : il ne fait que plonger l’homme dans des ténèbres plus profondes encore. Mais le geste s’accompagne d’une Parole qui va en révéler le sens : « Va te laver dans la piscine de l’Envoyé ». La symbolique baptismale est claire : plongé avec le Christ dans les ténèbres de la mort, enseveli avec lui en terre, l’aveugle va être illuminé par l’Esprit, qui l’introduira dans la vie même du Christ ressuscité. Le miracle est d’autant plus parlant qu’il est réalisé dans le contexte de la fête des Tentes, qui culmine dans une procession solennelle au cours de laquelle l’eau puisée à la source de Siloé dans un vase en or, est déversée sur l’autel du Temple en signe de rogations pour la pluie. Le miracle est dûment constaté par un nombre important de témoins qui n’en croient pas leurs yeux. L’aveugle guéri n’arrive apparemment pas à calmer les esprits, puisqu’on l’amène aux pharisiens « afin qu’ils instruisent cette étrange affaire » : qui est donc cet homme qui guérit un aveugle-né un jour de sabbat, avant de disparaître dans la nature sans laisser de trace ?
A bout de ressources, le conseil des sages se tourne vers le bénéficiaire de l’intervention, qui sans hésiter confesse : « C’est un prophète ! » Cette réponse n’ayant de toute évidence pas convaincu ces messieurs, ils décident de ré-instruire toute l’affaire en vérifiant chaque étape, à commencer par l’identité du soi-disant miraculé. Les pharisiens devaient être visiblement contrariés par l’événement ; aussi les parents jugent-ils plus prudent de se dissocier de leur fils : « Il est assez grand, interrogez-le ! » La délibération fut sans doute de courte durée et la sentence est prononcée en présence du bénéficiaire du délit : « Cet homme est un pécheur ». Avec beaucoup de bon sens, l’homme guéri oppose à cette conclusion l’objectivité de sa guérison ; c’est même la seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude ; le reste relève plutôt d’une évaluation subjective fondée sur l’a priori des juges contre le thérapeute.
Pour répondre à l’interrogation qui traverse tout le quatrième évangile, il faut accepter de ne pas « savoir », c’est-à-dire renoncer aux réponses fondées sur des arguments soi-disant rationnels. De même qu’il est vain de vouloir décrire la lumière à un aveugle, il est impossible de définir une personne sans entrer en relation avec elle, sans accueillir ce qu’elle nous révèle d’elle-même. La lumière existe indépendamment du fait que le non-voyant ne la perçoive pas ; pourtant le malheureux ne peut rien en dire tant que ses yeux ne se sont pas ouverts à son influence. De même, la divinité du Christ subsiste indépendamment de notre cécité spirituelle. Mais que pourrions-nous énoncer de pertinent sur la véritable identité de Jésus, tant que notre cœur ne s’est pas ouvert à son influence, que nous ne nous sommes pas laissés guérir de notre aveuglement en nous lavant dans la piscine baptismale de l’Envoyé ? A y regarder de plus près, on sera nombreux à émettre des déclarations sur Jésus alors que nous ne le connaissons que par ouï-dire. Avons-nous vraiment une relation personnelle qui nous permette de parler de lui ? Ou bien nous avons des formules apprises comme il en était le cas pour ces « juges » !
« Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !” (alors que vous refusez de venir à la lumière) votre péché demeure». C’est en mettant nos pas dans ceux du Christ, en l’écoutant parler, en le regardant agir, en nous laissant saisir progressivement par toute sa Personne, que sous la douce motion de l’Esprit, nous serons amenés progressivement à confesser sa messianité, c’est-à-dire à « voir » en lui, avec les yeux de la foi, le Fils de Dieu nous révélant la bonté du Père. Le récit de l’aveugle-né nous fait parcourir l’ensemble de ce cheminement. Après avoir trouvé la vue, c’est l’expulsion de la synagogue, (cette fois-ci non plus en raison de son handicap, mais de sa guérison) qui va permettre à cet homme de franchir le seuil de la foi, au cours d’une seconde rencontre dont Jésus prend à nouveau l’initiative. Dès la première parole qu’il lui adresse, l’aveugle guéri reconnaît sans hésitation sa voix. On imagine sans peine qu’il le mange des yeux et qu’il est tout oreille. Notre-Seigneur a lu dans son regard le germe d’une foi naissante ; aussi pour qu’elle puisse se dire, il lui donne la parole : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » La question est directe et la réponse est sincère : l’aveugle guéri n’ose pas faire lui-même le lien entre celui qu’il appelle « Seigneur » et ce fameux « Fils de l’homme » auquel il est invité à donner sa foi. La réponse de Jésus «Tu le vois» vient balayer ses derniers scrupules : « Je crois Seigneur » et tombant à ses genoux, « il se prosterna devant lui » dans un geste d’humble adoration.
Cet admirable parcours n’est-il pas un modèle pour chacun de nous ? Au jour de notre baptême, nous avons été illuminés par le Christ. Mais notre foi doit encore être éprouvée par la contradiction, purifiée par l’épreuve, fortifiée par le témoignage, jusqu’à ce qu’enfin le Seigneur se révèle dans une seconde rencontre, qui nous conduise à le choisir résolument et définitivement comme notre Seigneur et Sauveur adoré. Puissions-nous tout au long de ce chemin de carême nous laisser conduire à cette seconde conversion qui fera de nous de vrais disciples et des adorateurs en esprit et vérité.
Sœur Cristina Scuccia et l’évangélisation de nouveaux espaces médiatiques
Après cette vidéo virale de Sœur Cristina Scuccia (Italienne de Sicile) à l’émission The Voice of Italy qui passe sur la Chaine Rai2, beaucoup de voix se sont levées, les unes pour dire non à une telle présence (d’une sœur à la TV) dans une émission du genre, les autres encourageant une telle initiative pendant que d’autres ont visualisé, pourquoi pas re-visualisé ladite vidéo. Avant tout commentaire, je voudrais renvoyer à la traduction qu’a faite Aleteia de la conversation entre Sœur Cristina et les membres du jury : Raffaella Carrà, célèbre vedette italienne (actrice, chanteuse et présentatrice de TV), J-Ax (abréviation de Joker Alex), rappeur de renom, le rocker Piero Pelù et la chanteuse italienne Noemi, qui composent tous les quatre le jury de The Voice Italy. Qu’est-ce qui est en train de ce passer avec cette vidéo virale qui a connu jusque maintenant plus de 25 millions de visualisations ? Essayons de comprendre comment ça fonctionne pour dire un petit mot.
D’habitude, les membres du Jury ne connaissent les participants que de nom pour plus d’objectivité. L’artiste commence à chanter dans l’obscurité, puis on allume les lumières. Elle est devant le public pendant que les membres du jury fixent le public sans voir l’artiste qui se trouve derrière eux. Ces artistes évaluent les réactions du public et décident, chacun selon ses goûts, à se tourner vers l’artiste, s’il sent vraiment que cela vaut la peine. C’est ce qui arriva pendant cette soirée avec Sœur Cristina. Le premier à se tourner fut le rappeur Italien, qui n’est pas bigot parce qu’il se définit lui-même comme diable face à Sœur Cristina qui est pour lui l’eau bénite. Le Jury n’en est pas revenu, et maintenant, la vidéo a fait le tour du monde. Pourquoi alors tant de voix qui s’élèvent et se contredisent chaque fois ?
Il est sans conteste que Sœur Cristina est devenue un phénomène. Il suffit de voir maintenant sa présence sur les réseaux sociaux. Mais je pense que ce qui fait lever la voix est que les gens ne sont pas habitués à un tel événement. Ensuite, l’expérience a souvent montré, et malheureusement, que les « hommes d’Eglise » qui se sont lancés dans des expériences similaires ont mal fini. Je ne donnerai qu’un exemple de Fr Anthony Msaala de l’Uganda. On comprend alors pourquoi des réticences ne puissent pas manquer.
Mais quand même, interrogeons-nous pour ne pas céder seulement aux passions sui peuvent même bloquer notre responsabilité. S’il y en a qui se sont perdus, est-ce seulement de leur faute ? Je me souviens, il y a quelques jours, une personne qui travaille depuis des années au Vatican, nous racontait comment il était attristé par l’inertie et l’indifférence de certains, face aux problèmes qu’a vécu Monseigneur Milingo. Tout ce qui s’est passé n’est pas survenu en un jour ! La situation s’empirait progressivement au vu et au su de certains de ses proches collaborateurs (de son rang) !
Tournant au sujet qui nous occupe, il faut d’abord savoir qui est Sœur Cristina et comment a évolué sa vocation pour comprendre la présence de ses consœurs (et parents, m’a-t-on dit) à cette émission. Elle ne court pas en cavalier seul. Elle ne devrait jamais le faire. Et puis, bien que beaucoup puisse se préparer en avance, il est incontestable que Sœur Cristina a un don : il faut écouter comment elle a répondu librement aux questions du jury incrédule à ses propres yeux. Nous renvoyons à la conversation susmentionnée.
Pour conclure ces quelques lignes, je suis moi-même d’avis que le lieu qu’elle a choisi est délicat. Mais alors, quelle vie n’est pas dangereuse si l’on ne s’y tient pas bien ? Sœur Cristina devrait compter sur l’appui multiforme (prière d’abord, les règles de la vie de sa communauté,…) de tout un chacun pour qu’elle soit notre ambassadrice là où il nous est presque impossible d’arriver pour la plupart, et y parler de « Dieu qui nous donne tout » ! Il faut toujours savoir profiter de ces occasions. J’ai suivi avec intérêt ce que Cristina a dit le lendemain quand elle était l’invitée de la transmission » Nei Cuori dei giorni » (au cœur des jours) la Conférence Episcopale Italienne (CEI). Là on comprend qu’elle n’est pas animée de sa propre gloire.
Suivez:
Sœur Janine, l’ange des prisonniers de Ngozi
(Reblogué du Site du Journal IWACU)
Depuis près de trente ans Janine Mairiaux est l’ange gardien des détenus de Ngozi. Au sein de la prison elle a créé un atelier de menuiserie : du travail et des revenus pour les prisonniers !
Extrait: … Pour les prisonniers, sœur Janine est une écoute et une consolation. Elle croit en eux. Malgré sa longue présence au pays, la sœur ne parle pas le Kirundi. Révérien Nyamweru lui sert de traducteur lors de ses rencontres avec les prisonniers. Ceux qui la connaissent bien n’hésitent pas à blaguer avec elle, à la taquiner, ce qui la fait rire. Mais le délégué général des détenus le sait : « Sœur Janine est la maman des prisonniers. Vous verrez à Pâques, comme chaque année elle va leur offrir à chacun 250 grammes de riz. » Le directeur de la prison, Aloys Hakizimana reconnaît lui aussi, l’aide que la sœur apporte aux détenus, en particulier en assistant à la messe chaque dimanche et chaque vendredi, dans la chapelle de la prison….
via Journal IWACU-BURUNDI
Lisez l’intégralité de l’article en cliquant sur ce lien ci-après:
Sœur Janine, l’ange des prisonniers de Ngozi.








